A7V
char allemand de la Première Guerre mondiale
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Le Sturmpanzerwagen A7V est un char d’assaut développé par l’Empire allemand pendant la Première Guerre mondiale. Le développement débute en , mais souffre du manque d’intérêt des militaires et des industriels. Le projet ne bénéficie que de peu de ressources et est ralenti par les demandes irréalistes du haut commandement. Par conséquent, le prototype n’est achevé qu’au printemps 1917 et le premier exemplaire ne sort d’usine qu’en . En comptant les prototypes, vingt-deux exemplaires sont produits, trop peu pour avoir un impact sur le cours de la guerre. À la fin de la guerre, il n’en reste que neuf dans l’armée allemande, qui sont démantelés pour respecter les termes du traité de Versailles. Il ne subsiste qu’un seul exemplaire original, capturé par les Australiens et exposé au mémorial australien de la guerre.
| Sturmpanzerwagen A7V | |
Réplique d'un A7V au musée des blindés de Munster en Allemagne. | |
| Caractéristiques de service | |
|---|---|
| Type | char d'assaut |
| Service | – |
| Utilisateurs | |
| Conflits | Première Guerre mondiale |
| Production | |
| Concepteur | Joseph Vollmer |
| Année de conception | 1916-1917 |
| Constructeur | Daimler-Motoren-Gesellschaft Friedrich Krupp AG Carl Röchling AG |
| Production | 1917 |
| Unités produites | 20 ou 21 exemplaires |
| Caractéristiques générales | |
| Équipage | 18 |
| Longueur | 7,35 m |
| Largeur | 3,06 m |
| Hauteur | 3,35 m |
| Garde au sol | 0,40 m |
| Masse au combat | 29,9 t |
| Armement | |
| Armement principal | 1 × canon de 57 mm Cockerill-Nordenfelt |
| Armement secondaire | 6 × MG 08 |
| Mobilité | |
| Moteur | 2 moteurs Daimler-Benz 165 204 |
| Puissance | 200 ch à 800 tr/min |
| Vitesse sur route | env. 16 km/h |
| Vitesse tout terrain | env. 8 km/h |
| Autonomie | env. 70 km |
| Autonomie tout terrain | env. 35 km |
| modifier |
|
La faible priorité du projet se ressent sur la qualité générale du véhicule. Les meilleures plaques de blindage étant réservées à la marine, celui-ci est peu efficace. N’ayant pas suffisamment de pièces d’artillerie disponibles, les Allemands emploient des canons capturés en Belgique et en Russie, et, n’ayant pas les moyens de produire le moteur prévu, ils doivent se rabattre sur un assemblage de deux moteurs Daimler. Dans l’ensemble, le char manque de maniabilité et ses capacités de franchissement sont limitées. Les conditions à l’intérieur du véhicule sont aussi particulièrement difficiles pour l’équipage, directement exposé au bruit, à la fumée et à la chaleur de la motorisation.
Histoire
Contexte
Comme dans les autres nations européennes, des expérimentations sur les véhicules blindés sont réalisées dans l’Empire allemand dès le début des années 1900. Il s’agit toutefois d’initiatives privées et aucune n’aboutit, en partie du fait que l’armée impériale ne montre aucun intérêt pour ces véhicules, qu’ils soient à roues ou à chenilles. Ce n’est que lorsque leurs troupes sont confrontées à des automitrailleuses en 1914 que les généraux allemands commencent à réfléchir à la question[1].
Plusieurs programmes sont lancés, mais l’armée allemande est handicapée par son important retard dans ce domaine. Les premiers prototypes d’automitrailleuses ne sont ainsi testés qu’en , seulement quelques mois avant que les Britanniques n'utilisent pour la première fois leur tank Mark I pendant la bataille de la Somme[2]. L’état-major allemand prend alors conscience de l’ampleur de la menace, mais la propulsion chenillée est un domaine dans lequel les seules expérimentations allemandes effectuées jusque-là se limitent à remplacer les roues d’une automitrailleuse par des bogies chenillés[2].
Développement

Le , la Verkehrstechnische Prüfungskommission (VPK, « commission d’examen des transports motorisés ») organise une grande conférence réunissant les militaires et les représentants de l’industrie automobile et de l’industrie de l’armement afin de discuter des chars et des moyens d’en produire. Cette conférence est dans l’ensemble un échec : les industriels, qui se sont vus assigner d’autres priorités de production par le plan Hindenburg, se montrent peu pressés de prendre en charge des projets supplémentaires, dont l’issue est par ailleurs incertaine[3].
Le chef de la VPK, le général Friedrich, monte néanmoins au sein de l’Abteilung 7. Verkehrswesen (« 7e département de transport ») un comité composé de représentants de l’industrie automobile dirigé par l’ingénieur Joseph Vollmer (de). Le comité est chargé en de développer un véhicule de combat blindé, dont le nom de code est A7V, du nom du département. Le travail du comité est néanmoins compliqué par les exigences excessives de l’Oberste Heeresleitung (OHL, « commandement suprême de l’armée de terre »), qui veut que le châssis puisse servir à la fois pour un véhicule de combat et pour un véhicule utilitaire[4].
Les plans du véhicule sont prêts en et il est alors prévu de terminer le premier prototype en . La VPK commande toutefois immédiatement cent exemplaires[4]. Toutefois ce nombre se révèle rapidement trop optimiste, alors que l’industrie allemande est déjà fortement en tension et que l’A7V n’est pas considéré comme prioritaire par l’OHL. Ainsi, dès le , la commande est revue à dix exemplaires. Le projet n’avance que lentement, en raison de l’absence de ressources allouées et des demandes toujours plus extravagantes de l’OHL[5]. Par exemple, vers la mi-janvier, alors que la construction du prototype est déjà bien avancée, l’état-major exige que le blindage soit augmenté afin de résister au tir des canons de campagne. La masse supplémentaire dépassant les limites du châssis, Joseph Vollmer obtient de n’augmenter la protection qu'en proue, avec toutefois pour conséquence de dégrader considérablement les performances et la fiabilité du fait de l’excès de poids sur l’avant[6].
Le châssis est présenté le au général Friedrich et au ministre de la Guerre, Hermann von Stein. Ce dernier déclare que le véhicule lui semble inapte à mener des offensives du fait de ses difficultés à négocier les virages[6]. Une seconde présentation le devant des membres de l’OHL se passe mieux et dix exemplaires supplémentaires sont commandés[7]. Le projet continue toutefois d’être perturbé par les ingérences de l’état-major. Ainsi en , Ludendorff ordonne de copier le train de roulement rhomboïde des tanks britanniques, ce qui nécessite de revoir l’ensemble de la conception du véhicule et de distraire des ressources pour développer une nouvelle variante, l’A7V-U, en parallèle de l’A7V[6]. D’autres précieuses ressources sont gaspillées dans des projets concurrents souvent irréalistes, comme le K-Wagen[8].
Production

Le programme restant classé en basse priorité, il est difficile d’obtenir les matériaux nécessaires, en particulier les plaques de blindage[8]. Le manque de main d’œuvre qualifiée et la pénurie de la plupart des matières premières retardent encore la production. Par conséquent, les premiers châssis ne sont disponibles qu’en et le premier A7V ne sort de l’usine qu’à la fin du mois d’octobre[9]. À cette date, il est encore prévu de suivre le modèle britannique en faisant une version « mâle » (armée de canons) et une version « femelle » (armée de mitrailleuses). Les huit premiers A7V prévus sont de type femelle, mais le succès des tanks britanniques à la bataille de Cambrai conduit l’état-major allemand à reconsidérer l’importance des chars et il ordonne en conséquence que seule la version mâle soit produite[10]. Finalement, un seul char femelle est produit et il est par la suite converti en mâle[11].
Afin de faciliter la production, celle-ci est divisée à partir de entre plusieurs entreprises. Les châssis sont produits chez Brass & Herstett et les moteurs chez Daimler à Marienfelde, tandis que les boîtes de vitesses sont fabriquées à Francfort-sur-le-Main par Adlerwerke, les chenilles par Caterpillar-Holt à Budapest et les radiateurs à Oberursel chez le constructeur du même nom. La production du blindage est partagée entre l’usine Krupp d’Essen et celle de Röchling à Dillingen. Büssing AG et Loeb (de) ayant refusé de faire l’assemblage final, celui-ci est pris en charge par Daimler à Marienfelde[12].
Il est prévu initialement de produire cent châssis, mais la décision est prise le de ne produire que vingt chars. Cette décision est basée sur le constat que celui-ci, conçu en 1916, n’est plus adapté au champ de bataille de 1918, sur lequel il peine à avancer. Les tranchées se sont en effet élargies jusqu’à quatre mètres et la généralisation de l’artillerie lourde génère un terrain bien plus irrégulier qu’avant[13]. Finalement vingt-deux châssis sont utilisés pour des chars, deux châssis de la première série ayant été endommagés et remplacés. Les autres sont utilisés pour les variantes, principalement le Gelandwagen, un véhicule de transport, trente étant produits pour le seul mois de [14]. Plusieurs projets sont lancés afin de concevoir un remplaçant pour l’A7V, mais aucun n’aboutit avant la fin de la guerre : le LK II entre à peine en production à la fin de la guerre et le Sturmpanzerwagen Oberschlesien en reste au stade de la planche à dessin[15].
Histoire opérationnelle
Organisation

Les premières unités d’A7V sont mises en place avec la création le de deux Sturmpanzerkraftwagen Abteilungen (« détachement de véhicules blindés d’assaut ») ou Stuka, rattachés à la branche du transport motorisé[16]. Deux autres sont créés le , bien que le quatrième, supposé servir de réserve, reste tout au long du conflit une unité théorique, faute de véhicules disponibles[17]. Chaque détachement comprend cinq chars, deux voitures, huit camions, une motocyclette et une cuisine de campagne, pour un total de cent soixante-dix hommes placés sous les ordres d’un capitaine[18],[10].
À l’inverse des Britanniques, les Allemands n’utilisent pas de tactiques d’armes combinées : les chars et l’infanterie n’évoluent pas ensemble et le commandement préfère même décourager cette pratique afin d’éviter aux fantassins d’être touchés par les tirs visant les blindés[19].
Combat
Premiers affrontements
Ce n’est que le que la première unité reçoit ses chars et peut débuter l’entraînement près de Sedan. Celui-ci et les essais comparatifs réalisés montrent que l’A7V est plus maniable que les Schneider et Saint-Chamond français, mais moins que les chars britanniques[20].
L’A7V est utilisé pour la première fois au combat le pendant l’opération Michael. L’Abteilung 1 dispose de cinq A7V et est accompagné de l’Abteilung 11, équipé de cinq Mark IV femelle capturés[21]. L’un des A7V tombe en panne avant d’arriver sur le champ de bataille, deux autres restent bloqués dans les barbelés peu de temps après le début de l’offensive, tandis que l’artillerie britannique en profite pour les bombarder avec des obus chimiques. Trois engins arrivent à repartir, mais l'un deux subit une panne de transmission. Finalement seulement deux A7V prennent effectivement part au combat, mais leur présence est suffisante pour provoquer la fuite des soldats britanniques[21].
Villers-Bretonneux

Le plus grand déploiement de chars par les Allemands a lieu le à la bataille de Villers-Bretonneux. Ils y alignent trois A7V de l’Abteilung 1 dans le Gruppe Skopnik appuyant la 228e division d’infanterie, deux de l’Abteilung 1 et quatre de l’Abteilung 3 dans le Gruppe Uihlein appuyant la 4e division d’infanterie de la Garde et quatre de l’Abteilung 2 dans le Gruppe Steinhardt appuyant la 77e division de réserve[22].
Couverts par le brouillard qui les protège de l’artillerie et disposant de l’effet de surprise, les chars obtiennent initialement des succès. En milieu de journée, l’A7V no 561 Nixe affronte un Mark IV mâle et deux femelles au cours du premier combat de chars d’assaut de l’histoire. Nixe met hors de combat les deux Mark IV femelles avant d’être lui-même endommagé par le Mark IV mâle. Touché à trois reprises, Nixe parvient à se replier sur deux kilomètres avant de tomber définitivement en panne[23]. Un peu plus tard, l’A7V no 525 Siegfried fait face à un Mark IV mâle et sept Whippet, affrontement dont il sort victorieux en mettant hors de combat le Mark IV et quatre Whippet[24].
Les Allemands perdent toutefois au cours de cette journée le no 506 Mephisto, resté bloqué dans un cratère, et le no 542 Elfriede, qui se renverse en traversant du terrain meuble[25]. Elfriede est capturé intact par les Français le tandis que Mephisto, que les Allemands ont fait exploser avant de se replier, est récupéré par les Australiens le et envoyé en Australie comme trophée[24].
Fin de la guerre

Le peu d’A7V produits combiné à une attrition rapide liée à la fréquence des pannes mécaniques font que le véhicule ne joue plus qu’un rôle limité par la suite, les Allemands se reposant de plus en plus sur des chars britanniques capturés[26]. Ce choix déplaît toutefois aux commandants des troupes d’assaut, qui trouvent les Mark IV trop lents et inaptes à suivre la progression rapide de l’infanterie[27].
En , il reste douze A7V opérationnels. Un projet de regrouper tous les chars en une seule unité est abandonné et ils ne servent plus la plupart du temps qu’à entraîner l’infanterie à la lutte antichar. Ils sont utilisés une dernière fois au combat le dans une contre-attaque près d’Iwuy, pendant laquelle ils se montrent encore efficaces. Néanmoins, la perte, en octobre, de Charleroi, où se trouvaient les ateliers de maintenance, entraîne l’abandon des chars ne pouvant être déplacés. Les autres, ne pouvant plus être entretenus, sont transportés à Wiesbaden-Erbenheim, où les Français en saisissent huit en décembre[28].
Pendant la révolution allemande de 1918-1919, quelques Gelandwagen sont convertis en chars similaires à l’A7V. Les termes du traité de Versailles interdisent toutefois à l’Allemagne de posséder des chars et tous sont démantelés. À l’exception de Mephisto, les Alliés détruisent également après essais les exemplaires qu’ils ont capturés ; l’anecdote selon laquelle la France aurait envoyé les A7V capturés à l’armée polonaise en 1920 est à ce titre erronée[29].
Caractéristiques
Motricité

Ne pouvant produire le moteur de 200 ch prévu à l’origine, les Allemands se rabattent sur l’assemblage de deux moteurs Daimler 165-204 à quatre cylindres développant 100 ch chacun. L’ensemble moteur est installé dans un compartiment fermé au milieu du véhicule, mais les radiateurs nécessaires au refroidissement par eau se trouvent dans le compartiment de l’équipage. Deux réservoirs de 250 l chacun permettent de les alimenter avec un mélange d’essence et de benzène[30].
L’énergie transite par une boîte de vitesses Adler à trois rapports avant de parvenir au train de roulement. Celui-ci, à l’instar du Saint-Chamond français, est basé sur le modèle Holt et compte de chaque côté trois bogies amortis par une suspension Caterpillar à ressorts hélicoïdaux. Chaque bogie comporte trois galets de roulement et deux galets de retour guidant les chenilles de quarante-huit maillons[30].
Protection
Blindage

La qualité du blindage de l’A7V souffre considérablement de la faible priorité accordée au programme dans l’attribution des matériaux. L’acier de qualité balistique restant réservé à la production navale, le blindage du char doit être construit à partir de plaques en acier doux initialement destinées à la production de chaudières de locomotives. Le blindage résiste par conséquent mal aux projectiles : les plaques se fracturent et des fragments dangereux de métal se détachent de la face intérieure lors des impacts[31]. Autre problème de qualité, certaines plaques livrées par Krupp ne sont pas planes, ce qui nécessite pour cinq exemplaires de découper les plaques en plus petits modules et de les assembler différemment[32].
Peinture et marquages

La couleur officielle du matériel lourd dans l’armée allemande est le feldgrau. Celle-ci n’est toutefois pas normalisée et est déclinée dans une grande variété de nuances. D’après les photographies, les dix premiers A7V semblent ainsi avoir eu en sortie d’usine une teinte assez sombre, tandis que les suivants sont plus clairs. À partir de , l’atelier de maintenance de Charleroi applique un motif de camouflage composé de taches jaune ocre et brun chocolat[33].
Les marquages d’identification sont généralement nombreux et de grande taille. Au début de l’année 1918, il s’agit de grandes croix pattées, sur le modèle de la croix de fer, qui sont peintes à l’avant, à l’arrière, sur les côtés et le dessus du véhicule. Certains véhicules en portent même deux de chaque côté[33]. À partir d’, la croix pattée est remplacée par la Balkenkreuz[34].
Le numéro tactique est initialement un simple chiffre romain entre I et V identifiant le véhicule au sein de l’unité, mais sans référence à celle-ci. L’emplacement de ces chiffres est variable selon les unités. Un système plus homogène est mis en place en : le chiffre identifiant le véhicule est peint dans un cercle de couleur, chaque unité disposant d’une couleur propre. L’Abteilung 1 a ainsi un cercle blanc, le 2 un rouge, le 3 un jaune, le 14 un bleu, le 15 un vert et le 16 un brun[33]. Ce système disparaît en pour laisser place à une simple numérotation en chiffres arabes[34].
Les équipages prennent rapidement l’habitude de personnaliser leur char en le baptisant et en le décorant. Le nom de baptême est généralement peint dans l'angle supérieur droit de l’avant. Les A7V de l’Abteilung 1 portent également un emblème à tête de mort en proue[35]. La décoration la plus connue est celle du no 506, Mephisto, dont l’avant est peint avec un diable emportant un char Mark IV sous le bras[34].
Armement
Armement principal

À l’origine, il est prévu de doter l’A7V de deux canons automatiques Becker TuF de 20 mm. Il apparaît toutefois rapidement que leurs performances laissent à désirer : ils se montrent en effet non seulement incapables de percer des blindages, même légers, mais ils sont également peu efficaces contre l’artillerie et les mitrailleuses[6],[31]. Ne disposant pas dans leur arsenal de canons adaptés en quantité suffisante, les Allemands se tournent vers le matériel qu’ils ont capturé et en particulier le canon Cockerill-Nordenfelt de 57 mm L/26,3 pris dans les forts belges[31]. Cette arme est une copie d’une pièce pratiquement identique (de) produite par l’entreprise Maxim-Nordenfelt (en), qui équipe l’armée russe[36]. Bien que la majorité des A7V soient équipés de la version Cockerill, certains reçoivent ainsi la version Maxim à la place[37].
Ce canon est utilisé avec trois types d’obus : explosif, perforant et à mitraille. L’obus explosif est le Sprenggranate mit Kopfzunder (« obus explosif avec fusée de nez »), qui comprend une charge de 0,16 kg de TNT pour une masse totale de 2,75 kg. La fusée est un modèle permettant de régler un retard. Elle est légèrement différente de celles employées par l’artillerie, afin de faciliter son réglage à l'intérieur d’un véhicule en mouvement. L’obus perforant est le KrGr 16 mit Panzerkopf, qui est en fait un simple obus explosif KrGr 15 sur lequel a été vissée une tête en acier pour améliorer la pénétration. L’obus de 3,1 kg comprend ainsi une charge explosive assez importante de 0,12 kg d’amatol. Certains de ces obus disposent également d’une charge à base de phosphore rouge, d’arsenic et de paraffine afin de générer davantage de fumée et pouvoir ainsi régler plus facilement le tir. Enfin le canon peut tirer des boîtes à mitraille comprenant cent quatre-vingt-cinq billes de plomb de 16,2 g chacune pour un total de 3,6 kg[38].
Afin d’éviter la corrosion les projectiles sont généralement peints en noir. L’obus perforant se distingue par sa tête marron, tandis que l’obus explosif comporte une bande marron au sommet de l’obus et a sa fusée peinte en gris. Afin de permettre l’identification de la munition sans devoir la sortir complètement du casier, la base des douilles en laiton est également peinte[38]. Officiellement, le char emporte cent quatre-vingts obus, mais la plupart du temps les équipages en embarquent bien davantage, jusqu’à plus de trois cents dans certains cas. La répartition entre les différents types est variable selon les situations, mais les boîtes à mitraille constituent généralement au moins la moitié du stock, tandis que le reste est partagé à peu près équitablement entre obus explosifs et perforants[39].
Armement secondaire
L’armement secondaire est composé de six mitrailleuses MG 08/15 : deux de chaque côté et deux pointant vers l’arrière[40]. Chaque mitrailleur stocke ses munitions sous son siège, soit dix boîtes contenant chacune une bande de deux cent cinquante cartouches[41].
Équipage

L’équipage est de dix-huit hommes : un chef de char, un conducteur, deux mécaniciens, un tireur et un chargeur pour le canon ainsi que six tireurs et autant de chargeurs pour les mitrailleuses. Le chef de char est généralement un lieutenant, sauf celui responsable de l’ensemble du détachement qui est capitaine. Seul le conducteur est également un officier, les autres postes étant occupés par des rangs subalternes[42]. En plus de l’équipage normal, il est fréquent que les A7V embarquent jusqu’à huit hommes supplémentaires, qui servent à la fois de troupes d’assaut, d’estafettes et de main d’œuvre pour combler les tranchées et dégager les obstacles empêchant le char d’avancer[43],[40].
Les équipages sont recrutés dans les autres unités sur la base du volontariat, les chef de char, conducteurs et mécaniciens étant le plus souvent issus du transport motorisé, les mitrailleurs de l’infanterie et les opérateurs du canon de l’artillerie[43].
L’équipage souffre souvent des conditions particulièrement pénibles qui règnent à l’intérieur du véhicule : il y fait sombre, tandis que le manque d’aération et la présence du moteur dans le compartiment de l’équipage ont pour conséquences un air perpétuellement vicié par les fumées toxiques d’échappement et de la cordite, un bruit insupportable et une température pouvant atteindre 50 °C. Afin d’y échapper, les hommes préfèrent généralement marcher à côté du char ou rester sur le toit dès que possible[43].
Variantes
A7V-U

L’A7V-U, pour Umlaufendeketten (« chenilles périphériques »), trouve son origine dans le souhait formulé en par Ludendorff, qui, ayant entendu dire que les tanks britanniques étaient performants en tout-terrain, voulut en copier la forme rhomboïde. La VPK ne souhaitant pas s’engager dans cette voie, rien n’est entrepris avant que le souhait ne devienne un ordre le [6]. Le châssis no 524 est prélevé sur la production afin de construire un prototype, mais le développement avance lentement et le véhicule, baptisé Hedi, n’est prêt qu’à la fin du mois de . Entre-temps, deux cent quarante exemplaires ont été commandés en avril, mais les résultats décevants des essais réalisés pendant l’été mettent fin au programme[14]. Hedi est alors affecté à l’école de conduite de la Garde à Berlin puis est démantelé peu après l’armistice[44].
A7V Gelandwagen

Destiné au transport de matériel, le Gelandwagen est dépourvu de blindage et d'armement, remplacés par deux plateformes de part et d’autre du moteur, mais repose sur le même châssis que la version de combat. Il partage ainsi avec celle-ci le même manque de mobilité en tout-terrain assorti d’une consommation en carburant importante qui ne lui donnent que peu d’avantages par rapport à un transport plus classique par camion[45]. Le véhicule peut emmener une charge utile de 2,7 à 3,6 t[14].
Le Gelandwagen entre en service effectif avant l’A7V. La première unité équipée est l’Armee Kraftwagen Kolonne (Raupe) 111, la « 111e colonne de transport de l’armée (mécanisée) », déployée en dans le nord de la France[9]. Une seconde unité, l’AKK (R) 1122, est formée par la suite[14].
A7V Flakpanzer
Trois châssis ont été utilisés pour expérimenter le concept de défense antiaérienne mobile en 1918. Ces véhicules ont une forme similaire au Gelandwagen, avec un compartiment moteur au centre à l’avant et à l’arrière duquel se trouvent deux plateformes portant chacune un canon modèle 1902 de 76,2 mm provenant des stocks de pièces prises à l’armée russe. L’affût n’est pas celui d’origine, mais est modifié afin de permettre le pointage à des angles élevés. Le principal inconvénient de ces canons se trouve être leurs munitions : les Allemands n’utilisant pas ce calibre et le tube étant trop fragile pour pouvoir être élargi, l’usage de ces pièces nécessita de produire spécialement des obus adaptés[44].
Autres variantes

Diverses autres variantes ont été produites à partir du châssis de l’A7V. La plupart n’ont été produites qu’à un ou deux exemplaires. L’A7V Schützengrabenbagger est, comme son nom l’indique, un véhicule destiné à creuser des tranchées. Au moins un exemplaire a été mis en service à l’automne 1918. L’A7V Funkpanzer est un véhicule radio développé à partir de . Deux châssis ont été réservés pour ce véhicule, dont il n’est pas certain qu’un exemplaire ait été complété. Il prend la forme d’un A7V standard, auquel sont ajoutées plusieurs antennes, dont une périphérique, ainsi qu’un émetteur-récepteur radio. Enfin, un châssis a également été réservé pour réaliser un tracteur d'artillerie lourde, mais là aussi il n’est pas certain que le projet ait été mené à bien[14].
Annexes
Données techniques
| Modèle | A7V |
|---|---|
| Motorisation | 2 moteurs Daimler 165-204 4 cylindres à refroidissement à eau |
| Puissance | 100 ch (74,6 kW) à 800 tpm pour chaque moteur |
| Puissance massique | 6,7 ch/t |
| Transmission | trois vitesses avant/arrière |
| Suspension | Ressorts hélicoïdaux |
| Type de carburant | Mélange essence/benzène |
| Capacité en carburant | 2 réservoirs de 250 L |
| Vitesse maximale sur route | 16 km/h |
| Vitesse maximale hors route | 8 km/h |
| Autonomie sur route | 70 km |
| Autonomie hors route | 35 km |
| Franchissement hauteur | 0,40 m |
| Franchissement largeur | 2 m |
| Franchissement profondeur | 0,80 m |
| Franchissement pente | 25° |
| Modèle | A7V |
|---|---|
| Caisse glacis haut | 30 mm à 85° |
| Caisse glacis bas | 30 mm à 47° |
| Caisse arrière | 20 mm à 85° |
| Caisse toit | 6 mm à 10° |
| Plancher | 10 mm à 0° |
| Observatoire avant | 15 mm à 80° |
| Observatoire côtés | 15 mm à 0° |
| Observatoire arrière | 15 mm à 75° |
| Modèle | A7V |
|---|---|
| Armement principal | QF 57 mm Cockerill-Nordenfelt L/26,3 |
| Traverse/Élévation armement principal | 90° / ±20° (manuel) |
| Viseur | télescope panoramique 4× CP Goerz Rundblick-Fernrohr 16 |
| Munitions armement principal | 180[b] |
| Armement secondaire | 6 × MG 08 + 1 en réserve |
| Munitions armement secondaire | 15 000 cartouches de 7,92 mm (2 500 cartouches par mitrailleuse) |
Liste des véhicules
| Numéro de châssis | Nom de baptême | Unité(s) d’affectation | Observations |
|---|---|---|---|
| 500 | - | - | Prototype utilisé par la suite pour l’entraînement. |
| 501 | Gretchen | 1. Abteilung, 2. Abteilung, 3. Abteilung | Encore en état de marche à la fin de la guerre[47]. Unique exemplaire d’A7V femelle produit, reconverti par la suite en A7V mâle[32]. |
| 502/503 | - | 1. Abteilung, 3. Abteilung | Hors-service en , ferraillé par les Français[47]. Porte deux numéros du fait du remplacement du châssis[14]. |
| 504/544 | Schnuck | 2. Abteilung | Mis hors de combat par un tir fratricide le , ferraillé après avoir été exposé au Royaume-Uni[47]. Porte deux numéros du fait du remplacement du châssis[14]. |
| 505 | Baden I | 1. Abteilung, 3. Abteilung | Encore en état de marche à la fin de la guerre. |
| 506 | Mephisto | 1. Abteilung, 3. Abteilung | Seul exemplaire conservé après avoir été capturé par les Australiens le à Villers-Bretonneux. |
| 507 | Cyclop | 1. Abteilung, 3. Abteilung | Encore en état de marche à la fin de la guerre. |
| 524 | Hedi | - | Prototype de l’A7V-U, démantelé à la fin de l’année 1918. |
| 525 | Siegfried | 2. Abteilung | Encore en état de marche à la fin de la guerre. |
| 526 | - | 1. Abteilung | Endommagé vers Reims en et démantelé pour récupérer des pièces détachées. |
| 527 | Lotti | 1. Abteilung | Endommagé et abandonné près de Reims le . |
| 528 | Hagen | 2. Abteilung | Mis hors de combat par un tir fratricide le , ferraillé après avoir été exposé au Royaume-Uni. |
| 529 | Nixe II | 2. Abteilung | Mis hors de combat près de Reims par les Français le . |
| 540 | Heiland | 1. Abteilung, 3. Abteilung | Encore en état de marche à la fin de la guerre. |
| 541 | - | 1. Abteilung | Encore en état de marche à la fin de la guerre. |
| 542 | Elfriede | 2. Abteilung | Capturé par les Français après avoir été abandonné près de Villers-Bretonneux le . |
| 543 | Hagen, Adalbert, König Wilhelm | 2. Abteilung, 3. Abteilung | Encore en état de marche à la fin de la guerre. |
| 560 | Alter Fritz | 1. Abteilung | Détruit par l’artillerie près de Cambrai le . |
| 561 | Nixe | 2. Abteilung | Endommagé en et démantelé pour récupérer des pièces détachées. |
| 562 | Herkules | 1. Abteilung, 2. Abteilung | Abandonné près de Cambrai le . |
| 563 | Wotan | 2. Abteilung | Encore en état de marche à la fin de la guerre. |
| 564 | - | 3. Abteilung | Encore en état de marche à la fin de la guerre. |