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L'affaire Nekfeu débute en lorsque l'ex-épouse du rappeur, Dina B., révèle par un communiqué de son avocate publié sur X (anciennement Twitter), qu'elle accuse l'artiste de «viols» et «violences répétées» pendant la durée de leur relation, soit 4 ans. Elle déclare avoir quitté le rappeur alors qu'elle était enceinte de 5 mois, pour se protéger ainsi que son enfant à naître[1].
Selon elle, Nekfeu — qui n'aurait pas supporté leur séparation puis la dénonciation des violences qu'il aurait commises — procéderait à un «acharnement judiciaire» crescendo pour se venger et la réduire au silence[2], déposant ainsi de nombreuses plaintes contre la jeune femme pour «non-représentation d'enfant» et la privant progressivement de leur fils, qui serait lui aussi victime de violences physiques infligées par son père[3],[4].
Très discret depuis 2019, Nekfeu sort de sa réserve médiatique, démentant rapidement et fermement l'ensemble des accusations portées à son encontre, qui seraient contraires à ses valeurs[5]. L'artiste se dit victime d'un complot orchestré par son ex-épouse visant à salir son image auprès du public[6] et à s'accaparer une partie de sa fortune financière[7],[8].
La grande popularité du rappeur et la gravité des accusations, qui s'inscrivent dans le cadre du mouvement #MeToo, de la dénonciation des violences intrafamiliales et leur traitement par la justice, entraînent une surmédiatisation de l'affaire et de nombreux commentaires de la part de journalistes, influenceurs, fans ou détracteurs de l'artiste et même de proches des deux ex-époux sur les réseaux sociaux[9],[10],[11]. Le «contrôle coercitif», notion émergente dans le traitement judiciaire des violences conjugales en France, occupe également une place centrale dans ce dossier[12].
Depuis le , Nekfeu est visé par une information judiciaire pour «viol», «agressions sexuelles» et «violences habituelles sur conjoint», ouverte par le parquet de Paris. Les plaintes précédemment déposées contre lui par son ex-femme pour ces mêmes motifs avaient été classées sans suite car non «suffisamment caractérisés»[13]. Il bénéficie de la présomption d'innocence.
Dina B. se considère comme étant une «mère désenfantée», à savoir une femme ayant perdu la garde de son enfant après avoir dénoncé les violences commises sur lui par son père. Déjà condamnée en pour «non-représentations d'enfant», elle est de nouveau jugée en , pour le même motif[14].
Notion d’emprise coercitive conjugale ou « contrôle coercitif »
Né le à La Trinité (Alpes-Maritimes) et ayant passé la majeure partie de sa vie en région parisienne, Nekfeu, de son vrai nom Ken Samaras, est l'un des rappeurs français les plus appréciés et les plus populaires[15] de sa génération. Reconnu pour son talent et sa polyvalence technique, ses textes et ses prises de position progressistes sont régulièrement loués par les spécialistes du genre[16],[17] et ses pairs[18]. Sa discographie solo — composée de trois albums studio, Feu (2015), Cyborg (2016) et Les Étoiles vagabondes (2019) — est un succès critique et public avec plus de 2 millions d'albums vendus au total[19]. Il est aussi membre du collectif l'Entourage et des groupes 1995 et S-Crew.
Fin 2017, Nekfeu rencontre Dina B., à l'initiative de cette dernière. Âgée de 25 ans, d'origine algérienne et de confession musulmane, Dina B. est une jeune aspirante réalisatrice qui porte plusieurs projets de soutien scolaire aux enfants défavorisés. Quelques mois plus tard, séduit par le «côté mystérieux» et l'humour de la jeune femme[6], le rappeur entame avec elle une relation amoureuse fusionnelle[21]. Il l'épouse civilement le et leur fils naît à l'été 2021[2]. Le couple se sépare durant la grossesse de Dina B., au premier semestre 2021. Les deux premières années de sa vie, le petit garçon vit majoritairement chez sa mère[21]. Nekfeu bénéficie d'un droit de visite et d'hébergement à partir de [6].
Selon le sociologue américain Evan Stark (1942-2024), la contrainte systémique — dont Dina B. et Nekfeu s'accusent mutuellement — est une forme insidieuse de violence psychologique pouvant être exercée par un conjoint ou un ex-conjoint afin d’isoler, dominer et rendre l’autre dépendant. Dans le contexte intime, elle se manifeste sous la forme de l’exercice d’une emprise coercitive conjugale ou «contrôle coercitif», c’est-à-dire un ensemble d’actes de coercition — surveillance intrusive, restrictions, isolement dirigé, exigences arbitraires et déstabilisation cognitive — visant à instaurer une domination structurelle[6]. Les auteurs de ces conduites sont majoritairement des hommes, selon les études empiriques.
Dans Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life («L’emprise coercitive: comment les hommes piègent les femmes dans la vie privée», 2007), Stark décrit un processus de piégeage relationnel conduisant à une mise sous emprise progressive: la victime est privée, au fil du temps, de libertés ordinaires telles que se déplacer librement, entretenir des relations sociales, choisir son apparence, exprimer ses opinions ou utiliser les réseaux sociaux[24]. Cette violence conjugale, souvent peu visible, produit des effets psychotraumatiques cumulatifs et peut précéder des agressions physiques ou sexuelles plus graves, voire un féminicide[25]. Elle peut également affecter le développement et le bien-être des enfants exposés, soit par l’exposition directe aux violences, soit par les effets du stress chronique induit par la domination coercitive[26],[27].
Le , à l’issue de débats consacrés à l’évolution de la législation relative au harcèlement moral au sein du couple en France, le Sénat a renoncé à introduire explicitement la notion de «contrôle coercitif» dans la loi, décision regrettée par de nombreux magistrats et associations féministes[28],[29]. Le , dans une tribune publiée par Le Monde à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, plusieurs personnalités ont appelé à mieux reconnaître les violences psychologiques dites «invisibles», notamment l’emprise coercitive conjugale, les violences vicariantes — utilisation de l’enfant comme moyen de pression — et les violences procédurales, consistant en la multiplication d’actions judiciaires destinées à épuiser psychologiquement et financièrement l’autre partenaire[30],[31].
État de santé de Dina B.
Dans l’affaire médiatisée opposant Dina B. au rappeur Nekfeu, les accusations d’emprise coercitive conjugale s’inscrivent dans un contexte d’allégations contradictoires. Dina B. souffre de troubles thyroïdiens associés à l’anxiété, à une fatigue physique et mentale, à des troubles de l’humeur et à des difficultés de concentration. Selon son ancien conjoint, ces troubles altéreraient son discernement; selon le psychiatre et les conseils de la jeune femme, les violences psychologiques, physiques et sexuelles alléguées, ainsi que la contrainte systémique, auraient aggravé son état et favorisé l’apparition d’un stress post-traumatique[6],[32],[33].
Chronologie des évènements
Révélation de l'affaire
Le , l'avocate Florence Fekom publie sur son compte X un communiqué dans lequel elle annonce que sa cliente, qui utilise le nom d'emprunt «Dina B.», ex-épouse du célèbre rappeur Nekfeu, porte plainte contre lui pour des faits de «viols» et «violences répétées» pendant 4 ans. Dina B., qui déclare avoir volontairement quitté le rappeur lors de son cinquième mois de grossesse pour protéger leur futur enfant, aurait choisi de partager l'affaire publiquement en réponse au traitement judiciaire différencié qu'elle subirait de la part des autorités. Selon son avocate, elle vivrait un véritable «enfer» et aurait peur de représailles émanant de Nekfeu et son entourage «toxique»[1],[2].
Le , Nekfeu répond à ces allégations par le biais d'un communiqué publié par l'avocate pénaliste Marie-Alix Canu-Bernard sur son compte X, avant d'être relayé massivement par plusieurs proches de l'artiste, dont le beatmaker Diabi Tyler (de son vrai nom Jérémie Diabira). Le rappeur précise que le communiqué de son ex-femme, qu'il qualifie de «mensonger» et «diffamant»[34], intervient alors que cette dernière a été interpellée la veille pour «disparition inquiétante» de leur fils, dont il a la garde principale. Dina B. aurait interdiction d'approcher l'école de l'enfant. Éreinté par la relation[21], Nekfeu prétend être à l'origine du divorce avec son ex-épouse, qui n'aurait pas accepté la séparation[35]. Il rappelle également son engagement contre les violences sexistes et sexuelles et souhaite que la parole des victimes soit mieux prise en compte: il se défend néanmoins d'être l'auteur de ce type de violences, se retrouvant ainsi, selon lui, dans une situation «humiliante» causée par la mère de son fils[34]. En outre, la propre famille de Dina B. soutiendrait le rappeur dans le conflit les opposant[5],[7].
À de nombreuses reprises, l'artiste aurait été obligé de faire intervenir un ami, un huissier de justice ou des agents de police pour parvenir à récupérer son fils — après parfois plusieurs heures de dénégations — des mains de son ex-femme[21]. Avant son procès de , Dina B. aurait déjà été condamnée à une astreinte au civil d'un montant de 28 000 euros pour ne pas avoir rendu l'enfant à son père[21].
La révélation des accusations visant le rappeur a créé un séisme parmi la communauté de fans[33]: pour beaucoup, par ses nombreux textes engagés et l'image qu'il véhiculait, Nekfeu représentait la figure du «mec bien» au sein du rap français[36]. Certains préfèrent apporter leur soutien immédiat à la victime présumée tandis que d'autres défendent catégoriquement l'artiste[37], connu pour ses prises de position féministes: sur le plateau de Quotidien en 2017, alors qu'il faisait la promotion du film Tout nous sépare, face à sa partenaire de jeu Catherine Deneuve, il avait notamment apporté son soutien au mouvement MeToo et approuvé l'utilisation du hashtag #BalanceTonPorc par les victimes de harcèlement sexuel, arguant qu'il n'y avait pas de «fumée sans feu» dans ce type d'affaires et que les «fausses accusations» étaient rares et vite balayées[37],[38]. La même année, il déclarait au Mouv': «Je pense qu'il y a moins de violeurs dans le rap français qu'en politique»[39].
Plusieurs observateurs appellent au respect de la présomption d'innocence du rappeur et des décisions judiciaires préalablement prononcées en sa faveur, tout en dénonçant le «tribunal populaire» sur les réseaux sociaux et la médiatisation outrancière de l'affaire[3],[10].
Nekfeu peut compter sur le soutien actif de l'ensemble des membres du collectif l'Entourage[11], ses groupes 1995 (y compris Sneazzy, avec lequel il n'a plus de contact depuis 2021[40]) et S-Crew, et des artistes avec lesquels il a collaboré comme S.Pri Noir, PLK et Némir. À ses appuis majoritairement masculins, s'ajoute le témoignage anonyme de l'une de ses anciennes compagnes qui affirme ne s'être jamais sentie en danger durant leur relation et être restée en bons termes avec lui[6].
La philosophe Benjamine Weill dénonce quant à elle la stratégie marketing fallacieuse du «mec bien», le «racisme de classe» dont bénéficierait Nekfeu et la duplicité de ce dernier au sujet des violences sexistes, sexuelles et conjugales qui étaient, selon elle, sous les yeux du public tout au long de sa carrière et dans plusieurs de ses morceaux, et qui aurait dû alerter[36]: «Tu vois mes mains qui se baladent et la pute est ta frangine» (Dans Ta Réssoi, feat Alpha Wann, 2011[41]), «Pour séduire une fille, tout peut marcher, sauf être un garçon bien» (Risibles amours, 2015[42]) ou bien encore «Avec les femmes de ma vie, le langage reste codé, comme d'hab on finit par détruire ceux qu'on aime» (Koala mouillé, 2019[43]).
Elle note que les médias «rap» ont tendance à favoriser la parole des rappeurs accusés de violences, au détriment de celle des victimes présumées[44].
Enfin, elle rappelle que les mythes de «l'ex folle» et «d'aliénation parentale» sont des clichés empreints de misogynie. Nekfeu et ses alliés utiliseraient ainsi la technique DARVO (acronyme pour «nier, attaquer et inverser la victime et l'agresseur» (traduit de l'anglais Deny, Attack, and Reverse Victim and Offender)) servant à détourner les accusations de son ex-épouse, profitant de la fragilité mentale et physique de celle-ci pour lui nuire davantage en privé comme en public et instrumentaliser l'intérêt de leur fils, notamment dans le cadre de procédures judiciaires[32],[44].
L'influenceuse féministe Manon Delcourt, qui a longtemps été fan du rappeur, apporte son soutien à la victime présumée et réalise deux vidéos à ce sujet où elle rappelle qu'un classement sans suite ne signifie pas forcément que la personne accusée soit innocente et que seuls 0,6% des viols déclarés aux autorités judiciaires aboutissent à une condamnation en France[37],[45],[46]. L'administratrice du compte Instagram consacré à Nekfeu le plus suivi décide également de croire Dina B. sur parole et de cesser toute publication suite à la révélation de l'affaire[47]. Des pancartes «All men, même Nekfeu» (en français, «Tous les hommes, même Nekfeu», en réponse au slogan «Not All Men», «Pas tous les hommes» en traduction française, employé par les détracteurs du mouvement MeToo) peuvent être aperçues lors de la manifestation contre les violences faites aux femmes le [2].
Enquête du Monde
En , les journalistes Lorraine de Foucher et Jérôme Lefilliâtre publient dans Le Monde une enquête fondée sur de longs entretiens menés séparément avec Dina B. et le rappeur Nekfeu. Dina B. y dénonce des violences physiques, sexuelles et psychologiques, ainsi qu’une emprise coercitive conjugale qu’elle impute à son ex-époux. Celui-ci conteste l’ensemble des accusations et nie toute violence au cours de leur relation[6],[48].
Selon Dina B., la première année aurait été marquée par une attention soutenue, avant qu’un changement progressif de comportement ne s’installe[6]. À partir du printemps 2019, le rappeur aurait exercé une surveillance accrue et imposé une réglementation du quotidien: contrôle des tenues et du maquillage, restriction des sorties, interventions dans son activité professionnelle et vigilance à l’égard de ses fréquentations masculines, certaines ayant, selon elle, reçu des menaces. Un SMS daté du mentionne l’injonction suivante: «Bloque tout de suite le fdp [fils de pute] avant que je fasse une dinguerie»[6]. Durant l’été 2019, il aurait supprimé sans son accord certaines publications de son compte Instagram. Converti à l’islam, il lui aurait également transmis à plusieurs reprises des versets coraniques valorisant la soumission[6]. Dina B. affirme avoir progressivement modifié son comportement et son mode de vie afin d’éviter les conflits, sans parvenir à apaiser la relation[33].
Elle soutient en outre avoir subi des violences physiques — notamment un coup porté à la main et le jet d’une poubelle au visage — faits pour lesquels des messages d’excuses envoyés en juillet et sont versés au dossier[6].
Elle déclare également avoir été victime d’agressions sexuelles et d’un viol en , lors d’un séjour à Agde (Hérault), où le groupe S-Crew enregistrait un album[2]. Selon son récit, alors qu’elle dormait dans une chambre partagée avec une amie, le rappeur l’aurait pénétrée avec un doigt sans son consentement puis aurait tenté un rapport sexuel malgré ses refus. L’amie présente affirme avoir assisté à la scène. Dans un message ultérieur, Dina B. exprime son indignation face à ce comportement. Nekfeu qualifie ces accusations de «mensonge total»[6],[33].
Dina B. indique par ailleurs soupçonner des violences exercées sur leur fils, évoquant des ecchymoses, des changements comportementaux et des troubles du développement[3],[6]. Elle affirme disposer de vidéos, d’un certificat médical et d’une attestation psychologique[4]. Elle accuse également son ex-époux d’avoir falsifié des documents afin d’obtenir la garde principale de l’enfant, ce qui l’a conduite à déposer plainte en pour faux, usage de faux et escroquerie au jugement[4].
L’actrice Judith Chemla, victime de violences conjugales qui fut elle-même poursuivie par l'un de ses ex-compagnons pour «non représentation d'enfant» avant d'être relaxée[49], apporte publiquement son soutien à Dina B[6],[50]. La sénatrice Laurence Rossignol, ancienne ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, a écrit au président du tribunal judiciaire de Paris afin de demander que l’affaire soit examinée dans le respect du contradictoire[6]. Les avocats de Dina B., MesFlorence Fekom et William Bourdon, dénoncent un biais favorable à la notoriété de l’artiste et évoquent un climat masculiniste[3]. Un certificat psychiatrique établi en atteste chez leur cliente un grave stress post-traumatique, qu’ils estiment compatible avec une situation d’emprise coercitive conjugale[6],[33].
De son côté, Nekfeu reconnaît des disputes bruyantes et des comportements colériques, mais nie toute violence physique ou sexuelle[6]. Il affirme avoir entretenu une relation affectueuse jusqu’à la séparation et produit des messages antérieurs témoignant, selon lui, d’un attachement réciproque. Il récuse toute lecture rigoriste de sa pratique religieuse et se présente comme victime, lui aussi, de violences et de tentatives de mise sous emprise[6]. Il décrit une relation marquée par une jalousie et une immaturité mutuelles, dont il dit avoir aujourd’hui pris conscience[21],[51],[52]. Il soutient enfin que la médiatisation des accusations a gravement compromis sa carrière artistique et demande que les droits de visite de son ex-épouse soient strictement encadrés[6].
Premier procès de Dina B. pour non-représentations d'enfant
Dina B. est condamnée le par le tribunal correctionnel de Paris à deux mois de prison avec sursis pour certaines non-représentations d'enfant, et relaxée pour d'autres où il n'a pas pu être démontré que Nekfeu était présent pour récupérer son fils. La défense de l'artiste avait obtenu que l'audience du jugement — qui eut lieu le de la même année — se déroule à huis clos, pour préserver l'enfant de l'ex-couple[53]. Dina B., elle, souhaitait une audience publique[54] et fait appel de sa condamnation.
À cette occasion, ses avocats attestent que contrairement aux déclarations du rappeur dans son communiqué du , la jeune femme est très soutenue par sa famille[22]. De plus, ils ajoutent que Nekfeu — qui serait régulièrement en voyage à l'étranger, notamment au Japon — ne récupérerait pas systématiquement son fils son tour venu, ou choisirait de l'emmener hors de Paris pendant les week-ends pourtant réservés au droit de visite et d’hébergement de la mère, sans en informer celle-ci[55]. Un jour où il serait venu chercher son fils au domicile de Dina B., Nekfeu aurait asséné un «tête contre tête» à son ex-épouse sous les yeux de leur enfant puis aurait sèchement attrapé la poussette[21],[56].
Garde à vue de Nekfeu
Le , à partir de 9h30, Nekfeu est placé en garde à vue[57] à la suite d'une plainte de son ex-épouse pour «viol», «agressions sexuelles» et «violences habituelles sur conjoint», garde à vue qui s'inscrit dans le cadre de la même procédure classée sans suite après plusieurs plaintes déposées par Dina B., entre et [58].
Le lendemain, il est remis en liberté sans que des poursuites judiciaires ne soient engagées contre lui[59],[60].
Enquête de Libération
Le , après 5 mois d'investigations, la journaliste Romane Brisard — spécialisée dans les affaires de violences intrafamiliales et d'inceste[61] — publie dans Libération une nouvelle enquête sur l'affaire faisant écho à celle du Monde. Le témoignage de Nekfeu n'y figure pas, ce dernier ayant préféré réserver ses réponses aux autorités judiciaires compétentes[2].
Dina B. explique avoir déposé une première main courante en 2022 relatant les violences multiformes qui auraient été commises par Nekfeu. Se disant terrifiée à l'idée de «déclencher la machine», elle ne se rend pas aux huit convocations policières qui lui sont adressées dans les mois suivants. Le , l’enquête préliminaire du parquet de Paris concernant plusieurs agressions — dont un viol qui aurait eu lieu à Barcelone, est classée sans suite[23].
L'ex-épouse du rappeur atteste avoir remis à la justice un dossier de plus de 3 700 pages d'éléments probatoires étayant ses accusations. Elle parle d'une vie sexuelle «désirée et consentie» avec le rappeur, vécue parallèlement à des agressions sexuelles et des viols commis par celui-ci[62], qu'elle soit endormie[63],[64], malade ou même en période de deuil. Elle rejette les accusations de vénalité de son ex-mari, arguant qu'elle l'a épousé sous le régime de la communauté et qu'elle aurait eu tout intérêt à ne pas le quitter malgré les violences; l'artiste étant «multimillionnaire»[2],[4].
En , elle reproche à Nekfeu son attitude malsaine alors qu'elle vient d'apprendre le décès d'une amie proche: «Tu m’as dit pendant que tu me touchais et tout que tu te retenais depuis la veille […] alors que la veille j’ai passé la soirée à chialer la mort d’une pote […] t’as pas de respect sur ma vie». Le rappeur se serait excusé, se qualifiant de «malade» et «vrai bouffon», puis lui aurait promis de se fixer un «nouvel objectif comportemental»[2].
Dans une conversation SMS datant de , alors que son épouse lui demande d'arrêter de «l'exciter» pendant qu'elle travaille, le rappeur lui aurait répondu: «Quand tu vas me dire ça et qu’on vivra ensemble je te rentrerai ma queue gonflée et dure sans te prévenir»[2]. Dina B. attribue d'autres messages à Nekfeu, où celui-ci exprimerait des fantasmes de viol: «Quand on s’embrouille faudrait que je te force un peu. Et c’est un peu chaud comme évocation, surtout si t’es vraiment vénère, mais ça me traverse tout le temps l’esprit» ou bien encore «J’ai envie de te baiser dix fois d’affilée, que tu me dises non tellement t’en peux plus, et que je te force»[65],[66].
Une amie proche de Dina B., qui soutient avoir été témoin du viol qui aurait eu lieu pendant le week-end à Agde en , témoigne ainsi: «Vers 2 heures, 2h30, on était en train de dormir quand Ken est rentré dans la chambre, j’étais pas super confortable et à l’aise et ça m’a réveillée. (…) Je me souviens que Ken a commencé à embrasser [Dina] et qu’après elle lui a dit “non pas maintenant, laisse-moi je dors", quelque chose comme ça. J’étais mal à l’aise, j’essayais de me rendormir mais il a continué et j’entendais Dina chuchoter de plus en plus fort en lui disant “non, arrête" mais il continuait sur elle à forcer avec sa main, à commencer un rapport sans prendre en compte sa fatigue et ses limites (…)»[2],[6],[67].
D'autres messages versés au dossier montrent Nekfeu se vanter d'avoir déjà envoyé plusieurs personnes dans le «coma» et employer une injure à caractère homophobe pour désigner l'un des amis de Dina B., qu'elle fréquenterait trop au goût du rappeur[2].
Au printemps 2021, alors que Dina B., enceinte de quelques mois, lui annonce son intention de le quitter, Nekfeu l'aurait suppliée de revenir sur sa décision, proposant d'acheter une villa pour le couple et leur futur enfant, ce qu'elle aurait refusé. Après leur séparation, le rappeur l'aurait de nouveau agressée sexuellement lors d'un rendez-vous pour une échographie anténatale, profitant du fait que Dina B. soit seule dans la pièce[2].
En , Nekfeu aurait mandaté un détective privé pour surveiller les faits et gestes quotidiens de son ex-épouse[2].
Deux mois plus tard, Dina B. dépose plainte contre son ex-mari pour «violences sur mineur par ascendant»[3],[6]. Leur fils aurait témoigné auprès des autorités policières avoir été frappé par son père, au niveau du dos, du ventre et de la tête[2]. Au moment d'être récupéré par Nekfeu au commissariat, l'enfant aurait hurlé en s'agrippant aux agents de police puis appelé sa mère[2]. La procédure est classée sans suite le pour infraction «non suffisamment caractérisée». S'étant constitué partie civile dans cette procédure, la mère du petit garçon affirme que «les violences ne s’arrêtent pas quand la femme s’en va» et que le rappeur «poursuit son emprise à travers l’autorité parentale». Nekfeu aurait déposé une trentaine de plaintes contre son ex-épouse pour «non-représentation d'enfant», plaintes qui furent pour la plupart classées sans suite car jugées «disproportionnées». Dina B. assume certaines non-représentations, clamant qu'elle a agi ainsi pour préserver le bien-être de son fils[2],[55].
Le , le parquet de Paris ouvre une enquête pour «disparition inquiétante» suite au signalement de Nekfeu, qui serait convaincu que Dina B. tenterait d'enlever leur fils pour l'emmener en Algérie. Le rappeur aurait également eu confirmation, par un échange téléphonique avec une tante de son ex-épouse, que celle-ci souhaitait le tuer pour ensuite «gérer tout son héritage»[2]. Dina B. dément fermement ces allégations, précisant que sa tante, qui vit en Égypte, a de graves problèmes de santé mentale et qu'elle a été manipulée. De nationalité française, la jeune femme soutient qu'elle n'est pas allée en Algérie depuis 2012 et que son passeport français est périmé. La journaliste Romane Brisard mentionne qu'une interdiction de sortie du territoire a été prononcée pour le petit garçon[2].
Le , date de publication du premier communiqué de l'affaire[9], dix hommes de la Brigade anti-criminalité interviennent dans l'appartement de Dina B. — en défonçant la porte d'entrée — en présence de Nekfeu qui récupère son fils[2]. La jeune femme est, quant à elle, placée en garde à vue jusqu'à la soirée du lendemain dans un commissariat parisien[68].
Communiqué d'Aqababe
Le , l'influenceur et blogueur controversé Aqababe[69], suivi par plus de 1,3 millions d'abonnés sur Instagram et plus de 247 000 sur X, publie un communiqué sur ses réseaux sociaux où il affirme que Nekfeu est tombé dans le piège de Dina B. (qu'il renomme «N. Houda B.»), à savoir une manipulation parfaitement rodée consistant à le séduire dans le but de profiter de sa fortune. Dina B. se serait débrouillée pour tomber enceinte sans l'accord de son mari et chercherait, depuis leur séparation, à lui soutirer une importante somme d'argent (entre «1 et 3 millions d'euros» selon Aqababe)[8]. Pour l'influenceur, Dina B. serait une «fausse victime» de viol. Elle aurait également porté des coups au rappeur à plusieurs reprises et se serait vanté d'avoir le «contrôle total» sur lui. Aqababe assure avoir été informé de ces éléments par des propres amis de Dina B., qui lui auraient décrit Nekfeu comme un mari non-violent, «sensible» et se sentant désormais trahi par celle dont il était sincèrement amoureux[70].
L'influenceur vient donc corroborer les dires du rappeur, qui, début , se disait déjà victime d'un chantage financier[5] et en janvier de l'année suivante, dans les colonnes du Monde, affirmait avoir été frappé par son ex-épouse durant leur relation[6].
En dépit du fait qu'Aqababe ne soit pas officiellement journaliste et fut déjà épinglé à de nombreuses reprises pour la diffusion de fausses informations[71],[72], son communiqué fait rapidement le tour des réseaux sociaux, étant même relayé par plusieurs médias «rap»[8],[70], et semble faire foi de l'innocence du rappeur pour une partie de ses admirateurs.
Le lendemain, Dina B., qui dit avoir reçu des menaces et des insultes suite au communiqué d'Aqababe, annonce par le biais de ses avocats avoir déposé plainte contre l'influenceur — ainsi que le beatmaker Diabi Tyler et le rappeur Doums (lui-même déjà condamné pour violences conjugales[73]), tous deux très actifs[11] dans la défense de Nekfeu sur les réseaux sociaux — et plusieurs internautes pour «harcèlement au moyen de communication publique en ligne»[74].
Information judiciaire ouverte à l'encontre de Nekfeu
Le , le parquet de Paris ouvre une information judiciaire à l'encontre de Nekfeu pour «viol», «agressions sexuelles» et «violences habituelles sur conjoint». Pour son avocate Me Canu-Bernard, la nomination d'un juge d'instruction dans cette affaire permettra de vérifier l'authenticité des pièces transmises à la justice par son ex-épouse et de stopper la diffusion des «mensonges» présumés de cette dernière dans la presse [75]. Pour les avocats de Dina B., Mes William Bourdon, Rebecca Royer et Hannah Kopp, l’ouverture de cette information judiciaire constitue une «conséquence absolument cohérente au regard des lourdes charges déjà réunies» à l’encontre de l'artiste[74],[76]. À ce stade, Nekfeu bénéficie toujours de la présomption d'innocence.
Droit de réponse de Nekfeu à l'enquête de Libération
Le , dans un droit de réponse réagissant à l'enquête de Libération, par la voix de son avocate, Nekfeu dit regretter la surmédiatisation de l'affaire qui viserait selon lui à faire pression sur la justice et indique que les messages SMS lui étant attribués par son ex-épouse sont parfois non authentifiés, tronqués ou réels, mais résultant de «fantasmes intimes» communément consentis[74]. D'après Diabi Tyler, qui a partagé le droit de réponse sur son compte X, la rédactrice de l'enquête, Romane Brisard, serait amie avec Dina B., ce qui expliquerait selon lui l'absence d'authentification ou de contextualisation des SMS[77].
Alors qu'il avait tout d'abord refusé de répondre aux questions de Romane Brisard pendant les 5 mois d'enquête, Nekfeu annonce à Libération, toujours par le biais de son avocate, qu'il a déposé plainte contre Dina B. à la fin de l'été 2025 pour «dénonciation calomnieuse», «harcèlement» et «messages téléphoniques malveillants» dans le but de protéger sa famille[74].
La défense de Nekfeu dénonce également les 8 changements d'avocat de Dina B. ainsi que l'extravagance de la somme réclamée par celle-ci à son ex-époux, à savoir «2 millions d'euros» pour seulement «3 mois de mariage»[74]. En , l'ancienne avocate de la jeune femme, Florence Fekom, assumait de réclamer «2,39 millions d’euros et 500 000 euros de dommages-intérêts»[52] dans le cadre de la procédure d'appel du divorce[4],[6]. Elle justifiait ces sommes par la durée de la «vie conjugale» — soit 4 ans, les revenus importants de l’artiste et les sévices dénoncés par sa cliente et son fils[2],[4],[6].
Second procès de Dina B. pour non-représentations d'enfant
Déjà condamnée en pour ce motif, l'ex-épouse de Nekfeu est de nouveau jugée par la 26e chambre du tribunal correctionnel de Paris, le , pour «non-représentation d'enfant»[14]. Dina B. aurait refusé de rendre leur enfant à des «tiers de confiance» au printemps et à l’été 2025 (les , , , et selon la défense du rappeur)[78]. Ces tiers de confiance (les meilleurs amis de Nekfeu, son père ainsi qu'une nounou) permettraient de faciliter les passages de bras entre les deux ex-époux dont les relations restent très tumultueuses.
À l'audience du procès, marquée par l'absence de Dina B., Nekfeu s'inquiète de la situation de leur fils, qui serait, selon lui, pris dans un «conflit de loyauté» entre ses deux parents[79]. La seconde avocate du rappeur, Me Hermet-Lartigue, chargée des procédures civiles, dénonce le comportement de Dina B. Celle-ci aurait fait injustement intervenir les gendarmes dans la résidence secondaire de Nekfeu alors que ce dernier passait du temps avec son fils durant l'été 2025: la jeune femme aurait prétexté aux militaires que le rappeur était violent avec le petit garçon, ce qui se serait avéré faux[79]. Me Bourdon, l'avocat de Dina B., assure que sa cliente est une femme «éreintée, sans le sou, au bord de l'expulsion de son logement, seule contre tous». Il atteste que les tiers de confiance proposés par Nekfeu seraient «totalement répulsifs» à la jeune femme et participeraient à des soirées en compagnie du rappeur où il y aurait de la drogue ainsi que des armes[79].
Le , Dina B. est condamnée à deux mois de prison avec sursis probatoire de deux ans pour non-représentations d’enfant, assortis d’une obligation de soins[80]. La jeune femme est également condamnée à verser 1 euro de dommages et intérêts ainsi que 500 euros au rappeur[80].
123456Simon Dangien, «Affaire Nekfeu: tous les éléments pour comprendre cette bataille judiciaire», Konbini, (lire en ligne[archive du ], consulté le )
↑«Le rappeur Nekfeu visé par une information judiciaire après de nouvelles accusations de violences sexuelles», Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
↑««De nouvelles formes de violences conjugales, trop longtemps négligées, doivent être intégrées dans le droit français»», Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
↑«Le rappeur Nekfeu sort libre de sa garde à vue pour viol, agressions sexuelles et violences habituelles sur son ex-compagne», Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
↑«L’influenceur Aqababe visé par cinq plaintes pour pratiques commerciales trompeuses, escroquerie et abus de confiance», Le Monde, (lire en ligne, consulté le )