Affaire Nekfeu

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PaysDrapeau de la France France
Date2018 - 2019 - 2020 - 2021 - 2022 - 2023 - 2024
Nombre de victimes2 (présumées)
Affaire Nekfeu
Nekfeu à l'avant-première du film Tout nous sépare, le 20 octobre 2017.
Nekfeu à l'avant-première du film Tout nous sépare, le 20 octobre 2017.

Fait reproché Violences sur mineur par ascendant
Viols conjugaux
Agressions sexuelles
Violences conjugales
Usage de faux
Pays Drapeau de la France France
Date 2018 - 2019 - 2020 - 2021 - 2022 - 2023 - 2024
Nombre de victimes 2 (présumées)
Jugement
Statut Instruction en cours

L'affaire Nekfeu débute en lorsque l'ex-épouse du rappeur, Dina B., révèle par un communiqué de son avocate publié sur X (anciennement Twitter), qu'elle accuse l'artiste de « viols » et « violences répétées » pendant la durée de leur relation, soit 4 ans. Elle déclare avoir quitté le rappeur alors qu'elle était enceinte de 5 mois, pour se protéger ainsi que son enfant à naître[1].

Selon elle, Nekfeu — qui n'aurait pas supporté leur séparation puis la dénonciation des violences qu'il aurait commises — procéderait à un « acharnement judiciaire » crescendo pour se venger et la réduire au silence[2], déposant ainsi de nombreuses plaintes contre la jeune femme pour « non-représentation d'enfant » et la privant progressivement de leur fils, qui serait lui aussi victime de violences physiques infligées par son père[3],[4].

Très discret depuis 2019, Nekfeu sort de sa réserve médiatique, démentant rapidement et fermement l'ensemble des accusations portées à son encontre, qui seraient contraires à ses valeurs[5]. L'artiste se dit victime d'un complot orchestré par son ex-épouse visant à salir son image auprès du public[6] et à s'accaparer une partie de sa fortune financière[7],[8].

La grande popularité du rappeur et la gravité des accusations, qui s'inscrivent dans le cadre du mouvement #MeToo, de la dénonciation des violences intrafamiliales et leur traitement par la justice, entraînent une surmédiatisation de l'affaire et de nombreux commentaires de la part de journalistes, influenceurs, fans ou détracteurs de l'artiste et même de proches des deux ex-époux sur les réseaux sociaux[9],[10],[11]. Le « contrôle coercitif », notion émergente dans le traitement judiciaire des violences conjugales en France, occupe également une place centrale dans ce dossier[12].

Depuis le , Nekfeu est visé par une information judiciaire pour « viol », « agressions sexuelles » et « violences habituelles sur conjoint », ouverte par le parquet de Paris. Les plaintes précédemment déposées contre lui par son ex-femme pour ces mêmes motifs avaient été classées sans suite car non « suffisamment caractérisés »[13]. Il bénéficie de la présomption d'innocence.

Dina B. se considère comme étant une « mère désenfantée », à savoir une femme ayant perdu la garde de son enfant après avoir dénoncé les violences commises sur lui par son père. Déjà condamnée en pour « non-représentations d'enfant », elle est de nouveau jugée en , pour le même motif[14].

Notion d’emprise coercitive conjugale ou « contrôle coercitif »

Né le à La Trinité (Alpes-Maritimes) et ayant passé la majeure partie de sa vie en région parisienne, Nekfeu, de son vrai nom Ken Samaras, est l'un des rappeurs français les plus appréciés et les plus populaires[15] de sa génération. Reconnu pour son talent et sa polyvalence technique, ses textes et ses prises de position progressistes sont régulièrement loués par les spécialistes du genre[16],[17] et ses pairs[18]. Sa discographie solo — composée de trois albums studio, Feu (2015), Cyborg (2016) et Les Étoiles vagabondes (2019) — est un succès critique et public avec plus de 2 millions d'albums vendus au total[19]. Il est aussi membre du collectif l'Entourage et des groupes 1995 et S-Crew.

En 2016, il débute une carrière au cinéma en tant qu'acteur dans le film Tout nous sépare de Thierry Klifa, aux côtés de Catherine Deneuve, Diane Kruger et Nicolas Duvauchelle[20].

Fin 2017, Nekfeu rencontre Dina B., à l'initiative de cette dernière. Âgée de 25 ans, d'origine algérienne et de confession musulmane, Dina B. est une jeune aspirante réalisatrice qui porte plusieurs projets de soutien scolaire aux enfants défavorisés. Quelques mois plus tard, séduit par le « côté mystérieux » et l'humour de la jeune femme[6], le rappeur entame avec elle une relation amoureuse fusionnelle[21]. Il l'épouse civilement le et leur fils naît à l'été 2021[2]. Le couple se sépare durant la grossesse de Dina B., au premier semestre 2021. Les deux premières années de sa vie, le petit garçon vit majoritairement chez sa mère[21]. Nekfeu bénéficie d'un droit de visite et d'hébergement à partir de [6].

Le , date de l'officialisation du divorce, le juge aux affaires familiales décide de transférer la résidence principale de l'enfant chez Nekfeu, avec un droit de visite et d'hébergement et une garde lors de la moitié des vacances scolaires pour Dina B.[19],[22] Celle-ci fait appel de cette décision[23].

Selon le sociologue américain Evan Stark (1942-2024), la contrainte systémique — dont Dina B. et Nekfeu s'accusent mutuellement — est une forme insidieuse de violence psychologique pouvant être exercée par un conjoint ou un ex-conjoint afin d’isoler, dominer et rendre l’autre dépendant. Dans le contexte intime, elle se manifeste sous la forme de l’exercice d’une emprise coercitive conjugale ou « contrôle coercitif », c’est-à-dire un ensemble d’actes de coercition — surveillance intrusive, restrictions, isolement dirigé, exigences arbitraires et déstabilisation cognitive — visant à instaurer une domination structurelle[6]. Les auteurs de ces conduites sont majoritairement des hommes, selon les études empiriques.

Dans Coercive Control : How Men Entrap Women in Personal Life L’emprise coercitive : comment les hommes piègent les femmes dans la vie privée », 2007), Stark décrit un processus de piégeage relationnel conduisant à une mise sous emprise progressive : la victime est privée, au fil du temps, de libertés ordinaires telles que se déplacer librement, entretenir des relations sociales, choisir son apparence, exprimer ses opinions ou utiliser les réseaux sociaux[24]. Cette violence conjugale, souvent peu visible, produit des effets psychotraumatiques cumulatifs et peut précéder des agressions physiques ou sexuelles plus graves, voire un féminicide[25]. Elle peut également affecter le développement et le bien-être des enfants exposés, soit par l’exposition directe aux violences, soit par les effets du stress chronique induit par la domination coercitive[26],[27].

Le , à l’issue de débats consacrés à l’évolution de la législation relative au harcèlement moral au sein du couple en France, le Sénat a renoncé à introduire explicitement la notion de « contrôle coercitif » dans la loi, décision regrettée par de nombreux magistrats et associations féministes[28],[29]. Le , dans une tribune publiée par Le Monde à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, plusieurs personnalités ont appelé à mieux reconnaître les violences psychologiques dites « invisibles », notamment l’emprise coercitive conjugale, les violences vicariantes — utilisation de l’enfant comme moyen de pression — et les violences procédurales, consistant en la multiplication d’actions judiciaires destinées à épuiser psychologiquement et financièrement l’autre partenaire[30],[31].

État de santé de Dina B.

Dans l’affaire médiatisée opposant Dina B. au rappeur Nekfeu, les accusations d’emprise coercitive conjugale s’inscrivent dans un contexte d’allégations contradictoires. Dina B. souffre de troubles thyroïdiens associés à l’anxiété, à une fatigue physique et mentale, à des troubles de l’humeur et à des difficultés de concentration. Selon son ancien conjoint, ces troubles altéreraient son discernement ; selon le psychiatre et les conseils de la jeune femme, les violences psychologiques, physiques et sexuelles alléguées, ainsi que la contrainte systémique, auraient aggravé son état et favorisé l’apparition d’un stress post-traumatique[6],[32],[33].

Chronologie des évènements

Notes et références

Annexes

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