Wikiwand AI

Aimery II de Lusignan

roi de Chypre et de Jérusalem From Wikipedia, the free encyclopedia

Aimery de Lusignan[2] (souvent nommé par erreur Amaury[3]), est né dans le Poitou avant 1152 (peut-être vers 1147)[4] et meurt à Saint-Jean-d'Acre le . Il fut le premier roi de Chypre (sous le nom d'Aimery Ier) à partir de 1196 et roi de Jérusalem (sous les noms d'Amaury II ou [par confusion] Aimery II) en tant qu'époux de la reine Isabelle Ire, de 1198 jusqu'à sa mort. Souverain compétent dont le règne apporta paix et stabilité aux deux royaumes, il fut le fondateur de la dynastie des Lusignan au royaume de Chypre.

Faits en bref Connétable du royaume de Jérusalem, 1181-1194 ...
Aimery II de Lusignan
Bulle avers d'Aimery de Lusignan
roi de Jérusalem et de Chypre[1].
Fonctions
Connétable du royaume de Jérusalem
-
Chambellan du royaume de Jérusalem
-
Jean (d)
Monarque
Royaume de Chypre
Titres de noblesse
Roi de Chypre
-
Prédécesseur
Successeur
Roi de Jérusalem
-
Prédécesseur
Avec
Successeur
Biographie
Naissance
Décès
Époque
XIIe – XIIIe siècles
Période d'activité
Famille
Maison de Lusignan
(branche cadette de Chypre)
Père
Mère
Bourgogne de Rancon
Fratrie
Hugues le Brun
Robert de Lusignan
Geoffroy Ier de Lusignan
Pierre de Lusignan
Guy de Lusignan Couronne rouge
Guillaume de Valence
Almodis de Lusignan
Conjoint
Enfants
Guy de Lusignan
Jean de Lusignan
Alix de Lusignan
Bourgogne de Lusignan
Héloïse de Lusignan
Hugues Ier de Lusignan Couronne rouge
Sibylle de Lusignan Couronne rouge
Aimery de Lusignan
Mélisende de Lusignan
Autres informations
Grands-Parents
Consécrateur
Conrad de Querfurt
Conflit
Faits d'armes
Héritier
Fermer

Arrivé de France en Terre sainte avec ses deux frères, il devient chambellan du royaume de Jérusalem, de 1175 à 1178, puis connétable, de 1181 à 1194, et succède à son frère aîné Geoffroy de Lusignan (rentré en France) comme comte de Jaffa et d'Ascalon (1193-1198). Il succède aussi en 1194 à son frère cadet Guy de Lusignan (décédé) comme seigneur de Chypre. Il est sacré roi de Chypre en 1197 et devient roi de Jérusalem de 1198 à 1205 par son mariage avec Isabelle de Jérusalem.

« Aimery fut d'abord un pauvre valet et gentilhomme ; il obtint successivement tous les grands offices du royaume, depuis la charge de chambellan jusqu'à la connétablie. Ensuite il fut roi des deux royaumes, d'abord de celui de Chypre, puis de celui de Syrie ; et tous les deux, il les gouverna jusqu'à sa mort parfaitement et avec une extrême habileté »[5],[6]

— Jean d'Ibelin, Assises de Jérusalem, XIIIe siècle.

Biographie

Famille

Aimery est le cinquième fils de Hugues VIII (v. 1097-ap. 1171), seigneur de Lusignan (1151-1171), et de Bourgogne de Rancon (av. 1112-ap. ), fille aînée de Geoffroy Ier de Rancon (♰ ap. 1154), seigneur de Taillebourg, et de Fossifie[7],[8],[9],[10].

Aimery a pour frères Geoffroy Ier de Lusignan (av. 1150-1216), seigneur de Vouvant (1169-1216), Mervent (av. 1200-1216), comte de Jaffa et d'Ascalon (1191-1192), et Guy de Lusignan (av. 1153-1194), qui devient par mariage roi de Jérusalem (1186-1192)[11]. Les frères Lusignan s'illustrent en Terre Sainte et apportent un immense prestige à l'ensemble du groupe familial en raison des hauts faits d'armes de Geoffroy et par l'accession à la royauté de Guy[12],[13].

Anthroponyme

Aimery, prénom donné aux fils aînés dans la famille de Rancon, porte celui de son oncle, Aimery V (♰ 1171), de son grand-oncle, Aimery IV (♰ v. 1122), et de son arrière-grand-père maternel, Aimery III de Rancon (♰ v. 1105)[14],[15],[3].

Homonyme

Aimery ne doit pas être confondu avec son neveu : un autre Aimery de Lusignan (av. 1202-ap. 1230), chevalier, dernier fils de Geoffroy Ier de Lusignan (av. 1150-1216) et de sa seconde épouse Eustachie Chabot (av. 1184-av. 1215)[16].

Branche cadette

Aimery est le fondateur de la branche cadette de Chypre de la maison de Lusignan. Par la suite, la branche aînée des seigneurs de Lusignan du Poitou n'entretient pas de relations avec la branche cadette de Chypre. Ses neveux : Hugues IX le Brun (av. 1151-1219), comte de la Marche (1199-1219) et Raoul Ier d'Exoudun (v. 1169-1219), comte d'Eu (1191-1219) accèdent au rang comtal à la fin du XIIe siècle[17].

Jeunesse

États latins d'Orient en 1165 et 1168.

Aimery apparaît dans un document de de l'évêque de Poitiers, Jean Belles-mains[18]. Il participe, avec les membres sa famille à la révolte féodale contre Henri II Plantagenêt en Poitou[19]. Peu après, il part en Terre sainte rejoindre son père Hugues VIII, accompagnés de ses frères Pierre et Guy de Lusignan chassés d'Aquitaine après leur révolte de 1168[20].

Terre Sainte

Le roi Amaury Ier de Jérusalem achète la liberté d'Aimery de Lusignan qui est libéré des geôles sarrasines de Damas en 1173 ou en 1174[21]. Vaillant soldat, mais aussi politique calculateur et avisé, il s’insinue dans les bonnes grâces de la reine mère Agnès de Courtenay et en devient le favori. Des rumeurs en font l’amant de cette dernière[22], mais aucune source ne confirme cette éventualité[23]. Aimery par la suite gagne la confiance du roi Baudouin IV le Lépreux qui le nomme chambellan de Jérusalem et le marie, avant 1176, avec Echive, fille de Baudouin d'Ibelin seigneur de Ramla[24]. Amaury devient ainsi le beau-frère des seigneurs de Mirabel, de Ramla et d'Ibelin et s'insère dans la noblesse des seigneurs du royaume[25],[11].

À partir de 1180, Sibylle de Jérusalem, sœur et héritière du roi Baudouin le Lépreux, est toujours veuve de Guillaume de Montferrat. Il n'est pas impossible qu'Aimery ait fait preuve de stratégie politique en soumettant la candidature de son frère Guy auprès de la reine-mère, Agnès de Courtenay, et de Sibylle. Quoi qu'il en soit, Baudouin IV, pressé, et craignant un coup d'État de la part de Raymond III de Tripoli et de Bohémond d'Antioche, consent à cette union[26],[27],[28]. Guy épouse Sibylle, pendant les fêtes de Pâques, entre le et le à Jérusalem[29], et est investi par le roi du comté de Jaffa et d’Ascalon[30],[31].

En 1181, le roi Baudouin IV nomme Aimery de Lusignan connétable du royaume[30],[32]. Aimery participe en 1183 à la bataille d'Al-Fule aux côtés de son frère[33]. Son détachement subit une charge des troupes musulmanes, mais il y résiste. Ce sera une des seules actions de la bataille, car les barons repoussent les provocations de Saladin et évitent de charger son armée, ce qui aurait pu provoquer un désastre comme celui de Hattin. Guy de Lusignan, qui commandait l'ost royal, est disgracié, mais Aimery conserve sa charge de connétable[34].

Guy, roi de Jérusalem

Après les morts de Baudouin IV, en [35], puis de son neveu Baudouin V, en ,[36],[37] Guy et Sibylle montent sur le trône[38],[39],[40],[41],[42]. En , Guy fiance leur plus jeune frère, Guillaume de Valence, resté en Poitou, à Béatrix de Courtenay, fille du sénéchal du royaume Josselin III de Courtenay[43],[44],[45],[46],[47],[48].

La défaite de Hattin

Moins d'un an plus tard, les troupes de Saladin écrasent l'armée franque à Hattin, le 4 juillet 1187[49],[50]. Le principal fragment de la Vraie Croix du Christ, qui était emporté au combat, disparaît à cette occasion. De nombreux francs, dont Aimery, son frère Guy, Gérard de Ridefort, Onfroy IV de Toron, Boniface de Montferrat, ainsi que Renaud de Châtillon[51], qui est immédiatement décapité par Saladin, sont faits prisonniers[50],[49].

Saladin conquiert la plus grande partie du royaume, à l'exception de Tyr, défendue par Conrad de Montferrat. Saladin libère Guy à Tortose en [52]. Ce dernier décide avec quelques chevaliers de reprendre la ville de Saint-Jean-d’Acre et l’assiège le [53]. Aimery et Guy sont rejoints par leur frère Geoffroy, combattant intrépide et renommé[54], venu d'Europe avec un contingent important de soldats poitevins[55],[56] et par Conrad de Montferrat qui met ainsi de côté sa rivalité avec Guy.

Siège de Saint-Jean-d'Acre et Troisième croisade

États latins d'Orient en 1190 et 1192.

La troisième croisade arrive alors en Terre Sainte commandée par les rois Philippe II Auguste de France et Richard Cœur de Lion d’Angleterre. Les croisés débarquent à Acre et viennent renforcer les troupes des assiégeants et permettent la reprise de différentes villes, dont Saint-Jean-d'Acre le . Cependant, les barons refusent que Guy reste roi et choisissent Conrad de Montferrat. Guy de Lusignan reçoit de Richard Cœur de Lion l'île de Chypre[57],[58],[59].

Conrad de Montferrat est assassiné peu après et Henri II de Champagne lui succède comme roi de Jérusalem. Guy de Lusignan ne renonce pas à son ancien royaume et tente à plusieurs reprises de reprendre des ports de Palestine, à tel point qu'Henri de Champagne oblige Aimery de Lusignan à renoncer à la charge de connétable en 1193[60].

Guy s'installe à Chypre emmenant avec lui un grand nombre de seigneurs Francs qui avaient perdu leurs fiefs en Palestine. En , Aimery, accusé d'avoir soutenu un complot visant Henri II de Champagne, est emprisonné puis libéré rapidement[61]. Il rejoint son frère Guy à Chypre[62]. Guy de Lusignan meurt en , léguant Chypre à son frère aîné Geoffroy. Ce dernier retourné en Poitou décline l'offre. Aimery de Lusignan est désigné à la succession[63],[64],[65],[66].

Seigneur puis roi de Chypre

Aimery de Lusignan se met à organiser son nouvel État, chose que son frère n'avait eu ni l'envie de faire, ni le temps. Il commence par redistribuer les terres et domaines que son frère avaient imprudemment donné aux nobles, afin de constituer un domaine royal capable d'assurer les revenus nécessaires à la cour. Un chroniqueur arabe le qualifie de prince sage et ami du repos. Il est considéré comme le véritable fondateur du royaume de Chypre. En 1196, il obtint du pape la création d'un archevêché à Nicosie et de trois évêchés à Paphos, Limassol et Famagouste[67].

Aimery se préoccupe du statut juridique de Chypre et de sa souveraineté. Il se tourne alors vers le pape et l'empereur en demandant l'investiture royale en . L'empereur Henri VI le fait roi de Chypre. Conrad de Querfurt, évêque de Hildesheim et vicaire impérial, vient alors le couronner en à Nicosie[68],[69],[70],[71]. Parallèlement, Henri II de Champagne et Aimery de Lusignan mettent fin à leur antagonisme, qui risque de faire le jeu des Ayyoubides, et fiancent respectivement leurs trois enfants : Guy, Jean, Hugues avec Marie, Alix, Philippa[72],[73].

Roi de Jérusalem

États latins d'Orient en 1197 et 1205.

Le 10 septembre 1197, Henri II de Champagne tombe accidentellement d’une fenêtre de son palais à Saint-Jean-d’Acre et meurt sur le coup. Peu après, le sultan Malik al'Adil, frère de Saladin, reprend Jaffa. La succession à la titulature de Jérusalem se pose. Les barons, après avoir hésité sur Raoul de Saint-Omer, prince de Tibériade, renoncent à cette possibilité[74] et offrent la couronne à Aimery de Lusignan. Veuf d’Echive d’Ibelin depuis 1196[75], il épouse Isabelle de Jérusalem en secondes noces à Saint-Jean d'Acre. Isabelle et Aymery sont couronnés à Tyr par le patriarche de Jérusalem[76]. Dès son accession au trône de Jérusalem en sous le nom d'Aimery II de Jérusalem, il déclare qu’il n’opérera pas à une union des deux royaumes et que chacun restera autonome. Il est vrai que la monarchie de Chypre est héréditaire et souveraine, tandis que celle de Jérusalem est élective et limitée[77].

Ne pouvant reprendre Jaffa, Aimery convoque l’ost et s’attaque à Sidon et à Beyrouth, qu’il reprend en , après avoir repoussé l’armée ayyoubide le . Sidon est rendue à son seigneur Renaud Granier et Beyrouth est donné à Jean d’Ibelin, le demi-frère de la reine. Cette armée de croisés allemands, conduite par Henri Ier de Brabant, tente d’assiéger Toron, dans l’arrière-pays, mais échoue ; Malik al’Adil ayant envoyé une armée de secours. Elle rembarque en , quand quatre chevaliers allemands agressent et blessent grièvement Aimery avant d’être maîtrisés, jugés et décapités. Aimery accuse Raoul de Saint-Omer d’être l’instigateur de la tentative de meurtre. Malgré le soutien des barons, Raoul est finalement exilé[78].

La croisade d’Allemands a manqué de rallumer le jihad, mais Aimery parvient à conclure une trêve le [79]. Al’Adil en profite pour réunifier l’empire de Saladin en écartant ses neveux, tandis qu’Aimery tente d’imposer une autorité forte dans son royaume en tentant de combler les lacunes des Assises de Jérusalem, mais l’opposition des barons, remontés par l’exil de Raoul de Saint-Omer, fait échouer ce projet[80].

Comme la troisième croisade, n’a pas réussi à reprendre Jérusalem aux Ayyoubides, le pape Innocent III décide d'en prêcher une nouvelle en 1198. De nombreux nobles européens se croisent et choisissent comme chef Thibaut III de Champagne, qui meurt le , puis Boniface de Montferrat. Mais comme les croisés ne disposent pas assez d’argent pour payer le passage aux Vénitiens, ces derniers leur proposent de prendre pour leur compte la ville hongroise de Zara, qui les concurrence économiquement. Le prince Alexis Ange leur propose ensuite de le rétablir sur le trône byzantin en échange du règlement de la dette aux Vénitiens et détourne ainsi la croisade sur Constantinople. De toute cette croisade, il n’arrive en Syrie que quelques croisés qui avaient décidé de venir sans utiliser les navires vénitiens, ainsi que d'autres qui avaient quitté le gros de l’expédition, estimant infamant d’attaquer d’autres chrétiens[81].

Comme il ne dispose pas de forces suffisantes, Aimery reconduit la trêve avec Al-`Adil espérant que les croisés, après avoir conquis Constantinople, finissent par arriver en Palestine. Après une révolte des Grecs, qui n’acceptent pas le protectorat latin, les croisés reprennent Constantinople en 1204 et y établissent un empire latin, réduisant à néant les espoirs d’Aimery de voir venir l’armée croisée. La paix qu’il conclut en septembre avec Al-`Adil lui permet de récupérer les villes de Ramla, Jaffa et Lydda[82].

Décès et succession

Aimery II de Lusignan meurt le 1er avril 1205 à Saint-Jean d'Acre[83], suivi par son épouse Isabelle en 1206. Son fils Hugues Ier de Lusignan lui succède à Chypre, sous la régence de Gautier de Montbéliard, tandis que sa belle-fille Marie de Montferrat, fille de Conrad de Montferrat et d’Isabelle lui succède à Jérusalem, sous la régence de Jean d’Ibelin.

Mariages et descendance

Echive d'Ibelin

Aimery épouse en premières noces, vers 1175, Echive d'Ibelin (v. 1150-1196/97), fille de Baudouin d'Ibelin (v. 1134-1187), seigneur de Mirabel et de Ramla, et de Richilde de Bethsan (♰ ap. 1174)[84],[25],[85].

Echive donne naissance à[86],[87],[88],[4],[11] :

Isabelle de Jérusalem

Veuf, Aimery se remarie en avec Isabelle de Jérusalem (1169-1205), reine de Jérusalem (1192-1205), veuve d'Henri II de Champagne 1166-1197) comte de Champagne (1181-1197). Elle est la fille du roi Amaury Ier et de Marie Comnène. Le couple a pour descendance[88],[89] :

Ascendance

Sceau

Bulle avers & revers d'Aimery II de Lusignan, roi de Jérusalem et de Chypre.

Avers : Rond[90],[91],[92],[93].

Description : Le roi couronné, assis de face sur un trône. Il tient à main droite le sceptre et de la main gauche le globe crucigère.

Légende : ✠ AIMERICVS ⠅DEI ⠅GRA ⠂REX IERL'M ET CIPRI

Légende transcrite : Aimericus Dei gratia rex Ierusalem et Cipri

Légende traduite : Aimery, par la grâce de Dieu roi de Jérusalem et de Chypre.

Contre-sceau : Rond[90],[91],[92],[94].

Description : Château à trois tours (celle du milieu plus haute est surmontée d'un croissant flanqué de deux coupoles ; une des tours est surmontée d'une coupole supportant une croix, l'autre d'un croissant) représentant trois monuments principaux de Jérusalem: l’église du Saint-Sépulcre, la tour de David et le dôme du rocher.

Légende : ✠ CIVITAS ⠅REGIS ⠅REGVM OMNIVM

Légende transcrite : Civitas Regis Regum omnium

Légende traduite : La ville du roi de tous les rois.

Notes et références

Sources et bibliographie

Annexes

Related Articles

Timelines

Top Qs

Fact Checks