Almodis de la Marche

dame de Lusignan, comtesse de Toulouse, puis comtesse de Barcelone From Wikipedia, the free encyclopedia

Almodis de la Marche[2] née vers 1023 et morte le à Barcelone est une femme de la haute noblesse méridionale médiévale. Elle fut successivement dame de Lusignan, comtesse de Toulouse et comtesse de Barcelone par ses mariages[3]. Elle affirma le caractère politique d'épouse du comte et joua un rôle important auprès de ses différents maris, ainsi que de ses enfants[4].

Naissance
V. 1023
Nom dans la langue maternelle
Almodis de la MarcaVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Comtesse de Barcelone (d) avec Raimond-Bérenger Ier de Barcelone, 1052-1071 ...
Almodis de la Marche
Almodis de la Marche
Enluminure, Anonyme, (XIVe – XVe siècle)[1]
Fonction
Comtesse de Barcelone (d)
avec Raimond-Bérenger Ier de Barcelone
-
Titres de noblesse
Dame de Lusignan
Comtesse de Toulouse
Comtesse de Barcelone
Biographie
Naissance
V. 1023
Décès
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Almodis de la MarcaVoir et modifier les données sur Wikidata
Famille
Père
Bernard Ier de la Marche
Mère
Amélie
Fratrie
Audebert II de la Marche
Eudes Ier de la Marche
Rangarde de la Marche
Lucie de la Marche
Agnès de la Marche
Conjoint
Enfants
Hugues VI de Lusignan
Jourdain de Lusignan
Guillaume IV de Toulouse
Raymond IV de Toulouse
Hugues de Toulouse
Almodis de Toulouse
Raimond-Bérenger II de Barcelone
Bérenger-Raimond II
Agnès de Barcelone
Sancie de Barcelone
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Biographie

Famille

Almodis est la fille du comte de la Marche Bernard Ier (991-1047)[5] et de son épouse Amélie[4], dont l'origine familiale est inconnue[6].

Elle a pour frères les comtes de la Marche, Audebert II (♰ 1088)[7],[8] et Eudes Ier (♰ av. )[9],[10] et pour sœurs Rangarde, comtesse de Carcassonne[11], Lucie, comtesse de Pallars[12],[13],[14], et Agnès[15],[16].

Homonyme

Almodis ne doit pas être confondue avec sa nièce, une autre Almodis de la Marche (♰ av. 1129), comtesse de la Marche, fille d'Audebert II et sœur de Boson III (♰ 1091)[17], épouse de Roger III de Montgommery dit Roger le Poitevin (♰ v. 1123)[18].

Dame de Lusignan

Almodis épouse, vers 1035, Hugues V, seigneur de Lusignan, dont elle a deux fils. Mais pour des raisons de consanguinité le mariage est annulé[19],[20]. La période correspond également à un changement d'alliance des comtes de la Marche qui se rapprochent des comtes de Toulouse[21].

Comtesse de Toulouse

Vers 1040, Almodis épouse le comte de Toulouse, Pons. Elle est toujours son épouse le , puisqu'elle souscrit une charte de l'abbaye de Moissac à Cluny[22],[23]. Peu après, Almodis est enlevée par Raimond-Bérenger Ier, comte de Barcelone[24],[25].

Comtesse de Barcelone

C'est en passant par Narbonne, avant de se rendre en pèlerinage à Rome, que Raimond-Bérenger Ier de Barcelone rencontre Pons et Almodis. Au retour de Rome, il enlève Almodis, qu'il aime[26], peut-être avec l'aide d'une flotte envoyée par son allié, l'émir musulman de Tortosa[12]. Ils se marient immédiatement dès le [27], bien que leurs précédents conjoints soient encore vivants[24].

Excommunication du couple

À la demande de l'épouse répudiée de Raymond-Bérenger, Blanche[28], soutenue par la grand-mère de Raymond-Bérenger, la comtesse douairière Ermessende de Carcassonne[29], le pape Victor II excommunie Raimond-Bérenger Ier et Almodis pour ce mariage : la sentence est confirmée par un concile des évêques de la province de Narbonne réuni à Toulouse[30]. Raimond-Bérenger Ier et Almodis ont pourtant des fils jumeaux en 1054, Raymond-Bérenger et Bérenger-Raymond. En 1057, la comtesse Ermessende se réconcilie avec Raimond-Bérenger Ier et Almodis et leur prête hommage[31]. Elle intercède également auprès du pape en faveur de la levée de l'excommunication. Raimond-Bérenger Ier et Almodis se rapprochent également des évêques catalans afin qu'ils écrivent au pape en sa faveur, en soutenant par exemple la reconstruction de la cathédrale romane de Barcelone. Finalement, le pape Victor II cède en 1057[32]. Almodis, dont le mariage est confirmé et qui a donné deux enfants au comte est alors solidement installée[33].

Almodis joue un rôle véritable à la cour barcelonaise. Elle s'intéresse particulièrement au droit, en particulier aux textes wisigothiques, et participe à la rédaction des Usages de Barcelone[34]. Enfin, Almodis noue même des relations étroites avec les émirs musulmans de Tortosa et de Dénia[35].

Politiques matrimoniales

Almodis s'occupe également de renforcer le pouvoir de son époux vis-à-vis de ses vassaux catalans. En 1054, elle organise les noces de sa sœur, Lucie de la Marche, qui l'a suivie à la cour de Barcelone, avec le dangereux comte de Besalù, Guillaume II[13]. Ce projet d'union n'est pas suivie des faits. Un second accord est trouvé en 1057 et fait rentrer le comte dans la fidélité de Raimond-Bérenger Ier[36]. En 1058, Lucie de la Marche est mariée à Artaud Ier comte de Pallars Sobirà[37],[13].

En 1066, Almodis se rend à Toulouse pour le mariage de sa fille Almodis de Toulouse avec Pierre Ier, comte de Melgueil[38] ; elle souscrit deux chartes en faveur des abbayes de Saint-Gilles[39] et de Moissac[40], en compagnie de ses fils Raymond IV de Saint Gilles et Guillaume IV de Toulouse[41],[42].

Achat des comtés de Carcassonne et de Razès

Raimond-Bérenger Ier de Barcelone et Almodis de la Marche, versant 2 000 onces d'or à Raimond de Cerdagne et son épouse Adélaïde, en échange de leurs droits sur le comté de Carcassonne en 1067[43].

Comme Raimond-Bérenger Ier a eu un fils de sa première épouse Elisabeth[44], Pierre-Raimond, auquel est promis l'héritage barcelonais, Almodis s'occupe également de constituer un domaine pour ses fils.

Au décès du comte de Carcassonne, Roger III, sans descendance, Almodis pousse son mari a l'achat de Carcassonne, entre 1067 et 1070, que le couple comtal projette sans doute de donner en apanage à Pierre-Raimond, afin d'accorder le patrimoine catalan à leurs fils[12],[45]. Almodis et Raimond-Bérenger Ier déboursent 4 000 mancus[46] pour racheter les droits des sœurs du comte défunt (filles de Pierre Raymond de Carcassonne et de Rangarde de la Marche ; nièces d'Almodis) : Ermengarde de Carcassonne, épouse du vicomte d'Albi et de Nîmes, Raimond-Bernard Trencavel[47],[48],[49], et Adélaïde de Carcassonne[46], première épouse du comte de Cerdagne, Guillaume-Raymond[50],[51],[52].

Décès et sépulture

Sépulture d'Almodis de la Marche
Cathédrale Sainte-Croix de Barcelone

Finalement, Almodis essaie de placer ses deux fils, Raimond-Bérenger et Bérenger-Raimond, à la tête du comté de Barcelone, évinçant le premier fils de Raimond-Bérenger Ier, Pierre-Raimond. Celui-ci prend ombrage des tentatives de sa belle-mère. Il l'assassine lui-même à Barcelone le [53] ; crime pour lequel il est déshérité et exilé en terre d'Islam[54].

Almodis est inhumée dans la cathédrale de Barcelone.

Mariages et descendance

Almodis a été mariée trois fois, dont les époux vécurent en même temps[55]. Autre fait inhabituel : elle donna naissance à trois reprises à des jumeaux qu'elle eut avec ses maris respectifs.

Hugues V de Lusignan

Almodis épouse vers 1035 Hugues V de Lusignan dit le Pieux (v. 1021-8 oct. 1060), seigneur de Lusignan et de Couhé, fils d'Hugues IV dit le Chiliarque (av. 997-1030/1032), seigneur de Lusignan (1012-1030/1032) et d'Audéarde, sûrement issue des seigneurs de Chabanais et de Confolens[56]. Elle a de cette union des jumeaux[19],[57] :

Pour des raisons de consanguinité, le mariage fut annulé[19],[58].

C'est cependant de ce mariage que la famille de Lusignan va affirmer ses prétentions sur le comté de la Marche tout au long du XIIe siècle ; prétentions qui se concrétisent en 1199 lorsqu'Hugues IX le Brun, seigneur de Lusignan devient comte de la Marche[59],[60].

Pons de Toulouse

Vers 1040, Almodis se remarie avec Pons (v. 995/97-1060), comte de Toulouse (1037-1060). Le couple a quatre enfants dont les jumeaux Guillaume et Raymond[61],[57] :

Raimond-Bérenger Ier de Barcelone

Almodis et Raimond-Bérenger à la cour de Barcelone[64]

Après le [65] et avant le [27], Almodis épouse Raimond-Bérenger Ier (1023-), comte de Barcelone. Ils ont quatre enfants, dont les jumeaux Raimond-Bérenger et Bérenger-Raimond[57] :

Postérité

Almodis laisse une longue postérité, où les rivalités font aussi place aux alliances. Ses enfants se retrouvèrent ensemble à plusieurs reprises dans des expéditions militaires : en 1096, Hugues VI de Lusignan, Raymond IV de Saint Gilles et Bérenger-Raimond II de Barcelone participèrent à la première Croisade.

L'historien Martin Aurell en fait une « femme hors normes. Trois fois mariée, après avoir quitté à deux reprises un époux légitime en vie auquel elle avait donné une progéniture ; [...] usufruitière d'un vaste douaire [...] ; correspondante de l'émir musulman de Dènia ; présidant avec son époux aux synodes réformateurs [...] ; tuée enfin par son beau-fils... »[71].

Fiction

L'historienne et romancière Tracey Warr a fait d'Almodis de la Marche l'héroïne de son premier roman, Almodis : The Peaceweaver (2011)[72],[73].

Dans Ermessenda (ca), la mini-série télévisée catalane réalisée en 2011 inspirée de la vie d'Ermessende de Carcassonne, le personnage d'Almodis est joué par l'actrice Bea Segura[74],[75].

Notes et références

Sources et bibliographie

Annexes

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