Alfred Brendel

pianiste, poète et auteur autrichien From Wikipedia, the free encyclopedia

Alfred Brendel est un pianiste autrichien né le à Wiesenberg en Tchécoslovaquie (aujourd'hui Tchéquie) et mort le à Londres (Royaume-Uni).

Décès (à 94 ans)
Londres (Royaume-Uni)
Activité principale pianiste
Activités annexes poète
essayiste
Faits en bref Naissance, Décès ...
Alfred Brendel
Description de cette image, également commentée ci-après
Alfred Brendel en 2010.
Naissance
Wiesenberg (Moravie, Tchécoslovaquie)
Décès (à 94 ans)
Londres (Royaume-Uni)
Activité principale pianiste
Activités annexes poète
essayiste
Années d'activité 19482010
Éditeurs Philips, Philips Classics, Decca, VOX
Formation autodidacte
Maîtres Edwin Fischer
Élèves Kit Armstrong,
Roberto Carnevale (it),
Imogen Cooper,
Till Fellner,
Mark Gasser (en),
Paul Lewis,
Francesco Piemontesi,
Anne Queffélec,
Amandine Savary[1],
Herbert Schuch
Descendants Adrien Brendel (violoncelliste)
Distinctions honorifiques KBE
Site internet alfredbrendel.com

Répertoire

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Si son répertoire est étendu, de Bach à Schönberg, il est reconnu comme l'un des plus grands interprètes au piano de l'art musical classique et romantique, avec une prédilection pour Beethoven et Schubert.

Poète publié, cultivant l'effet d'inattendu (de) à l'instar de Miroslav Holub, il est également l'auteur d'essais de musicologie qui traduisent son expérience du métier de musicien et sa perception des compositeurs. Représentant reconnu de l'esthétique musicale germanique[2], il défend un retour à l'intention exprimée dans la partition à l'aide d'une analyse structurelle de l'œuvre musicale, en proclamant la « triple qualité » de l'interprète, à la fois « conservateur de musée, exécutant testamentaire et accoucheur[3] ».

En 1989, il est élevé au grade de chevalier commandeur dans l'ordre de l'Empire britannique (KBE) par la reine Élisabeth II.

Biographie

Jeunesse post-autrichienne (1931-1946)

Alfred Brendel naît dans une famille allemande de Moravie, ancienne province de la couronne de Bohême, qui avait été un des États de l'empire d'Autriche-Hongrie. Fils unique, il n'a que trois ans quand ses parents s'installent sur l'île de Veglia pour y prendre la direction d'une pension. L'enfant imite le chanteur d'opérette Jan Kiepura, dont il passe pour lui-même les disques destinés à la clientèle.

Son père, initialement ingénieur en architecture, devient directeur d'une salle de cinéma de Zagreb. C'est là que l'enfant est scolarisé et qu'en 1937, à l'âge de six ans, il prend ses premières leçons de piano auprès d'un professeur de vingt six ans, Sofia Dezelic. Il est aussi inscrit dans un cours de théâtre pour enfants.

La guerre conduit la famille à se réfugier en Autriche dans les environs de Graz, où le père trouve un emploi dans un grand magasin. De 1943 à 1947, l'enfant poursuit sa formation musicale au conservatoire de Graz auprès d'une élève de Bernhard Stavenhagen, Ludovica von Kaan, tout en recevant des leçons de composition de l'organiste local, Arthur Michl.

À la fin de la guerre, durant l'hiver 1945, il a quatorze ans quand il est envoyé creuser des tranchées en Yougoslavie. Il souffre d'engelures et est hospitalisé.

Le jeune pianiste se livre aussi à la peinture, à la poésie et à la composition. Il est encouragé dans cette dernière voie en recevant le prix Enesco. Il voit l'écriture musicale comme un métier parallèle et complémentaire de celui d'interprète.

Formation à l'oreille (1947-1950)

En 1947, Alfred Brendel suit en auditeur libre les cours dispensés par l'Académie des Beaux Arts de Vienne.

En 1948, il donne son premier récital en solo à Graz, des fugues de Bach, Brahms et Liszt parmi lesquelles il glisse une sonate de sa composition, une double fugue. Il a dix-sept ans et au même moment une galerie de la ville expose ses aquarelles. Il poursuit sa formation musicale en assistant aux cours magistraux de Paul Baumgartner et Eduard Steuermann, un élève de Ferruccio Busoni du cercle d'Arnold Schönberg.

En grande partie autodidacte, il écoute les disques des grands pianistes tels Artur Schnabel, Alfred Cortot, Wilhelm Kempff ou Edwin Fischer, exemples de sensibilité, d'expressivité et d'intériorité dont il retiendra les leçons, mais aussi les maîtres de la musique vocale et de la conduite d'orchestre. C'est en les écoutant qu'il se sensibilise à la primauté de la symphonie sur la performance du pianiste. Il s'écoute lui-même sur un Dynavox, cherchant à s'améliorer sans cesse.

En 1949, il remporte le quatrième prix Busoni à l'issue du concours international de piano de la ville de Bolzano et l'année suivante s'installe à Vienne. De là, il apprend le métier en participant à des tournées en Europe et en Amérique du Sud. Il assiste aux cours magistraux qu'Edwin Fischer donne à Lucerne en 1949 et 1950. De celui-ci plus encore que de Paul Baumgartner et d'Eduard Steuermann, il apprend à « s'éloigner du piano pour se trouver soi même »[4]. Il retournera l'entendre en 1954.

Débuts discographiques (1951-1964)

Les débuts du soliste Alfred Brendel dans un pays en ruine sont laborieux. C'est Charles Adler (en), chef d'orchestre ayant fui le nazisme, qui revient des États-Unis pour le découvrir parmi les jeunes talents dans le besoin[5]. Soutenu par la Society of Performing Artists, il lui fait enregistrer en 1951 pour SPA Records une œuvre tardive de Liszt, la suite L'Arbre de Noël (Weihnachtsbaum)[6], qui ne l'avait jamais été[5]. Il enregistre l'année suivante le Concerto pour piano no 5 de Sergueï Prokofiev.

Ce n'est que six ans plus tard, en 1958, qu'un banal concert beethovénien donné à la salle Reine-Élisabeth, à Londres, vaut au jeune homme, de façon inattendue, trois offres simultanées de labels concurrents. Il commence alors pour l'américain Vox l'enregistrement de la quasi intégrale de l'œuvre pour piano de Beethoven. Il est le premier à le faire. Après une apparition en 1960 au festival de Salzbourg qui le révèle au public, il donne en concert l'intégrale des sonates à Londres en 1962. L'enregistrement est achevé en juillet 1964 par celui des Variations Diabelli. Le résultat reçoit les éloges inhabituellement dithyrambiques du Times. Il est couronné par un Grand prix du disque et se poursuit par une tournée américaine qui commence cette année-là à New York.

Tournée permanente (1965-1975)

Pendant une dizaine d'années, Alfred Brendel se consacre à de fatigantes tournées aux quatre coins du monde qui compromettent sa vie familiale[7]. Il signe en 1969 un contrat d'exclusivité avec Philips, label néerlandais basé à Mayfair auquel il restera fidèle.

En 1971, à la suite d'un grand succès remporté à Londres, il décide de s'y installer définitivement. Sa première au Carnegie Hall a lieu en 1973.

Vedette britannique (1976-2014)

Au cours de sa carrière, Alfred Brendel joue avec de nombreux chefs d'orchestre, dont l'un des premiers a été Antonio Janigro, à Zagreb. Il travaille étroitement avec Bernard Haitink, Neville Marriner, Simon Rattle, Charles Mackerras et Claudio Abbado. Il enregistre des lieder de Schubert et Schumann avec Hermann Prey, Dietrich Fischer-Dieskau, Matthias Goerne. Il occupe régulièrement les scènes internationales, en récitals ou en concerts avec orchestre. En 1984, il est un des grands pianistes avec Aldo Ciccolini, Martha Argerich, Vladimir Ashkenazy, Lazar Berman, Nikita Magaloff, Michel Béroff, Annie Fischer et Louis Lortie à homologuer le piano mis au point par Fazioli et Zeltron. Au cours de ses dernières tournées, il se fait accompagner par son fils violoncelliste, Adrien Brendel, dans ses interprétations des cinq sonates pour piano et violoncelle de Beethoven, n° 1, 2, 3, 4 et 5. Atteint par l'arthrite, il doit renoncer à jouer les pièces les plus physiques.

Il donne des conférences et des cours magistraux à Harvard, Yale, Princeton, Berkeley, McGill, l'université de New York, Oxford et Cambridge, au Cal Performances (en), à l'Institut du cerveau et de la créativité (en) ainsi que dans de nombreux festivals tels que celui de la Ruhr (de) ou la Schubertiade de Schwarzenberg.

Il est, en , un des premiers signataires de l'appel à un parlement des Nations unies (en)[8]. En mai 2008, le virtuose annonce prendre sa retraite après une tournée d'adieux qui passe en particulier par Pleyel et La Roque-d'Anthéron et se clôturera à l'Union musicale de Vienne le par le concerto « Jeunehomme » de Mozart, Charles Mackerras dirigeant le philharmonique[9]. Toutefois, il continue de se produire pendant deux années[10].

À l'automne 2012 puis de nouveau au printemps 2014, il anime deux semaines durant un cours magistral sur le quatuor à cordes à l'Académie musicale de Villecroze[11], activité que la surdité[12] l'empêche de renouveler.

Mort

Alfred Brendel meurt le à Londres, à l'âge de 94 ans[13],[14].

Vie privée

Alfred Brendel est marié de 1960 à 1972 à Iris Heymann-Gonzala (1929-2007), cantatrice et céramiste d'origine argentine, avec laquelle il a une fille, Doris, future flûtiste et chanteuse de l’éphémère groupe néoprogressif The Violet Hour pour l'album The Fire Sermon[15].

En 1975, il épouse en secondes noces la musicologue Irène Semler, dont il aura trois enfants, Adrian, Katharina et Sophie. Le couple divorce en 2012.

Distinctions

Prix musicaux

Prix discographiques

Alfred Brendel a reçu plusieurs reprises un prix allemand du disque (de) (Deutscher Schallplattenpreis) ainsi que les récompenses suivantes :

Diplômes honorifiques

Participations honorifiques

En 1981, Alfred Brendel est reçu comme membre d'honneur de l'Université de musique et d'art dramatique (de) de Graz.

En 1985, il est admis comme membre d'honneur au titre étranger à l'Académie américaine des arts et des sciences.

En 1998, il est reçu comme membre d'honneur à l'Orchestre philharmonique de Vienne.

En 2005, il se voit décerner le titre de citoyen d'honneur de Loučná nad Desnou, sa ville natale.

En 2009, il devient membre permanent de l'Académie allemande pour la langue et la littérature.

Décorations

En 1989, Alfred Brendel est élevé au grade honoraire de chevalier commandeur (KBE) dans l'ordre de l'Empire britannique par Élisabeth II.

En 1991, il est nommé dans l'ordre Pour le Mérite en sciences et arts par le président de la république fédérale Richard von Weizsäcker[21].

En 2010, il reçoit l'Insigne d'or pour services rendus à l'état (de) de Vienne.

Répertoire

Musique baroque

La « trinité » viennoise

Musique romantique

Musique moderne

Réception critique

« Un nouveau Schnabel. »

 M. Steinberg, The Boston Globe, 1974[22].

« Il y a eu plusieurs excellents pianistes qui ont enregistré les sonates de Beethoven et en ont tiré gloire, dont Richard Goode... Vladimir Ashkenazy, et le justement louangé Artur Schnabel. Il n'y a pas de doute que Brendel prend sa place parmi les plus grands interprètes de Beethoven de tous les temps […] »

 Robert Cummings, Classical.net, 1997[23].

« On sent parfois dans son jeu une discordance entre le désir de faire entendre une pièce et une absence d'adhésion, par tempérament, à celle ci. »

 Edward Saïd, Alfred Brendel: Words for Music, 1991[24], Music at the Limits, 2008[25].

« […] l'état ultime sinon définitif de la musique. »

 Gramophone, 2007[26].

« […] il peut sembler pédant à certains. »

 Anthony Tommasini, The New York Times, 2008[27].

« […] notable [a été] son rôle pour réhabiliter Liszt dans l'après guerre […] En mettant l'accent sur le côté intellectuel de Liszt, il a attiré l'attention sur l'aspect visionnaire de l'harmoniste qui, avec cent ans d'avance sur son époque, préfigure le XXe siècle. »

 Barney Zwartz, The Sydney Morning Herald, 2016[28].

Discographie

Alfred Brendel a enregistré de nombreux disques pour Vox puis, à partir de 1965, sa filiale Turnabout, ainsi que Vanguard. En 1972, il se lance dans un cycle d'enregistrements pour Philips, avec qui il a signé trois ans plus tôt un contrat d'exclusivité. En 1982, son catalogue est repris par Decca[30]. Il a également été sélectionné pour les prestigieuses anthologies de pianistes de Steinway & Sons : Steinway Legends.

En 1999, Philips consacre trois doubles disques de sa série Grands pianistes du vingtième siècle (de) à Alfred Brendel. En 2007, le virtuose fait éditer une anthologie de ses enregistrements, Alfred Brendel – Directs et radios inédits 1968–2001 (en). En 2016, il s'offre pour son quatre vingt cinquième anniversaire de faire rééditer en une compilation tous ses meilleurs enregistrements[31].

Œuvre écrit

Essais de musicologie

Trad. (en) Music Sounded Out, The Noonday Press, New York, 1992, rééd. Robson Books, 1994.
  • Musik beim Wort genommen. Über Musik, Musiker und das Metier des Pianisten. Piper, Munich, 1995 (ISBN 3-492-18334-4).
  • Über Musik. Gesammelte Essays, Vorträge und Reden., Piper, Munich, 2005 (ISBN 978-3-492-04783-8)[β 3].
Rééd. Über Musik. Sämtliche Essays und Reden., Piper, Munich, 2007 (ISBN 978-3-492-24939-3)[β 4].
Trad. (en) Alfred Brendel on Music, JR Books, 2007.
  • « Monsieur Croches Dictionnaire de la musique, année 2010 » in Alfred Bendel, André Dorschel (de), David Hill, Laurent Lütteken (de), Britta Sweers & Bettina Varwig Journal autrichien de musique (de), vol. LXV, no 7-8, p. 23–33, 2010.
  • Nach dem Schlussakkord. Fragen und Antworten., Hanser, Munich, 2010 (ISBN 978-3-446-23482-6)[β 5].
  • A bis Z eines Pianisten: Ein Lesebuch für Klavierliebende., Hanser, Munich, 2012 (ISBN 978-3446239975).
  • Wunderglaube und Mißtonleiter. Aufsätze und Vorträge., Hanser, Munich, 2014, 124 p. (ISBN 978-3-446-24618-8)[β 6], trad. (ko) 191 p. (ISBN 978-89-5975-953-8)[β 7].

Poésie

  • Fingerzeig. 45 Texte, Munich, 1996.
  • Störendes Lachen während des Jaworts. Neue Texte, Munich, 1997.
  • Kleine Teufel. Neue Gedichte, Munich, 1999.
  • Ein Finger zuviel. 142 Gedichte, Munich, 2000.
  • Spiegelbild und schwarzer Spuk. Gedichte., ill. Max Neumann, Luis Murschetz (de) et Oskar Pastior, Hanser, Munich, 2003, 288 p. (ISBN 978-3-446-20349-5).

« Une collection de textes qui peuvent être mis au rang clairsemé de la littérature véritablement comique et qui confèreront peut être bien à leur auteur l'immortalité. »

 Frankfurter Allgemeine.

  • Playing the Human Game, Phaidron Press, 2010. Anthologie traduite en anglais.

Préfaces

Trad (it) Giudizio universale con pause. Dai diari., Coll. Piccola biblioteca Adelphi, no 651, Adelphi, Milan, 2013, 166 p. (ISBN 978-884-5928-13-0)[β 9].

Les extraits du journal inédit du dramaturge Friedrich Hebbel ont été pour ces éditions choisis par Alfred Brendel.

Traductions françaises

Filmographie

En 1984, il participe, sous la direction de Neville Marriner, à la bande originale du film Amadeus de Miloš Forman[réf. souhaitée].

En 1989, Chantal Akerman consacre à Alfred Brendel un documentaire intitulé Les Trois Dernières Sonates de Franz Schubert.

Le cinéaste Mark Kidel (en) réalise trois films documentaires sur l'homme, le virtuose et l'interprète :

  • Alfred Brendel: Man and Mask, 75 min,
  • Brendel in Performance, 2000, 50 min,
  • Alfred Brendel on Music: Three Lectures, 2011, 225 min.

En 2009, Alfred Brendel est mis en scène avec d'autres pianistes dans le film Pianomania, un documentaire germano-autrichien des réalisateurs Robert Cibis et Lilian Franck. Des premières de ce film, qui fait partie du catalogue de l'Institut Goethe, ont été présentées à travers le monde.

En 2010, le maître illustre la transmission des savoirs à son élève, le virtuose Kit Armstrong, dans Set the Piano Stool on Fire[32], un documentaire de soixante dix minutes tourné en 2008 à Push Manor, son domicile à Hampstead.

Notes et références

Annexes

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