Arnaud de Trian
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| Recteur du Comtat Venaissin | |
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Jean XXII (oncle) |
Arnaud de Trian ou de Trians, né vers 1280 et mort après 1343 ou vers 1346 ou peu après 1350, est un noble quercynois qui bénéficie du népotisme de son oncle le pape Jean XXII.
Il devient maréchal de la Curie, recteur du Comtat Venaissin et reçoit des terres dans le royaume de Naples et en Provence, dont la vicomté de Tallard.
Famille
Arnaud de Trian, né vers 1280[1], est le neveu de Jacques Duèze, futur pape Jean XXII[2],[3],[4],[5]. Il est le fils de Guillaume de Trian, bourgeois de Cahors qui devient co-seigneur de Crayssac et d'Huguette Duèze, citée jusqu'en 1334, sœur de Jacques[6],[7],[4]. Quand son frère devient pape, Huguette Duèze figure à sa cour[8].
Arnaud de Trian a un frère, Jean de Trian, prévôt de l'église de Barjols, au diocèse de Fréjus[9]. Leur sœur, Bernarde de Trian, épouse Hugues de Cardaillac, seigneur de Brengues[9],[10]. Ils ont peut-être un autre frère, Hugues de Trian, archiprêtre de Figeac à partir de 1320[11].
Au service du roi de Naples et comte de Provence

Arnaud de Trian suit son oncle au service du roi de Naples et comte de Provence Robert Ier, qui le fait chevalier[10],[5],[12]. Arnaud de Trian épouse tout d'abord Maria di Amerusio, une femme noble de Bari, fille de Buonamiro ou Bonussinus de Bari, veuve de Nicolo de Roquefort, qui lui apporte la terre de Triggiano[13],[14],[4],[5]. C'est du nom de cette terre que proviendrait son nom propre de Trian[4]. En 1314, il est justicier de la Terre de Labour, en Campanie[15],[16],[17],[5]. Robert Ier lui accorde cette charge à la demande de Jacques Duèze, alors cardinal[15]. En 1320, il lui concède la seigneurie de Boyano[18] et le fait comte d'Alife en 1321[13],[16],[19],[18],[5].
Le , Arnaud de Trian échange certaines de ses terres du royaume de Naples avec des possessions de l'ordre de l'Hôpital en Provence[2],[20],[21],[5] : des parties des seigneuries de Saint-Julien-le-Montagnier, de Montmeyan et de Régusse, la seigneurie de Montfort-sur-Argens et celle de Tallard[22]. Il devient ainsi seigneur de Tallard[2],[5]. Par cette implantation dans le royaume de Naples, les Hospitaliers, dont le grand maître est Hélion de Villeneuve, cherchent des points d'appui pour protéger leur île de Rhodes[21]. Cet échange est ensuite approuvé par le roi de Naples et comte de Provence Robert Ier, qui en 1326 érige en faveur d'Arnaud de Trian la terre de Tallard en vicomté[23]. En Provence, le comte utilise alors ce titre pour récompenser quelques fidèles et créer une hiérarchie dans la noblesse, sans que des pouvoirs particuliers y soit attachés[24]. Il semble qu'Arnaud de Trian commence la construction du château de Tallard[25].
L'acte d'échange prévoit que, si l'échange se révèle finalement déséquilibré, Arnaud de Trian peut choisir d'autres seigneuries en Provence. C'est ainsi qu'il devient le seigneur de Gréoux[26], de Lardier, de Pelleautier, de Fouillouse et de La Saulce[27]. L'archéologue Sandrine Claude lui attribue le début de la construction du château de Gréoux, soulignant qu'il en a les moyens et qu'il connaît forcément l'architecture castrale en Provence et en Italie du Sud[28].
Dans le diocèse d'Albi, il est cité comme seigneur de Castelnau-de-Montmiral[14],[5] à partir de 1325 et comme seigneur de Lagarde à partir de 1326[5]. La seigneurie de Castelnau-de-Montmiral lui est donnée par le roi de France Philippe V[29],[19]. Il acquiert un hôtel particulier dans la ville de Cahors[30].
En 1335, il est également cité comme seigneur de Saint-Julien de Montanaro, en Piémont[19],[5] et baron de Monticelli, en Campanie[18],[5].
Officier pontifical

Le , jour de son couronnement pontifical, Jacques Duèze devenu le pape Jean XXII nomme son neveu Arnaud de Trian maréchal de la Curie[16],[31],[17],[5]. Les attributions du maréchal sont en premier lieu le commandement d'opérations militaires et, par extension, la négociation d'accords diplomatiques ainsi que le gouvernement des territoires pontificaux[32]. Il conserve cette charge pendant tout le pontificat de son oncle, jusqu'à la mort de ce dernier, le [31],[5]. Elle lui permet de toucher des gages journaliers de 5 florins, 3 sous et 5 deniers tournois[31],[33], un des salaires les plus élevés de la cour pontificale[33]. Très rapidement après sa nomination, Arnaud de Trian organise le procès de Hugues Géraud, évêque de Cahors, exécuté en 1317 pour empoisonnement du cardinal Jacques de Via, autre neveu de Jean XXII, et tentative d'empoisonnement sur la personne même du pape[34],[35].
Le , Jean XXII le nomme recteur du Comtat Venaissin[16],[17],[5],[36]. Comme la précédente, Arnaud de Trian détient cette charge jusqu'à la mort de son oncle[37],[5],[36]. Le titre de recteur est transposé dans le Comtat Venaissin par les papes à partir des États de l'Église en Italie. Auparavant, sous le comte de Toulouse Alphonse de Poitiers, c'est le titre de sénéchal qui était utilisé dans le Comtat Venaissin[38]. Nommé et révoqué à son gré par le pape, le recteur du Comtat Venaissin est chargé de la défense, du gouvernement, de la justice et de l'administration de ce territoire[39]. Chef des officiers et des sergents, il est le juge en dernier ressort, y compris pour les affaires ecclésiastiques[40]. Il reçoit l'hommage des feudataires et prend possession des terres acquises par le pape[41]. Il administre le Comtat Venaissin, notamment en matière fiscale et pour l'entretien des fortifications et l'exécution des autres travaux publics[42]. C'est lui qui nomme les officiers subalternes[43]. Toutefois, il ne s'occupe pas des finances proprement dites, pour lesquelles Jean XXII nomme en 1317 un trésorier[44]. Pour ses fonctions, Arnaud de Trian est payé 40 sous par jour, somme considérable[31].
Ce cumul des fonctions de maréchal et de recteur du Comtat Venaissin n'est pas spécifique à Arnaud de Trian. Il en est de même pour Raymond Guilhem de Budos, neveu de Clément V et prédécesseur d'Arnaud de Trian et pour un de ses successeurs, Hugues de la Roche, époux d'une nièce de Clément VI[45]. La charge de recteur est un des moyens de récompenser un neveu du pape qui n'étant pas clerc, ne peut recevoir de bénéfice ecclésiastique[46]. Après l'élection du nouveau pape Benoît XII en 1334, Arnaud de Trian est accusé d'avoir profité de ses fonctions pour s'enrichir et extorquer, lui ou ses officiers, des sommes indues à diverses personnes[35].
Veuf de Maria di Amerusio en [14],[4],[5], il vend la terre de Triggiano[25]. Il se remarie en avec Constance[25],[14],[4],[5], fille du vicomte de Narbonne Amalric II[5]. Le pape paye entièrement les frais de la noce[47].
La date de sa mort est incertaine[27]. Il semble qu'il meurt après 1343[5], vers 1346[48] ou peu après 1350. Pourtant, une charte datée de 1341 indique qu'il est déjà mort[27].
Son château de Trian passe alors au roi de Naples, son fils et héritier étant mort précédemment[5].
Descendance
Arnaud de Trian a une fille, Jeanne de Trian, qui se marie le avec Guichard de Poitiers[49]. Comme pour le remariage de son père quelques années plus tard, la noce est financée par le pape[47], à la cour duquel elle participe[8].
Arnaud II de Trian cité comme écuyer en 1333-1334 pourrait un fils d'Arnaud de Trian[49].
Arnaud de Trian et Constance de Narbonne ont plusieurs enfants :
- Louis, vicomte de Tallard, seigneur de Gréoux, époux d'Anne Terride puis en 1355 de Mabile d'Agoult[25],[50] ;
- Aimeri, seigneur de Montmeyan, Saint-Julien et Régusse[50] ;
- Jacques, seigneur de Montmajour, époux de Burguette d'Oraison[25] ;
- Constance, épouse vers 1340 de Raymond de Baux, seigneur d'Orange[25],[50] ;
- Alisie[25].
Notes et références
- ↑ Roman 1902, p. 2.
- 1 2 3 Roman 1902, p. 1.
- ↑ Albe 1902-1903, p. 107.
- 1 2 3 4 5 6 Claude 2000, chap. IV, § 57.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 « Annexe I. Les maréchaux du pape et de la curie romaine (1198-1447) », dans Armand Jamme et Olivier Poncet (dir.), Offices, écrits et papauté (XIIIe – XVIIe siècles), Rome, Publications de l'École française de Rome, coll. « Collection de l'École française de Rome » (no 386), (ISBN 978-2-7283-1021-0, lire en ligne), p. 364-379.
- ↑ Albe 1902-1903, p. 107-108.
- ↑ Guillemain 1962, p. 157.
- 1 2 Guillemain 1962, p. 173-174.
- 1 2 Albe 1902-1903, p. 112.
- 1 2 Guillemain 1962, p. 158.
- ↑ Albe 1902-1903, p. 113.
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- 1 2 Roman 1902, p. 4.
- 1 2 3 4 Albe 1902-1903, p. 110.
- 1 2 Roman 1902, p. 3.
- 1 2 3 4 Albe 1902-1903, p. 109.
- 1 2 3 Claude 2000, chap. IV, § 58.
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- 1 2 3 Guillemain 1962, p. 166.
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- 1 2 3 4 5 6 7 Roman 1902, p. 7.
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- 1 2 3 Claude 2000, chap. IV, § 62.
- ↑ Claude 2000, chap. IV, § 65-66.
- ↑ Albe 1902-1903, p. 109-110.
- ↑ Anne-Charlotte Javonena, « Regards croisés sur les pouvoirs des évêques‑comtes de Mende et de Cahors en leur cité et la cohabitation avec les gouvernements communaux au Moyen Âge », dans Béatrice Fourniel (dir.), Les pouvoirs urbains dans l'Europe médiévale et moderne, Toulouse, Presses de l’Université Toulouse Capitole, coll. « Études d’histoire du droit et des idées politiques », , 231 p. (ISBN 978-2-37928-118-1, lire en ligne), p. 51–67.
- 1 2 3 4 Faure 1909, p. 51.
- ↑ Jamme 2007, § 10.
- 1 2 Jamme 2007, § 25.
- ↑ Edmond Albe, Autour de Jean XXII : Hugues Géraud, évêque de Cahors. L'affaire des poisons et des envoûtements en 1317, Toulouse-Cahors, E. Privat-J. Girma, , 206 p. (lire en ligne).
- 1 2 Jamme 2007, § 17.
- 1 2 Theis 2012, p. 70.
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- ↑ Theis 2012, p. 308-309.
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- ↑ Faure 1909, p. 53-55.
- ↑ Faure 1909, p. 55-56.
- ↑ Faure 1909, p. 56-59.
- ↑ Faure 1909, p. 59-60.
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- ↑ Theis 2012, p. 312.
- 1 2 Guillemain 1962, p. 171.
- ↑ Thierry Pécout, « Corps et anticorps. Les grands officiers de Provence durant le règne de Jeanne de Naples (1343-1382), un symptôme du délitement de l'État ? », Revue historique, vol. 693, no 1, , p. 67–108 (ISSN 0035-3264, DOI 10.3917/rhis.201.0067, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Albe 1902-1903, p. 111.
- 1 2 3 Claude 2000, chap. IV, § 78.
Voir aussi
Bibliographie
- Edmond Albe, « Autour de Jean XXII. Les familles du Quercy », Annales de Saint-Louis-des-Français, vol. 7, 1902-1903, p. 91-135 (lire en ligne).
- Emile Augier, Arnaud de Trian et son temps : premier Vicomte de Tallard, Gap, Société d'Etudes des Hautes-Alpes, , 119 p. (ISBN 2-85627-020-4).
- Sandrine Claude, Le château de Gréoux-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) : Une résidence seigneuriale du Moyen Âge à l'époque moderne, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, coll. « Documents d’archéologie française » (no 80), , 190 p. (ISBN 978-2-7351-0801-5 et 978-2-7351-2629-3, DOI 10.4000/books.editionsmsh.46290, lire en ligne).
- Claude Faure, Étude sur l'administration et l'histoire du Comtat Venaissin du XIIIe au XVe siècle (1229-1417), Paris-Avignon, Honoré Champion-J. Roumainville, , 230 p. (lire en ligne)
- Bernard Guillemain, La cour pontificale d’Avignon 1309-1376 : Étude d'une société, Paris, éditions E. de Boccard, , 830 p. (lire en ligne).
- Armand Jamme, « Formes dissociées ou polyvalence de l’office curial ? : La cité du pape et le maréchal du siège apostolique (XIIIe – XVe siècle) », dans Armand Jamme et Olivier Poncet (dir.), Offices, écrits et papauté (XIIIe – XVIIe siècles), Rome, Publications de l'École française de Rome, coll. « Collection de l'École française de Rome » (no 386), (ISBN 978-2-7283-1021-0, lire en ligne), p. 313–363.
- Joseph Roman, Autour d'Arnaud de Trians, vicomte de Tallard, Grenoble, Allier frères, , 40 p. (lire en ligne).
- Valérie Theis, Le gouvernement pontifical du Comtat Venaissin : vers 1270 - vers 1350, Rome, École Française de Rome, coll. « Publications de l'École Française de Rome » (no 464), , 822 p. (lire en ligne).