Au Nègre joyeux

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Destination initiale
Marchand de cafés
Destination actuelle
Pays
Au Nègre joyeux
Vue générale de l'enseigne en , avant son retrait en .
Présentation
Destination initiale
Marchand de cafés
Destination actuelle
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Au Nègre joyeux est un ancien magasin spécialisé dans la vente de cafés, chocolats et confiseries situé place de la Contrescarpe, dans le 5e arrondissement de Paris. Son enseigne, retirée au printemps pour restauration, n'a pas été remise en place car la mairie de Paris, qui en est propriétaire depuis , a jugé son titre et son iconographie racistes et colonialistes. Elle est aujourd'hui exposée au musée Carnavalet.

Magasin et enseigne

Eugène Atget, l'épicerie Au nègre joyeux en (détail) (musée Carnavalet).
Tableau de l'enseigne Au Nègre joyeux en 2014.
Tableau de l'enseigne Au Nègre joyeux en .

L'ancien magasin est situé 14 rue Mouffetard, sur le côté ouest de la place de la Contrescarpe, près de l'angle avec la rue Blainville. Il vendait cafés, chocolats, dragées, boîtes pour baptêmes, poivre, pâtes et tapioca.

Au début du XXIe siècle, l'édifice est occupé par une supérette. Le seul élément subsistant du magasin original est son enseigne, restée in situ jusqu'en et aujourd'hui visible au musée Carnavalet. Elle comporte deux éléments : un panneau de bois portant le nom du commerce (« Au Nègre joyeux »), qui était placé entre le premier et le deuxième étage, surmontant un tableau peint à l'huile sur toile de 172 × 142 cm, accroché entre les deux fenêtres du premier étage.

Il existait un troisième élément de bois installé entre le deuxième et le troisième étage, où était indiqué « Cafés ». Il a disparu après , mais est encore visible sur une photographie historique prise par Eugène Atget en , montrant l'ensemble du dispositif publicitaire installé sur la façade[1]. La devanture ainsi que l'étal du marchand sont aussi visibles sur un dessin d'Ilka Kolsky réalisé dans les années [2].

Tableau de l'enseigne

Le tableau de l'enseigne dépeint un homme noir et une femme blanche.

Sa signification a longtemps prêté à débat : en , l'image est interprétée par Dana S. Hale, professeur d'histoire contemporaine à Howard University, comme une représentation d'une « femme servie par une miniature de domestique noir », s'inscrivant dans la continuité d'une imagerie esclavagiste[3]. En , une recherche commandée par le musée Carnavalet et confiée à l'historien Mathieu Couchet[4], conclut à une iconographie différente[5] : l'homme noir souriant, habillé en gentilhomme du XVIIIe siècle à la mode des Noirs libres des Antilles[5], serviette autour du cou, venant de se lever pour porter un toast en levant une carafe, est servi par une servante blanche portant la tenue habituelle des domestiques des maisons bourgeoises au XIXe siècle, tablier attaché par une épingle et coiffe de dentelle blanche, et lui apportant un plateau avec sucrier et cafetière en argent[5] accompagnés de gâteaux.

Cette inversion des rôles, caractéristique de l'imagerie parodique, relaie la vision stéréotypée de l'homme noir comme emblème publicitaire pour le commerce de produits exotiques importés des colonies (café, chicorée, chocolat). L'image publicitaire de l'homme noir souriant, plus tard exploitée dans le personnage de l'ami Y'a bon, peut être rapprochée d'une réflexion de Bernard Wolfe citée par Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs : « Nous nous plaisons à représenter le Noir souriant de toutes ses dents à notre adresse »[6].

Historique de l'enseigne

Création et évolution

Le magasin Au Nègre joyeux est fondé en mais ne dispose pas encore d'enseigne ornant la façade. C'est en , lorsque l'épicier Gaston Lenglet (qui travaillait jusqu'alors au faubourg Saint-Antoine) rachète le fonds de commerce, qu'autorisation lui est donnée d'accrocher une enseigne et des panneaux sur la façade de l'immeuble[5]. Le tableau servant d'enseigne est peint la même année. La scène représentée par ce tableau est enregistrée en comme « marque » par Gaston Lenglet[3].

À une date inconnue, le tableau est légèrement rogné dans ses parties supérieures et inférieures.

L'enseigne, qui appartenait au syndicat de l'immeuble sur lequel elle était accrochée, est donnée à la Ville de Paris en , en échange d'une restauration, qui a eu lieu en [7].

Polémique et décrochage

Enseigne Au Nègre joyeux vandalisée à la peinture, Paris ().

L'enseigne a d'abord été protégée par une feuille de plexiglas et a subi des jets de pierre[8] et de peinture. Indépendamment, son retrait a été demandé par des associations, lesquelles ont interpellé en sur ce sujet Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture.

À la demande du groupe communiste au Conseil de Paris, le , il est initialement décidé de décrocher l'enseigne. Après restauration, elle devait être conservée au musée Carnavalet, consacré à l'histoire de Paris[9]. Finalement, à la suite de nombreuses protestations, l'œuvre est bien décrochée le mais une nouvelle décision de l'Hôtel de ville indique qu'elle serait remise en place au même endroit en après sa restauration[10]. Un texte explicatif devait également être apposé à côté de l'enseigne[9].

Après restauration, le tableau n'est finalement pas remis en place. En effet, la mairie de Paris indique qu'elle « ne saurait remettre dans l'espace public cette enseigne publicitaire au titre choquant et indéniablement raciste, tout comme son iconographie qui témoigne de clichés et de stéréotypes racistes »[11]. L'enseigne est alors conservée et exposée dans le parcours permanent du musée Carnavalet depuis sa réouverture au printemps (après cinq ans de travaux)[12], accrochée dans l'une des deux salles « des enseignes », accompagnée d'un cartel explicatif rédigé par un comité scientifique constitué en .

Protection

Notes et références

Voir aussi

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