Bisexualité dans la musique

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Freddie Mercury sur scène chantant avec un micro dans sa main droite.
Lady Gaga en concert, jouant de la guitare.
Freddie Mercury est un des plus importants chanteurs bisexuels du XXe siècle ; le nom de son groupe, Queen, est en partie proposé par Mercury aux autres membres pour ses connotations d'homosexualité en anglais[1].
Lady Gaga, artiste du XXIe siècle, aborde la bisexualité dès son premier album, The Fame. Très impliquée dans la promotion des droits LGBT, elle est une icône gay contemporaine. Son nom de scène est inspiré de la chanson Radio Ga Ga de Queen.

La bisexualité dans la musique a une visibilité variable selon les cultures et les époques, dépendant notamment de l'acceptation sociale de cette sexualité. Il peut être distingué 3 cas de figure : les personnes bisexuelles composant de la musique, les thèmes bisexuels abordés dans la musique (quelle que soit la sexualité des musiciens, compositeurs et chanteurs la composant ou l'interprétant), et les personnes bisexuelles abordant la bisexualité dans leur œuvre musicale.

Si des bisexuels composent de la musique depuis des siècles (par exemple Lully), l'affirmation de thèmes bisexuels dans la musique et la chanson est beaucoup plus tardive. Au cours des XXe et XXIe siècles, des artistes mentionnent ou évoquent des thèmes bisexuels, sans être eux-mêmes concernés, ce qui a parfois été interprété comme du queerbaiting. D'un autre côté, à l'époque contemporaine, nombre d'artistes se reconnaissant bisexuels ou pansexuels évoquent ces thématiques dans leur œuvre musicale. En Occident, les coming outs bisexuels reçoivent des réactions diverses mais progressivement plus positives : Dusty Springfield et Elton John (qui s'assumera par la suite homosexuel) font face à des réactions hostiles, David Bowie regrettera l'accueil qui lui sera réservé notamment aux États-Unis, Lady Gaga aborde le sujet dans l'une de ses chansons les plus célèbres, Poker Face, sans réactions hostiles du public, Frank Ocean reçoit des retours positifs malgré l'homophobie historique présente dans le rap américain.

Évolutions de la représentation de la bisexualité dans la musique

Les thématiques LGBT sont en général assez peu représentées dans les différents médias, dont la musique ; la bisexualité souffre en particulier d'un manque de visibilité particulièrement prononcé, bien que les bisexuels comptent pour une majorité de la population LGBT[2]. Selon un article de 2020 de The Advocate, beaucoup d'artistes, musiciens et chanteurs bisexuels (au sens large) ne sont pas ou peu connus et reconnus comme tels, comme par exemple Janis Joplin, Freddie Mercury, et Laura Nyro[2]. Confiant qu'il avait précédemment mal interprété la bisexualité d'artistes comme Billie Joe Armstrong de Green Day, Vanessa Carlton et Joe Jackson, le journaliste de The Advocate  lui-même bisexuel  en conclut que la compréhension culturelle et l'acceptation des identités bisexuelles au sein des sociétés modernes sont globalement très faibles, au point qu'un grand fan qui travaille sur le thème de la bisexualité dans les médias ne savait pas lui-même que plusieurs de ses artistes préférés partageaient son identité[2].

XXe siècle

Joséphine Baker en 1927.

Durant une bonne partie du XXe siècle, la bisexualité (comme l'homosexualité) est illégale : des artistes bisexuels n'ont alors pas la liberté d'en parler ouvertement, ce qui ne veut pour autant pas dire qu'ils n'existent pas[3]. Ainsi, si Joséphine Baker ne parle pas de sa bisexualité de son vivant[3], au XXIe siècle, et plus encore suite à sa panthéonisation, les médias français la mentionnent sans tabou[4],[5].

Des figures majeures du blues afro-américaines sont bisexuelles, telles Ma Rainey et Bessie Smith[3]. Ma Rainey fait des allusions plus ou moins discrètes à sa bisexualité dans son œuvre musicale, par exemple dans Prove it on me (1928)[3].

Durant les années soixante, durant la révolution sexuelle, peu de célébrités de la chanson s'affirment bisexuels, un exemple resté célèbre étant l'Américaine à la forte personnalité Janis Joplin[3],[6]. Little Richard est un cas spécifique : se revendiquant tour à tour hétérosexuel, bisexuel et homosexuel, il adopte une posture plus homophobe en vieillissant[3],[7].

David Bowie jeune.

Dans les années 1970, certaines personnalités de la musique réalisent des coming outs, aux conséquences et issues variables : alors que les coming outs de chanteuses sont très rares à cette époque, Dusty Springfield révèle sa bisexualité dans les années 1970 (au XXIe siècle, cela a été considéré comme courageux, au vu de l'homophobie de cette période) ; sa musique et sa popularité déclinent en conséquence[8],[9],[10],[11]. David Bowie, quant à lui, brise également un tabou en en annonçant sa bisexualité dans une interview accordée au Melody Maker, à l'époque où il se réinvente en glam-rocker et lance le personnage de Ziggy Stardust. Interviewé par le magazine Playboy en , il déclare : « C'est vrai — je suis bisexuel. Mais je ne peux pas nier que j'ai très bien utilisé ce fait. Je suppose que c'est la meilleure chose qui me soit arrivée. »[12]. Il déclare par la suite que si cette annonce a été plutôt bien accueillie en Europe, la réaction est moins positive aux États-Unis, puritains à cette époque[13].

XXIe siècle

I Kissed a Girl de Katy Perry est un exempe particulièrement marquant de la bisexualité dans la chanson contemporaine[14]. Succès commercial et critique, ce single contribue à lancer la carrière de la chanteuse.

Au XXIe siècle, le thème de la bisexualité dans la musique a eu tendance à être présenté soit comme une sorte d'« expérimentation », soit comme un érotisme subversif s'adressant à un regard hétéronormatif, par exemple avec Te Amo de Rihanna ou Not Myself Tonight de Christina Aguilera[15]. Au début du XXIe siècle, des chanteuses annoncent publiquement leur bisexualité, pour annoncer plus tard « ne plus vouloir du tout en parler » (Jessie J) ou reconnaissant dans un second temps avoir menti pour attirer l'attention (Nicki Minaj)[15].

En 2013, la chanson Girls/Girls/Boys de Panic! At The Disco est vu comme un soutien à la communauté LGBT, avant que son chanteur Brendon Urie ne fasse son coming out en tant que pansexuel[16].

Dans l'univers du rap, Frank Ocean annonce publiquement sa bisexualité en 2016[17],[18], écrivant sur son blog Tumblr quelques jours avant la sortie de l'album Channel Orange, comment il est tombé amoureux d'un garçon pour la première fois quand il avait 19 ans, et l'importance que cette personne a eu sur le reste de sa vie[19]. Cette annonce fut largement remarquée pour la visibilité que cela donna à la bisexualité dans l'industrie de la musique[20] (quelques critiques comparèrent son impact culturel à une annonce similaire de David Bowie en 1972[21]). Sa révélation pourrait faire évoluer la mentalité du milieu - pas particulièrement reconnu pour son soutien aux personnes LGBT[17] - vers davantage de tolérance[22].

Dans les années 2020, le jeune public bisexuel bénéficie d'une meilleure représentation de la bisexualité dans la musique, avec Halsey, qui chante ouvertement ses relations avec des hommes et des femmes dans sa chanson Bad At Love, Ezra Furman, Christine and the Queens qui parle également de son identité de genre I Wanna Be Your Girlfriend et Girlfriend, ou Gettin' Bi de la série Crazy Ex-Girlfriend[2].

Célébrations thématiques ponctuelles

Spotify a créée une liste de chansons thématiques d'artistes bisexuels pour la semaine de la visibilité bisexuelle en 2020[2].

Chansons aux thèmes bisexuels

Chanson française

Dans le cadre de la chanson française, l'association communautaire Bi'Cause estime en 2013 que les chansons suivantes ont pour sujet la bisexualité : Garçon, garçonne (Gilles Roucaute), Lomer (Richar Desjardins), Depuis qu’il vient chez nous (Dalida), Sans contrefaçon (Mylène Farmer), Troisième sexe (Indochine), Les impedimenta (Anne Sylvestre), Le bruit des bottes (Jean Ferrat), Polyamoureux (Marc Havet), Martine Boude (Alain Bashung), Le mulâtre (Jann Halexander), Putain Putain (Arno), Je suis la femme et Hercule (Gilles Roucaute), Déjà et Entre les deux mon cœur balance (Nicolas Bacchus), To bi or not to bi (Ysa Ferrer), Les Amants (Rita Mitsouko), Question d’amour et de temps (Jann Halexander), Des attractions désastre (Etienne Daho), Moi qui rêve (Jann Halexander/Agnès Renaut), Laurence (Franck Monnet)[23].

Titres anglophones

Éclairage bisexuel dans une fête dansante américaine.

En 2022, le magazine spécialisé Billboard liste parmi les chansons anglophones célébrant la bisexualité I Kissed A Girl (Katy Perry), Te Amo (Rihanna), Michael (Franz Ferdinand), Poker Face (Lady Gaga), Boyfriend (Dove Cameron), Girls/Girls/Boys (Panic! At the Disco), Lover I Don’t Have To Love (Bright Eyes), John, I’m Only Dancing (David Bowie), Take Me On The Floor (The Veronicas), 1st Position (Kehlani), Cool For The Summer (Demi Lovato), Strangers (Halsey), Curious (Hayley Kiyoko), Chanel (Frank Ocean) et Make Me Feel (Janelle Monae)[16].

Dans la pop, certaines paroles de la chanson Medicine de Harry Styles ont été interprétées comme relevant de la bisexualité, celui-ci faisant une représentation de la chanson en éclairage bisexuel[15]. Janelle Monáe, qui se revendique pansexuelle, utilise aussi ces couleurs dans le clip de sa chanson Make Me Feel[15].

Notes et références

Annexes

Articles connexes

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