Camerounais anglophones
populations de langue anglaise vivant principalement au nord-ouest et au sud-ouest du Cameroun
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Les Camerounais anglophones (en anglais : Anglophone Cameroonians ou English-speaking Cameroonians) constituent un ensemble de populations vivant principalement dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, caractérisées par l'usage de la langue anglaise et un héritage juridique, éducatif et administratif d'inspiration britannique. Représentant 20 à 30 % de la population[3],[4], ils constituent une minorité linguistique.
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3 045 032 (2005)[1] |
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| Langues |
• Anglais. • Pidgin camerounais (plus de 75 %)[2]. • Langues locales. • Français. |
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| Religions |
• Protestantisme (évangélisme, anglicanisme). • Islam. • Catholicisme. • Religions traditionnelles. |
| Ethnies liées |
• Peuples côtiers camerounais (Sawa, Douala, Pongo, Batanga). • Bamilékés, Tikar. • Peuples du sud-est du Nigeria (Efik, Ibibio) |
En 1961, après près de quarante ans de colonisation britannique, ils rejoignent le Cameroun francophone, indépendant depuis 1960, pour former une république fédérale. Après l'abolition du fédéralisme en 1972, une partie de la minorité anglophone se plaint d'être marginalisée, et des tendances fédéralistes, voire séparatistes, commencent à émerger. Ces tendances refont surface en 2016 dans un contexte de crise socio-politique, conduisant à un conflit armé en 2017.
Histoire
Colonisation britannique (1922-1961)
Découpage administratif et indirect rule
En 1922, la partie occidentale de l’ancien Cameroun allemand (1⁄5 du territoire) est placée sous mandat britannique. Les Britanniques divisent ce territoire sur le plan administratif en deux régions : le Cameroun méridional (Southern Cameroons) et le Cameroun septentrional (Northern Cameroons). Le territoire fut placé sous un régime d’administration indirecte (indirect rule). Dans le cadre de ce système, le Cameroun méridional compte des chefs suprêmes (paramount chiefs (en)) à Buéa et à Victoria, ainsi que des fons à Bali, Bafut, Kom, Bum, Nso et Bangwa. Ces chefs traditionnels reçoivent des autorités britanniques les ressources nécessaires à l'exercice de leur autorité. Ils disposent d'une cour traditionnelle et d'un trésor, dotés de fonctions administratives et fiscales. Ils sont chargés de la santé et de l'éducation de leur peuple, du maintien de l'ordre, de la prévention de la criminalité et, de manière générale, de la promotion du développement de leurs communautés[5].
Lutte politique et statut au sein du Nigeria
Le , les habitants du Cameroun méridional créent leur tout premier groupe de défense, la Cameroons Youth League (CYL), principalement composé d’étudiants. Son objectif est d’obtenir des réparations de la part des autorités britanniques, accusées de négligence, pour les préjudices économiques, éducatifs, politiques et sociaux subis par le territoire[5].
Pendant la Seconde Guerre mondiale, 3 500 hommes du Cameroun britannique s'engagent dans les troupes de l'Empire colonial. Après la Seconde Guerre mondiale, le territoire est placé sous tutelle britannique.
En 1948, à son retour au Cameroun méridional après des études de médecine à Lagos, Emmanuel Mbela Lifafe Endeley devient secrétaire du Cameroons Development Corporation Workers Union (CDCWU). Il crée ensuite le premier parti politique du Cameroun méridional[6], la Cameroons National Federation (CNF), qui milite pour l’autonomie du Cameroun méridional au sein du Nigeria et pour la réunification des deux Camerouns[7],[5]. Cependant, les dirigeants du parti sont divisés sur la question de la réunification. Certains d’entre eux, notamment Nerius Namaso Mbile et R.K. Dibongue, estiment que l’approche du parti en matière de réunification n'est pas assez énergique ; ils souhaitent accélérer le processus. En conséquence, ils quittent la CNF et forment leur propre parti, le Kamerun United National Congress (KUNC)[5].
Malgré les divergences entre les dirigeants politiques du Cameroun méridional, leurs revendications sont prises au sérieux par les autorités britanniques. Celles-ci répondent progressivement à ces préoccupations, soit par des amendements constitutionnels, soit par le biais de conférences réunissant les principales parties concernées, à savoir les Britanniques, les Sud-Camerounais et des représentants de l'Organisation des Nations unies (ONU). Parmi celles-ci figurent la Conférence de Mamfé (1950) et la Conférence de Lancaster House (1959)[5].

À la suite de l'adoption des constitutions de Macpherson (en) et de Lyttelton au Nigeria, le Cameroun méridional devient, à compter du , une quasi-région au sein du Nigeria, dotée d'un siège administratif à Buéa. Emmanuel Mbela Lifafe Endeley est nommé chef du gouvernement, sous l'autorité d'un commissaire britannique, Edward John Gibbons. À la suite des réformes constitutionnelles de 1957, le territoire devient une région à part entière au sein du Nigeria, avec Emmanuel Mbela Lifafe Endeley au poste de Premier ministre[6].
Le , John Ngu Foncha remporte les élections législatives, devenant ainsi le deuxième Premier ministre. Il mène une campagne prônant l’indépendance du Cameroun méridional et, à terme, la réunification avec le Cameroun français. Pour contrecarrer le programme de John Ngu Foncha, les Britanniques rallient l’opposition, menée par Emmanuel Mbela Lifafe Endeley, afin de contester ce qui est qualifié de victoire « étroite »[8]. L’opposition porte l’affaire devant l’ONU et, avec le soutien britannique, l’idée d’un plébiscite comme moyen le plus fiable de déterminer l’avenir du territoire fait son chemin[8].
Référendum onusien et rattachement au Cameroun
Le , l'ONU organise un référendum au Cameroun britannique, proposant deux options à la population locale : le rattachement au Cameroun (indépendant depuis le ) ou le rattachement au Nigeria (indépendant depuis le ). 70,5 % des électeurs du Cameroun méridional optent pour le rattachement au Cameroun, ce qui conduit à la création d'une république fédérale, qui voit le jour le .
République fédérale, intégration du Cameroun anglophone et abolition du fédéralisme (1961-1972)

Le , Ahmadou Ahidjo, alors président de la république du Cameroun, devient président de la république fédérale. John Ngu Foncha, représentant l'ancien Cameroun méridional, est nommé vice-président. Pendant une décennie, le gouvernement central s’efforce de renforcer la place de l'ancien Cameroun méridional, devenu occidental, au sein de la fédération. L’adoption du bilinguisme, le développement des infrastructures, la fusion des partis politiques et des syndicats[9].
Le , à l'issue d'un référendum constitutionnel, le président Ahmadou Ahidjo proclame la république unie du Cameroun, mettant ainsi fin au fédéralisme[10],[11]. En , le chef d'État déclare dans une interview accordée à Jeune Afrique : « Au cours de la décennie qu’a duré la fédération, nous avons fait en sorte que les Camerounais des deux rives du Mungo réapprennent à vivre ensemble ». Ce faisant, il souligne le caractère transitoire de la fédération : « Ce système nous est apparu comme une étape nécessaire au cours de laquelle les deux fractions du peuple ont consolidé leur conscience d’appartenir à une seule et même nation. Mais il a été conçu dans la conscience de la nécessité de son dépassement à plus ou moins longue échéance »[9].
Malaise de la minorité anglophone depuis la fin du fédéralisme et premières violences (1985-2001)
Le passage d'un État fédéral à un État unitaire conduit à l'émergence de revendications identitaires de la part de la minorité anglophone[10],[12]. Cette transition est perçue par certains d'entre eux comme une trahison et le début de leur « marginalisation » au sein de l'État[13]. Début novembre 1985, des manifestations, principalement menées par des lycéens et des étudiants, auraient eu lieu à Bamenda. Des bâtiments publics auraient été saccagés. Selon certaines informations non confirmées, les manifestants auraient remplacé le portrait du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, par celui d'Ahmadou Ahidjo et, à d’autres endroits, auraient substitué le drapeau nigérian au drapeau camerounais. Des renforts militaires sont dépêchés dans la région de Bamenda. Selon l'Union des populations du Cameroun (UPC), il y aurait eu des morts, et les frontières avec le Nigeria sont désormais sous étroite surveillance[14].
Au début des années 1990, alors que le pays revenait au multipartisme, le mouvement All Anglophone Congress (AAC) conteste la légitimité du référendum de 1972 et propose le retour au fédéralisme tandis que des mouvements plus radicaux appellent à la sécession[11],[15]. En , à la suite d'une conférence de l'AAC, la « Déclaration de Buéa » est publiée. Elle énumère les nombreux griefs des Camerounais anglophones à l'égard du pouvoir central et appelle à un retour au fédéralisme[16]. Face au refus du gouvernement de discuter d'un retour au fédéralisme, le Cameroon Anglophone Movement (CAM), l'une des plus grandes associations affiliées à l'AAC, déclare l'indépendance des provinces anglophones le . Cette position est soutenue par une deuxième conférence qui se tient à Bamenda en 1994. Cette dernière déclare que si le gouvernement « persiste dans son refus d'engager des réformes constitutionnelles substantielles, ou ne les réalise pas dans un laps de temps raisonnable », elle proclamera « l'indépendance du Southern Cameroons, en prenant toutes les mesures nécessaires pour défendre et préserver la souveraineté et l'intégrité territoriale de celui-ci »[17].
En 1995, le Conseil national du Cameroun méridional (CNCM), un parti politique qui appelle à la sécession voit le jour[18]. Les et , des séparatistes attaquent des établissement civils et militaires, tuant quatre personnes, dont deux officiers, selon les autorités. Le lendemain, un couvre-feu est instauré à Bamenda[19]. En , des membres du CNCM prennent le contrôle d'une station locale de la Cameroon Radio Television (CRTV) à Buéa et proclament l'indépendance de la « république du Cameroun méridional »[20]. Le , à l'occasion du 40e anniversaire de la réunification du Cameroun, une manifestation pacifique organisée par des séparatistes dans les villes de Kumbo et Bamenda est violemment réprimée par la police. Au moins trois militants sont tués et cinq sont blessés à Kumbo. Des leaders sont arrêtés[21].
Crise socio-politique et conflit armé (depuis 2016)

En , des enseignants déplorent la nomination de francophones dans les régions anglophones et des juristes rejettent la suprématie du droit romain au détriment de la common law. La majorité des leaders de la contestation réclament un retour au fédéralisme, tandis qu'une minorité réclame l'indépendance et la proclamation d'un nouvel État, l'« Ambazonie ». Le pouvoir exécutif rejette ces deux revendications. Dès , les manifestations en zone anglophone, réprimées par les forces de l'ordre, font les premiers morts civils. D'autres suivront lors de manifestations, durement réprimées par les forces de l'ordre[22].

Le , plusieurs leaders anglophones à la tête des manifestations sont arrêtés et inculpés d'« actes de terrorisme ». Le président Paul Biya abandonne les poursuites en août. Entre janvier et avril, Internet est coupé en zone anglophone[22]. Le , au moins 17 personnes sont tuées lors d’une déclaration symbolique d’indépendance prononcée par des séparatistes. Parallèlement, une faction séparatiste radicale au sein de la minorité anglophone prend les armes. Répartis en plusieurs groupes, ses membres attaquent les forces de sécurité et des symboles de l’État, tels que des écoles, qu’ils incendient. Ils enlèvent également des policiers, des fonctionnaires et des hommes d’affaires, dont certains sont étrangers[23].
Depuis lors, le conflit a fait plus de 6 000 morts et plus d'un million de déplacés[24].
Diaspora et émigration
En raison de la proximité linguistique, les membres de la diaspora camerounaise anglophone tendent à s'installer aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Afrique du Sud et au Nigeria[25]. Entre la fin des années 1940 et le début des années 1950, de nombreux jeunes Camerounais anglophones s'installent au Royaume-Uni pour poursuivre des études supérieures[26]. Après la réunification en 1961, ils quittent le Cameroun par vagues successives. Du début des années 1970 au milieu des années 1980, la première vague est principalement motivée par la nécessité de poursuivre leurs études, l'enseignement universitaire anglophone étant quasiment inexistant au Cameroun (l'enseignement se faisant exclusivement en français). La fin des années 1980 et le début des années 1990 voient le début de deux nouvelles vagues d'immigration. La première, essentiellement économique, se poursuit jusqu'aux années 2010. La seconde concerne des opposants, des journalistes et des intellectuels fuyant les turbulences politiques de l'époque[25].
Culture
Culturellement et linguistiquement hétérogènes, les sociétés locales acquièrent un comportement relativement homogène dû à la présence coloniale britannique. Les institutions modernes, notamment le système judiciaire, certaines formes de décentralisation du pouvoir et le mode de vie des classes dirigeantes sont tous profondément influencés par la colonisation britannique[27].
Religions
Les Camerounais anglophones sont généralement protestants (anglicans ou évangéliques) ou musulmans, mais on compte aussi des catholiques[2]. Les religions traditionnelles sont également pratiquées.
Langues
Ils parlent l'anglais ou le pidgin camerounais comme deuxième langue. Plus de 75 % des Camerounais anglophones parlent le pidgin, ce qui en fait la langue la plus répandue dans les régions anglophones[2]. Selon le recensement de 2005, 66 % de la population du Nord-Ouest parle anglais, contre 75 % de la population du Sud-Ouest[28].
Ils parlent également plusieurs langues locales, en fonction de leur groupe ethnique, telles que le lamnso', le kom, le medumba, le kenyang, le yemba, l'akoose ou le bakweri[29].
Le français est également utilisé.
Sous-groupes
Les Camerounais anglophones regroupent les populations suivantes :
Personnalités
Musique
Cinéma
- Syndy Emade
- Enah Johnscott
- Okawa Shaznay
- Kang Quintus
- Stephanie Tum
- Faith Fidel
- Agbor Gilbert Ebot
- Nsang Dilong
- Laura Onyama
- Nchifor Valery
- Epule Jeffrey
- Margaret Fombe Fube
- Eystein Young Dingha
- Nchifor Valery
- Vitalis Otia Suh
- Lynno Lovert
- Anurin Nwunembom
- Princess Brun Njua
- Pascal Moma
- Ruth Nkweti
- Ayuk Gareth
- Solange Yijika
- Cosson Chinepoh
- Nkeng Stephens
- Prisma James
Sport
- Clinton Njie
- Eyong Enoh
- Brandon Aiyuk
- Stephen Tataw
- Collins Fai
- Vanessa Agbortabi
- Matthew Mbuta
- Pius N'Diefi
- Samuel Ojong
- Charley Roussel Fomen
- Lewis Enoh
- Rebecca Muambo
- Brandon Baiye
- Akwo Tarh Ayuk Taku
- Robert Ndip Tambe
- Stephen Tataw
- Carl Enow Ngachu
- Hans Agbo
- Boris Enow
- Super Makia
- Sarah Etonge
- Karl Etta Eyong
- Bright Arrey-Mbi
- Che Malone
- Danny Namaso
Littérature
Droit
Politique
- John Ngu Foncha
- Emmanuel Mbela Lifafe Endeley
- John Fru Ndi
- Peter Mafany Musonge
- Philémon Yang
- Joseph Dion Ngute
- Akere Muna
- Ama Tutu Muna
- Kah Walla
- Joshua Osih
- Paul Atanga Nji
- Wirba Joseph
- Simon Achidi Achu
- Dorothy Njeuma
- Mola Njoh Litumbe
- Augustine Ngom Jua
- Ephraïm Inoni
- Salomon Tandeng Muna
- Peter Agbor Tabi
- Ndifor Afanwi Franklin
- Pauline Nalova Lyonga
- Paul Tasong
- Joseph Mbah Ndam
- Christopher Fomunyoh
- Francis Faï Yengo
- Paul Mingo Ghogomu
- Fomudam Rose Ngwari
- Akere Muna
- Mispa Awasum
- Nerius Namaso Mbile
Mode
Journalisme
Militantisme
- Mancho Bibixy
- Thomas Awah
- Lucas Ayaba Cho
- Sisiku Julius Ayuk Tabe
- Ebenezer Akwanga
- Capo Daniel
- Sevidzem Ernestine Leikeki
- Samuel Ikome Sako
- Achaleke Christian Leke
- Elie Smith
- Sylvie Vernyuy Njobati
- Eric Tataw