Caravelle Ajaccio-Nice

accident aérien de 1968 impliquant un Sud-Aviation SE 210 Caravelle From Wikipedia, the free encyclopedia

L'accident de la caravelle Ajaccio-Nice est le nom sous lequel est connu l'écrasement en Méditerranée au large du cap d'Antibes (Alpes-Maritimes) le de la Caravelle du vol Air France 1611 partie d'Ajaccio (Corse) à destination de Nice (Alpes-Maritimes). Il n'y a eu aucun survivant parmi les 95 personnes à bord. Les circonstances de l'accident ne sont toujours pas entièrement élucidées.

Date
TypeImpact en mer après perte de contrôle
CausesIncendie de cause incertaine
PhaseApproche
Faits en bref Caractéristiques de l'accident, Date ...
Caravelle Ajaccio-Nice
Une Sud-Aviation SE-210 Caravelle III d'Air France, semblable à celle du crash.
Une Sud-Aviation SE-210 Caravelle III d'Air France, semblable à celle du crash.
Caractéristiques de l'accident
Date
TypeImpact en mer après perte de contrôle
CausesIncendie de cause incertaine
PhaseApproche
SiteMer Méditerranée, au large de Nice
Coordonnées 43° 17′ 07″ nord, 7° 13′ 25″ est
Caractéristiques de l'appareil
Type d'appareilSud-Aviation SE-210 Caravelle III
CompagnieAir France
No  d'identificationF-BOHB
Lieu d'origineAjaccio (Ajaccio-Campo dell'Oro)
Lieu de destinationNice (Aéroport de Nice-Côte d'Azur)
Passagers89
Équipage6
Bilan
Morts95
Survivants0

Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Caravelle Ajaccio-Nice
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L'enquête technique a conclu qu'un incendie survenu à l'intérieur de la cabine de l'avion  dans sa partie arrière, à proximité des toilettes  s'est propagé jusqu'à entraîner la perte de contrôle de l'appareil. L'origine de l'incendie, pas plus que la cause directe de la perte de contrôle, n'a pu être établie avec certitude.

L'hypothèse qu'un missile ait abattu l'appareil par erreur lors d'un exercice de la Marine nationale française, rapidement avancée puis démentie, a été écartée par la commission d'enquête. Le ministre des Armées, Pierre Messmer, a confirmé qu'aucun missile n'avait été tiré à proximité. Cependant, l'affaire fait encore l'objet d'investigations et l'enquête judiciaire a été relancée.

L'accident

Le , la Caravelle III Béarn no 244, immatriculée F-BOHB, décolle d'Ajaccio-Campo dell'Oro à 10 h 9[1], à destination de Nice (ligne Air France 1611[2]). La première partie du vol s'effectue sans incident et la météo est ensoleillée[3].

À 10 h 30, en descente entre les niveaux de vol 90 (2 700 m) et 70 (2 100 m), l'équipage annonce des « ennuis » par radio et mentionne un incendie (l'écoute des enregistrements du vol montre que le commandant de bord aurait été inquiet d'événements à bord dès 10 h 28).

Le contrôle aérien l'autorise immédiatement à prendre une route directe et lui accorde une priorité à l'atterrissage. À 10 h 32, l'avion annonce « nous sommes en vue du sol et en bonne visibilité »[4]. Le contact radio et radar est perdu après un dernier écho à 10 h 33, à 40-45 km de Nice, et les secours sont déclenchés.

Une nappe de kérosène et des débris flottants sont découverts à 11 h 22 et confirment que l'avion s'est abîmé en mer. Il n'y a pas de survivants parmi les 89 passagers et six membres d'équipage qui se trouvaient à bord[5].

Équipage

Il y avait six membres d'équipage à bord[5] :

  • le commandant de bord Michel Salomon, 35 ans, 8 836 heures de vol ;
  • le pilote Émile Duvinage, 32 ans, 4 293 heures de vol ;
  • le mécanicien navigant Roger Juan, 38 ans, 4 364 heures de vol ;
  • le chef de cabine Michel Gérard, 31 ans, 3 588 heures de vol ;
  • l'hôtesse Geneviève Tricot, 29 ans, 774 heures de vol ;
  • l'hôtesse stagiaire Michèle Orry, 22 ans, 139 heures de vol.

Passagers

Dans la liste des 89 passagers[n 1],[6],[7] se trouvent notamment le général de corps d'armée René Cogny[8], le physicien atomiste polonais Jerzy Sawicki[9],[10], le banquier irlandais Arthur O'Connor[11].

Débris de la Caravelle F-BOHB récupérés par le navire câblier l’Alsace en 1971.

Opérations de récupération

Débris de la Caravelle à bord du navire câblier l’Alsace. Campagnes de chalutage du .
Débris de la Caravelle F-BOHB récupérés par le navire câblier l’Alsace en 1971.
Certains fragments de la Caravelle photographiés à 2300 mètres de profondeur.
Ensemble des débris de la Caravelle (8 tonnes). Dossier pénale.

Le repêchage des débris au fond de la mer est mené en quatre campagnes se déroulant de à . Deux expéditions Troïka sont effectuées par le navire l’Alsace du au et du 10 au dans lesquelles des milliers de photographies exploitables purent être réalisées[12]. Lors d'une autre opération Troïka, entre le et le , d'autres photographies sont effectuées. Le bathyscaphe l’Archimède est requis pour rechercher et étudier l'épave de la Caravelle et des milliers de photos sous marines ont été prises[13]. La dernière campagne de chalutage est réalisée du au et des nombreux débris retrouvés sont déposés à l'arsenal militaire de Toulon. Une photo de l'ensemble des débris repêchés, déposés à Toulouse[14], est prise le .

Des équipements sont mis au point spécialement à cet effet (émetteur-récepteur d'ultra-sons, balise acoustique et calculateur). Quatre mille heures de travail permettent d'identifier 6 à 7 tonnes d'éléments provenant de toutes les parties de l'avion, des morceaux de réacteur[15],[16]. L'enregistreur de vol (boîte noire) est récupéré par 2 300 mètres de fond, lors de la dernière campagne ; il se révèle illisible car la gélatine se serait détachée du papier dans la partie intéressant la fin du vol et l'aurait endommagée alors que pour les vols antérieurs, l'enregistreur de vol est exploitable[17],[18].

Lors de la campagne de repêchage des débris, Jean Dupont, pilote membre de la commission d'enquête, s'inquiète de dysfonctionnements. Il explique avoir déterminé très précisément une zone de chute théorique de l'appareil « dès les premières opérations de chalutage ; on ne tient absolument pas compte de ma zone de chute théorique mais seulement de celle donnée par le commandant de l'Ardent, un escorteur de la Marine nationale, qui avait participé et même dirigé le repêchage des épaves en surface le jour de l'accident. Il paraît surprenant que les officiers de pont de la Marine nationale fassent une erreur grossière de navigation à 20 milles de la côte »[17].

Au total, il y a eu quatre campagnes de chalutage afin de remonter les restes de la Caravelle : la première campagne débuta le et la quatrième campagne a fini le . Trois campagnes de Troïka ont eu lieu ayant pour objet de prendre des photos de l'épave de la caravelle : la première débuta le et la troisième a fini le .

Enquêtes

Enquête technique

Trajet de la Caravelle F-BOHB du 11 septembre 1968.

Le , le ministre des Transports Jean Chamant institue une commission d'enquête pour faire la lumière sur les circonstances et les causes de l'accident et en tirer les enseignements.

Le rapport final de la commission[2], publié le , conclut que la cause de l'accident est un incendie survenu à l'arrière de la cabine. Son origine, qui n'a pas été déterminée avec précision, serait[19] :

  • soit le dysfonctionnement du chauffe-eau des toilettes de la cabine  le rapport note « qu'un incident de cette nature, survenu au sol et sur un autre appareil […] a entraîné, en un temps relativement court, un incendie généralisé » ;
  • soit l'imprudence d'un passager qui aurait jeté un mégot de cigarette dans le récipient des serviettes usagées des toilettes.

Le rapport note que « la cause directe de la perte de contrôle n'a pu être établie avec certitude : elle peut être liée à l'incapacité physique des pilotes causée soit par des émanations de gaz toxiques, soit par l'envahissement du poste de pilotage par les passagers. »

La commission d'enquête examine les hypothèses d'une collision avec un autre avion ou de l'impact d'un missile, ou d'un foudroiement. Elle écrit avoir reçu l'assurance formelle du ministre des Armées, Pierre Messmer, par lettre du , qu'il n'y a eu aucun tir d'engin dans la zone de vol de la Caravelle au moment de l'accident[20]. Elle estime qu'une collision avec un missile ou un avion aurait vraisemblablement causé des dommages majeurs immédiats et que l'avion n'aurait pas continué à voler trois minutes. Les bandes de radar n'ont montré aucun autre écho à proximité. Les constatations effectuées sur les débris ne lui ont pas paru compatibles avec un foudroiement[20] ou une explosion[16].

Enquête judiciaire initiale

Trois magistrats se succèdent dans l'instruction pénale jusqu'en 1973. Le , Michel Carlès, doyen des juges d'instruction de Nice, est chargé de l'affaire puis remplacé par Bernard Chaussier. Le , André Houpert prend sa suite et prononce un non-lieu le [21].

Hypothèse d'un tir de missile

Lors de l'accident, la Caravelle volait à une soixantaine de kilomètres au nord-est du Centre d'essais de la Méditerranée de l'île du Levant, établissement de la délégation générale pour l'Armement, où se déroulent régulièrement des essais de nouveaux missiles ainsi que des tirs d'entraînement des armées[22].

Un « avis de tir » a été publié dans le journal régional Le Provençal pour le . Il concerne seulement l'activation du champ de tir du Titan (de moins de 10 km de long et destiné aux tirs air/sol) et d'une zone de 1 000 m de rayon à Carqueiranne[23], à l'ouest de l'île du Levant.

D'après les documents militaires consultés[Par qui ?], l'activité militaire était présente[Où ?] le [24].

Le , Raymond Filippi, bâtonnier au barreau d'Aix-en-Provence, chargé de la défense des familles de victimes, déclare « ce jour-là, un missile à tête chercheuse a manqué à l'appel, c'est donc qu'il a touché un obstacle ! », disant tenir cette information de source militaire en préservant son identité. Le chef de cabinet du préfet maritime de Toulon dément de façon catégorique cette déclaration[25].

Dix jours après le crash, le , Paris Match avance la thèse que la Caravelle ait pu être la victime d'un tir de missile, affirme que des exercices militaires se déroulaient dans la zone et propose trois hypothèses expliquant le drame, y compris l'impact d'un missile d'exercice[26].

En 1970, l'avocat des parties civiles déclare : « Je m'insurge parce qu'on ne veut pas faire la lumière sur cette affaire. Ce « on », je ne sais si c'est Air France, Sud-Aviation ou bien le ministère de la Défense nationale. Mais « on » existe et s'emploie pour que ce drame reste mystérieux »[27].

En , le ministère de la Défense nationale publie un communiqué démentant les rumeurs imputant à un tir de missile la responsabilité du crash[28].

Hypothèse d'un feu de réacteur

Le , Henri Forestier, sous-directeur du laboratoire central de la préfecture de police et commis par Paul Giannantoni, commissaire divisionnaire de la police de l'air et des frontières, transmet ses conclusions à l'enquête judiciaire concernant l'origine de l'incendie sur la Caravelle : « on observe que la partie arrière de la caravelle a subi un incendie particulièrement intense au niveau des toilettes arrière gauche » et il ajoute « la seule explication est celle d'un feu réacteur dont l'arrière est situé au niveau des toilettes et l'incendie [...] semble dû, selon toute vraisemblance, à un feu du réacteur gauche de l'appareil, qui a communiqué l'incendie à l'intérieur de l'avion ». Son rapport d'expertise n'est pas pris en considération par la commission d'enquête[29]. Dans le rapport, une main inconnue a rayé le mot « gauche » pour le remplacer par « droite »[30].

Le , la commission d'enquête indique que les alarmes de feu d'un réacteur ne se sont pas déclenchées « Rien ne permet de savoir si le feu a pu être communiqué à l'intérieur du fuselage par un incendie qui aurait débuté à l'extérieur ». Deux pilotes soutiennent l'hypothèse qu'une explosion aurait pu détruire le système d'alarme[31].

Le , Paul Giannantoni, directeur de l'enquête judiciaire, adresse un rapport au magistrat instructeur sur l'hypothèse du feu et déclare : « en fonction de l'enquête, le feu semblait plus important dans la toilette et entre la toilette et le fuselage que dans le compartiment lavabo. Si l'on prend le chauffe-eau comme centre ceci donne à penser que le feu convergeait vers lui au lieu d'en partir », l'incendie aurait ainsi une origine extérieure [32].

Relance du dossier

Zones d'ombre

Bandes radar

Les bandes radar du centre de contrôle, demandées par la commission d'enquête, ne lui auraient été transmises que six mois après l'accident, faisant craindre qu'elles aient fait l'objet de manipulations, de coupures et recollages[33],[34].

Témoignages directs

Un pêcheur ayant participé aux recherches en mer le , avait évoqué parmi les débris retrouvés la présence d'un « morceau de carlingue éclatée, trouée comme si des balles de mitrailleuse l'avaient percée »[35].

Un témoin qui se trouvait le jour de l'accident au port de Golfe Juan, aurait vu la lueur d'un missile arriver à l'arrière gauche de la Caravelle[36],[37].

Autres témoignages

En 2004, un appelé ayant fait son service militaire en 1970 au centre de programmation de la Marine à Dupleix (Paris) a rapporté qu'une erreur de programme aurait dirigé un missile sur la Caravelle[38].

Un autre appelé qui faisait son service militaire entre février et au 40e régiment d'artillerie au camp de Suippes, a déclaré en 2005 dans une lettre du avoir « un gradé qui avait un peu trop bu » raconter qu'il était en service le jour de l'accident et que c'était un de leurs missiles qui aurait abattu la Caravelle[39],[40].

Un troisième appelé, affecté au ministère de l'Air à Paris, a affirmé en 2006 avoir vu un télex confidentiel mentionnant que l'avion aurait été détruit par un missile[40].

Divers témoignages confiés au TGI de Nice rapportent des propos attribués notamment à un technicien du département radar de Thomson, ou à une inconnue, petite-fille d'un général de l'armée de Terre, allant dans le même sens[41],[42],[43].

En 2011, Michel Laty, secrétaire militaire à la préfecture maritime de Toulon en 1968[44] déclare avoir dactylographié un rapport classé secret défense[45] selon lequel un missile lancé depuis la terre aurait abattu par erreur[40] la Caravelle au lieu de la cible prévue. Il n'a pu être entendu par la justice, étant mort la même année[46].

Au contraire, un ancien second maître sur Crotale à l'île du Levant confirme que le champ de tir du Levant était fermé ce jour-là et qu'aucun missile n'avait été tiré[47].

Un ancien marin à bord de la frégate Suffren a déclaré, lui, avoir entendu le tir d'un missile le jour du crash[48]. Le journal de bord de ce matin-là présenterait une page arrachée et une demi-page recollée[49].

Autres avis

Selon une ancienne hôtesse de l'air[50], un début d'incendie dans les toilettes aurait pu tout de suite être maîtrisé en utilisant les deux extincteurs se situant à 80 cm des toilettes[51].

Un ancien chef mécanicien à Air France, lui, affirme qu'un tel incendie n'aurait pas pu entraîner la perte de contrôle[52].

Soupçons de dissimulation de preuves

Une bande son du tournage au mont Agel, un centre militaire de détection et de contrôle aérien situé au-dessus de Menton, relatant le matin des manœuvres militaires du est saisie par deux personnes se réclamant des Renseignements généraux, le soir au moment du montage du reportage dans les locaux de l'ORTF à la Brague, à Antibes. On peut entendre « Merde, on l'a perdu ! » (sous-entendu, le missile). Ce témoignage d'Alain Frasquet, preneur de son à l'ORTF qui assurait le reportage, est confirmé par deux autres témoins dans l'enquête pénale[53]. Il déclare : « le collègue de Paris avait un scoop terrible. J'ai entendu sur son magnéto « on l'a perdu, on l'a perdu ». C'était une voix dans un haut-parleur à l'intérieur du mont Agel. S'ils avaient perdu un point radar, c'était le militaire du mont Agel qui aurait parlé. Mais là, c'était un haut-parleur dans le centre. C'était quelqu'un de l'armée qui s'adressait aux radaristes du mont Agel. Une voix enregistrée possède une couleur différente de celle d'un haut-parleur »[54].

Le journal de bord de la frégate lance-missiles Suffren aurait été falsifié pour la matinée du et une demi-page recollée sur le livre de bord de la frégate à la date du crash de la Caravelle entre 6 heures et midi avec l'absence de la page arrachée[49].

Le , le vice-amiral d'escadre de Scitivaux de Greische, préfet maritime à Toulon déclare : « l'activation des secteurs d'exercice est organisée (...) et l'utilisation de la zone est confirmée par un document journalier appelé zonex.» En conclusion, le zonex militaire du 11/09/1968 est bien activé et des exercices militaires ont bien eu lieu[55].

Sur le document militaire zonex du figurent les tirs du groupe aéronaval prévus dès 10 heures et de l'escorteur le Brestois de 9 heures à midi[56].

À la lecture d'un registre de courrier classé confidentiel défense de la préfecture maritime de Toulon de 1968, le feuillet no 132 a été retiré. L'inventaire passe de 131 à 133 (photo de couverture) et cette page manquante a été émise entre septembre ou . Le document 132 s'avère être une note du traitant de la réunion des officiers des directions avec le major général de la Marine. Cette réunion a eu lieu le à l'État-major de la Marine à Paris et pour laquelle un message urgent de convocation avait été diffusé dès le [57].

Jean-Philippe Brunet déclare que : « je me trouvais à côté du blockhaus le matin du lorsque des gendarmes sont arrivés et nous ont fait partir de cet endroit car il y avait des expériences secrètes sur l'île du Levant, j'ai même vu des militaires qui filmaient la Méditerranée »[58].

Le , Mathieu Paoli, président du collectif des familles des victimes, déclare : « le , nous avons été reçus par le directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, qui nous a fourni des documents sur les exercices militaires… Nous n'obtenons jamais les documents que nous réclamons. Pour nous la thèse du missile reste toujours crédible »[59].

En , l'expert Raymond Auffray, ancien ingénieur en chef de l'armement et qui a participé aux travaux du CET de l'Aviation civile, à la question « que l'OTAN en Méditerranée aurait pu avoir eu un incident avec la caravelle F-BOHB ? » répond « oui, oui »[60].

Le témoignage de Michel Rousseau, un ancien second maître à bord de la frégate Suffren, précise que : « Nous étions sur la zone où la Caravelle s'était abîmée, je voyais les débris en surface, les plongeurs militaires les ramassaient et les mettaient dans des sacs et ensuite ça a dû être débarqué à l'arsenal militaire de Toulon »[58].

Le témoignage de Jean-Marc Decaux, matelot à bord de l’Alsace, un câblier de la marine nationale chargé de la campagne de recherches en mer des débris de la caravelle F-BOHB en , déclare que des épisodes bien surprenants de l’Alsace se sont déroulés : « les débris retrouvés de la Caravelle n'ont pas été débarqués au port de Nice mais à l'arsenal militaire de Toulon pour de prétendues raisons de confidentialité et c'est à la fin que l'armée a détenu ces débris »[61].

En , l'expert Raymond Auffray qui a participé aux travaux de la CET a déclaré lorsqu'on lui montre le Zonex du dans le sud-est de la France : « Où avez-vous trouvé ce document ? Est-ce lié au rapport de la CET ? ». Apparemment, il n'avait jamais vu ce document militaire lors de ses travaux et il rajoute « En 1968, tout était secret, moins on en parle, mieux ça vaut »[62].

Le , Raymond Auffray déclara : « à l'époque, il y avait des avions militaires à Hyères qui étaient équipés d'engins air-air et air-sol… » et le , le groupe aéronaval d'Hyères était en activité de 8 h 30 à 18 h 30 dans la zone air-sol TITAN[63].

En 2009, le fils du commandant de bord Jean Dupont  pilote de Caravelle à Air France, membre de la commission d'enquête  dépose au TGI de Nice une lettre, datée du . Dans cette lettre, Jean Dupont écrit qu'il subit des pressions et note : « je commence à prendre conscience que je me heurte ainsi au pouvoir dont j'ignore les motivations dans cette affaire » ; en qualité de membre de l'enquête, il avait très vite émis des doutes sur la version des faits en constatant qu'on lui refusait les moyens d'accéder à la vérité. Dans sa lettre, il affirme que les causes officielles de l'« accident » lui ont été imposées lors de la rédaction du rapport final ; essentiellement, en ce qui concerne l'hypothèse de la collision avec un missile, dont le chapitre aurait été complètement modifié. Plus loin, il annonce craindre pour sa vie : « la raison d'État justifie tous les crimes. S'il m'arrivait avant que cette affaire soit éclaircie, le moindre accident, la moindre maladie, il faudrait rechercher les responsables parmi les autorités militaires et gouvernementales »[64].

Dans le dossier pénal, la note intitulée « Prévisions des mouvements des bâtiments » éditée chaque semaine par l'État-major de la IIIe région maritime de Toulon manque pour la semaine du 9 au . La note militaire dans laquelle devait figurer les mouvements des navires du et notamment de la frégate lance-missiles Suffren a disparu[65].

Le , dans un entretien au journal télévisé de minuit de TF1, Michel Laty, ancien secrétaire militaire à la préfecture maritime de Toulon, déclare au sujet de l'accident de la Caravelle soumis au secret défense : « on a abattu un avion civil au lieu d'abattre une cible programmée pour ça »[66].

À propos de la thèse du missile soutenue par Raymond Auffray, expert de l'armement et ayant participé à la CET, Alain de Valence, commandant de bord à Air France déclare : « Nous savons qu'il y a des matériels en expérimentation dont on n'a pas toujours eu la totale maitrise. En 1968 tout était sous le sceau du secret. La situation était particulière et expliquerait que l'on ait voulu taire un certain nombre de choses. Tout était surveillé[67]. »

Concernant l'absence de fonctionnement des alarmes au moment de l'accident, Alain de Valence estime que « si le feu part de l'intérieur du (réacteur) il y a un système qui déclenche l'alarme mais qui est fait pour détecter un feu, pas une explosion. La thèse du missile de ce côté-là pourrait se retenir. S'il y a explosion, le système est détruit et il n'y a pas d'alarme ». Cette déclaration est confirmée par un autre pilote, M… ; « Dans le cas d'une explosion ou d'un choc, le réacteur est détruit et il n'y a pas d'alarme[68]. »

Actions en justice

Plaintes pour homicide involontaire

Le , l'Association des familles des victimes du crash de la caravelle Ajaccio-Nice (AFVCCAN) est créée à Vallauris. Présidée par Mathieu Paoli, elle a pour objet de « mettre tout en œuvre [ …] afin que les causes de la catastrophe soient déterminées et que l'on connaisse enfin la vérité ; contre-enquête, recherche en mer des réacteurs […][69] ». Des plaintes pour « homicide involontaire » à l'encontre du ministère de la Défense sont déposées en 2006 par des enfants de deux des victimes[70] et en 2008 par l'AFVCCAN, représentant 35 familles de victimes[71] sont rejetées pour cause de prescription.

Un recours transmis le à la Cour européenne des droits de l'homme est déclaré irrecevable le [72],[73],[74]. Le , le TGI de Nice juge irrecevable la citation directe de l'armée pour homicide involontaire[75].

Après une plainte déposée fin , la justice française décide de rouvrir une enquête pour « soustraction et recel de preuves » le [76]. La plainte est classée sans suite le [74].

Le , une nouvelle plainte avec constitution de partie civile est confiée à Alain Chemama, doyen des juges d'instruction à Nice pour soustraction de document et recel de preuves[77],[78].

Demandes de levée du « secret défense »

À chaque commémoration, de nombreuses gerbes de fleurs sont déposées à Nice et à Ajaccio. En 2021, une gerbe a été déposée au nom du président de la République, Emmanuel Macron.

En 2008, l'association des familles des victimes saisit l'autorité judiciaire avec des éléments accréditant la thèse du missile. Le , Alain Chemama, doyen des juges d'instruction de Nice et directeur de l'enquête judiciaire, reconnaît que la thèse du missile est très sérieuse et demande la levée du secret défense[79].

Après trois ans d'enquête menée par la gendarmerie de Nice et constatant que l'hypothèse du missile était très sérieuse, le juge d'Instruction demande officiellement le au Premier ministre Édouard Philippe[80] la déclassification des documents civils et militaires liés à la catastrophe ainsi que la levée du secret défense sur tous les exercices militaires du dans le sud-est de la France afin d'établir la vérité et de finaliser l'action judiciaire[81],[82],[83],[84].

Le , le président de la République Emmanuel Macron saisit la commission de la défense nationale afin d'obtenir la levée du secret-défense sur des documents classifiés[85],[86].

Le , Mathieu et Louis Paoli, membres de l'AFVCCAN, demandent une plongée sous-marine sur les restes de l'épave comme pour le sous-marin Minerve[87] pour voir si le réacteur gauche s'y trouve car c'est celui qui aurait été touché par un missile d'exercice[88].

Le 11octobre 2019 ; les parties civiles les frères Paoli ainsi que leurs avocats ont été reçus au Palais de l'Elysée concernant les investigations en cours[89].

Le , le président de la République décide d'assouplir le secret-défense autour des archives classifiées de plus de 50 ans. Le crash de la Caravelle est parmi les dossiers déclassifiés par Emmanuel Macron[90],[91].

Le , les Familles des Victimes représentées par les frères Paoli ainsi que leurs avocats ont été reçus au Palais de l'Elysée à propos des futures recherches sous- marines de l'épave de la caravelle[92].

Le , Fédérica Sarli magistrate instructeur a reçu les parties civiles, Mathieu et Louis Paoli avec leurs avocats afin de leur montrer quelques photos sous-marines de l'épave de la caravelle prises en [93].

Recherche et découverte de l'épave

Le , le procureur de la République donne son accord au repêchage de l'épave[94].

Le , le juge d'instruction autorise une plongée sur l'épave de la Caravelle afin de déterminer les raisons exactes du crash[95].

Le , le procureur de la République de Nice et la juge d'instruction se réunissent avec les services de la préfecture maritime de la Méditerranée pour évoquer les modalités de recherches en mer par la Marine nationale en deux périodes fin 2025 et au premier semestre 2026[96].

En , la justice ordonne de nouvelles recherches dans les fonds marins sur l'épave[97], qui est retrouvée en octobre[98],[99].

Commémoration

Intérieur de l'église Sainte-Hélène à Nice.

Une stèle a été érigée sur la promenade des Anglais à Nice en mémoire des 95 disparus[23], ainsi qu'une chapelle au cimetière marin d'Ajaccio et une plaque dans la chapelle de la Garoupe au cap d'Antibes.

Voir aussi

Bibliographie

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Émissions audiovisuelles

Liens externes

Articles connexes

Notes et références

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