Carrière Thomas
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Carrière Thomas | |||
| Localisation | |||
|---|---|---|---|
| Pays | |||
| Région | Casablanca-Settat | ||
| Commune | Casablanca | ||
| Coordonnées | 33° 34′ nord, 7° 42′ ouest | ||
| Histoire | |||
| Époque | Calabrien / Chibanien | ||
| Géolocalisation sur la carte : Maroc
Géolocalisation sur la carte : Casablanca
| |||
| modifier |
|||
La carrière Thomas est un ensemble de trois carrières situées à Casablanca, au Maroc, qui ont livré de nombreux vestiges fossiles et lithiques préhistoriques, datés du Pléistocène inférieur et moyen. Fouillée depuis 1988 par plusieurs équipes internationales successives, la carrière Thomas I a livré à la fois les plus anciens outils lithiques trouvés au Maroc, datés d'environ 1,3 million d'années, et les plus anciens fossiles humains connus au Maroc, datés de 773 000 ans.
La carrière Thomas est constituée de trois carrières de grès de construction, situées dans le sud-ouest de la ville de Casablanca, dans la région Casablanca-Settat. Elle entaille la formation géologique d'Oulad Hamida.
Historique
Le nom de la carrière Thomas est issu de la famille Thomas, qui avait loué le site de la carrière après qu’à partir de 1907 de grandes quantités de grès eurent dû être acquises pour la construction des installations du port de Casablanca. Le site est divisé en carrières I, II et III, cette dernière étant également appelée Oulad Hamida 1[1]. Le premier fossile humain, une demi-mandibule adulte partielle avec cinq molaires (noté ThI-GH-1), a été découvert en 1969 par un étudiant lors d'opérations d’extraction de grès. Son assignation à une couche stratigraphique précise est restée incertaine. En 1975, d’autres découvertes ont été annoncées provenant de la carrière Thomas III[2]. Des fouilles systématiques ont été entreprises à partir de 1988, ont livré le premier nouveau fossile humain en 1994, et ont fait l'objet de deux premières publications en 2010 et 2011[3],[4].
Carrière Thomas I
La carrière Thomas I comprend deux sites archéologiques principaux : l'unité L et la grotte à Hominidés.
Unité L
Le niveau stratigraphique L1 (le plus bas) a livré les plus anciens outils lithiques connus au Maroc, datés d'environ 1,3 million d'années. Ils représentent les plus anciens outils de type acheuléen (bifaces, hachereaux, et autres grands outils façonnés) trouvés en Afrique du Nord, devant ceux de Tighennif, en Algérie, datés d'environ 1 million d'années.
La datation a été obtenue par la combinaison du paléomagnétisme et de la géochimie de la couche archéologique la plus basse de l'unité L. Elle correspond à une période comprise entre les stades isotopiques 43 et 37. La méthode Kombewa, caractéristique du second Acheuléen et présente sur le site de Tighennif, est absente du niveau L1, ce qui est cohérent avec le différentiel de datation[5].
Grotte à Hominidés
Des fossiles humains trouvés en 2008 et 2009 dans la grotte à Hominidés ont été datés vers 2022 de 773 000 ± 4 000 ans par la magnétostratigraphie. Ils ont en effet été trouvés dans une couche géologique correspondant exactement à l'inversion géomagnétique Brunhes-Matuyama, qui marque la limite entre Calabrien et Chibanien. Ils sont accompagnés d'outils acheuléens[6].
Liste des fossiles humains
Abréviations :
- ThI : carrière Thomas I
- GH : grotte à Hominidés
Liste[6] :
- ThI-GH-1 : demi-mandibule adulte partielle, trouvée en 1969
- ThI-GH-10717 : mandibule adulte quasi-complète, trouvée en 2008
- ThI-GH-10978 : fragment de mandibule infantile, trouvé en 2009
- 8 vertèbres, dont 6 cervicales et 2 thoraciques, associées à la mandibule ThI-GH-10717, trouvées en 2008
- UP4 ThI-GH-OA23-24 : prémolaire P4, trouvée en 1994
- UP3 ThI-GH-SA26-90 : prémolaire P3, trouvée en 1995
- UI1 ThI-GH-SA26-88 : incisive I1, trouvée en 1995
- UP3 ThI-GH-PA24-107 : prémolaire P3, trouvée en 2005
- diaphyse de fémur, trouvée en 1994 et publiée en 2016
Les fossiles bien datés (773 000 ans) sont constitués d'une mandibule adulte quasi complète, de huit vertèbres associées (2008), et d'un fragment de mandibule infantile (2009). Une demi-mandibule adulte partielle, trouvée en 1969, a une datation plus approximative mais jugée à tout le moins du Chibanien ancien[6]. Quatre dents isolées, trouvées entre 1994 et 2005, ont été datées provisoirement en 2010-2011 d'environ 500 000 ans[7], et n'ont apparemment pas été intégrées à l'étude Hublin 2026. Une diaphyse de fémur a été publiée en 2016, avec la même datation provisoire de 500 000 ans[8], et n'a pas été redécrite en 2026.
Analyse
Les mandibules et leurs dents montrent une combinaison de traits ancestraux et dérivés. Elles sont plus graciles que celles de Tighennif (datées d'au moins 1 Ma) et se rapprochent de la morphologie correspondante d'Homo antecessor, dont les fossiles trouvés en Espagne sont légèrement plus anciens[6].
Les auteurs de l'étude estiment que ces fossiles représentent une population proche du dernier ancêtre commun d'Homo sapiens, de l'Homme de Néandertal et de l'Homme de Denisova, généralement daté entre 800 000 et 600 000 ans, et un meilleur candidat à ce titre qu'Homo antecessor. Les fossiles du Maroc renforcent l'hypothèse que les ancêtres lointains d'Homo sapiens vivaient déjà en Afrique[6].
Deux fossiles africains trouvés dans les années 1970 et datés d'environ 400 000 ans, l'Crâne de Ndutu (Tanzanie) et l'Homme de Salé (Maroc), appartiennent probablement, selon Hublin 2026, à la branche conduisant à l'espèce Homo sapiens, branche qui s'inscrit entre environ 700 000 et 300 000 ans[6].
Phylogénie du genre Homo depuis 1 million d'années, d'après Hublin et al. 2026[9] :
| Homo |
| |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||