Delphine Ernotte
dirigeante d'entreprise française
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Delphine Ernotte-Cunci, ou simplement Delphine Ernotte, est une dirigeante d'entreprise française, née le à Bayonne (Basses-Pyrénées).
| Présidente Union européenne de radio-télévision | |
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| Présidente France Télévisions | |
| depuis le | |
| Présidente TV5 Monde | |
| depuis | |
| Directrice générale (en) Orange France (d) | |
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| Directrice générale déléguée Orange France (d) | |
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| Directrice commerciale Orange France (d) | |
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| Directrice de communication Orange France (d) | |
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| Naissance | |
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| Nom de naissance |
Delphine Nicole Danièle Cunci |
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| Fratrie |
| A travaillé pour |
France Télévisions (depuis le ) Orange (- |
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Ingénieure centralienne de formation, elle travaille à partir de 1989 dans l'industrie des télécommunications au sein de France Télécom, puis Orange, occupant plusieurs postes de direction à partir de 2000 et jusqu'en 2015. Le , elle est nommée présidente de France Télévisions pour un mandat de cinq ans par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), et occupe le poste à partir du . Elle est reconduite à ces mêmes fonctions deux fois, le [1], puis le [2] par l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom).
Début , elle est élue à la présidence de l'Union européenne de radio-télévision pour une prise de fonction au [3].
Biographie
Famille et formation
Delphine Cunci est la fille de Roger Cunci et de Simone Brana, tous deux médecins au pays basque français[4]. Son grand-père maternel, Jean-Pierre Brana, fut maire de Bayonne à la Libération, de 1945 à 1947[5],[6]. Son oncle maternel[7], Guy Brana, ancien élève de l’École polytechnique, fut, entre autres mandats[8], vice-président trésorier du Conseil national du patronat français et à ce titre, la cible en 1986 d'un attentat d'Action directe, dont il sortit miraculeusement indemne[9]. Sa sœur, Marie-Christine Lemardeley, est adjointe de la maire de Paris Anne Hidalgo, chargée des questions relatives à l'enseignement supérieur, la vie étudiante et la recherche.
Elle est diplômée de l'École centrale Paris[10] (promotion 1989)[11].
Le , elle épouse le comédien Marc Ernotte[10]. De ce mariage naissent deux enfants[4] ; l'un d'entre eux est médecin[12].
France Télécom / Orange (1989-2015)
Delphine Ernotte, ou Delphine Ernotte Cunci, travaille à France Télécom (devenue par la suite Orange), de 1989, tout d'abord comme analyste financière[13], jusqu'à 1993[4]. Elle y est ensuite ingénieure économiste à la recherche et développement, chargée de la planification[13] jusqu'en 1999[4]. Elle dirige ensuite un réseau de boutiques Orange à Paris. Elle est par la suite nommée directrice générale en 2000 de La Société de diffusion de radiotéléphonie (SDR), poste qu'elle occupe jusqu'en 2004[4].
De 2004 à 2006, elle est directrice régionale Centre-Val de Loire. En , elle est nommée directrice de la « communication France »[4]. À ce titre, elle est responsable du renouveau de l'image de marque d'Orange.
En , elle est nommée directrice commerciale France puis directrice « Grand public France » chez Orange en 2009[4]. À ce titre, elle est directrice générale d'Orange Distribution, filiale d'Orange SA.
En , elle est appelée par Stéphane Richard, devenu directeur général et no 2, comme directrice générale adjointe chargée des Opérations France. Elle fait donc partie des deux femmes qui siègent au comité exécutif du groupe Orange[14]. Lorsque Stéphane Richard est nommé PDG le , Delphine Ernotte devient directrice générale d'Orange France[15].
Présidente de France Télévisions (depuis 2015)
Le , Delphine Ernotte est élue par les membres du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) à la présidence de France Télévisions pour remplacer Rémy Pflimlin à partir du et pour un mandat de cinq ans[16]. Elle est la première femme à occuper ce poste[17].
Dans son plan stratégique remis au CSA, la nouvelle présidente fixe trois priorités : « restaurer la confiance », « réinventer l'offre » et « réaffirmer le service public ». Elle prévoit le « non-remplacement des départs » et une « modération salariale » afin d'« éviter tout départ contraint »[18]. L'une de ses premières décisions est de s'adjoindre la présence de Stéphane Sitbon-Gomez, petit-fils du journaliste Guy Sitbon, et considéré selon Le Monde comme le bras droit de Cécile Duflot[19].
En , elle procède au remplacement de Pascal Golomer par Michel Field à la direction de l'information[20]. Cependant, la Société des journalistes de France 2 s'étonne de l’éviction « brutale » de Golomer « en pleine période électorale »[21]. La direction justifiera ce remplacement par la non venue de Marine Le Pen la présidente du FN à Des paroles et des actes, et un manque de réactivité de France 2 après les attentats du . Golomer avait également émis des doutes sur la mise en œuvre de la future chaîne France Info[22],[23].
En 2016, Pascal Golomer sera finalement nommé par Ernotte directeur de la rédaction des sports de France Télévisions, en remplacement de François Brabant, appelé à rejoindre la création de France Info[23].
Début 2020, Delphine Ernotte se déclare candidate à sa propre succession à la tête de France Télévisions. Elle considère que France Télévisions « a besoin de continuité »[24]. Le CSA la nommera pour un second mandat le [25],[26].
Début , Delphine Ernotte devient la première femme à être élue à la tête de l'Union européenne de radio-télévision. Elle prend ses fonctions le [27]. Elle est également membre du Groupe de travail mondial pour les médias publics, une initiative de la Public Media Alliance, depuis sa formation en [28],[29].
Quelques semaines après le début de son second mandat à la tête de France Télévisions, Delphine Ernotte insiste sur l'un de ses objectifs majeurs en matière de ressources humaines, la diversité : « On a un énorme rattrapage à faire. Ce sera le fil rouge de mon mandat »[30].
En , Le Monde révèle qu'une partie variable de la rémunération des rédacteurs en chef de France Télévisions dépend de leurs efforts de renforcement de la couverture des sujets suivants : « Diversité, visibilité, Outre-Mer, Europe »[31]. Pour Marianne, la pratique de prime financière et de contrainte éditoriale pour mettre en avant l'européisme « pose problème ». Delphine Ernotte prendrait ainsi les devants sur un projet gouvernemental « qui consiste à pousser les Français à aimer l'Europe. Le tout sur des chaînes financées par l'argent public »[32].
En , Laurent Delpech est nommé par Delphine Ernotte Cunci à la tête de France Info en remplacement d'Erik Berg, qui occupait ce poste jusqu’en .
En , elle est reconduite par l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) pour un troisième mandat consécutif[33].
Autres responsabilités
Engagement pour l'égalité femme-homme
Décrite comme féministe[34], Delphine Ernotte est engagée pour l'égalité professionnelle femme-homme[35]. Dans un entretien en 2012, elle déclare « Les femmes se demandent toujours si elles sont capables, il faut que ça change »[36]. Au sein du groupe Orange, elle met en place en le réseau Innov’Elles afin de contribuer à la valorisation et à la promotion des femmes au sein du groupe[37],[38].
Mandats
Le , Delphine Ernotte Cunci est élue présidente du comité « Éthique et Développement durable » et membre du Comité d’audit et des comptes de Suez Environnement[39].
Elle préside le conseil d'administration de l'École nationale supérieure de la photographie (implantée à Arles)[40],[41].
Elle est membre du conseil d’administration de CentraleSupélec depuis et en est la présidente depuis le [42]. Elle siège également au conseil d’administration de l’établissement culturel « Le Cent-Quatre »[39].
En , elle est cooptée au sein du club Le Siècle[43],[40].
Le , Delphine Ernotte remplace Monica Maggioni à la vice-présidence de l'Union européenne de radio-télévision[44].
Controverses
À France Telecom
Dans le cadre de ses fonctions à France Télécom, Ernotte fut confrontée à la question sensible des suicides, dans laquelle son ancien PDG Didier Lombard avait mis en place un mode de management critiqué pour la pression qu’il faisait porter sur ses salariés[45], consécutive à la mise en place du plan « Next », qui aura pour conséquences une vague de suicides entre 2008 et 2010 (près d'une soixantaine sur la période), conduisant à la démission du patron d'Ernotte[46].
Propulsée à la direction générale adjointe chargée des Opérations France par Stéphane Richard, puis à la présidence d'Orange France, elle admet alors que ces drames ont suscité chez elle « un mélange de profonde culpabilité et de déni » et « une remise en question fondamentale »[47]. Néanmoins, neuf suicides se produisent à nouveau entre janvier et . Soit, en deux mois, presque autant que pour l'ensemble de l'année 2013 (11 suicides)[48].
À France Télévisions
Sur sa nomination
Selon L'Obs et Laurent Mauduit, sa nomination a été préparée par un influent réseau composé de David Kessler (ancien conseiller médias et culture auprès de François Hollande et responsable de la filiale cinéma de Orange), Xavier Couture (ex-TF1 et Canal+ et ancien conseiller chargé des relations avec les acteurs de l'audiovisuel auprès de Stéphane Richard) et par « le lobbyiste » Denis Pingaud, conseil de Mathieu Gallet[49],[50]. Selon plusieurs médias, elle aurait également reçu le soutien d'Anne Hommel, ancienne conseillère de Dominique Strauss-Kahn, ancienne secrétaire de Jean-Christophe Cambadélis et ancienne consultante d'Euro RSCG[50]. Laurent Mauduit ajoute que Sylvie Pierre-Brossolette, membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), a elle aussi milité, discrètement car « soumise à une obligation d’impartialité », pour sa candidature[50].
D'après Laurent Mauduit, Delphine Ernotte a été nommée grâce à la coalition des votes d'Olivier Schrameck, Sylvie Pierre-Brossolette, Nathalie Sonnac et Nicolas Curien — ces deux derniers, entrés récemment au CSA, étant « redevables de leur nomination » à Olivier Schrameck, selon Laurent Mauduit[50].
Les rédactions de France 2 et France 3 dénoncent le la procédure « opaque et anti-démocratique » mise en place par le CSA pour choisir le nouveau président de la télévision publique[51],[52].
Philippe Bilger dénonce également une nomination « dans un climat de connivence et de clientélisme »[53]. Laurent Mauduit critique une désignation « entachée d’irrégularités », affirmant notamment que Delphine Ernotte a plagié le projet de son concurrent Didier Quillot par l'intermédiaire de Xavier Couture, qui aurait d'abord soutenu ce dernier avant de rejoindre Delphine Ernotte — Xavier Couture dément ces allégations[50].
Deux syndicats, la CGC et la CFDT, contestent la régularité de la nomination de Delphine Ernotte en déposant plainte contre Olivier Schrameck pour abus d’autorité et trafic d’influence. Le ministère public classe l'affaire sans suite[54] puis le Conseil d'État rejette les recours[55]. Les deux syndicats déposent ensuite un recours devant le Conseil d'État. Delphine Ernotte, qui n'est pas visée, publie alors un « mémoire en défense » contestant les allégations de Laurent Mauduit, selon ce dernier « pour les contester, les nuancer, les admettre mais en les corrigeant à la marge »[56].
Exercice du mandat
Le , elle déclare lors d'une interview dans l'émission Le Grand direct des médias sur Europe 1 que « On a une télévision d'hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change ». Ces propos ont rapidement suscité une controverse, Ernotte se retrouvant notamment accusé de « racisme » par l'ancien animateur de Nulle part ailleurs Philippe Gildas[57]. Une accusation similaire est formulée de manière plus implicite par le journaliste Ivan Rioufol[58]. Julien Lepers, officiellement évincé en de l'émission Questions pour un champion qu'il animait pendant 27 ans, accuse quant à lui la présidente de France Télévisions de « faire de la discrimination »[59].
En , sa décision de licencier Philippe Verdier le pour avoir utilisé l'image du groupe pour la promotion de son livre[60] est la cible de critiques.
Alors que la Cour des comptes publie un rapport critique sur la gestion de l'entreprise publique par le prédécesseur d'Ernotte, Rémy Pflimlin, président entre 2009 et 2015, une enquête menée par BFM Business affirme le même mois que la nouvelle directrice touche un salaire qualifié d'« exorbitant » par Le Figaro, constitué d'un fixe de 322 000 euros brut par an, avec un bonus variable pouvant aller jusqu'à 78 000 euros, soit un total de 400 000 euros bruts par an. Delphine Ernotte répond que sa rémunération annuelle a été divisée par deux en quittant FT/Orange pour rejoindre France Télévisions. Cette rémunération serait identique à celle de son prédécesseur, Rémy Pflimlin[61].
Durant la campagne présidentielle de 2017, elle doit faire face à plusieurs difficultés, entre des critiques concernant L'Émission politique, le peu de succès des émissions d'après-midi de France 2 ainsi que des audiences en berne[62].
Delphine Ernotte prend la décision de ne pas reconduire David Pujadas à la rentrée de , pour la présentation du journal de 20 heures sur France 2[63]. Elle subit également la critique de personnalités du monde de la télévision et de radio, tel Frédéric Taddeï qui, en , lui reproche de tirer les chaînes du service public vers le bas[64].
En , au sein de France Télévisions, une motion de défiance contre Delphine Ernotte est adoptée à 84 % des voix, principalement en raison de la baisse des moyens et des effectifs alloués à l’information sur les chaînes du service public[65].
En , dans le contexte de l'affaire des journalistes Patrick Cohen et Thomas Legrand et après son audition par l’Arcom, elle dénonce une « campagne de dénigrement systématique et quotidienne (…) sur la chaîne de télévision CNews et la station de radio Europe 1 », estimant que « CNews est un média d’opinion » et une « chaîne d’extrême droite »[66]. Arnaud Lagardère, gérant de Lagardère Radio qui détient Europe 1, dénonce lui, « une manœuvre grossière de victimisation quand l’heure devrait être aux explications après l’affaire Cohen-Legrand »[67],[68]. L'Arcom décide alors de lancer des études pour évaluer l'impartialité de France Télévisions et de Radio France[69],[70].
En , un rapport commandé par le CSE de France TV révèle des problèmes dans l'organisation et le climat de travail au sein de la rédaction nationale. Le rapport indépendant dénonce un climat de travail « brutal » au sein de sa rédaction, une organisation « autoritaire et élitiste », des inégalités de traitement et des tensions entre journalistes[71],[72].
Elle est interrogée par les députés Jérémie Patrier-Leitus et Charles Alloncle dans le cadre de la Commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public[73].
Affaires judiciaires
Le , en compagnie notamment de Christian Estrosi et son épouse Laura Tenoudji, elle est placée en garde à vue dans le cadre d’une enquête portant sur les conditions d’organisation et de financement de l’Eurovision Junior diffusé sur France Télévisions et d’un colloque sur le climat organisé par La Tribune à Nice[74],[75].
En 2026, elle est soupçonnée d'abus de biens sociaux après un séjour à l'hôtel Majestic Barrière lors du festival de Cannes en 2023[76].
Théâtre
Amatrice de théâtre et de littérature, Delphine Ernotte a mis en scène Sceptick, une pièce de théâtre sur le quotidien d'une personne sans domicile fixe (S.D.F ) co-écrite par son mari Marc Ernotte[10],[77], suspendant pour cela ses activités chez Orange[12].
Distinctions
Le , Delphine Ernotte est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national du Mérite au titre de « directrice d'une entreprise de télécommunications ; 22 ans de services »[78] puis au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur le au titre de « directrice générale dans une entreprise de télécommunications ; 24 ans de services. »[79].