Don Drummond

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Don Drummond
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Don Drummond, né le [1],[2] à Kingston, dans le quartier de Trenchtown, et mort le dans la même ville, est un tromboniste et compositeur jamaïcain de formation jazz.

Il est l'une des figure de proue du ska et de la musique jamaïcaine, tant pour son œuvre en solo que pour sa carrière au sein des Skatalites, groupe emblématique qu'il contribue à fonder en 1963.

Il s'impose comme l'un des compositeurs les plus prolifiques du genre, avec près de trois cents œuvres à son nom.

Jeunesse et formation

Don Drumond voit le jour à l'hôpital Victoria Jubilee, dans un milieu modeste. Doris Maud Munroe, sa mère, originaire de la paroisse rurale de Westmoreland, élève son enfant seule à Kingston où elle a migré et trouvé un emploi de domestique[3].

Il suit une scolarité primaire à la Franklin Town Primary School puis à l'Alpha Elementary School, sans réel intérêt pour les études et avec une conduite irrégulière. Doué très tôt pour la musique, il improvise avec des objets du quotidien. Son comportement turbulent conduit à son admission à l'Alpha Boys School en 1943. Son parcours illustre les conditions de vie d’enfants jamaïcains de l’époque, souvent livrés à eux-mêmes et développant précocement autonomie et débrouillardise[4].

Sous la direction de Rupert Anderson, lui-même ancien élève d'Edward Bennett, Don Drummond s’y distingue par ses qualités musicales exceptionnelles. L'enseignement mettait l'accent sur les techniques et les répertoires classiques de la marche et du jazz, et offrait un cadre éducatif strict et rigoureux. A la fin de ses études, il se voit proposer d’y revenir cette fois comme enseignant, conformément à la tradition de l’établissement. Il y forme notamment Rico Rodriguez, Vernon Muller, Joe Harriott et Vincent Gordon. Avant même la naissance du ska, il était déjà considéré comme un prodige en jazz et un mentor auprès des jeunes musiciens.

Au fil de sa carrière, ses séances en studio vont se caractérisées par une discipline stricte et un perfectionnisme hérités de l'école de musique. Démentant la réputation d'insouciance qui allait plus tard coller à la peau du ska, chaque musicien devait adopter une approche exigeante, fondée sur la capacité à observer la musique de l'extérieur et à la maîtriser, pour parvenir à évoquer un sentiment ou une atmosphère au lieu de se contenter d'en faire un simple exercice de style[5].

Débuts de carrière

Don Drummond intègre par la suite les orchestres locaux tels que le Colony Club Orchestra d'Eric Dean ou le Tony Brown Orchestra. Pour l'historien de la musique jamaïcaine Garth White, les grands orchestres de jazz des années 1930 et 1940, tels ceux d'Eric Deans, de Sonny Bradshaw ou de Val Bennett, constituent le socle sur lequel repose le ska naissant. Drummond, aux côtés de Roland Alphonso et Tommy McCook, est un bon exemple de cette génération de musiciens professionnels dont la maîtrise du jazz conféra au ska sa rigueur et sa richesse harmonique[6].

Sa passion pour le jazz l'amène a former un groupe, le Don Drummond Four. Il est élu meilleur tromboniste de l'année 1954. Clement Dodd le repère lors d'un de ses shows et l'embauche dans ses groupes de studio (les Blues Blasters, The City Slickers ou le Studio One Orchestra), où officient plusieurs futurs Skatalites. Sa carrière de studio commence en 1956 ; il a principalement enregistré des specials (enregistrements originaux et exclusivement pour sound system). En 1959, cependant, ces specials commencent à être commercialisés en Jamaïque puis en Angleterre. En 1961, il figure parmi les musiciens réunis pour All Star Top Hits, premier album publié par Clement Dodd, enregistré aux Federal Studios aux côtés notamment de Roland Alphonso, Rico, Derrick Harriott et Clancy Eccles.

Drummond enregistre également pour les producteurs Leslie Kong (Spitfire), Vincent Chin (Don't Bury Me, Dandy Don D.), Prince Buster (That Man Is Back, Dewdrops, Corner Stone), Justin Yap (Ringo, Confucious, Ska-Ra-Van) et Duke Reid (Eastern Standard Time, Occupation, Let Georges Do It).

Ses premières influences viennent de grands jazzmen américains tels Jay Jay Johnson ou Kai Winding. Personnalité tourmentée, il est connu pour ses excentricités et souffre de schizophrénie.

Ce comportement erratique lui vaut le surnom de « Don Cosmic » attribué par Dodd. Il lui arrive ainsi de s'interrompre en plein concert et de rester immobile sur scène.

Il est l'un des premiers musiciens rasta et fréquente les groundations de Count Ossie. Ses titres King Solomon, African Beat, Mesopotamia ou Addis Ababa rendent hommage à l'Afrique, et quant à Marcus Junior et Garvey Burial, dédiés à Marcus Garvey, ils témoignent de ses convictions et de sa foi. Il est ainsi l'un des premiers musiciens jamaïcains à avoir pleinement intégré le rastafarisme et le nationalisme noir dans son identité artistique, faisant de lui un catalyseur culturel autant qu'un innovateur musical dans la période cruciale de l'indépendance jamaïcaine (1962-1965)[6].

Les Skatalites et l'âge d'or du ska

Drummond est devenu par la suite un des chefs créateurs et spirituels des Skatalites. En 1964, le Ska inonde les ondes hertziennes jamaïcaines tout au long de l'année, et il participe à des dizaines de séances d'enregistrement. Les Skatalites accompagneront les stars jamaïcaines de l'époque tel que Joe Higgs ou Jackie Opel mais également une nouvelle génération où l'on retrouve Delroy Wilson, The Wailers, Lee 'Scratch' Perry et Ken Boothe.

Man in the Street, composition de Drummond, rentre dans le Top 10 au Royaume-Uni en 1964, et un an après, son adaptation du thème du film Guns of Navarone réussit le même exploit en Angleterre.

La tragédie de 1965

Le nouvel an 1965, il se rend au commissariat pour le meurtre de sa femme, une danseuse nommée Anita 'Margarita' Mahfood (que l'on peut entendre sur le titre Woman A Come), poignardée. Son corps a été trouvé à domicile, portant de multiples blessures causées par des coups violents. Drummond a été considéré comme non-responsable de ses actes par le tribunal et interné au Bellevue Hospital.

Il meurt le à l'âge de 35 ans. Son décès a alimenté plusieurs hypothèses contradictoires, notamment une vengeance de la famille de sa concubine ou un suicide, la version officielle étant une mort naturelle.

Heather Augustyn, auteur d'une biographie exhaustive de Don Drummond parue à l'été 2013, affirme avoir la preuve que la mort de Don Drummond fut causée par les médicaments administrés à l'hôpital de Bellevue et qu'il était impossible que la famille d'Anita Mahfood ait été derrière un meurtre de vengeance[7].

Héritage et postérité

Don Drummond meurt dans une relative obscurité, mais sa mémoire est rapidement honorée par ses pairs. Don Drummond Memorial Album, publié par Trojan Records en 1969, constitue un hommage discographique paru peu après sa disparition[8].

Son œuvre est fréquemment décrite comme une traduction musicale des tensions de la société jamaïcaine, à la fois témoignage historique et création artistique[9]. Plusieurs analyses mettent en avant la présence de thèmes récurrents tels que la mélancolie, le désespoir, la lamentation et le militantisme, tout en soulignant la vitalité et les pressions propres à Kingston[10]. Son travail est également interprété comme l’expression des aspirations et de l’endurance du peuple jamaïcain, certains y voyant une forme d’inconscient collectif national.

Son influence durable sur la musique jamaïcaine est notamment illustrée par la trajectoire de Vincent Gordon, tromboniste surnommé « Don Drummond Jr » en raison de la proximité de leurs styles et membre des Skatalites, qui souligne le caractère profondément jamaïcain de cette musique[11]. L’importance de Drummond est également mise en avant dans certaines biographies, où il est présenté comme une figure majeure de la musique jamaïcaine, parfois comparée à celle de Bob Marley[11].

Il est par ailleurs considéré comme l’un des premiers héros culturels de la musique populaire jamaïcaine, dans un contexte où, durant les premières années du ska, les instrumentistes occupent le devant de la scène[12]. Son jeu est décrit comme porteur d’une forte charge émotionnelle et politique, capable d’exprimer à la fois l’enthousiasme lié à l’indépendance, les incertitudes du présent et les tensions sociales propres aux milieux populaires de Kingston[13].

Certains travaux soulignent également le rôle précurseur de Drummond dans l’évolution des musiques jamaïcaines, notamment par l’usage de tonalités mineures et de solos de trombone contribuant à une atmosphère mélancolique, considérée comme annonciatrice de l’esthétique du dub[14]. Son héritage est ainsi associé à une sensibilité musicale mêlant introspection, tension sociale et expressivité émotionnelle.

Cette influence s’étend au domaine littéraire, où sa figure inspire une tradition poétique jamaïcaine[15]. Plusieurs poètes le représentent comme un artiste solitaire et incompris, une figure spirituelle ou encore une voix prophétique incarnant les souffrances et les aspirations collectives. Il est également rapproché de figures mythologiques ou symboliques, témoignant de son inscription durable dans l’imaginaire culturel jamaïcain[16].

Plus récemment, son héritage continue de faire l’objet de réinterprétations. En 2023, le tromboniste suisse Samuel Blaser publie Routes, un album hommage enregistré notamment avec Lee « Scratch » Perry. En 2024, à l’occasion du soixantième anniversaire des Skatalites, Reeves publie le premier volume d’une série graphique en sept tomes, Trombone Man: Ska's Fallen Genius, illustrée par le dessinateur chypriote Constantinos Pissourios. L’ouvrage retrace la vie de Drummond et met en avant plusieurs figures centrales de son entourage, ouvrant la voie à des projets d’adaptation scénique et audiovisuelle[11].

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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