Anne de Rochechouart de Mortemart

pilote automobile et sculptrice française From Wikipedia, the free encyclopedia

Marie Adrienne Anne Victurnienne Clémentine de Rochechouart de Mortemart, par son mariage duchesse d'Uzès, est une pilote automobile et sculptrice française, née dans l'ancien 1er arrondissement de Paris le et morte au château de Dampierre, à Dampierre-en-Yvelines, le .

Nom de naissance
Marie Adrienne Anne Victurnienne Clémentine de Rochechouart de MortemartVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
ManuélaVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Présidente Automobile Club féminin de France, 1926-1933 ...
Anne de Rochechouart de Mortemart
La Duchesse d'Uzès, portrait en tenue de chasse (avant 1897) par Gustave Jacquet.
Fonctions
Présidente
Automobile Club féminin de France
-
Présidente
Union des femmes peintres et sculpteurs
-
Présidente
Union des femmes peintres et sculpteurs
-
Titre de noblesse
Duchesse
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Marie Adrienne Anne Victurnienne Clémentine de Rochechouart de MortemartVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
ManuélaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Famille
Père
Louis de Rochechouart de Mortemart (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Marie-Clémentine de Chevigné (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Emmanuel de Crussol d'Uzès (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Jacques de Crussol
Simone de Crussol d'Uzès (d)
Louis de Crussol d'Uzès (en)
Mathilde Renée de Crussol d’Uzès (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Propriétaire de
Sport
Distinctions
signature d'Anne de Rochechouart de Mortemart
Signature.
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Avec Camille du Gast, elle est l'une des pionnières de l'automobilisme féminin.

Elle est également, pendant plus de 30 ans, présidente de l'Union des femmes peintres et sculpteurs.

Biographie

Portrait de la Veuve Clicquot et de son arrière-petite-fille Anne de Rochechouart de Mortemart par Léon Cogniet.

Anne de Rochechouart de Mortemart naît le dans l'ancien 1er arrondissement de Paris dans une famille d'aristocrates.

Une de ses arrières-grands-mères est Barbe-Nicole Clicquot-Ponsardin (1777-1866), surnommée « la grande dame de la Champagne » ou « la Veuve Clicquot », propriétaire de la maison de champagne du même nom. Le tableau de Léon Cogniet (ill. ci-contre) les représente toutes deux, vers 1860-1862, avec en arrière-plan le château de Boursault[1].

Ses parents sont Marie-Clémentine de Chevigné (1818-1877) et Louis (1809-1873), comte de Mortemart (dont le quintaïeul direct, Louis-Victor de Rochechouart, était le frère de Madame de Montespan)[1].

Fragile de santé durant son enfance, elle devient duchesse par son mariage à Paris le avec Emmanuel de Crussol d'Uzès (1840-1878), duc de Crussol puis 12e duc d'Uzès en 1872.

Entre 1868 et 1875, ils ont quatre enfants : Jacques Marie Géraud (1868-1893), 13e duc d'Uzès en 1878, mort le au Congo[2], Simone Louise Laure (1870-1946), Louis Emmanuel (1871-1943), et Mathilde Renée (1875-1908)[réf. nécessaire].

Veuve dès 1878, elle a la charge de l'éducation de ses enfants. Afin de sortir son fils aîné d'une vie oiseuse et débauchée  le jeune homme était l'amant de la comédienne Émilienne d'Alençon  elle organise une expédition en Afrique dont elle lui confie le commandement, dûment assisté de plusieurs militaires d'expérience ; le jeune homme y contracte la maladie qui l'emporte en 1893 à l'âge de 25 ans[3].

Le peintre Gustave Jacquet en fait un portrait exposé au Salon de 1886, et Paul Helleu la représente coiffée d'un tricorne Louis XV, probablement en tenue de chasse.

Légitimiste puis fusionniste (donc orléaniste), la duchesse finance les activités politiques du général Boulanger, qu'elle rencontre souvent à partir de 1888, en espérant qu'il aide Philippe d'Orléans à rétablir la monarchie, et consacre à cette entreprise une partie de sa fortune sans jamais regretter ce choix. Elle entretient une relation amicale avec Louise Michel au retour de déportation de celle-ci[4] et veut prendre en charge financièrement, l'éducation de Sidonie Vaillant, la fille de l'anarchiste condamné à mort et exécuté Auguste Vaillant[5].

Le , elle réchappe de l'incendie du Bazar de la Charité[réf. nécessaire].

gravure montrant une femme s'apprêtant à monter dans une automobile décapotée.
« La Duchesse d’Uzès brevetée ! Mon Dieu oui, et conducteur d’automobile encore ! Voilà une nouvelle véridique qui étonnera bien des gens ! » annonce La Vie au grand air du 15 mai 1898[6].


La duchesse d'Uzès est, avec Camille du Gast, « l'une des pionnières de l'automobilisme féminin[7] ». Elle n'est pas la première femme à prendre le volant, mais, bien que ce point reste incertain, « la tradition [lui] attribue le passage du "premier certificat de capacité féminin" [ancêtre du permis de conduire automobile], le [8]. » Par la suite, elle est également à l'origine de la création de l'Automobile Club féminin de France en 1926 (l'Automobile Club de France n'acceptant pas les femmes parmi ses membres) et en assume la présidence jusqu'à sa mort[9]. Enfin, elle est aussi, de longue date, réputée avoir été l'objet de la première verbalisation pour excès de vitesse[10], au volant de sa Delahaye type 1. De fait, la presse du moment relate bien sa condamnation le par le tribunal de simple police de Paris, en compagnie de son fils, à 5 francs d'amende pour un excès de vitesse commis au bois de Boulogne, à près de 15 km/h au lieu des 12 km/h maximum autorisés par l'ordonnance du sur la vitesse des automobiles « dans Paris et dans les lieux habités »[11]. Mais son cas n'est pas isolé et prend place dans un contexte bien particulier : en effet, cette même presse relève alors surtout que de nombreux autres conducteurs, masculins ceux-ci, sont au même moment mis à l'amende par ce même tribunal[12] et s'en alarme, non sans ironie, à l'image de Gil Blas, qui écrit, sous le titre « Une Mode » :

« Il est d'ores et déjà du "dernier cri" de comparaître devant le tribunal de simple police […] comme contrevenant au règlement de la circulation des voitures… automobiles.

Hier déjà, prenant l'avance sur Mme la duchesse d'Uzès, qui ne doit comparaître qu’aujourd’hui devant le tribunal, de nombreux clubmen parmi lesquels l'élégant Maxime D… sont venus recevoir ce brevet de mondanité sous la forme d'une amende de cent sous[13]. »

Ce que Le Matin commente : « c'est bien moins cher qu'une cotisation de cercle et cela "pose" tout aussi bien[14]. » Plus généralement, « l'automobile avait conquis avec une facilité déconcertante les milieux mondains, véritable bastion retranché de la suprématie chevaline. La duchesse d'Uzès, grand amateur de chasses à courre et remarquable cavalière, adopta avec enthousiasme l'automobile[15]. »

Une réunion du bureau de l'Union des femmes peintres et sculpteurs, vers 1910-1920. La présidente, la duchesse d'Uzès, au centre de la table, entourée à sa gauche d'Esther Huillard, vice-présidente, et à sa droite de Mademoiselle Adrien, trésorière, écoute Gabrielle Debillemont-Chardon, en face d'elle, vice-présidente. BNF, département des estampes et de la photographie, fonds Laruelle.

Elle organise le dans les jardins du Trocadéro une « Journée de l’Élégance et de la Dentelle » pour venir en aide aux marins bretons, avec la participation du chansonnier Théodore Botrel et de sa femme Léna, qui l'encadrant font la couverture du magazine Fémina du [réf. nécessaire].

De 1901 à 1903, puis de 1907 à 1933, elle est présidente de l'Union des femmes peintres et sculpteurs. Malgré son investissement personnel et financier, elle y est parfois contestée pour la prépondérance de ses affinités politiques et mondaines sur ses talents artistiques[16]. Elle est également présidente d'honneur du « Syndicat des artistes femmes peintres et sculpteurs » (SAFPS des Unions fédérales), fondé en 1904 par Marie Thélika Rideau-Paulet, présidente du syndicat[17].

Passionnée de chasse, la duchesse est la première femme lieutenant de louveterie[18].

Deux cavalières suivies de deux sonneurs, en tenue d'équipage, à l'arrêt. Au premier plan, la duchesse d'Uzès : une femme corpulente montant en amazone. Une bicyclette apparait à l'arrière-plan.
La duchesse d'Uzès lors d'une chasse à courre à Rambouillet (1913).

Maîtresse de l'équipage de Bonnelles, en forêt de Rambouillet, elle participait chaque année au « Rallye Bonnelles » (rallye de chasse à courre) créé par son mari[19]. Elle chasse aussi en compagnie du comte de Fels, constructeur du proche château de Voisins, à Saint-Hilarion (Yvelines), et des frères Albert, Gaston et Henri Menier, qui chassent à courre dans la forêt de Villers-Cotterêts[20]. Chassant également en Anjou, elle séjourne chez sa famille par alliance au château de Brissac à Brissac-Quincé (Maine-et-Loire), où sa chambre habituelle porte encore son nom[21]. Sensible à la cause animale, elle milite au sein de la Société protectrice des animaux, jusqu'à ce que son amour de la chasse à courre l'en fasse exclure[22].

femme âgée devant une automobile, tenant un fanion "ACFF - Présidente"
La duchesse d'Uzès, présidente de l'Automobile Club féminin de France, en 1927.

Elle fonde[23] en 1914 le Mémorial de France à Saint-Denys, dont elle est la présidente puis la présidente d'honneur.

Pendant la Première Guerre mondiale, Maurice Marcille, médecin aide-major de 2e classe, chirurgien convaincu de la nécessité de soigner au plus vite certaines plaies de guerre, obtient de sa riche amie, passionnée d’automobiles comme lui, qu’elle préside l'association « formations chirurgicales Franco-Russes » ayant pour but la création d'un centre de soins mobile, constitué de 3 à 4 camions transportant 4 équipes chirurgicales, 4 tables d’opération et du matériel de radiologie ; cette structure « autochirugicale » permet d’opérer jusqu’à 60 blessés par jour au plus près du front. C'est le prototype de ce qui devient les autochirs[24].

Elle est chevalière, puis officière de la Légion d'honneur ; reçoit une mention honorable au Salon des artistes français. Elle est présidente-fondatrice de l'Automobile Club féminin de France, présidente de l'Œuvre dite des bons-enfants (protection des veuves et orphelins de la Première Guerre mondiale)[25].

Elle meurt au château de Dampierre, à Dampierre-en-Yvelines, en février 1933, âgée de quatre-vingt-cinq ans.

Décorations

Résidences

Résidences parisiennes

  • 1880-1902 : Hôtel d'Espagne, puis d'Uzès, no 76 avenue des Champs-Élysées, Paris (détruit) ; en 1880, la duchesse d'Uzès, veuve depuis 1878, décide de vendre l'hôtel familial de la rue de la Chaise pour s'installer rive droite, probablement pour se rapprocher du bois de Boulogne où elle monte à cheval et mène ses équipages quotidiennement. Elle fait l'acquisition de l'hôtel particulier construit pour la reine Marie-Christine d'Espagne à l'emplacement d'une maison ayant appartenu à la duchesse de Caumont-La Force; il s'agit d'un hôtel entre cour et jardin, construit sur une parcelle de deux tiers d'hectare s'étendant jusqu'à la rue de Ponthieu et donnant sur l'avenue par une porte cochère. Elle l'achète pour 3 millions de francs, dont elle règle une partie en œuvres d'art (plusieurs toiles de Meissonier), à l'industriel suisse Secrétan, qui va s'installer rue Moncey. Le prix est jugé excessif pour un hôtel « médiocre et mal construit ». L'hôtel comporte des plafonds peints par Fortuny. Progressivement, la duchesse le modernise et en fait une des demeures les plus confortables de Paris : cette « demeure […] passait, vers 1900, pour être une des plus remarquables du Paris moderne […] Le salon de l'avenue des Champs-Élysées fut bientôt le rendez-vous de toutes les notabilités d'alors. Et la petite histoire a enregistré les entrevues mémorables qui eurent lieu ici entre la grande dame et le général Boulanger »[27]. Elle y installe son atelier de sculpture[28]. En 1902[29], la duchesse d'Uzès vendit l'hôtel à Georges Dufayel, propriétaire des « Grands Magasins Dufayel » (26, rue de Clignancourt) depuis 1892, amateur d'art et collectionneur, domicilié au numéro 90 de l'avenue. L'hôtel d'Uzès fut démoli en 1905 et remplacé par un nouvel hôtel particulier construit par l'architecte Gustave Rives[30].

Maisons de campagne

Action politique

Elle fut la principale source de financement de la campagne du général Boulanger de 1887 à 1890[35]. Elle soutint également la Fédération nationale des Jaunes de France, syndicat qui s'opposait aux socialistes, était hostile à la grève et promouvait la collaboration entre les classes sociales (ce nom de « jaune » fut ensuite donné aux ouvriers qui dénonçaient aux patrons leurs collègues grévistes)[36].

Sculpture

La duchesse prit le nom d'artiste de Manuela, qu'elle donna également à son yacht à vapeur[37]. Elle se choisit des maîtres prestigieux : Alexandre Falguière, membre de l’Académie des beaux-arts ; Antonin Mercié, sculpteur animalier, grand prix de Rome ; Auguste Cain, sculpteur animalier ; ainsi que le peintre et sculpteur Jean-Léon Gérôme, également membre de l’Académie des beaux-arts. En 1900, le peintre lorrain Adolphe Demange lui dédicaça son tableau la représentant travaillant à la statue monumentale de Jeanne d'Arc par son maître Falguière[38], dédicace faite dans l'atelier de celui-ci[39],[40].

Œuvre littéraire

  • Le Cœur et le Sang, drame en 3 actes, sous son pseudonyme de Mme Manuela (1890)[41] ;
  • Le Voyage de mon fils au Congo (1894)[42] ;
  • Histoires de chasse par Madame la duchesse d'Uzès née Mortemart, aquarelles de Maurice Leloir (Éditions d'art de la Phosphatine Fallières, 1907)[43] ;
  • Paillettes grises (A. Lemerre, 1909)[44] ;
  • Rêver (page manuscrite datée de 1909)[45] ;
  • Poèmes de la duchesse Anne (La Poétique, 1911)[46] ;
  • Souvenirs de Parisiennes en temps de guerre recueillis par Mme Camille Clermont. (Mme Alphonse Daudet. Mme Andrieu, sous-préfète de Soissons. Duchesse d'Uzès. Mme Suzanne Dejust-Defiol. Mlle A. Dyvrande. Mme René Acollas. Mme A. Guerquin d'Auriac. Mlle Hélène Vacaresco. Mme M.-L. Dromart. Mlle M. Pattez. Mme Lola Noyr. Mme L. Dorliat. Une Mimi Pinson.) (préf. Maurice Donnay), Paris, Berger-Levrault, , 235 p.[47]
  • Paillettes mauves (A. Lemerre, 1922)[48]
  • Souvenirs de la duchesse d'Uzès, née Mortemart, préface de son petit-fils le comte de Cossé-Brissac (Plon, 1939)[49].

Ascendance

Notes et références

Voir aussi

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