Délégation arménienne au congrès de Berlin
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Obtention de réformes en Arménie ottomane |
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La Délégation arménienne au congrès de Berlin est une mission diplomatique menée par l'archevêque Mkrtich Khrimian afin de défendre les intérêts des Arméniens ottomans auprès des Grandes puissances à la suite de la victoire russe sur l'Empire ottoman lors de la guerre russo-turque de 1877-1878. Ce congrès marque le début de ce que l'on nomme la question arménienne.
La guerre russo-turque de 1877-1878 voit l'avancée russe en Arménie ottomane, l'armée impériale s'emparant notamment de Bayazet et de Kars[2] entre fin 1877 et début 1878[3]. Au fur et à mesure de leur progression, des troupes irrégulières kurdes et des bachi-bouzouks pillent et brûlent un certain nombre de villages arméniens frontaliers ; les Arméniens de la région accueillent alors les Russes en libérateurs[3]. Les généraux de l'armée russe aux commandes de ce front, Mikhaïl Loris-Melikov, Arshak Ter-Gukasov et Ivan Lazarev, sont d'ailleurs eux-mêmes Arméniens[4].
Le patriarche arménien de Constantinople Nersès Varjapétian et l'Assemblée nationale arménienne, jusque-là méfiants de la Russie, voient dans cette victoire une opportunité[4]. Ils chargent donc l'évêque arménien d'Adrianople de demander au grand-duc Nicolas Nikolaïevitch, qui s'était emparé de la cité, d'inclure dans le traité de paix des clauses prévoyant la mise en place d'une autonomie des provinces arméniennes de l'Empire ottoman[4]. Ce dernier reçoit favorablement cette proposition[4].
Les Arméniens obtiennent des négociateurs russes l'article 16 du Traité de San Stefano (), qui prévoit des réformes immédiates pour les Arméniens ottomans[5],[6] et dont voici le texte[7],[8],[9],[10] :
« Article 16 : Comme l'évacuation par les troupes russes, des territoires qu'elles occupent en Arménie et qui doivent être restitués à la Turquie, pourrait y donner lieu à des conflits et à des complications préjudiciables aux bonnes relations des deux pays, la Sublime Porte s'engage à réaliser sans plus de retard les améliorations et les réformes exigées par les besoins locaux dans les provinces habitées par les Arméniens et à garantir leur sécurité contre les Kurdes et les Circassiens[11]. »
Originellement, à la place du passage évoquant les « améliorations et les réformes », on pouvait lire l'« autonomie administrative »[7]. Mais le texte est amendé à la demande des Britanniques[7].
Les troupes commandées par Loris-Melikov sont chargées d'occuper Erzurum jusqu'à ce que le tsar Alexandre II obtienne des garanties que les populations chrétiennes locales soient protégées[12]. Ces réformes sont donc sous le contrôle de la Russie en tant que puissance occupante[13].
Le congrès de Berlin
Le Royaume-Uni de Benjamin Disraeli et l'Autriche-Hongrie voient d'un mauvais œil l'expansion russe au détriment de l'Empire ottoman[12] ainsi que l'affaiblissement de ce dernier[7]. Les Britanniques demandent donc l'organisation d'un congrès[12]. Ainsi, le Traité de San Stefano est révisé lors du congrès de Berlin, qui a lieu à l'[5],[12],[14].
Une délégation arménienne menée par Mkrtich Khrimian (accompagné notamment de Minas Tchéraz[15]), et composée d'un autre archevêque ainsi que par deux députés de l'Assemblée arménienne[13], se rend au congrès avec l'assentiment de Nersès Varjapétian[7], alors patriarche arménien de Constantinople, pour y porter un projet d'autonomie administrative pour l'Arménie inspiré du statut du Liban de 1861[5],[12],[16],[13],[17]. Ce projet prévoit un gouverneur arménien, en poste à Erzurum, désigné par le gouvernement ottoman, un programme de réformes fiscales judiciaires, policières, etc. dont le déploiement serait contrôlé par une commission internationale[13], mais aussi des milices mixtes chrétiennes-musulmanes, le suffrage masculin ou encore l'utilisation locale des revenus fiscaux[12]. Sur le chemin du congrès, la délégation se rend dans les capitales européennes pour tenter d'influencer les diplomates qui se rendront à Berlin[12]. À Londres, elle rencontre le ministre des Affaires étrangères britannique, Lord Salisbury, qui ne lui fait aucune promesse[12]. Ses rencontres avec des diplomates à Paris et à Rome sont tout aussi infructueuses[12],[7]. Parallèlement, Khosrov Nar Bey Kalfayan est envoyé à Saint-Pétersbourg pour remettre au tsar Alexandre II un mémoire demandant l'autonomie des provinces arméniennes[7].
Malheureusement, la délégation de Mkrtich Khrimian n'est pas admise aux travaux du congrès, ce qui le déçoit beaucoup[18],[7].
Du congrès découle le Traité de Berlin (), dont l'article 61, consacré aux Arméniens, atténue les promesses de l'article 16 du Traité de San Stefano[5] car les réformes promises relèvent désormais de la seule responsabilité de l'Empire ottoman[13]. Il évoque la nécessité de réformes dans les provinces arméniennes, mais soumet leur application au contrôle des puissances[7],[18],[19], dont le concert est peu probable[5] :
« Article 61 : La Sublime Porte s'engage à réaliser sans plus de retard les améliorations et les réformes qu'exigent les besoins locaux des provinces habitées par les Arméniens et à garantir leur sécurité contre les Circassiens et les Kurdes. Elle donnera connaissance périodiquement des mesures prises à ces effets aux Puissances qui en surveilleront l'application[20]. »