Projet de réformes en Arménie ottomane (1895)

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Les six provinces arméniennes à la fin du XIXe siècle.

Le projet de réformes en Arménie ottomane est un plan de réformes négocié en 1895 entre l'Empire ottoman et les grandes puissances en faveur des Arméniens ottomans, notamment de leur foyer de peuplement que sont les six vilayets (ou Arménie occidentale), à l'est de l'Empire. C'est l'un des volets de la question arménienne. Il n'est toutefois jamais mis en œuvre.

De la guerre russo-turque jusqu'au Traité de Berlin (1878)
Carte de l'est de la Turquie et du Caucase montrant des mouvements de troupes.
Le front du Caucase lors de la guerre russo-turque de 1877-1878.
Représentation en noir et blanc de huit diplomates masculins affairés autour de deux tables à l'étude de documents dans un bureau.
La signature du Traité de San Stefano ().
Huile sur toile représentant de nombreux hommes en costumes diplomatiques de plusieurs nationalités autour d'une grande table.
Le congrès de Berlin () par Anton von Werner (1881).

La guerre russo-turque de 1877-1878 voit l'avancée russe en Arménie ottomane, l'armée impériale s'emparant notamment de Bayazet et de Kars[1]. Les Arméniens obtiennent des négociateurs russes l'article 16 du Traité de San Stefano (), qui prévoit des réformes immédiates pour les Arméniens ottomans[2],[3] et dont voici le texte[4],[5],[6],[7] :

« Article 16 : Comme l'évacuation par les troupes russes, des territoires qu'elles occupent en Arménie et qui doivent être restitués à la Turquie, pourrait y donner lieu à des conflits et à des complications préjudiciables aux bonnes relations des deux pays, la Sublime Porte s'engage à réaliser sans plus de retard les améliorations et les réformes exigées par les besoins locaux dans les provinces habitées par les Arméniens et à garantir leur sécurité contre les Kurdes et les Circassiens[8]. »

Le Traité de San Stefano est révisé lors du congrès de Berlin, qui a lieu à l'[2],[9]. La tenue de ce congrès ne décourage pas les Arméniens : déçus par la reculade russe, ils se tournent à présent vers les Britanniques[9]. Une délégation arménienne menée par l'archevêque arménien Mkrtich Khrimian se rend au congrès avec l'assentiment de Nersès Varjapétian[10] pour y porter un projet d'autonomie administrative pour l'Arménie inspiré du statut du Liban de 1861[2],[9],[11],[12]. Ce projet prévoit un gouverneur chrétien, en poste à Erzurum, désigné par le gouvernement ottoman, un programme de réformes fiscales judiciaires, policières, etc. dont le déploiement serait contrôlé par une commission internationale[13], mais aussi des milices mixtes chrétiennes-musulmanes, le suffrage masculin ou encore l'utilisation locale des revenus fiscaux[9]. La délégation de Mkrtich Khrimian n'est toutefois pas admise aux travaux du congrès, ce qui est source d'amertume pour l'archevêque[14]. Du congrès découle le Traité de Berlin (), dont l'article 61, consacré aux Arméniens, atténue les promesses de l'article 16 du Traité de San Stefano[2]. En effet, il évoque la nécessité de réformes dans les provinces arméniennes, mais soumet leur application au contrôle des puissances[15],[2],[4],[9],[16] :

« Article 61 : La Sublime Porte s'engage à réaliser sans plus de retard les améliorations et les réformes qu'exigent les besoins locaux des provinces habitées par les Arméniens et à garantir leur sécurité contre les Circassiens et les Kurdes. Elle donnera connaissance périodiquement des mesures prises à ces effets aux Puissances qui en surveilleront l'application. »

Début de la question arménienne, qui est évoquée pour la première fois lors d'une conférence internationale[17],[18] et qui se retrouve donc « internationalisée »[19], l'article 61 n'est jamais appliqué, mais est source d'espoirs pour les Arméniens, tout en nourrissant la méfiance des autorités ottomanes vis-à-vis de cette minorité[2], ainsi désignée comme la cause d'une menace permanente pour la souveraineté de l'Empire ottoman[4]. Cette question est cependant presque immédiatement oubliée par les grandes puissances, alors occupées à étendre leur empire colonial en Afrique et en Asie, et privilégiant la voie de l'impérialisme économique pour étendre leur influence dans l'Empire ottoman[17]. Ainsi, jusqu'en 1881, les grandes puissances se contentent d'envoyer des notes plus ou moins identiques au sultan lui rappelant ses obligations[19]. Puis, leur concert s'effrite : l'Allemagne et l'Autriche le quittent, et la Russie, gouvernée par Alexandre III après l'assassinat de son père la même année, se désintéresse de la question arménienne[19].

Dans les années 1880 et 1890, les premiers partis politiques arméniens (parti Arménagan, parti social-démocrate Hentchak et Fédération révolutionnaire arménienne) apparaissent ; l'une de leurs revendications est l'application de l'article 61[20]. Ainsi, en 1890, lors de la manifestation de Koum-Kapou, des Hentchakistes forcent le patriarche arménien de Constantinople Horen Ier Achekian à délivrer au sultan un manifeste demandant l'application de l'article 61[21].

Historique

Notes et références

Voir aussi

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