Enrico David
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Nomination Turner Prize (2009) |
Bog-Piper (2012) Light Days (2012) Life Sentences (2014) |
Enrico David est un artiste, sculpteur et dessinateur italien né en 1966 à Ancône. Installé à Londres depuis la fin des années 1980, il développe une pratique pluridisciplinaire qui inclut le dessin, la sculpture, la céramique, le textile et l'installation[1]. Son travail explore la figure humaine comme un espace de transformation continue, articulant mémoire, identité et métamorphose corporelle.
Nommé pour le Turner Prize en 2009[2], il représente l'Italie à la Biennale de Venise en 2019[3]. Son œuvre fait l'objet d'une rétrospective itinérante aux États-Unis entre 2018 et 2019, Gradations of Slow Release, présentée au Museum of Contemporary Art Chicago et au Hirshhorn Museum and Sculpture Garden[4].
Formation et débuts (1966-1994)
Né à Ancône en 1966 dans une famille d'artisans[5], Enrico David étudie d'abord les langues modernes à Bologne avant de s'installer à Londres en 1988, attiré par la scène culturelle londonienne de la fin des années 1980. Il s'établit d'abord à Kensington, où il travaille dans un McDonald's pour observer les tendances de la mode, puis s'installe à Brixton où il commence à peindre chez lui. En 1994, il obtient un BA en sculpture à la Central Saint Martins, une école davantage connue pour son département de mode que pour ses arts plastiques, où il côtoie des contemporains comme Stella McCartney et Alexander McQueen[5].
Développement artistique (1994-2009)
Durant les années 1990, David développe une pratique singulière, créant notamment des portraits monumentaux brodés à partir de toiles cousues, souvent réalisés à partir de dessins et de collages issus de magazines de mode[6]. Se sentant en marge des mouvements artistiques dominants, il développe une approche expérimentale libre de toute pression commerciale, en dialogue notamment avec le sculpteur Thomas Houseago[5].
Son travail attire progressivement l'attention des institutions internationales. En 2007, il présente sa première exposition personnelle dans une institution britannique à l'ICA London[7]. En 2009, il est nommé pour le Turner Prize pour ses expositions How Do You Love Dzzzzt By Mammy? au Kunstmuseum Basel et Bulbous Marauder au Seattle Art Museum[2]. La Tate Britain décrit alors son travail comme créant un univers surréaliste avec une distribution de personnages étranges flottant dans un vide théâtral noir, attirant le spectateur dans un monde étrange d'imagination et d'incertitude[8].
Reconnaissance internationale (2009-présent)
Après sa nomination au Turner Prize, David se concentre davantage sur la sculpture, qu'il décrit comme une "consolidation perverse" et le médium le plus difficile pour lui[9]. En 2012, il présente sa première exposition personnelle à New York, Head Gas, au New Museum[10].
En 2019, il représente l'Italie à la Biennale de Venise au sein de l'exposition collective Neither Nor: The Challenge to the Labyrinth, curée par Milovan Farronato, aux côtés de Liliana Moro et Chiara Fumai[3]. Cette participation intervient après sa participation à la Biennale de Venise 2013 dans le cadre de The Encyclopedic Palace curé par Massimiliano Gioni[9]. La même année, sa rétrospective itinérante Gradations of Slow Release est présentée au Museum of Contemporary Art Chicago puis au Hirshhorn Museum and Sculpture Garden de Washington, constituant la première enquête muséale de son travail aux États-Unis et couvrant vingt années de production artistique[4].
Démarche artistique
Processus créatif et matériaux
La pratique d'Enrico David se caractérise par une auto-référentialité où chaque œuvre fait écho aux autres. Ses pièces créées aujourd'hui peuvent coexister avec celles réalisées il y a dix ou vingt ans, créant une forme d'intemporalité qui en fait l'un des sculpteurs les plus intéressants de sa génération[9]. Le dessin constitue le point de départ de son travail : Art in America souligne que David développe ses idées sculpturales en étroite relation avec sa pratique du dessin[11].
L'artiste conserve un large portfolio de dessins anciens qu'il réexamine et réinterprète régulièrement. Comme il l'explique : "Je ne dessine jamais vraiment avec une sculpture ou une peinture à l'esprit"[9]. Ces dessins, souvent flous et indéfinis, suggèrent vaguement des formes et des corps. David décrit une phase de déchiffrement : "Comment décrivez-vous quelque chose d'une manière qui ne soit pas juste une ligne sur un papier ?"[9]
Ses œuvres mettent en scène des figures fragmentées, étirées ou recomposées, réalisées à partir de matériaux associés à la sphère domestique ou artisanale, tels que le textile, la céramique, le papier mâché, le polystyrène, le cuivre et même des os[12].
Dialectique éphémère et permanent
Artforum analyse le travail de David comme réfractant le corps à travers une dialectique de l'éphémère et du permanent[10]. Cette tension est particulièrement visible dans des œuvres comme Bog-Piper (2012), une terminaison nerveuse massive qui s'est pétrifiée plutôt que putréfiée, se durcissant en un fossile fragile et noirci, ou Light Days (2012), une tête déformée perchée sur un U allongé renversé, peinte couleur peau desséchée et incrustée d'os véritable, décrite comme "partie fantasme primitiviste, partie monument à la fin du monde"[10].
Le critique d'art Lloyd Wise note que les dessins au crayon de David capturent des visages dans des gribouillages haphazards, des silhouettes probables qui émergent spontanément tandis que son crayon parcourt la page, créant un sens de contingence[10]. L'artiste lui-même déclare : "J'imagine ces images comme le produit d'un acte de volonté conscient et physiologique. Exister malgré la nature aliénante et antagoniste de leur environnement"[10].
Influences et contexte
David s'inscrit dans une lignée de la sculpture européenne moderne, explorant des affinités avec Barbara Hepworth, Henry Moore et Alberto Giacometti, tout en conservant un langage esthétique idiosyncratique délibérément varié[7]. Art in America établit un parallèle avec Rodin, dont les membres tordus, les corps fragmentés et les surfaces sillonnées ont libéré la sculpture pour exprimer le processus, l'énergie, la psychologie et la lumière au-delà de la simple représentation[11].
Son rapport aux sources visuelles dépasse les "beaux-arts" pour tester la visibilité de l'art dans le monde tel qu'il est filtré à travers ses nombreux langages associés : de l'artisanat populaire au design moderniste en passant par l'affichage graphique corporatif[13].
Analyse et fortune critique
Le travail d'Enrico David a fait l'objet d'analyses critiques dans plusieurs publications spécialisées internationales. Artforum a consacré plusieurs recensions approfondies à ses expositions, soulignant notamment sa prédilection pour le grotesque et son univers mystérieux et parfois troublant[14]. Lors de son exposition de 2012 au New Museum et à la galerie Michael Werner, le critique Lloyd Wise note que David présente des sculptures, dessins et peintures qui réfractent le corps à travers une dialectique de l'éphémère et du permanent[10].
Art in America établit un parallèle avec Rodin, observant que bien que David ne possède pas l'audace et l'héroïsme du sculpteur français, le contexte moderniste créé par Rodin fournit un cadre approprié pour examiner son travail, davantage préoccupé par le désir de rendre le mouvement, la perspective, le mythe et le subconscient humain que par la contingence postmoderne[11].
Lors de sa nomination au Turner Prize 2009, la Tate Britain décrit son travail comme créant un univers surréaliste contemporain avec une parade de corps fragmentés, combinant un sentiment d'instabilité et d'aliénation avec un sens de l'humour troublant[15]. La Tate note également que ses œuvres sont "déconcertantes, confrontantes et belles"[2].
Lors de sa participation à la Biennale de Venise 2019, Another Magazine souligne que les figures sans genre et souvent sans corps présentées à Venise ne sont pas manifestement sexuelles ; leur étrangeté langoureux, fluide et fondante présente une idée fraîche de l'humain[16].
En France, Swissinfo décrit ses recherches comme une tentative de générer de nouvelles constellations visuelles à partir de matériaux hétérogènes[17], tandis que Transfuge souligne l'étrangeté sculpturale qui caractérise ses formes[18].
Œuvres principales
Sculptures
- Bog-Piper (2012) : Terminaison nerveuse massive pétrifiée, faite de fil de cuivre recouvert de papier de soie peint, se terminant par un bulbe en papier mâché où l'on distingue à peine les contours d'un visage, la bouche béante dans un hurlement terrifiant[10]
- Light Days (2012) : Tête déformée perchée sur un U renversé, polystyrène, mousse de polyuréthane, cuivre, papier de soie, aquarelle et os véritable, 67 x 80 3/4 x 15 3/4 pouces[10]
- Life Sentences (2014) : Bronze, 17 x 41 3/4 x 5 pouces, collection Rennie, Vancouver[4]
- Tools and Toys III (2014) : Figure vaguement humanoïde ouvrant largement ses membres abstraits, d'où rayonnent des dizaines de fuseaux de cuivre comme les rayons du soleil, Jesmonite et graphite[11]
Peintures
- Odorless Rot (2011) : Nuage jaune soufré, travaillé à l'éponge avec de la peinture noire creusant des trous pour les yeux et une bouche[10]
- Empathy Bubble (2011) : Nuage noir, lèvres distendues du visage, yeux réduits à de simples points[10]
- Enrico Aphid (2011) : Pseudo auto-portrait, rencontre de brun, d'ocre et d'une masse de jaune hideux[10]
- Il fraterno silenzio del fango (The Fraternal Silence of Mud) (2020) : Acrylique sur toile, 9' 1 1⁄2" × 14' 8"[14]
- Cielo di giugno (June Sky) (2020) : Visage défini de manière concise, brillant et attentif, de forme rhomboïde, faisant écho à des losanges voisins avec des stries violettes dans une atmosphère de bleu pâle et éthéré[14]
Installations
Expositions
Expositions personnelles (sélection)
- 2007 : ICA London[7]
- 2008 : Bulbous Marauder, Seattle Art Museum[2]
- 2009 : How do you love Dzzzzt by Mammy?, Kunstmuseum Basel, Bâle[19]
- 2011 : Fondazione Bevilacqua La Masa, Venise[9]
- 2012 : Head Gas, New Museum, New York[20]
- 2013 : UCLA Hammer Museum, Los Angeles[6]
- 2015 : The Hepworth Wakefield, West Yorkshire[7]
- 2015 : Collezione Maramotti, Reggio d'Émilie[6]
- KW Institute for Contemporary Art, Berlin[21]
- 2018-2019 : Gradations of Slow Release, Museum of Contemporary Art Chicago, puis Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington[4],[22]
- 2020 : Cielo di giugno, Gió Marconi, Milan[14]
- 2024 : Domani torno, Castello di Rivoli Museo d'Arte Contemporanea[23]
- The Soul Drains the Hand, galerie Michael Werner, Paris[24]
Expositions collectives (sélection)
- 2003 : Biennale de Venise[6]
- 2009-2010 : Turner Prize 2009, Tate Britain[2]
- 2013 : The Encyclopedic Palace, 55e Biennale de Venise, curé par Massimiliano Gioni[9]
- 2019 : Neither Nor: The Challenge to the Labyrinth, Pavillon italien, 58e Biennale de Venise, curé par Milovan Farronato[3]
- 2023 : Pittura italiana oggi, Triennale de Milan[25]
Collections publiques
Ses œuvres figurent dans plusieurs collections publiques internationales, notamment[4] :
- Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington[26]
- Kunstmuseum Basel, Bâle
- Tate Modern, Londres
- Hammer Museum, Los Angeles
- Museum of Contemporary Art Chicago