Environnement en Ouzbékistan
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L’environnement en Ouzbékistan est marqué par des contrastes extrêmes entre vastes zones désertiques, montagnes du Tian Shan et écosystèmes fluviaux en déclin. Pays enclavé d’Asie centrale, il est confronté à de graves défis écologiques, notamment la désertification, la salinisation des sols, la pollution des eaux et l’assèchement dramatique de la mer d’Aral. Le climat continental aride exacerbe ces pressions, avec des étés caniculaires et des ressources hydriques limitées. Depuis les années 2010, l’État ouzbek multiplie les réformes environnementales, encourage la transition énergétique et s’engage dans des programmes de reboisement et de restauration écologique, tout en renforçant la coopération régionale face aux bouleversements climatiques.

L’Ouzbékistan est un pays continental enclavé d’Asie centrale (445 000 km2), situé dans le bassin de la mer d’Aral[2]. Son relief est dominé par de vastes plaines désertiques (désert du Kyzylkoum à l’ouest, désert d’Ouzbékistan oriental) qui couvrent environ 85 % du territoire, tandis que les montagnes (chaîne du Tien Shan à l’est, massif du Pamir-Alai au sud-est) s'étendent sur 13 % du pays [3],[4],[5]. Les vallées alluviales (bassins de l’Amou-Daria et du Syr-Daria, vallée de la Ferghana), qui couvrent 2 % du territoire[3], constituent les zones les plus fertiles[5]. L’altitude varie de la dépression asséchée de l’Aral (sous le niveau de la mer) aux sommets du Pamir (Khazret Sultan).
Le climat est continental et aride[6]. Les étés sont très chauds (températures maximales régulières de 45–49 °C dans les déserts) et les hivers froids (jusqu’à −20 °C ou moins en basse altitude)[7],[8]. Les précipitations annuelles sont faibles (souvent entre 80 à 200 mm en plaine, de 300 à 400 mm sur les piémonts jusqu'à 800 mm sur les versants ouest des montagnes)[7]. Le taux d’ensoleillement élevé et le manque de vent accentue l’aridité, favorisant les vagues de chaleur estivales[9].
Biodiversité et écosystèmes
Milieux naturels
La diversité naturelle de l’Ouzbékistan comprend de vastes plaines désertiques, des steppes montagneuses, des forêts, des prairies alpines, des formations de tugai (en) et des zones aquatiques, formant des écosystèmes riches en flore et en faune. Les déserts et semi-déserts couvrent environ 37,1 millions d’hectares (près de 83 % du territoire), tandis que les montagnes et piémonts en représentent 5,2 millions (13 %). Le reste est occupé par la mer d’Aral, les cours d’eau, les plans d’eau et les forêts. Environ 82 % des paysages naturels présentent un degré variable de perturbation humaine, dont 18 % totalement transformés (terres cultivées, zones urbaines, sites industriels). Les aires protégées couvrent près de 12 % du pays[10]
L'Ouzbékistan est un pays à faible couverture forestière ( 3,46 millions d'hectares en 2023, donc 7, 7 % du pays. Les plus vastes zones fragmentées d'écosystèmes de tugaï, occupant environ 30 000 hectares, sont situées en République du Karakalpakstan et représentent environ 10 % de la superficie originelle des forêts de tugaï du delta de l'Amou-Daria. Ces mêmes zones représentent 75 % de toutes les forêts de tugaï restantes en Ouzbékistan et 20 % des forêts de tugaï de toute l'Asie centrale[11].
Les rares ressources en eau, du pays proviennent du ruissellement des grands fleuves Syr-Daria et Amou-Daria (55 %), des petits cours d'eau (33 %), des eaux souterraines (environ 10 %) et des eaux de drainage (2 %). On dénombre au total plus 17 000 cours d'eau naturels dans le pays, dont la plupart ont une longueur inférieure à 10 km [10]. L’Amou-Daria, dont la majeure partie des eaux provient du Tadjikistan et de l’Afghanistan, subit d’importantes pertes en raison de l’irrigation et de l’évaporation dans le désert, si bien que moins de 10 % de son débit atteint la mer d’Aral lors des années sèches. Le Syr-Daria, issu principalement du Kirghizistan, connaît une situation similaire, son débit final représentant moins de 5 % du volume initial. Au total, les ressources en eaux de surface générées à l’intérieur du pays sont estimées à environ 9,5 km³ par an, et leur répartition avec les pays voisins, notamment le Turkménistan et le Tadjikistan, fait l’objet d’accords régionaux[6].
Faune et flore

La biodiversité de l'Ouzbékistan est formée d'environ 27 000 espèces actuellement recensées[10]. Parmi elles, les plantes vasculaires supérieures, les mousses, les lichens, les champignons et les algues représentent environ 11 000 espèces. Il existe plusieurs espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées, comme l'amandier de Boukhara et le noyer, ainsi que de nombreuses espèces aromatiques maraîchères. Le taux d'endémisme des plantes vasculaires supérieures en Ouzbékistan est d'environ 8 %[3],[10].
La faune ouzbèke compte plus de 15 600 espèces. La catégorie des vertébrés de l'Ouzbékistan se divise en cinq classes et comprend 715 espèces : 77 espèces de poissons, 3 espèces d'amphibiens, 61 espèces de reptiles, 467 espèces d'oiseaux et 107 espèces de mammifères. Les espèces endémiques d'Ouzbékistan et d'Asie centrale sont représentées par 53 espèces et sous-espèces de vertébrés terrestres. Le taux d'endémisme chez les reptiles est de 50 %, supérieur à ce taux chez les poissons, celui des mammifères est plus faible (14 %), et on observe un petit nombre d'espèces endémiques chez les oiseaux (1,7 %). Certaines espèces migratoires ne s'observent que certaines saisons, comme le léopard des neiges ou le saïga[13].
Principales menaces environnementales
La forte croissance démographique et économique de l’Ouzbékistan exerce une pression croissante sur les ressources naturelles — eau, énergie, air et alimentation — tout en favorisant une production accrue de biens et de services[14].
Pollution atmosphérique
La pollution atmosphérique en Ouzbékistan provient principalement des secteurs industriels et énergétiques ainsi que de l’augmentation du parc automobile ; si les émissions fixes se sont stabilisées récemment, celles liées aux transports ont culminé en 2018 avant de diminuer légèrement[15].
Le climat aride de l’Ouzbékistan aggrave la pollution atmosphérique, particulièrement à Tachkent où des inversions thermiques estivales emprisonnent les polluants au sol, dégradant fortement la qualité de l’air. Entre 2012 et 2021, les émissions de monoxyde de carbone et d’hydrocarbures ont cependant diminué, tandis que celles d’oxydes d’azote et de particules fines ont augmenté. Les mesures effectuées entre 2018 et 2022 indiquent que, dans la plupart des villes surveillées, les concentrations moyennes de polluants restent inférieures aux seuils réglementaires. Toutefois, des dépassements sont observés dans les grands centres urbains et industriels, notamment pour les particules en suspension et le dioxyde d’azote. Ces tendances traduisent une amélioration partielle de la qualité de l’air, mais aussi une persistance des sources de pollution liées à la circulation et à l’activité industrielle[16].
En 2022, les émissions atmosphériques provenant des sources fixes en Ouzbékistan atteignaient environ 888 000 tonnes, un niveau globalement stable depuis 2018. Ces émissions sont concentrées dans les régions les plus industrialisées — notamment Tachkent, Kachkadaria, Syr-Daria et Samarcande — où se trouvent les principales centrales thermiques, usines chimiques et cimenteries. Une grande partie du matériel de dépollution industrielle demeure obsolète ou mal entretenu, aggravant la dispersion de particules fines, d’oxydes d’azote et de dioxyde de soufre, principaux polluants émis. Si certaines régions, comme le Kachkadaria, ont réduit leurs émissions grâce à des technologies modernisées, d’autres connaissent une hausse liée à la croissance industrielle et à l’absence de dispositifs de filtration efficaces[17]. En ce qui concerne les sources de pollution mobiles, l’Ouzbékistan compte environ quatre millions de véhicules, dont cent mille défectueux, responsables d’environ 63 % des émissions totales, soit 1,3 million de tonnes par an. La forte concentration automobile à Tachkent et la hausse continue du parc de voitures particulières ont entraîné une augmentation notable des rejets en 2022, supérieure de 26 600 tonnes à celle de l’année précédente[18].
Pollution du sol et désertification
La désertification en Ouzbékistan résulte de la combinaison de facteurs naturels — climat aride, sols pauvres et érosion — et de pressions humaines croissantes liées à l’agriculture, à l’urbanisation et à l’exploitation des ressources. Environ 70 % du territoire est constitué de sols désertiques sableux, souvent salins et à faible teneur en humus, ce qui fragilise encore les écosystèmes face aux sécheresses récurrentes. Les activités humaines aggravent ces processus : irrigation inefficace, surpâturage, déforestation, extension des terres agricoles et pollution industrielle favorisent la dégradation et l’érosion des sols. Ces dynamiques sont particulièrement marquées dans les régions du sud et autour de la mer d’Aral, où les tempêtes de poussière se multiplient. Malgré quelques efforts récents — reboisement, diversification des cultures, création d’espaces verts —, la pression démographique (le pays compte la plus haute densité de population en Asie Centrale) et le développement économique continuent d’accroître la vulnérabilité des terres[19].
Ressources en eau

L’Ouzbékistan fait face à une grave pénurie d’eau, se classant 25ᵉ sur 164 pays les plus touchés par le stress hydrique selon le WRI. La raréfaction des années pluvieuses a entraîné une baisse des prélèvements d’eau dans presque toutes les régions. D’ici 2030, la croissance démographique et le développement industriel devraient accroître la demande en eau de 18 à 20 %, passant d’environ 2,3 à 3 milliards de m³[21].
La croissance industrielle et énergétique de l’Ouzbékistan entraîne une hausse rapide de la demande en eau, qui devrait passer de 1,9 à 3,5 milliards de m³ par an d’ici 2030. L’infrastructure énergétique peine à suivre le rythme de l’urbanisation et de l’industrialisation. L’agriculture demeure le principal consommateur d’eau, avec un déficit déjà supérieur à 3 milliards de m³ avant 2015, susceptible d’atteindre 7 milliards en 2030 et 15 milliards en 2050. Le changement climatique risque d'accentuer cette pénurie, en multipliant les sécheresses et en compromettant l’approvisionnement de l’économie nationale[14]
L’agriculture, pilier de l’économie ouzbèke et dominé par la culture du coton, repose largement sur l’irrigation, qui consomme près de 90 % des ressources en eau du pays — soit environ 46,7 km³ par an entre 2013 et 2022. Cette dépendance au prélèvement massif accentue la pression sur les ressources hydriques déjà limitées et contribue à la dégradation des sols, exposés à une forte érosion éolienne et hydrique[22].
Le changement climatique accentue fortement la raréfaction de l’eau en Ouzbékistan : la fonte des glaciers d’Asie centrale, réduits de 30 % en un demi-siècle, devrait encore diminuer les ressources en eau des bassins du Syr Daria et de l’Amou Daria de 5 à 15 % d’ici 2050. Le déficit hydrique national pourrait ainsi atteindre 7 milliards m³ en 2030 et 15 milliards m³ en 2050. Par ailleurs, la présence de 41 bassins de résidus miniers, dont plusieurs situés près des frontières, fait peser un risque élevé de pollution transfrontalière des eaux provenant des pays voisins, rendant indispensable une coopération régionale accrue[23].
Enjeux transfrontaliers
Assèchement et restauration de la mer d'Aral
La disparition progressive de la mer d'Aral est l’une des plus graves catastrophes environnementales contemporaines : à partir des années 1960, le détournement massif des fleuves Amou‑Daria et Syr‑Daria vers l’irrigation agricole et l'hydroélectricité a provoqué l’assèchement de ce grand lac intérieur, entraînant l’apparition d’un désert salin sur son ancien lit. Il en résulte une perte des activités de pêche, un appauvrissement des sols, une érosion éolienne toxique et une progression de maladies dans les populations riveraines. Depuis les années 1990, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, les principaux pays affectés, ont porté la question de la mer d’Aral sur la scène internationale, la présentant comme une catastrophe environnementale mondiale aux conséquences humaines et sécuritaires régionales. En 1993, la création de l’IFAS (en) marque le début d’une coopération entre les États d’Asie centrale pour coordonner leurs actions face à la crise écologique et socio-économique du bassin. Constatant qu’un rétablissement complet du niveau de la mer était irréalisable, les pays ont privilégié des mesures visant à limiter les impacts sur l’environnement et à améliorer les conditions de vie des populations locales. Sous l’impulsion de l’Ouzbékistan, un programme d’action présenté à l’ONU en 2013 a mis l’accent sur la gestion durable de l’eau, la reforestation du lit asséché, la lutte contre la désertification et la préservation de la biodiversité[24].
Réchauffement climatique
Un rapport de la Banque mondiale, publié en , souligne que le changement climatique accentue la vulnérabilité de l’Ouzbékistan. L’augmentation des sécheresses, de la chaleur extrême, des tempêtes de poussière et de la rareté de l’eau menace les ressources naturelles, l’économie et la santé publique. D’ici 2030, huit millions de personnes pourraient vivre dans des zones à très haut risque climatique, et sans adaptation, l’économie nationale pourrait être amputée de 10 % de son potentiel d’ici 2050. La dépendance aux énergies fossiles, en particulier au gaz naturel, accentue la pollution de l’air et les émissions de gaz à effet de serre ; or, le secteur énergétique concentre à lui seul environ 75 % des émissions nationales[25]. Les bulletins du PNUD mettent en évidence les fluctuations météorologiques, les sécheresses et irrégularités de température qui affectent en particulier l’agriculture. Par exemple, les températures élevées observées en ont accru la croissance du coton mais les jours secs ont entraîné une perte de 10 % de la récolte à cause de la chute des capsules[26],[27].