Ève Curie
pianiste, femme de lettres, journaliste, conférencière, résistante et diplomate franco-américaine
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Ève Curie, née le à Paris et morte le à New York (États-Unis), est une pianiste, femme de lettres, journaliste, conférencière, Française libre et diplomate française. Elle est la fille de Pierre et Marie Skłodowska-Curie.
| Naissance | |
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| Décès |
(à 102 ans) Manhattan |
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| Nom de naissance |
Ève Denise Curie |
| Nationalités |
américaine (à partir de ) française |
| Domiciles |
New York (jusqu'en ), Angleterre, États-Unis, France |
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| Conjoint |
Henry Labouisse (à partir de ) |
| Parentèle |
Jacques Curie (oncle paternel) Józef Skłodowski (oncle maternel) Bronia Dłuska (tante maternelle) Helena Skłodowska-Szalay (tante maternelle) Maurice Curie (cousin germain paternel) Helena Dłuska (cousine parallèle) |
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Biographie
Famille et débuts artistiques

Fille de Pierre et Marie Curie, née Skłodowska, sœur cadette d'Irène Joliot-Curie, elle naît le 6 décembre 1904[1]. Elle grandit entre Paris et la Bretagne où sa famille possède une maison, et au milieu de tous les scientifiques qui rendent visite à sa mère, dont Einstein[1].
Elle étudie au collège Sévigné, où elle obtient son baccalauréat en 1925. Comme elle aime à le rappeler, elle est la seule de la famille à ne pas avoir choisi une carrière scientifique, contrairement à ses parents, sa sœur, ses neveux, son oncle et ses cousins. Encouragée par sa mère, elle préfère les études littéraires et artistiques. Formée par Ignacy Paderewski à la fin de la Première Guerre mondiale[réf. nécessaire], elle commence sa carrière en tant que pianiste et se produit pour la première fois à Paris en 1925[1]. Elle comprend qu'elle ne sera jamais pianiste virtuose et devient une figure du Tout-Paris, fréquentant notamment Colette et Arthur Rubinstein[1].
En mars ou avril 1932, elle rencontre Henri Bernstein, directeur du théâtre du Gymnase, pour lequel elle écrit 145, Wall Street, adaptation de Spread Eagle de George S. Brooks et Walter B. Lister, créée le suivant. Elle entretient avec lui une liaison de 1932 à 1940[2].

Après le décès de sa mère en 1934, elle écrit la biographie de celle-ci, Madame Curie, qui est en 1938 un succès de librairie mondial et qui lui vaut le National Book Award aux États-Unis. Le livre est traduit en trente langues[1]. En 1940, le Time lui consacre sa couverture Le livre est adapté au cinéma, également sous le titre de Madame Curie, par la MGM en 1943, avec Greer Garson dans le rôle-titre et Walter Pidgeon dans celui de son époux.
Seconde Guerre mondiale
Après l'armistice du 22 juin 1940, elle embarque à Bordeaux à bord du cargo britannique Madura[1], parmi 1 300 réfugiés, où l'on retrouve Henri Bernstein, Pierre Cot, Štefan Osuský, membre du Comité national tchécoslovaque, le ministre belge Marcel-Henri Jaspar ou Hugh Carleton Greene, correspondant du Daily Telegraph et frère de Graham Greene, et arrive à Falmouth le [3],[4].
En Angleterre, déterminée à continuer la lutte, elle s'engage dans la France libre et en faveur des Alliés, jusqu'à la fin de la guerre. Elle propose sa plume et sa voix dans la presse, à la radio, dans des conférences et intervient à deux reprises à Radio Londres[5],[1]. Elle fait une tournée de conférences aux États-Unis, est invitée à la Maison Blanche et devient correspondante de guerre pour plusieurs journaux[1]. En réaction, le gouvernement de Vichy lui retire par décret, au début de , la nationalité française en même temps qu'à Henri Bernstein, René Cassin et Georges Thierry d'Argenlieu[6],[7].
Elle rejoint les États-Unis pour y faire connaître les combats de la France libre et est engagée en comme correspondante de guerre par l’Herald Tribune Syndicate de New York, ainsi que dans l’Allied Newspaper de Londres[[réf. nécessaire], elle se rend sur les fronts de Libye, de Russie, de Birmanie et de Chine[1]. Elle est accueillie par le général Catroux et constate Le succès de la propagande nazie en Syrie. Elle interviewe également Mohammad Reza Pahlavi, shah d'Iran et écrit un reportage sur le corridor père, témoignant des difficultés de transport de l'aide alliée à l'URSS[1]. Le , elle s'entretient avec Gandhi[8]. Selon elle, Gandhi se dérobait (« slipped away ») constamment[9]. En Chine, elle rencontre Zhou Enlai, Tchang Kaï-chek et Song Qingling, veuve de Sun Yat-sen, le père de la révolution chinoise[1]. En 1943, elle publie Journey among warriors (Voyage parmi les guerriers, 1946), une chronique de ses voyages sur les fronts de la Seconde Guerre mondiale qui est présélectionné pour le prix Pulitzer[1].
Revenue en Angleterre, elle s'engage dans le corps des volontaires féminines de la France combattante et devient ambulancière sur le front d'Italie, où elle est blessée[1]. En 1943, le général Diego Brosset l'engage avec le grade de lieutenant à l'état-major de la 1re DFL, comme officier de liaison[1]. Débarquée avec les troupes françaises en Provence en , elle participe à la jonction de cette unité avec la 2e DB le . Le général de Gaulle lui rend hommage dans le discours qu'il prononce le à Alger et le suivant, lui écrit : « Je n'oublie pas combien votre attitude, dès le début, a été courageuse et je vous félicite de ce que vous continuez à faire en ce moment »[10]. De Lattre de Tassigny lui rend aussi hommage[1].
Le , elle fonde avec Philippe Barrès le quotidien Paris-Presse, qu'elle codirige jusqu'en 1949[11],[1].
Après-guerre
En 1945, elle assiste avec sa sœur Irène au procès de María Teresa Toral, pour soutenir la chimiste républicaine espagnole, au cours duquel le régime franquiste demander la peine de mort[12].
En 1952, elle devient conseillère spéciale du secrétaire général de l'OTAN et assiste Pierre Mendès-France dans les relations avec les États-Unis[1]. Deux ans plus tard, en 1954, elle épouse Henry Labouisse, ambassadeur des États-Unis en Grèce sous Kennedy.
En 1954, ils s'installent à Beyrouth comme directeur de l'UNRWA et constatent la mauvaise volonté des pays arabes pour améliorer la situation dans les camps de réfugiés palestiniens, tous souhaitant que la situation ne dure pas et un retour des réfugiés en Palestine (devenue Israël)[1]. Labouisse est directeur exécutif de l'UNICEF de 1965 à 1979[1]. Dans le cadre de leurs fonctions, Ève et son époux voyagent dans plus d'une centaine de pays dont le Nigeria pendant la guerre du Biafra[1].
Ève Curie est administratrice de la Fondation Curie[13] de 1957 à 1967, au titre de représentant de Marie Curie, fondatrice de la fondation.
Elle acquiert la nationalité américaine en 1958. Veuve depuis 1987, domiciliée à New-York, dans le centre-est de Manhattan au 1, Sutton Place South[14]. Lors des attentats du 11 septembre 2001, elle s'engage encore comme volontaire[1].
lle y meurt le , à presque 103 ans (102 ans et 320 jours)[1].
Œuvres
Essais
- Madame Curie, Paris, Gallimard, 1938, 315 pages (nombreuses rééditions et traductions).
- They speak for a nation, letters from France, (édité avec une introduction d'Ève Curie, Philippe Barrès, Raoul de Roussy de Sales, traduit par Drake et Denise Dekay), New York, Doubleday, Doran, 1941, 238 pages.
- Journey among warriors, Londres & Toronto, W. Heinemann, 1943, 522 pages.
- Voyage parmi les guerriers (en) (traduction de l'anglais revue par l'auteur), Paris, Flammarion, 1946, 504 pages.
Théâtre
- 145, Wall Street, pièce en 3 actes et 5 tableaux, Spread Eagle de George S. Brooks et Walter B. Lister, Paris, l'Illustration, 1933, 40 pages.
Distinctions
Décorations
Officière de la Légion d'honneur (2005)
Croix de guerre - (1944)
Commandeur de l'ordre Polonia Restituta (2006)
Ève Curie est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur le [15]. Le , âgée de 100 ans, elle est promue au grade d'officier dans l'ordre au titre de « membre du conseil d'administration d'une association caritative (Etats-Unis) »[15]. Elle est faite officière de l'ordre le au cours d'une cérémonie dans les locaux de l'UNICEF pour sa contribution à la cause humanitaire.
En 1944, elle est titulaire de la croix de guerre 1939-1945.
En 2006, elle est promue au grade de commandeur dans l'ordre Polonia Restituta, ordre dans lequel elle était entrée avec le grade de chevalier en 1939[16]. Elle est faite commandeur de l'ordre à New York par le président polonais Lech Kaczyński, Ève Curie crie alors Vive la Pologne ! en français.
Titre
Ève Curie a reçu le titre de docteur honoris causa du Mills College, du Russell Sage College et de l'université de Rochester[17].