Famine dans la bande de Gaza

famine provoquée par Israël dans la bande de Gaza From Wikipedia, the free encyclopedia

La famine dans la bande de Gaza est une famine actuellement en cours, provoquée par Israël[5] en guerre contre ce territoire palestinien depuis l'attaque du Hamas en . Cette crise humanitaire résulte du blocus de la bande de Gaza et des frappes aériennes israéliennes qui détruisent les infrastructures alimentaires, telles que les boulangeries et les minoteries, et d'une pénurie généralisée de produits de première nécessité. Elle s'inscrit dans le contexte plus large de la crise humanitaire dans la bande de Gaza. Selon des experts de l'ONU, en , plus d'un demi-million de Gazaouis sont au niveau le plus élevé de détresse alimentaire dans la classification IPC, caractérisé par la famine et la mort[6].

PériodeDepuis
Victimesplus de 428 morts dont au moins 146 enfants[1],[2],[note 1].
Faits en bref Pays, Lieu ...
Famine dans la bande de Gaza
Image illustrative de l’article Famine dans la bande de Gaza
Cadavre d'une Palestinienne de 4 ans, morte de malnutrition et de manque de soin le .

Pays Drapeau de la Palestine Palestine
Lieu Bande de Gaza
Période Depuis
Victimes plus de 428 morts dont au moins 146 enfants[1],[2],[note 1].
Conséquences 677 000 personnes en état de famine[4]

1,1 million de personnes souffrent de « faim extrême »[a]

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Dès le mois de , 93 % de la population de l'enclave peine à se nourrir correctement[7]. Puis, un rapport du annonce qu'une famine peut être déclarée dans les six mois[8]. Dans la période de -, l'ensemble de la population de la bande de Gaza est classée en phase 3 de l'IPC (crise aiguë de l'alimentation), ou supérieure ; 50 % de la population est en phase 4 (urgence), et 25 % en phase 5 (catastrophe)[b]. L'entrée limitée des camions d'aide exacerbe la crise, ce qui incite en les experts à qualifier la situation de l'un des pires cas de famine provoquée par l'homme depuis près d'un siècle[9].

En , dix experts indépendants de l'ONU soulignent que « la campagne de famine intentionnelle et ciblée d'Israël contre le peuple palestinien est une forme de violence génocidaire et a entraîné une famine dans toute la bande de Gaza »[10]. En , la Cour pénale internationale accuse l'État israélien d'user de « la famine comme d'un moyen de faire la guerre »[11].

À partir du , le gouvernement israélien met en place un blocus complet sur l'entrée de l'aide humanitaire[12],[13], assumé publiquement. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, déclare en qu'« aucune aide humanitaire n'entrera à Gaza »[14]. Sous la pression internationale, Israël lève partiellement le blocus au bout de trois mois[15],[16], mais l'entrée de l'aide humanitaire reste largement bridée[17].

Depuis , plusieurs grandes ONG de défense des droits de l'homme  Amnesty International, Human Rights Watch , des organes des Nations unies  le Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH), l'Organisation mondiale de la santé (OMS)  et des rapporteurs et/ou experts onusiens concluent que les politiques et pratiques israéliennes ont entraîné des privations massives et, pour certaines, constituent l'utilisation de la faim comme « méthode de guerre », en violation du droit de la guerre[18]. Ces conclusions s'appuient sur analyses factuelles (blocus, entraves au passage de l'aide, destruction d'infrastructures alimentaires ou d'accès à l'eau, attaques autour de distributions d'aide). Israël conteste ces accusations et affirme qu'il autorise et facilite l'aide humanitaire via sa Fondation humanitaire de Gaza, dont les distributions provoquent presque quotidiennement des massacres par l'armée israélienne[19].

Le , l'Organisation des Nations unies déclare officiellement l'état de famine dans le gouvernorat de Gaza (nord de la bande de Gaza, représentant 20 % du territoire), et prévient que celle-ci devrait s'étendre à ceux de Deir el-Balah et de Khan Younès « d'ici fin  »[6]. Selon Tom Fletcher, responsable de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, cette famine aurait pu être « évitée si on nous l'avait permis. Pourtant, la nourriture s'accumule aux frontières en raison de l'obstruction systématique d'Israël »[20].

Contexte

Carte de la bande de Gaza avec des frontières contrôlées par Israël et l'Égypte et une zone de pêche limitée, en avril 2019.

Il a été avancé que « l'appauvrissement minutieusement planifié » était une politique à long terme d'Israël pour la bande de Gaza[21],[note 2]. Dès , Israël interdit les importations de combustible de cuisine et de gaz[23]. 8 000 colons répartis sur 25 % de la bande ont l'usage exclusif de 40 % des terres arables de Gaza et de la majeure partie de son eau[24]. Après qu'Israël a retiré ses colonies de la bande de Gaza en , des élections palestiniennes ont lieu en , que le Hamas remporte. Israël, déclarant à la fois le parti politique Hamas et la bande de Gaza elle-même « entité hostile »[25], met en place un blocus et impose des sanctions économiques et des restrictions visant à affaiblir le pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza (en). L'avocat israélien Dov Weissglas (en) explique : « Nous devons les rendre beaucoup plus minces, mais pas suffisamment pour qu'ils meurent »[26], l'idée étant de « mettre les Palestiniens au régime, mais pas de les faire mourir de faim »[27].

Avant le blocus, la population de Gaza s'élève à 1,6 million d'habitants, desservis par 400 camions traversant la frontière israélienne pour transporter des marchandises dans la bande, chaque jour. Selon l'ONG israélienne Gisha (en), Israël n'autorise que 106 camions à entrer dans la bande de Gaza pour livrer des marchandises[28]. Pour obtenir l'autorisation d'importer des marchandises dans la bande de Gaza, il faut prouver qu'elles sont indispensables[29].

Des câbles diplomatiques publiés ultérieurement par WikiLeaks révèlent qu'Israël a informé les États-Unis, en , que, tout en prenant des mesures pour prévenir une crise humanitaire, il a l'intention de maintenir l'économie de Gaza « au bord de l'effondrement »[30]. Des calculs précis ont été effectués pour déterminer le besoin calorifique minimum (2 279 calories par personne et par jour) afin d'éviter la malnutrition dans la bande de Gaza, et ces calculs servent de base à la détermination par Israël du nombre de camions pour les livraisons de nourriture de à [28],[note 3],[31]. Le calcul exclut des facteurs tels que l'effondrement de l'agriculture dû au blocus qui assèche l'accès aux marchés des semences[21],[note 4]. Les restrictions sur les denrées alimentaires comprennent des produits de base comme les pâtes  ce produit particulier a été réintroduit après que John Kerry a protesté contre son inclusion dans la liste des importations interdites  et toutes les délicatesses, comme le miel, le sésame, le halvah, les chips israéliennes au maïs Bamba (en)[note 5], le thé, le café, les saucisses, la semoule, les produits laitiers en grands emballages, la plupart des produits de boulangerie et les limitations sur la viande et le gaz de cuisson domestique[32].

Le rapport Goldstone révèle que pendant la guerre de Gaza de -, l'invasion israélienne a causé une destruction délibérée et massive du secteur agricole de Gaza[note 6]. Israël a également déclaré zones interdites 30 % des terres les plus arables de la bande de Gaza. Après , la Croix-Rouge obtient un accord permettant aux agriculteurs de Gaza de cultiver des plantes de différentes hauteurs, dans des zones situées respectivement à 300 mètres et à un kilomètre de la clôture frontalière fortifiée entre Israël et la bande de Gaza. Les cultivateurs et leurs systèmes d'irrigation rudimentaires ont néanmoins été souvent exposés aux tirs de snipers et de mitrailleuses automatiques, et les cultures le long de la ligne d'armistice ont été, sans avertissement, pulvérisées par l'herbicide Roundup de Monsanto[25].

De même, Israël impose de sévères restrictions à la pêche dans les eaux de Gaza - les 20 milles nautiques convenus dans le cadre des accords d'Oslo sont unilatéralement réduits à 9 - avec des zones de pêche délimitées par des bouées[29]. En , Israël réduit encore cette limite à 3 milles nautiques, avec pour résultat que 85 % des eaux de pêche de Gaza sont bloquées par des navires de guerre israéliens[34], qui tirent sur les pêcheurs locaux même dans ces zones[25].

Début de crise

Envoi d'aide humanitaire à Gaza par le Croissant-Rouge iranien (octobre 2023).

En réponse à l'attaque du , Israël annonce le qu'il bloque l'entrée de carburant, de médicaments et de nourriture dans la bande de Gaza[35], ce qui a des répercussions immédiates car la bande de Gaza dépend déjà en grande partie de l'aide alimentaire. Le , Alia Zaki, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies, déclare que la population de Gaza risque de mourir de faim[36]. Trois jours plus tard, les Nations unies publient une déclaration indiquant que les stocks de nourriture sont presque épuisés[37]. Le , Cindy McCain, directrice exécutive du PAM, déclare que les gens « meurent littéralement de faim à l'heure où nous parlons »[38].

Le , un porte-parole du Programme alimentaire mondial déclare que la nourriture et d'autres produits de base commencent à manquer[39]. Le , des fonctionnaires de l'ONU déclarent que le régime alimentaire moyen des habitants de Gaza consiste en seulement deux morceaux de pain par jour[40] et ActionAid déclare que plus d'un demi-million d'habitants de Gaza risquent de mourir de faim[41]. Le , Corinne Fleischer, directrice régionale du PAM pour le Moyen-Orient, déclare que « des centaines de personnes font la queue pendant des heures chaque jour pour obtenir des rations de pain dans les boulangeries », alors que les gens sont poussés « plus près de la famine »[42].

Frappes aériennes contre les infrastructures

Le , une frappe aérienne israélienne détruit une boulangerie dans le camp de réfugiés de Nuseirat, tuant quatre boulangers[36]. Sur le réseau X, le journaliste, poète et écrivain palestinien Refaat Alareer écrit que la boulangerie était l'une des dernières dans le centre et le sud de la bande de Gaza[43]. Le , plusieurs autres boulangeries sont touchées par des frappes aériennes israéliennes[44]. Le , de nombreuses boulangeries ferment leurs portes, tandis que devant celles qui sont encore ouvertes les clients font la queue pendant des heures[45]. Le , les frappes aériennes israéliennes ont détruit un cinquième des boulangeries de la bande de Gaza[46],[47].

Le , Israël bombarde l'une des dernières boulangeries de la ville de Gaza[48]. Le , l'UNOCHA déclare que plus de la moitié des boulangeries de Gaza ont été détruites[49]. Le , l'UNOCHA déclare que le nord de Gaza n'a plus aucune boulangerie en état de fonctionnement[41]. Le , Israël bombarde la dernière minoterie de Gaza en état de marche[50]. Les bombardements israéliens ont détruit les bateaux de pêche et les ports de Gaza[51],[52]. On estime que 22 % des terres agricoles ont été détruites au [53]. Les entrepôts, les usines alimentaires et les camions ont également été endommagés et détruits par les bombardements israéliens[note 7],[54].

Menace croissante de famine

Le , Cindy McCain du PAM déclare que les civils risquent immédiatement de mourir de faim[55]. Dix jours plus tard, elle déclare que Gaza est au bord de la famine[56], la mendicité étant devenue la « nouvelle norme »[57]. Le , le Programme alimentaire mondial déclare que 97 % des ménages ont une consommation alimentaire insuffisante et que 83 % des habitants du sud de la bande de Gaza survivent grâce à des « stratégies de consommation extrêmes »[58]. Dès le , l'ONU, les organisations d'aide internationale et les travailleurs humanitaires présents à Gaza mettent en garde contre une famine massive[59]. Un représentant de Medical Aid for Palestinians déclare : « Les guerres de la faim ont commencé ». Le [60], les Nations unies estiment que neuf habitants sur dix ne mangent pas tous les jours[61].

Selon l'armée israélienne, le Hamas vole l'aide humanitaire[62], tue des personnes à la recherche d'une aide humanitaire[63] et garde ses propres réserves[64]. Cependant, les États-Unis et l'ONU rejettent tous deux les allégations israéliennes selon lesquelles le Hamas joue un rôle important dans la famine. Un porte-parole de l'ONU affirme que les pillages ont été commis par des civils gazaouis désespérés, qui ne savent pas si une prochaine livraison aura lieu, et un haut fonctionnaire américain déclare : « Le gouvernement israélien n'a pas porté à l'attention du gouvernement américain […] de preuve spécifique du vol ou du détournement par le Hamas de l'aide fournie par l'intermédiaire de l'ONU et de ses agences. Point final. »[65]

Le , les Nations unies déclarent que la population de Gaza connaît « des niveaux alarmants de famine jamais observés auparavant à Gaza »[66],[67]. Le , les Nations unies déclarent que plus d'un demi-million de personnes dans la bande de Gaza sont affamées[68]. Le , un rapport de classification des phases de la sécurité alimentaire intégrée (IPC), basé sur un comité d'experts indépendants, place la quasi-totalité de la population de Gaza (93 % ou 2,08 millions) en phase 3 de l'IPC ou plus (crise ou pire), 79 % en situation d'urgence (phase 4 de l'IPC)[69] et 15 % (378 000 personnes) en situation de catastrophe (phase 5 de l'IPC)[8].

Le , l'UNICEF met en garde contre la menace croissante de famine dans la bande de Gaza[70]. Le , Mercy Corps déclare qu'un demi-million de personnes sont confrontées à « une faim et une famine catastrophiques »[71]. Au , 90 % des Palestiniens de Gaza manquent régulièrement de nourriture[72].

En , FEWS Net, un organisme partenaire de l'IPC, fait état de différents chiffres témoignant de la situation alimentaire en et . Néanmoins, le Famine Review Comitee de l'IPC note en que ces estimations, en particulier celles concernant les phases 4 et 5 de l'IPC, ne peuvent être confirmées ni infirmées en raison d'un manque de données essentielles et actualisées, tout en appelant à agir sans attendre pour remédier à la situation[c].

Famine

Mécanisme européen de protection civile (MPCU) et aide humanitaire de l'UE ().

Le , Arif Husain, économiste en chef du Programme alimentaire mondial, déclare que 80 % des personnes souffrant de famine ou de faim catastrophique dans le monde se trouvent dans la bande de Gaza, déclarant : « De toute ma vie, je n'ai jamais rien vu de tel en termes de gravité. »[73] Les prix des denrées alimentaires ont augmenté à Gaza en raison de l'épuisement des stocks[74]. Le , Martin Griffiths (en), chef des opérations humanitaires des Nations unies, déclare : « Les gens sont confrontés aux plus hauts niveaux d'insécurité alimentaire jamais enregistrés. » Les experts avertissent que la famine dans la bande de Gaza est le pire exemple de famine causée par l'homme depuis près de 100 ans[9]. Le secrétaire général de l'ONU António Guterres déclare : « La longue ombre de la famine traque la population de Gaza[75]. »

Le , l'UNOCHA indique que 378 000 personnes à Gaza se trouvent en phase 5 de l'IPC, c'est-à-dire en situation de faim catastrophique et que les 2,2 millions d'habitants de la bande de Gaza sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, ce qui représente la proportion la plus élevée de population souffrant de famine dans l'histoire. Le Comité d'examen de la famine (FRC), qui a compilé les données de Gaza sur la famine en termes de classification intégrée des phases de sécurité alimentaire (IPC) le , prévoit que la population totale sera en phase 3 d'ici le et que 25 %, soit 500 000 habitants de Gaza, atteindront la phase 5.

Le , un journaliste de la bande de Gaza rapporte que les gens fabriquent de la farine en utilisant de la nourriture animale[76],[77]. Le même jour, l'ONU rapporte qu'il n'y a que quinze boulangeries encore en activité dans l'ensemble de la bande de Gaza[78]. Le , CNN rapporte que les Palestiniens mangent de l'herbe pour rester en vie[79]. Le lendemain, le directeur des urgences de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare : « Il s'agit d'une population qui meurt de faim. »[80] Le , l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture déclare qu'il y a « des niveaux sans précédent d'insécurité alimentaire aiguë, de faim et de conditions proches de la famine à Gaza »[81]. Israël attaque des pêcheurs à Deir el-Balah qui tentent d'attraper du poisson pour le manger[82].

Le , ActionAid déclare que « chaque personne sur le territoire » est confrontée à des niveaux de famine, affirmant que les gens ont même des difficultés pour trouver et manger des aliments pour animaux[83].

Le , alors que la pression monte contre Israël, le porte-parole militaire Daniel Hagari déclare que son gouvernement va tenter « d'inonder la région » d'aide et qu'ils « s'amélioraient et procédaient à différents changements »[84]. Cependant, à la fin du mois de , António Guterres de l'ONU déclare qu'il est temps de « vraiment inonder Gaza d'aide vitale » et que la famine est une « indignation morale »[85].

Le , un rapport des Nations unies fondé sur l'échelle IPC prévient de l'imminence d'une famine, avec déjà deux des trois critères pour définir strictement la famine déjà atteints. Les deux critères déjà atteints sont que 20 % de la population soient en manque alimentaire aiguë et que 33 % des enfants soient en dénutrition, seuls le dernier critère d'un taux de mortalité journalier de 2 morts pour 10 000 habitants ou de 4 enfants pour 10 000 habitants n'est pas encore atteint[86]. 30 % de la population à cette date étaient déjà en situation de famine dont 55 % au nord de Gaza, avec des projections de très fortes détériorations pour les semaines suivantes[87]. Le même jour, le secrétaire d'État des États-Unis, Antony Blinken, déclare : « Selon la mesure la plus respectée en la matière, 100 % de la population de Gaza est dans une situation d'insécurité alimentaire grave. C'est la première fois qu'une population entière est ainsi classée[88]. » De son côté, le ministre israélien des Affaires stratégiques, Ron Dermer, déclare que les rapports d'une famine imminente sont « un mensonge et une fabrication complets » et « une diffamation contre Israël »[89].

Début , alors que la Croix-Rouge déclare que 2,2 millions de personnes à Gaza sont considérées comme souffrant d'insécurité alimentaire, le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant annonce que son pays créerait un nouveau passage à sa frontière et qu'il prévoit « d'inonder Gaza avec de l'aide » pour acheminer notamment celle venant de Jordanie[90]. Philippe Lazzarini de l'UNRWA déclare à la fin du mois qu'« il y a plus de nourriture disponible sur le marché » mais « pas d'argent liquide en circulation » dans le nord de Gaza, ce qui rend la nourriture inaccessible pour bon nombre de Gazaouis. Il reconnaît en outre l'augmentation en des approvisionnements entrant à Gaza via Israël mais avertit qu'elle est « encore loin d'être suffisante pour inverser la tendance négative »[91].

En , Tess Ingram, la porte-parole de l'UNICEF, indique que 9 300 enfants de Gaza ont été traité pour malnutrition aiguë au mois d'. « Bien que ce chiffre soit inférieur aux plus de 14 000 cas enregistré en , il reste très supérieur à celui enregistré lors du bref cessez-le-feu de - dernier, ce qui plaide en faveur de l’insuffisance des flux d’aide humanitaire »[92].

Gaza Sud

Le , le directeur adjoint de l'UNRWA fait état d'une grave famine dans le sud de Gaza, déclarant : « Je ne sais pas combien ils peuvent encore supporter avant que quelque chose n'explose dans la partie sud de Gaza. »[93] Le , le maire de Rafah déclare que la ville est confrontée à la famine et que les approvisionnements disponibles ne suffisent que pour 10 % de la population[94]. De longues files d'attente pour obtenir de la nourriture sont signalées dans sa ville[95].

Le , l'UNOCHA déclare qu'il y a « un besoin urgent d'établir un centre de stabilisation à Rafah pour traiter les enfants souffrant de malnutrition sévère »[96]. Le , il annonce que les habitants de Rafah sont « dans un tel besoin qu'ils arrêtent les camions d'aide pour prendre de la nourriture et la manger immédiatement »[97]. Le , Al Jazeera indique que des canonnières israéliennes tirent sur des pêcheurs qui tentent d'attraper du poisson au large de Rafah[98].

Gaza Nord

Le Programme alimentaire mondial déclare que neuf personnes sur dix dans le nord de Gaza mangent moins d'un repas par jour[99]. L'Organisation mondiale de la santé déclare le que la situation alimentaire est « absolument horrible » dans le nord de Gaza, les rares livraisons d'aide étant prises d'assaut par des personnes visiblement affamées aux yeux creusés[100]. Un membre de l'équipe Mercy Corps déclare avoir été témoin d'un entassement de milliers de personnes autour de deux camions d'aide alimentaire dans le nord de la bande de Gaza, au point que deux personnes sont mortes d'asphyxie[101]. Un travailleur humanitaire d'Al Baraka, une organisation caritative algérienne, déclare que le nord de la bande de Gaza est au bord de la famine : « Presque aucune aide humanitaire n'a été livrée à la population depuis le début de l'agression israélienne[102]. »

Le , le Bureau des médias de Gaza déclare : « Nous exigeons immédiatement l'entrée d'un millier de camions par jour dans le nord de Gaza jusqu'à ce qu'il se remette de la famine[103]. » Le , Al Jazeera rapporte que les habitants du nord de Gaza passent des jours, voire des semaines, sans nourriture suffisante[104]. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture déclare que la distribution de nourriture dans le nord de Gaza reste un défi car elle est « à peine accessible ». Le reporter Tareq Abu Azzoum à Gaza indique que pour survivre, les gens se nourrissent d'aliments pour animaux, d'herbes et de graminées[105]. Un représentant de l'UNOCHA déclare : « Il y a environ 300 000 personnes dans le nord et je n'ai aucune idée de la façon dont elles ont survécu[106]. » Le , de multiples cas d'attaques de snipers israéliens contre des civils à la recherche d'une aide humanitaire sont signalés[104]. Fin , un moulin à grains dans le nord de Gaza s'est arrêté en raison d'un manque de carburant[107].

Le , le PAM déclare qu'il cesse de fournir de l'aide au nord de Gaza[108]. En réponse à cette annonce, le Bureau des médias de Gaza déclare qu'il s'agit d'une « condamnation à mort pour trois quarts de million de personnes »[109]. Le , l'UNRWA annonce qu'il suspend également les services humanitaires dans le nord de Gaza[110]. Les familles du camp de réfugiés de Jabalia déclarent qu'elles sont tellement affamées qu'elles mangent des restes, des feuilles, et leurs chevaux morts[111]. Un homme de Jabalia déclare : « Nous n'avons pas d'eau, pas de farine et nous sommes très fatigués à cause de la faim[112]. » Al Jazeera informe que des soldats israéliens abattent deux sœurs affamées qui cherchaient de la nourriture le [113]. Des milliers de personnes dans la ville de Gaza attendent une éventuelle livraison de farine le [114].

Le , le ministère de la Santé du Hamas dans la bande de Gaza déclare : « Ce qui se passe dans le nord de Gaza est une véritable famine [...]. Cette famine croissante pourrait tuer des milliers de citoyens à cause de la malnutrition et de la déshydratation dans les jours à venir, sous les yeux du monde entier. »[115].

Aide humanitaire

Le , l'ONG israélienne Gisha (en) indique que seuls 6 000 camions d'aide sont entrés à Gaza depuis le , soit l'équivalent de 12 jours d'aide avant le début du conflit[116]. Le colonel Moshe Tetro, qui dirige l'unité israélienne chargée de superviser les livraisons d'aide humanitaire, déclare qu'il n'y a pas de pénurie alimentaire à Gaza et que les réserves existantes sont suffisantes[117]. Un autre responsable israélien déclare : « N'oubliez pas qu'il s'agit d'une population arabe, gazaouie, dont l'ADN est de thésauriser, surtout lorsqu'il s'agit de nourriture »[118].

Les responsables déclarent que l'aggravation de la crise est en partie imputable à la quantité limitée d'aide autorisée à entrer dans Gaza, Cindy McCain du PAM déclarant : « Les habitants de Gaza risquent de mourir de faim à quelques kilomètres de camions remplis de nourriture »[119]. Arif Husain, économiste en chef du PAM, déclare le que seuls 20 à 30 % de l'aide nécessaire entrent dans Gaza[120], tandis que l'UNOCHA accuse Israël de « refuser systématiquement » l'aide humanitaire dans le nord de Gaza[121].

Déplacés palestiniens lors d'une distribution humanitaire de nourriture à Deir el-Balah, le .

Le , le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, appelle à un accès humanitaire sans restriction, déclarant : « Tout le monde à Gaza a faim ». Human Rights Watch déclare que la décision de 18 pays de dissoudre l'UNRWA risque d'accélérer la famine[122]. Le PAM déclare le que l'aide au nord de Gaza est massivement rejetée par les Israéliens[123]. Le journaliste d'Al Jazeera, Abubaker Abed, déclare : « Les familles mangent de manière stratégique, juste pour rester en vie »[124].

Lors d'un entretien avec des journalistes de CNN, en , certains Palestiniens déclarent que l'aide humanitaire est revendue sur le marché noir, avec des paquets déjà ouverts. Les frappes aériennes israéliennes autour de certaines zones ont également provoqué une flambée des prix, un sac de farine de 25 kilogrammes passant de 20 dollars à Kahn Younès à 34 dollars après l'intensification des frappes aériennes[125]. Le même mois, Human Rights Watch critique la suppression du financement de l'UNRWA, qu'elle qualifie de « principal canal humanitaire vers Gaza », face aux « risques croissants de famine et à une ordonnance contraignante de la Cour mondiale dans une affaire de génocide »[126].

Photo de l'armée de l'air américaine montrant le C-130J Super Hercules effectuant un largage d'aide humanitaire (38 000 repas) au-dessus de Gaza, le .

Le , le ministre des Finances Bezalel Smotrich bloque une cargaison de farine financée par les États-Unis à destination de Gaza et déclare l'avoir fait « en coordination avec le Premier ministre »[127],[128]. Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, confirme qu'Israël bloque l'entrée de la farine à Gaza[129]. Le , le Financial Times rapporte qu'une cargaison d'aide qui aurait pu nourrir plus d'un million de personnes pendant un mois a été bloquée au port israélien d'Ashdod, le gouvernement israélien déclarant que la nourriture ne serait pas débloquée[130]. L'ONU déclare que les livraisons d'aide ont diminué de moitié en février par rapport au mois précédent[131]. Le , la responsable de l'USAID, Samantha Power, déclare que davantage d'aide doit entrer à Gaza, qualifiant la situation de « question de vie ou de mort »[132].

En , l'OCHA affirmé que seuls 2 205 camions d'aide sont entrés à Gaza, tandis qu'Israël déclare que 5 000 y sont entrés. Avant la guerre, le nombre était d'environ 15 000 par mois. L'OCHA déclare que 91 % de la population de Gaza est confrontée à des « niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë ». Ce même mois, Israël envisage de limiter davantage l'aide humanitaire après l'investiture de Donald Trump[133].

Cuisson locale du pain durant la guerre de Gaza.

Pendant le cessez-le-feu entre janvier et , permettant l'échange d'otages israéliens contre des prisonniers palestiniens, Israël autorise l'entrée d'un maximum de 600 camions d'aide chaque jour. Les livraisons ne connaissent pas de perturbations importantes et les prix des aliments sont plus bas[134]. Le , l'ONU signale que plus d'un million de personnes ont reçu une aide alimentaire depuis le début du cessez-le-feu. En plus des livraisons de colis alimentaires, il y a une augmentation des livraisons de pain dans les boulangeries et les cuisines alimentaires. Une cuisine communautaire dans le nord de Gaza rouvre le . Le PAM livre du carburant, permettant à cinq boulangeries de Gaza d'augmenter leur capacité de production de 40 %[135].

Le , Israël met fin au cessez-le-feu[134] et impose un nouveau blocus de l’aide d’une durée de onze semaines à la bande de Gaza[136]. Pendant le blocus complet, du 2 au , au moins 58 personnes sont mortes de faim[137].

Le , le PAM annonce avoir livré ses dernières fournitures restantes aux cuisines préparant des repas chauds à Gaza, qui disparaissent en quelques jours. Les cuisines sont la seule source constante d'aide alimentaire au cours des dernières semaines, bien qu'elles ne puissent atteindre que la moitié de la population avec un quart de leurs besoins alimentaires quotidiens satisfaits[138]. Le 28 avril, le bureau des médias de Gaza annonce qu'il y a plus de 65 000 cas de malnutrition aiguë chez les enfants dans la bande de Gaza, affirmation corroborée par l'UNRWA qui chiffre à 66 000 cas, en mai 2025[139],[140].

Après la déclaration de l'état de famine dans le gouvernorat de Gaza-Nord par l'ONU, en , le COGAT, organisme du ministère israélien de la Défense supervisant les affaires civiles dans les Territoires palestiniens occupés, déclare que le , « près de 280 camions d'aide humanitaire étaient entrés à Gaza »[141]. Le cabinet du Premier ministre israélien poursuit que son pays a « permis l’entrée de millions de tonnes d’aide humanitaire à Gaza depuis que la guerre y a été déclenchée par le pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023 », que la Fondation humanitaire de Gaza et les ONG autorisées par Israël « ont servi des millions de repas chauds aux Gazaouis ». S'il concède qu'il y a eu des « pénuries temporaires » d’aide humanitaire à Gaza, causées par les « vols organisés du Hamas », le cabinet ministériel israélien soutient les avoir surmontées « au moyen de largages aériens, de livraisons maritimes, d’aménagement de voies de transport sûres et de points de distribution de GHF tenus par des entreprises américaines »[136]. De son côté, l'ONU déclare qu'elle dispose pourtant de mécanismes pour empêcher tout détournement organisé de l'aide, et qu'Israël n'a fourni aucune preuve de vol généralisé. De plus, ce sont entre 500 et 600 camions qui sont nécessaires. Enfin, selon les organisations humanitaires, le largage d'aide est largement inefficace[134].

Durant la première moitié du mois de , « les humanitaires ont collecté plus de 12 500 tonnes de farine de blé, de colis alimentaires et de fournitures en vrac aux points de passage contrôlés par Israël. Ils ont également servi près de 560 000 repas par jour dans 116 cuisines et fourni 10 000 pains aux personnes se déplaçant vers le sud. De son côté, l’UNICEF a envoyé plus de 200 000 paquets d’aliments pour bébés riches en nutriments à ses partenaires humanitaires, soit suffisamment pour nourrir plus de 63 000 nourrissons et jeunes enfants pendant deux semaines »[142]. Cependant, l'UNICEF indique à la même période que les dépistages montrent qu’un enfant sur cinq de la bande de Gaza souffre de malnutrition aiguë, dépassant le record atteint en juillet[143].

Durant le cessez-le-feu entre le Hamas et Israël, soit entre le et le , 530 camions de l'ONU entrent à Gaza, livrant ainsi plus de 6 700 tonnes de nourriture, ce qui est, selon le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies pour le Moyen-Orient, suffisant « pour nourrir près d'un demi-million de personnes pendant deux semaines »[144].

Détournement de l'aide

L'armée israélienne favorise le pillage de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza, en s'en prenant notamment aux forces de police palestiniennes qui tentent de le combattre, ont affirmé vingt-neuf ONG dans un rapport commun en [145]. Le quotidien israélien Haaretz affirme également que « l'armée israélienne permet aux gangs de Gaza de piller les camions d'aide et d'extorquer des frais de protection aux chauffeurs »[145],[134].

Selon Jean-Pierre Filiu qui a séjourné à Al-Mawassi avec une équipe de MSF, fin 2024, la famine dans la bande de Gaza provoque des pillages des ressources alimentaires par des clans mafieux, dont les attaques contre les convois sont soutenues par des drones israéliens quadricoptères, afin « d'y créer le chaos », tandis que des Palestiniens profitent de la confusion pour s'emparer du butin[146]. Les victimes sont dues en partie à l’armée israélienne et également aux échanges de tirs entre Palestiniens. Il précise que certaines marchandises volées se retrouvent le lendemain sur le marché d’Al-Mawassi et que le Hamas utilise la manière forte, en exécutant publiquement des membres du clan mafieux le plus actif[146]. Filiu publie en , Un historien à Gaza, où il relate ce qu'il y a constaté.

Selon Le Monde, ces gangs sont souvent liés à des criminels notoires ou à des familles influentes du sud de Gaza opposées au Hamas. Ils sont localisés dans la partie est de Rafah, près de la frontière israélienne, dans des zones que les Palestiniens ne peuvent normalement pas approcher sans être tués par l'armée. Les troupes israéliennes n'interviennent pas lorsque des convois humanitaires sont attaqués près de leurs positions. Elles attaquent en revanche la police palestinienne lorsque celle-ci tente d'empêcher les détournements[147]. D'autre part, les autorités israéliennes imposent aux organisations humanitaires des contraintes qui les exposent encore plus aux gangs. Les chargements doivent être placés sur des camions à plateau, ce qui permet aux pilleurs de sélectionner leurs prises. Dans le sud de l'enclave, « les autorités n'ouvrent qu'une seule route depuis Kerem Shalom, nous envoyant droit sur les pilleurs », souligne la responsable des urgences à Gaza pour Médecins sans frontières[147]. Le Hamas a créé une force appelée “Flèche” pour cibler les pilleurs à l'intérieur des villes mais celle-ci ne peut pas intervenir près des zones frontalières où ont généralement lieu les détournements[147].

Le gouvernement américain a accusé le le Hamas d'avoir détourné une cargaison d'aide humanitaire « pour son propre usage, au lieu de la laisser aller aux civils innocents qui en ont besoin », affirmant qu'il s'agissait du « premier cas généralisé de détournement que nous ayons vu » à Gaza[148],[149].

Entre et , le Bureau des services des Nations Unies pour les projets (UNOPS) constate que près de 90 % des camions d'aide collectés par les Nations Unies le long de la frontière de Gaza, après leur transfert par Israël, n'ont pas atteint leur destination prévue, en raison du pillage de Palestiniens affamés ou d'« acteurs armés de force », sans toutefois les nommer[150],[151]. En juillet, 94 % des 1 161 véhicules qui ont traversé la frontière israélienne ont été pillés[150].

En , l'UNICEF dénonce le vol par des individus armés d'aliments thérapeutiques vitaux destinés à soigner au moins 2 700 enfants souffrant de malnutrition sévère et aiguë[142].

En , Ahmed Fouad Alkhatib, un activiste anti-Hamas originaire de Gaza et vivant dorénavant aux États-Unis[152], diffuse une vidéo, non vérifiée[153], tournée à Gaza par Hamza al-Masri, un autre militant basé en Turquie. Celle-ci semble montrer des tonnes de boîtes de lait maternisé et autres compléments nutritionnels stockés dans des entrepôts du ministère de la santé de Gaza et cachés à la population gazaouie. Selon lui, afin « d’aggraver la crise alimentaire et de provoquer une catastrophe dans le cadre de la stratégie de famine qui avait été mise en place par le groupe terroriste », le Hamas empêcherait la population d’accéder aux aides humanitaires. Une autre conséquence serait d'ainsi « rétablir le mécanisme traditionnel de distribution de l’ONU, au détriment de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF) »[153],[154],[152].

Attaques contre le personnel humanitaire

Le Programme alimentaire mondial (PAM) annonce à la fin suspendre les mouvements de son personnel à Gaza à la suite de tirs israéliens visant ses membres et « d'une série d'événements inutiles liés à la sécurité qui ont mis en danger les vies des équipes du PAM à Gaza »[155].

Attaques israéliennes

Le , le ministère de la Santé de Gaza déclare qu'une attaque israélienne contre des demandeurs d'aide ont tué 20 personnes et en a blessé 150[156]. Le , Israël bombarde un camion chargé de nourriture qui se dirigeait vers le nord de Gaza[157]. Le , les forces israéliennes auraient ouvert le feu sur des personnes qui attendaient des camions d'aide alimentaire dans la ville de Gaza[158]. L'UNOCHA déclare qu'il s'agit du cinquième rapport faisant état de tirs israéliens sur des personnes attendant une aide humanitaire[159]. Le , au moins un civil palestinien est tué alors qu'il attendait de recevoir une aide humanitaire[160]. Les personnes cherchant de l'aide sont attaquées par les forces israéliennes à de multiples occasions[161],[162]. Dans un article du , CNN rapporte que, selon des documents examinés par l'ONU et CNN, un convoi humanitaire de l'ONU transportant des denrées alimentaires avait essuyé des tirs des FDI avant d'être empêché d'entrer dans le nord de Gaza le [163]. L'UNOCHA déclare le que « les convois d'aide ont essuyé des tirs et se voient systématiquement refuser l'accès aux personnes dans le besoin »[164]. Le , des sources médicales dans la ville de Gaza ont rapporté que trois personnes ont été tuées alors qu'elles attendaient de l'aide dans la rue al-Rashid[165].

Israéliens s'opposant à l'entrée de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza (février 2024)

Le , plus de 112 personnes en quête d'aide humanitaire meurent et plus de 280 sont blessées dans le massacre d'Al-Rashid[166], à la suite de tirs israéliens au rond-point Al Nabulsi, à l'ouest de la ville de Gaza. Le , trois personnes sont tuées à Beit Hanoun alors qu'elles cueillaient des herbes pour se nourrir[167].

Le , au moins neuf personnes sont tuées lors d'une attaque israélienne à Deir el-Balah alors qu'elles attendent de l'aide humanitaire[168]. Plus tard, le même jour, des dizaines de civils sont tués lors d'une attaque israélienne contre des demandeurs d'aide au rond-point du Koweït dans la ville de Gaza[169]. Le ministère de la Santé parle d'un « horrible massacre »[170]. Les Nations unies appellent à une enquête sur ces meurtres, déclarant avoir « enregistré au moins 14 incidents impliquant des tirs et des bombardements sur des personnes rassemblées pour recevoir des fournitures dont elles avaient désespérément besoin »[171].

Le , le journal israélien Haaretz révèle que l'armée israélienne ordonne à ses soldats de tirer sur les civils gazaouis désarmés attendant les distributions de l'aide humanitaire[172].

La famine provoque des pillages des ressources alimentaires par des clans mafieux, dont les attaques contre les convois sont soutenues systématiquement par des drones israéliens « dans le but de préparer l'éviction des agences de l'ONU et d'y créer le chaos »[146],[151].

Le , Israël annonce des pauses humanitaires dans la bande de Gaza. Ces pauses tactiques permettront de rouvrir les routes pour laisser passer les convois d'aides humanitaires[173].

Effets sur les enfants

Palestiniens déplacés autour d'une distribution de nourriture d'un organisme de bienfaisance à Deir el-Balah (juin 2024)

Le , Philippe Lazzarini déclare : « Chaque fois que vous allez dans une école, les enfants vous regardent dans les yeux et vous supplient de leur donner une gorgée d'eau ou une miche de pain »[174]. Le , les autorités signalent que les nouveau-nés dont les mères sont sous-alimentées meurent en quelques jours et que les enfants affaiblis par la famine meurent d'hypothermie[117]. Le , le directeur exécutif adjoint de l'UNICEF visite la bande de Gaza, déclarant qu'il a été témoin de « certaines des conditions les plus horribles que j'ai jamais vues » et que « des milliers d'enfants souffrent de malnutrition et sont malades ». Le , un porte-parole de l'UNICEF déclare que Gaza a le taux de malnutrition infantile le plus élevé au monde[175],[176]. Le , l'Euro-Mediterranean Human Rights Monitor rapporte le cas d'une fillette de huit ans qui était morte de faim et de déshydratation[177].

Le , l'UNICEF constate que près de 16 % des enfants du nord de Gaza, âgés de moins de deux ans, souffrent de « malnutrition aiguë (en) », dont 3 % d'émaciation sévère[178]. Une mère du nord de Gaza décrit la situation, le en déclarant : « Mon petit se réveille la nuit en criant de faim »[179]. Un bébé de deux mois est mort de malnutrition dans la ville de Gaza le [180].

Un médecin de l'hôpital Kamal Adwan déclare avoir constaté une forte augmentation des cas de malnutrition pédiatrique[181]. Un pédiatre travaillant à Gaza déclare : « Les mères allaitantes sont incapables de produire du lait car leur état de santé se dégrade »[181]. Le , deux enfants de la ville de Gaza déclarent qu'ils ne mangent qu'une fois tous les deux jours, et qu'ils se nourrissent ensuite d'aliments pour animaux[182].

En , selon Médecins sans frontières, un quart des bébés et des femmes enceintes sont victimes de malnutrition, tandis que 1 000 personnes sont mortes en tentant d'obtenir de la nourriture, certaines étant abattues délibérément par l'armée israélienne[183].

Accusations de crimes de guerre

Le , Human Rights Watch accuse Israël d'utiliser la famine des civils comme méthode de guerre dans la bande de Gaza occupée[184]. Le , des experts de l'ONU accusent Israël de détruire le système alimentaire de Gaza et d'utiliser la nourriture comme une arme contre le peuple palestinien[77]. Le rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, Michael Fakhri, déclare qu'Israël utilise la faim comme une arme contre les Palestiniens[185]. Le , l'anthropologue britannique spécialiste des famines Alex de Waal déclare qu'Israël commet un crime de guerre en pratiquant la famine forcée, déclarant : « Une population entière réduite à ce stade est vraiment sans précédent. Nous n'avons pas vu cela en Éthiopie, au Soudan et au Yémen - à peu près partout ailleurs dans le monde »[186].

Le , le sénateur américain Chris Van Hollen déclare : « Les enfants de Gaza meurent aujourd'hui à cause de la privation délibérée de nourriture. C'est un crime de guerre. C'est un crime de guerre typique. Et cela fait de ceux qui l'orchestrent des criminels de guerre »[187]. Un représentant de l'organisation palestinienne à but non lucratif Juhoud for Community and Rural Development déclare : « Le refus d'accès à la nourriture, à l'eau et à d'autres produits de première nécessité constitue une grave violation du droit international »[188]. Josep Borrell, Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, déclare dans une interview à El Pais que « Nous sommes déjà au milieu d'une catastrophe, et les Nations Unies ont été forcées de suspendre l'aide humanitaire. Israël utilise la faim comme une arme, ce qui est contraire au droit international »[189]. Le , Agnès Callamard, présidente d'Amnesty International, déclare que la mort de dix enfants due à la malnutrition cette semaine est illégale et le résultat d'une « famine artificielle » israélienne[190].

Selon Mahmoud Shalabi, directeur principal du programme d'aide médicale aux Palestiniens à Gaza, « le gouvernement israélien utilise la famine comme arme de guerre à Gaza »[191]. Selon Jeremy Laurence, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, les sévères restrictions imposées par Israël à l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza et la possible utilisation de la faim comme arme pourraient « constituer un crime de guerre »[192].

Le , l’ONU reconnaît « qu’une famine est bel et bien en cours dans la bande Gaza »[193]. Le chef des droits humains de l’ONU, Volker Türk, rappelle qu’« affamer des gens à des fins militaires est un crime de guerre »[6],[194].

Réactions d'Israël

Pour sa part, Israël nie fermement toutes les accusations de famine dont il serait responsable, qu'il désigne comme étant un « mensonge éhonté » et une forme « moderne de diffamation »[195],[194],[196],[136]. Selon l'État hébreu, « il n'y a pas de famine causée par Israël » mais plutôt « une pénurie provoquée par le Hamas » qui pille l'aide et empêche sa distribution[197].

En , Israël affirme que « près de 4 500 camions étaient entrés récemment à Gaza, transportant de la farine et des aliments pour bébés et enfants » et que « 950 camions se trouvaient à Gaza et attendaient que les agences internationales distribuent leurs cargaisons »[197],[198]. Selon le COGAT israélien, la collecte de l’aide humanitaires par les organisations internationales a baissé de manière significative depuis un mois[198].

Allégations contre l'IPC

Accusations de manipulation des critères

Après la parution du rapport de l'IPC (Integrated Food Security Phase Classification), organisme onusien basé à Rome, déclarant le l'état de famine dans le nord de la bande de Gaza[6], les résultats sont immédiatement contestés par Israël, les États-Unis et des associations pro-israéliennes.

Le ministère des Affaires étrangères israélien nie les accusations, déclarant qu'« il n'y a pas de famine à Gaza »[195], et affirme que l’IPC s’est appuyée sur des sources du Hamas pour monter son dossier, tout en omettant d'indiquer son deuxième critère relatif au taux de mortalité[136]. Le COGAT israélien, chargé des affaires civiles palestiniennes dans les territoires occupés, dénonce lui aussi le rapport IPC comme étant « mensonger et partial »[141]. Le cabinet du ministre Netanyahou ajoute que son pays « n'avait pas pour politique d'affamer » la population de Gaza et indique que le rapport de l’IPC passe également sous silence les mesures humanitaires prises par Israël, tout comme la baisse des prix de produits de première nécessité à Gaza grâce à l’arrivée d’aide humanitaire dans la bande de Gaza[136],[141]. Il exige en conséquence le retrait immédiat du rapport de l'IPC, « fabriqué de toutes pièces »[141],[136],.

Le Département d'État américain du gouvernement de Donald Trump, bien que se disant préoccupé par la situation humanitaire à Gaza, rejoint la position israélienne et rejette en grande partie l'analyse de l'ONU, rappelant que le Hamas propage de « fausses informations », et dénonce une « fausse histoire de famine volontairement infligée » propagée par le Hamas. Il dit « examiner les informations selon lesquelles l'IPC aurait récemment modifié sa définition de la famine ». Il relève que les chiffres de l’ONU confirment « que les vivres entrent bien dans la bande de Gaza mais sans aller dans les mains de ceux qui en ont besoin » car pillées dans leur très grande majorité ces deux derniers mois[136]. Il précise que les « chiffres cités datent du dernier, date à laquelle Israël a levé son blocus sur l’aide humanitaire à Gaza, après 78 jours d’interruption ». Il indique ainsi que « les difficiles questions de l’acheminement de l’aide aux Gazaouis impliquent de s’attaquer honnêtement aux problèmes pour le bien des Gazaouis, qui méritent mieux, sans entrer dans des questions de sémantique »[136]. Pour Richard Goldberg, ex-conseiller à la Maison-Blanche, l'IPC a procédé à un « changement de règles pour obtenir le résultat politique voulu »[151].

Selon Simone Rodan-Benzaquen, directrice de l'American Jewish Committee en France et en Europe, s'exprimant dans Franc-Tireur, les données fournies par l'IPC (Integrated Food Security Phase Classification), organisme onusien basé à Rome, sont sujettes à caution. Elle soutient en effet que le seuil de malnutrition aigüe a été abaissé, pour le cas spécifique de la bande de Gaza, à 15 % au lieu de 30 % ; elle affirme également que les standards reconnus de mesure poids/taille (PTZ, ou WHZ, Weight-for-Height Z-core, en anglais) ont été « exceptionnellement et très discrètement » remplacés par le périmètre brachial (PB, ou MUAC en anglais), plus facile à mesurer en contexte d'urgence, mais aussi, selon elle, plus facile à « manipuler » et pour autant, « jamais utilisé comme critère principal pour confirmer une famine dans le monde »[151].

Réponses aux critiques

Des médias comme Libération et RTS ont fait du fact-checking et démenti les théories sur l'abaissement du seuil pour Gaza par l'IPC[199],[200].

L'utilisation du PB, en alternative au PTZ, est en effet prévue par le protocole de l'IPC depuis [201] (avec une mise à jour en [202]), soit bien avant la situation à Gaza depuis .

Ce protocole prévoit que la prévalence de PTZ anormal doit dépasser un seuil de 15 % pour déclarer la phase 4, et 30 % pour la phase 5, tandis que si la prévalence de PB est utilisée, le protocole ne prévoit qu'un seuil de 15 % pour déclarer la phase 4 ou 5, à affiner ensuite selon d'autres paramètres :

« Bien que […] le PB soit une mesure courante de la malnutrition aiguë […], aucun seuil de référence n'a été développé au niveau mondial. Les données de [malnutrition aiguë globale] basée sur le PB sont incluses dans l'IPC de façon à maximiser l'utilisation des preuves, en particulier en contexte d'urgence. L'IPC reconnaît que le niveau de concordance entre le PTZ et le PB varie selon le contexte et se trouve habituellement entre 40 et 50 pour cent. Les seuils de PB reconnus par l'IPC ont été développés d'après une recherche approfondie menée par les centres de contrôle et de prévention des maladies [CDC, agence de santé publique aux États-Unis] et le centre commun de recherche (CRC) de l'Union européenne sur la spécificité et l'applicabilité du PB pour détecter la prévalence de [malnutrition aiguë globale] au niveau de la population. Les seuils de PB ne peuvent être utilisés qu'en conjonction avec les autres informations contextuelles en tenant compte des causes immédiates de la malnutrition aiguë, de la compréhension locale des relations qui existent entre les prévalences de PB et de PTZ et en utilisant l'approche de convergence des preuves. »

Or le rapport d' déclarant la famine dans le gouvernorat de Gaza, soit au nord de la bande de Gaza[203], rappelle ces éléments du protocole, et explique avoir utilisé une étude réalisée par le CDC d'Atlanta en [204] pour établir qu'au Moyen-Orient, le rapport de concordance entre les prévalences de PTZ et de PB est de 1,9. Une prévalence de PB anormal ≥ 15 % est donc approximativement équivalente, au Moyen-Orient, à une prévalence de PTZ anormal ≥ 30 % et il n'y a donc eu aucun abaissement du seuil pour Gaza[199],[200].

Notes et références

Voir aussi

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