Rafah

ville palestinienne dans la Bande de Gaza From Wikipedia, the free encyclopedia

Rafah (en arabe : رَفَح (rafaḥ)) est une ville palestinienne située dans le Sud de la bande de Gaza, à la frontière égyptienne. La ville fut également connue sous le nom de Robihwa dans l'Égypte antique, Rafihu en Assyrie, Raphia chez les Grecs et les Romains.

Faits en bref Administration, Pays ...
Rafah
Rafah
Vue de Rafah le 21 janvier 2025.
Administration
Pays Drapeau de la Palestine Palestine
Territoire palestinien Bande de Gaza
Gouvernorat Gouvernorat de Gaza
Maire Issa Nashar (he)
Démographie
Population 275 267 hab. (est.2023[1])
Densité 4 301 hab./km2
Géographie
Coordonnées 31° 17′ 19″ nord, 34° 15′ 07″ est
Superficie 6 400 ha = 64 km2
Localisation
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Rafah
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Rafah
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    L'histoire de Rafah remonte à plusieurs millénaires, lorsque les Pharaons la développent pour assurer le contrôle de leur domaine de Canaan.

    C'est la ville la plus importante du Sud de la bande de Gaza avec plus de 250 000 habitants en 2023[2], dont une partie vit dans le camp de réfugiés fondé pendant la Nakba[3].

    Elle est entièrement détruite par l'armée israélienne durant la guerre de Gaza.

    Localisation

    La ville est située au sud de la bande de Gaza, à la frontière avec l’Égypte.

    Carte de la bande de Gaza.

    Histoire

    Antiquité

    Le site antique de la ville présente des indices d'occupation allant du début de l'Âge du Bronze central II (vers ) jusqu'à l'époque byzantine[4],[5]. La première fois que Rafah, anciennement Raphia, est citée se situe pendant le règne du pharaon Séthi Ier  le toponyme, sous les formes Rapihu ou Rapouh (Rph), est inscrit par deux fois en relief sur le mur nord de la Grande salle hypostyle du site de Karnak[6],[7],[8],[9],[10],[11],[12]. La campagne militaire de Sheshonq Ier en Israël remonte quant à elle à [4] et le toponyme de la ville cananéenne serait mentionné dans la liste des lieux conquis par le souverain égyptien, lesquels sont inscrits en relief sur le pylône bubastite de Karnak[4],[12].

    En , le roi assyrien Sargon II y défait les armées égyptiennes, alors alliées aux forces du souverain philistin Hanun de Gaza[13],[14],[15],[16], et le se déroule la première grande bataille, qui voit le roi d'Égypte Ptolémée IV Philopator vaincre le dernier grand roi séleucide Antiochos III lors de la Bataille de Raphia[17] : environ 140 000 soldats se confrontent, et près de 180 éléphants sont utilisés.

    Une source araméenne fait également de Rafah le lieu biblique de Chatzerim.

    Moyen Âge

    Pendant la période byzantine, Rafah est un diocèse, et une importante ville commerçante avant la période arabe. Elle vit ensuite son déclin puis son abandon jusqu'au XIIe siècle. La fondation, en 1387, de Khan Younès, sur la route de Gaza, détourne les échanges régionaux vers cette nouvelle ville. Avec les Mamelouks, elle redevint une station postale.

    Temps modernes

    Au XVIe siècle les Ottomans y enregistrèrent un village de moins de vingt contribuables. Rafah apparaît dans les registres fiscaux ottomans de 1596 comme comptant 15 foyers, tous musulmans[18]. En 1799, l'armée française d'Orient, dirigée par le général Bonaparte, traverse Rafah lors de la campagne française en Égypte[19]. Rafah est à la frontière entre les provinces d'Égypte et de Syrie. En 1832, la région est occupée par l'Égypte sous Muhammad Ali, occupation qui dure jusqu'en 1840.

    L'explorateur français Victor Guérin, qui visite Rafah en mai 1863, remarque deux piliers de granit que les habitants appelaient Bab el Medinet, ce qui signifie « la porte de la ville »[20]. En 1881, l'archiduc Louis-Salvator de Habsbourg-Toscane écrit : « Des fragments de piliers de granit gris, toujours debout, jonchent la route, les champs et le sable, et nous en avons vu un gisant à moitié enfoui dans le sol... Ces piliers sont les vestiges d'un ancien temple, Raphia, et revêtent une importance particulière aux yeux des Arabes, qui les appellent Rafah, car ils marquent la frontière entre l'Égypte et la Syrie. »[21].

    Les colonnes de Rafah, sur la route entre l'Égypte et la Syrie, en 1881.

    Époque contemporaine

    Plan de Rafah en 1931.

    En 1917, l'armée britannique s'empare de Rafah et l'utilise comme base arrière pour attaquer les Ottomans à Gaza. La présence de cette base fait partir les habitants et en 1922, la population n'est plus que de 600 personnes pour remonter à 2 500 habitants en 1948.

    Après la guerre israélo-arabe de 1948, la ville pasea sous contrôle égyptien et accueille deux camps de réfugiés arabes provenant du territoire d'Israël fraîchement créé.

    Occupation israélienne

    L’armée israélienne, lors de son occupation de quatre mois de la bande de Gaza, en 1956-1957, perpètre un massacre dans le camp de Rafah, tuant 111 personnes, selon les Nations unies, deux fois plus, selon les sources palestiniennes[2].

    En 1967, après la guerre des Six Jours, la ville passe sous occupation israélienne, au cours de laquelle de nouvelles tueries sous perpétrées contre la population[2]. La population atteignait alors 55 000 habitants, dont seulement 11 000 habitent la ville proprement dite.

    Occupation israélienne d'une maison de Rafah en 1985.

    Au mois de , 20 000 personnes sont expulsées et leurs maisons détruites afin de construire une colonie israélienne[22].

    En 1982, la paix entre Israël et l’Égypte divise Rafah entre sa partie égyptienne et sa partie palestinienne, formalisant une frontière qui était restée abstraite durant trois quarts de siècle. Plus de trois cents maisons sont alors détruites par l’armée israélienne afin d’instaurer un « corridor de Philadelphie » le long de la frontière égyptienne[2].

    En 1994, Yasser Arafat est accueilli par une marée humaine à Rafah, pour son arrivée dans la bande de Gaza permise par les accords de paix d'Oslo. Ces derniers confient à l'Autorité palestinienne la gestion des trois quarts de la bande de Gaza et d’une partie de la Cisjordanie, mais Israël continue de contrôler étroitement la frontière avec l’Égypte et des colonies, d’où de nombreux incidents[2].

    Depuis , la ville est un des hauts lieux de la seconde intifada. Elle est en effet reliée à l'Égypte par des tunnels qui servent à acheminer vers la bande de Gaza non seulement des armes, mais aussi de la nourriture, des médicaments, et tout autre objet de la vie quotidienne. Ceci explique les fréquentes incursions de l'armée israélienne dont l'efficacité et les moyens utilisés restent contestés par la communauté internationale. Le petit aéroport de Rafah, ouvert en 1998, est détruit par l’armée israélienne en 2001. C'est à Rafah que sont tués en 2003 Rachel Corrie, une Américaine de 23 ans écrasée par un bulldozer israélien, et Thomas Hurndall, un Britannique de 22 ans tué d’une balle en pleine tête, tous deux militants pacifistes[2].

    En , l'armée israélienne lance l'opération Arc-en-ciel pour tenter de mettre fin aux attaques palestiniennes, aux bombardements des villages israéliens, et particulièrement à l'utilisation des tunnels par les trafiquants d'armes à la frontière égyptienne[23],[24]. Cette opération détruira plusieurs centaines de maisons et fera des dizaines de morts parmi les populations civile et armée de Rafah[24],[25].

    Blocus israélo-égyptien de l'enclave de Gaza

    Mirador égyptien à la frontière de Rafah, 2011.

    À la suite du retrait israélien de la bande de Gaza, achevé le , le point de passage de Rafah est géré par l'Autorité palestinienne sous surveillance vidéo de l'Union européenne.

    À partir de , de nombreux accrochages opposent miliciens du Fatah et du Hamas jusqu'à la victoire de ce dernier en . Les autorités égyptiennes ferment la frontière en réponse à l'avancée du Hamas. Fin 2007, la mission européenne EUBAM-Rafah est suspendue. Elle est maintenue en suspens, prête à reprendre ses opérations de surveillance dès que la situation politique le permettra.

    Guerre de Gaza de 2008-2009

    À la suite de la chute du président Moubarak, les autorités égyptiennes annoncent que le blocus sera levé fin . Les Européens espèrent pouvoir reprendre leurs activités mais en , ils réduisent, à nouveau, le niveau de la mission[26].

    Passage de véhicules et de marchandises à l'entrée de Rafah sur la route de Gaza, 2009.

    L'attentat du à Rafah est une attaque terroriste islamiste à la voiture piégée faisant 23 morts et 30 blessés. Le groupe terroriste État islamique revendique l'attaque. Deux voitures piégées ont explosé en traversant deux points de contrôle de l'armée dans la province du Sinaï à la frontière avec la bande de Gaza faisant 23 morts et 30 blessés[27].

    Guerre de 2023-2024

    Lors de l'offensive israélienne de 2023-2024 sur la bande de Gaza de la guerre à Gaza, près de 1,5 million de Gazaouis trouvent refuge, sur ordre de l’armée israélienne, à Rafah[28]. À partir de , l’armée israélienne concentre ses attaques sur Rafah et mène des opérations militaires dans et autour de plusieurs hôpitaux, tandis que le gouvernement israélien se déclare déterminé à lancer une vaste offensive terrestre dans cette zone malgré la présence massive de réfugiés. Le responsable des territoires palestiniens au Programme alimentaire mondial de l’ONU, Matthew Hollingworth, avertit sur la situation humanitaire catastrophique : « il n’y a pas un autre endroit dans le monde où un aussi grand nombre de personnes font face à une famine imminente »[29].

    Chars israéliens à Rafah le .

    Le , après la fermeture par Israël du poste-frontière de Kerem Shalom[30], l'armée israélienne prend le contrôle du poste-frontière de Rafah de façon à verrouiller la bande de Gaza[31], Israël affirmant que le Hamas l'utilisait à des fins terroristes[32].

    Vue aérienne du camp de déplacés d'Al-Mawasi le .

    Le , l'armée israélienne bombarde le camp de réfugiés de Tel al-Sultan, déclenchant un incendie et tuant une cinquantaine de personnes dont cinq enfants, et faisant des centaines de blessés[33]. Le , au moins 37 Palestiniens sont tués dans de nouveaux bombardements sur le quartier de Tel al-Sultan[34]. Le , au moins 12 Palestiniens sont tués dans un bombardement aérien sur Rafah[35]. Le Croissant-Rouge palestinien annonce le la mort de deux de ses secouristes, tués dans « une frappe israélienne directe » contre une ambulance dans la région de Rafah[36].

    Le 27 mai 2024, en réaction à l'offensive, un utilisateur du réseau social Instagram partage une image reprenant le slogan All Eyes on Rafah. Largement partagée dans le monde entier et vue par 47 millions de personnes en 48 heures, elle devient l'un des symboles du soutien à la cause palestinienne[37].

    À la fin du mois de mai, tous les hôpitaux sont hors service à cause des bombardements. L'ONU qualifie la situation à Rafah d'« enfer sur terre »[36].

    Début juin, plus d'un million de personnes ont été déplacées de force de Rafah après plusieurs semaines d'offensive israélienne[38].

    Le 6 juin, l'armée israélienne bombarde une école de l’Unrwa, tuant 37 personnes qui y étaient réfugiées[39].

    Le 23 mars 2025, l'armée israélienne massacre à Rafah quinze secouristes, dans le quartier de Tal Al-Sultan, alors qu’ils venaient en aide aux victimes d’une frappe aérienne. Le 31, Tsahal ordonne à la population de quitter la ville, provoquant un exode[40].

    En avril 2025 l'armée israélienne déclenche une nouvelle offensive sur Rafah, affirmant le 12 avril encercler totalement la ville[41]. Selon l'agence Reuters Tsahal rase les ruines de la ville après l'avoir incorporé à sa « zone de sécurité » au sein de laquelle toute présence palestinienne est interdite[42], ce que confirme Le Monde[43],[44].

    Personnalités liées à Rafah

    Galerie

    Notes et références

    Articles connexes

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