Fanny Madignier, de son vrai nom Marie Françoise Monnin, née le dans le 4e arrondissement de Lyon et morte à une date inconnue, est une tisseuse de Lyon et anarchiste française. Elle est surtout connue pour avoir vraisemblablement commis l'attentat de l'Assommoir, la première attaque anarchiste meurtrière en France.
Née dans une famille de canuts, Madignier commence à travailler comme tisseuse avant de rejoindre le mouvement anarchiste en France avec sa sœur, Virginie. Elle devient une figure de la Fédération révolutionnaire lyonnaise au début des années 1880, participant à de nombreuses conférences et réunions avec son groupe féminin, le groupe Louise Michel-Marie Ferré.
Alors que la répression sur les anarchistes s'accentue et que la stratégie de la propagande par le fait commence à être adoptée, elle soutient vocalement les actions de la Bande noire menées à Montceau-les-Mines. En , pendant le procès des membres de la Bande noire, elle participe vraisemblablement à l'attentat de l'Assommoir à Lyon, visant un restaurant associé à la bourgeoisie lyonnaise. L'anarchiste disparaît quelques jours plus tard, probablement après être passée en Suisse.
Madignier est reconnue coupable de l'attentat et condamnée à la déportation au bagne à perpétuité par contumace deux ans plus tard; elle n'est jamais retrouvée par les autorités françaises.
Attentat de l'Assommoir et disparition
Marie Françoise Monnin naît le dans le 4e arrondissement de Lyon[1]. Fille de Julie Bouton et de Claude Monnin, un canut, elle a une première sœur, Marie Louise Eugénie Monnin, née en 1855[2], puis une autre sœur, Virginie[3], issue du remariage de sa mère, qui épousera plus tard le militant anarchiste Claude Bernard[4],[5],[6]. Sa mère, veuve en 1856[7], s'est remariée en secondes noces en 1860 à un certain Jean-Claude Madignier[8],[4],[5],[6].
Appréciation d'un témoin sur l'anarchiste (AD du Rhône - collections d'Archives Anarchistes)
Fanny Madignier (qui a pris le nom de son beau-père) suit les traces de son père et devient aussi tisseuse de Lyon, et contrairement à Virginie, ne se marie pas[4]. Elle demeure avec sa mère et son beau-père au 5 rue Lebrun, dans le quartier de la Croix-Rousse, profondément lié à l'histoire canuse. Avec Virginie, Madignier rejoint le mouvement anarchiste en France et le groupe féminin lyonnais Louise Michel-Marie Ferré, affilié à la Fédération révolutionnaire lyonnaise[4],[5],[6]. Elle commence aussi à effectuer de nombreuses quêtes dans les réunions anarchistes pour récolter des fonds destinés à des victimes sociales[4],[5],[6].
En , l'anarchiste participe à une réunion des membres du Droit social, un des premiers journaux anarchistes en France et le premier de la série lyonnaise, pour discuter des mesures à prendre suite à l'interdiction de l'organe de presse et l'incarcération de son gérant, François Déjoux[4],[5],[6]. Elle aurait déclaré pendant la réunion que les femmes révolutionnaires «jur[ent] de prêter tout [leur] concours aux vaillants citoyens qui voudront délivrer Dejoux»[4].
Attentat de l'Assommoir (avant l'explosion) dans L'Illustration
Un mois plus tard, elle est secrétaire d'une conférence tenue à Lyon par la Fédération révolutionnaire lyonnaise; la réunion porte sur la Révolution et voit plusieurs conférenciers importants s'y succéder, comme Louise Michel ou Émile Digeon, deux anciens communards devenus anarchistes[4],[5],[6]. Deux jours plus tard, le , elle participe à une réunion avec d'autres figures du mouvement anarchiste de Lyon, comme Toussaint Bordat[4],[5],[6]. Dans cette réunion, Louise Michel se voit décerner le titre de Porte drapeau de la Révolution et elle se conclut aux cris de[4],[5],[6]:
Vive la Révolution! Vive la Commune! Mort aux voleurs! À bas le commissaire! Vive Bordat! Vive Fournier! La Révolution les tuera tous!
Attentat de l'Assommoir (avant l'explosion) en une de L'Illustration
Le , deux jours après la réunion internationale de Genève, où les anarchistes auraient préconisé l'usage de la propagande par le fait[9] et le même jour que la condamnation des compagnons Claude Crestin et Auguste Bonthoux pour certains de leurs textes, elle assiste à la réunion tenue par la Fédération[4],[5],[6]. Cette réunion voit la «propagande par le fait y [être] préconisée, celle faite par la parole et par la plume n’ayant d’autre résultat que de faire condamner les compagnons qui s’y livr[ent] et on y recommand[e] l’emploi du poignard, de la dynamite et des aiguilles empoisonnées»[4].
Le , Madignier représente le groupe Marie-Ferré et les «mères et sœurs des prolétaires» dans une réunion consacrée aux troubles de Montceau-les-Mines[4]. Les drapeaux noir et rouge sont arborés pendant la réunion[4]. Elle y déclare, avant d'être applaudie par une partie du public de 600 personnes, que[4]:
L’éclair révolutionnaire qui vient d’éclater à Montceau doit nous affranchir de tous de nos exploiteurs.
Le , l'anarchiste se voit dresser plusieurs procès verbaux par un commissaire pour ses interventions lors de la réunion du jour; ils ne paraissent pas avoir eu de suite[4]. Enfin, le , elle participe à sa dernière réunion connue, cette fois-ci avec Émile Gautier[4],[5],[6].
Peine infligée à Madignier par contumace (AD du Rhône - collections d'Archives Anarchistes)
Dans la nuit du 21 au , alors que le procès de la Bande noire est en cours, un groupe de trois personnes se rend à l'Assommoir, un café restaurant attenant au théâtre Bellecour de Lyon, associé à la bourgeoisie lyonnaise[10],[11]. Le groupe, qui serait composé de deux hommes et d'une femme, selon les rapports de police[11], reste un temps dans l'édifice avant de quitter les lieux et le box où ils sont assis[10],[11]. 200 personnes sont encore dans l'édifice quand trois explosions retentissent[10]. L'attaque fait une dizaine de blessés, dont quatre graves[10]. Contrairement aux attentats de la Bande noire ou de la statue Thiers, cette attaque est meurtrière: une des victimes gravement atteintes meurt quatre jours plus tard[10].
Pendant ce temps, Madignier, qui commence à être suspectée pour l'attaque car elle correspond à la description de la principale suspecte et est citée à comparaître devant le juge d'instruction chargé de l'affaire, disparaît, probablement en passant en Suisse[4],[5],[6],[11]. Elle y aurait écrit cinq jours plus tard, début , pour recevoir de l'aide financière des compagnons lyonnais, qui lui auraient envoyé 10 francs[4],[5],[6],[11].
Il s'agit du dernier élément de sa vie connu à ce jour[4]. Deux ans plus tard, en , Madignier est condamnée par contumace à la déportation au bagne à perpétuité pour l'attentat[4].
↑Archives de Lyon Acte de décès no218 dressé le 24/5/1856, vues 37-38
↑Archives de Lyon Acte de mariage no5 dressé au 4e arrondissement le 7/1/1860, vues 3 et 4
↑«Rhône/Réunion internationale de Genève», dans Autorités françaises, Agissements anarchistes (1881-1883), Archives Anarchistes, , 12–21p. (lire en ligne)
12345Lisa Bogani et Sébastien Soulier, «Péril social et société assaillie: Quand la « Bande noire » de Montceau-les-Mines a fait trembler la justice républicaine», dans La République à l'épreuve des peurs: De la Révolution à nos jours, Presses universitaires de Rennes, coll.«Histoire», , 151–163p. (ISBN978-2-7535-5593-8, lire en ligne)
12345Autorités françaises (recension par Archives Anarchistes), Dossier judiciaire/policier concernant Fanny Madignier et l'attentat de l'Assommoir, Lyon, (lire en ligne)