Flamand de France

dialecte du flamand occidental parlé en Flandre française From Wikipedia, the free encyclopedia

Le flamand de France (autonyme : vlamsch van Frankryk), le flamand français (fransch-vlamsch) ou la langue régionale flamande (vlamsche streeketaele) est la variété du flamand occidental qui est traditionnellement utilisée en France dans le département du Nord. Ce dialecte subsiste par ailleurs dans quelques localités du Pas-de-Calais au XIXe siècle.

PaysFrance
RégionHauts-de-France, dans le département du Nord
Nombre de locuteursEntre Dunkerque et l'ouest de Lille :
60 000 (1999)[1]
177 950 (1830)[2]
Nom des locuteursflamandophones français ou flamandophones de France
Faits en bref Pays, Région ...
Flamand de France
Vlamsch van Frankryk
Pays France
Région Hauts-de-France, dans le département du Nord
Nombre de locuteurs Entre Dunkerque et l'ouest de Lille :
60 000 (1999)[1]
177 950 (1830)[2]
Nom des locuteurs flamandophones français ou flamandophones de France
Typologie accentuelle flexionnelle Langue vernaculaire
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Une des langues régionales de France
Régi par Institut de la langue régionale flamande
Codes de langue
IETF nl[3]
ISO 639-1 nl[3]
ISO 639-2 dut[3], nld[3]
ISO 639-3 nld [3]
Linguasphere 52-ACB-agd
Glottolog fran1265
Échantillon
Article premier de la Déclaration des Droits de l'Homme (en français)

Alle menschelykken weezen te wereld kommen vry en gelyk in waerdigheyd en in rechten.

Ze zyn begaefd mit verstand en geweeten en moeten elkander in een geest van broederlyke vriendschap handelen.
Carte
Image illustrative de l’article Flamand de France
Zone du flamand français (Frans-Vlaams).
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D'après l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), le nombre de ses locuteurs est de 60 000 en 1999, soit une forte baisse par rapport à 1806, date à laquelle l'enquête linguistique de Montbret en compte 156 973[N 1].

Statut et spécificités

Il est officiellement reconnu par la République française comme l'une des langues régionales de France. Bien que référencé par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) sous le nom de « flamand occidental », le flamand français se différencie du flamand oriental (Oost-Vlaams) et du flamand occidental (West-Vlaams), dont il est un dialecte, stricto sensu par certains éléments de sa grammaire, de sa prononciation (par exemple, le phonème /ʃ/ n'existe pas en néerlandais standard) et par sa graphie, restée traditionnelle et fidèle au vieux flamand de la région (par exemple, maintien de  ae , prononcé [ɒː] ou [ɔː], qui correspond au néerlandais standard  aa , lui prononcé [aː]).

Par ailleurs, l'Institut de la langue régionale flamande (ANVT) fédère des associations et des élus de l'arrondissement de Dunkerque (de Dunkerque à Armentières) et a pour objectifs généraux de sauvegarder, transmettre et promouvoir le flamand français dans la vie sociale, culturelle et économique mais aussi d'obtenir des pouvoirs publics qu'il puisse être enseigné en tant que langue régionale de France.

Appellation

En 1858, Jules de Saint-Genois indique que « de Vlamingen van Frankryk spreken plat-Vlaemsch »[4]. Ce passage est traduit en 1902 par Albert Bril : « les Flamands de France parlent plat-vlaemsch »[5], où le terme plat-vlaemsch est une variante de plat Vlaams qui veut dire « patois flamand »[6] voire « bas flamand » si on fait l'analogie avec Plattdeutsch (bas allemand).

Les appellations Fransch Vlaemsch[7] (flamand français) et Vlaemsch van Frankryke (flamand de France), permettent de marquer une différence avec le flamand de Belgique, qui peut être géographique, linguistique, historique, etc.

Le mot vlaemsch est aussi employé seul pour désigner ce dialecte de France[8],[4] ; celui-ci s'écrit également vlamsch[9] donc sans [e].

Histoire

L'ancêtre du flamand était autrefois parlé dans l'actuelle France métropolitaine sur une aire bien plus étendue qu'au XXIe siècle (voir carte ci-avant). Cela se reflète aussi dans la toponymie du Nord-Pas-de-Calais, comme une ville comme Wissant, où on reconnait facilement le « Witsant » flamand (sable blanc).

Les chambres de rhétorique attestent d'une vie intellectuelle en flamand en Flandre française. Ces sociétés créées au XVe siècle organisaient les fêtes religieuses dans les villes et villages (celle d'Eecke date de 1542). Elles organisaient des concours pour « maintenir la pureté de la langue flamande dans sa forme et sa prononciation » et promouvoir la poésie en flamand. Ces concours étaient publics[10]. Certaines chambres ont subsisté jusqu'au XIXe siècle, voire jusqu'au XXe siècle dans le cas de la chambre restaurée d'Eecke.

Natif de la Flandre française, le poète et dramaturge Michel de Swaen est un écrivain néerlandophone du XVIIe siècle. Dans ses pièces, les gens du peuple parlent en flamand alors que les nobles parlent une forme écrite fortement influencé par le brabançon et le hollandais.

Après la Révolution française, les anciennes chambres de rhétorique flamandes, dissoutes comme les corporations civiles et religieuses, se reconstituent progressivement en Flandre française. Louis de Baecker signale ainsi la reconstitution de la rhétorique d’Hondschoote le 27 nivôse an X, ainsi que l’organisation, à Bergues, d’un concours poétique auquel participent notamment les rhétoriques de Courtrai, Steenvoorde, Steene, Furnes, Moorsele, Poperinge et Hondschoote. Au début du XIXe siècle, des auteurs flamands de France prennent encore part à des concours littéraires à Dixmude et Furnes, parmi lesquels Hubben de Dunkerque, Bertein et Bels de Wormhout, Van Rechem d’Hazebrouck et Louis Lecomte de Bailleul.

XIXe siècle

La francisation scolaire constitue un élément important du recul du flamand de France au XIXe siècle. Selon Jean-Claude Dupas, l’enseignement en flamand subsiste après la Révolution, malgré une première tentative de la Convention pour imposer l’enseignement du français[11]. Le tournant intervient au XIXe siècle, lorsque le français devient progressivement la langue normale puis exclusive de l’école primaire.

Au début du XIXe siècle, dans l'arrondissement de Dunkerque et dans celui d'Hazebrouck[N 2], toutes les communes sont de langue flamande, à l'exception de trois communes de l'arrondissement de Dunkerque qui sont exclusivement de langue française, à savoir : Gravelines, Loon et Mardick[12], ainsi que dix communes de l'arrondissement d'Hazebrouck qui sont pareillement uniquement de langue française, à savoir : Blaringhem, Boeseghem, Thiennes, Haverskerque, Merville, La Gorgue, Estaires, Neuf-Berquin, Steenwerck et Nieppe[12]. Par ailleurs, à Holque et Saint-Momelin on parle aussi français mais en concurrence avec le flamand et, dans l'arrondissement de Lille, il n'y a que la commune de Wervicq-Sud qui est de langue flamande à cette époque[12].

Selon une lettre du préfet du , sur les 671 communes du département du Nord, 99 sont flamandes et 572 sont françaises[12]. Toujours en 1806, il y aurait eu 155 712 locuteurs du flamand dans le département du Nord et 1 261 dans le Pas-de-Calais[2]. En 1807, d'après une lettre d'un sous-préfet, les habitants des communes de Clairmarais, Ruminghem et des faubourgs de Saint-Omer continuent de parler leur « flamand corrompu ». Ils s'en servent avec le français qu'ils pratiquent plutôt que leur flamand  [sic][12].

En 1833, la loi sur l’instruction primaire, dite loi Guizot, rend obligatoire l’enseignement des éléments de la langue française dans l’école primaire. Plusieurs travaux consacrés à la Flandre française présentent cette date comme une étape importante dans la francisation scolaire de la région : selon Jean-Claude Dupas[11], c’est à partir de 1833 que l’État cherche véritablement à limiter la diffusion scolaire du flamand ; Hugo Ryckeboer indique également qu’à partir de cette période, le flamand est progressivement écarté de l’enseignement[13], contribuant ainsi au recul du flamand dans les arrondissements de Dunkerque et d’Hazebrouck, où celui-ci demeure pourtant largement parlé dans les milieux populaires, ouvriers et agricoles.

D'après Abel Hugo, vers 1835, la langue flamande était la langue usuelle dans les arrondissements d'Hazebrouck et de Dunkerque. Cependant, tous les habitants connaissaient et parlaient aussi le français, ce dernier point étant une conquête de la révolution. Cinquante ans auparavant, on ne trouvait pas en Flandre un fermier sur vingt qui pût s'exprimer autrement que dans son idiome maternel[14].

En 1845, dans le Pas-de-Calais, les localités de Clairmarais, Saint-Folquin, le Haut-Pont, Saint-Omer-Cappelle, Oye, Ruminghem et Vieille-Église, étaient des lieux où l’on parlait encore flamand[15].

En janvier 1853, le Conseil académique du département du Nord prit une décision spécifique concernant l'emploi du flamand dans les écoles des arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck. Les instituteurs furent autorisés à enseigner la lecture en flamand concurremment avec la lecture en français, mais seulement afin que les enfants dont le flamand était la langue maternelle puissent apprendre leur catéchisme et se préparer à la première communion[16]. En revanche, tous les autres exercices devaient avoir lieu en français, le maître devant parler français et ne pas tolérer l'usage d'une autre langue dans l'école. Cette décision, parfois présentée comme une interdiction du flamand à l'école, ne supprimait donc pas tout usage scolaire de cette langue, mais le cantonnait à une fonction religieuse et transitoire. Elle s'inscrit dans le mouvement de francisation scolaire du XIXe siècle, alors même que le flamand demeurait largement employé dans les milieux populaires, ouvriers et agricoles de la Flandre française.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la défense savante du flamand de France s’organise autour d’érudits et de sociétés locales. Louis de Backer publie notamment plusieurs travaux consacrés aux Flamands de France et à leur langue[17], tandis que le Comité flamand de France, fondé en 1853, se donne notamment pour objet l’étude de la langue et de la littérature des Flamands de France.

La Commission historique du département du Nord, en 1845, et le Comité flamand de France, d'une manière plus complète, en 1857, ont constaté la situation linguistique dans le nord de la France. Il en résulte que sur 59 communes dont se composait l'arrondissement de Dunkerque, 40 parlaient exclusivement flamand ; 2 exclusivement français ; 5 flamand et français, le flamand dominant ; 13 français et flamand, le français dominant[18].

Avant leur incorporation définitive à la France, les habitants de l'arrondissement de Dunkerque parlaient exclusivement la langue flamande. Cet état de choses ne s'était pas considérablement modifié en 1862. Une notable partie de la population connaissait la langue française en 1862 ; mais le plus grand nombre des habitants et surtout ceux qui appartenaient à la classe ouvrière et agricole, continuaient de parler flamand à cette époque[18].

Vers 1863, la langue parlée par les habitants de l'arrondissement d'Hazebrouck, et principalement par la classe ouvrière et agricole, était la langue flamande. Il résulte d'un travail statistique établi en 1857, que sur 53 communes dont se composait l'arrondissement, 31 parlaient exclusivement flamand ; 8 exclusivement français ; 11 flamand et français, le flamand dominant ; et 3 français et flamand, le français dominant[19].

Selon De Backer, la disparition des dernières générations du XIXe siècle marque cependant le recul du flamand comme langue écrite en France. La langue se maintient alors davantage dans les usages oraux, populaires et festifs. Il cite notamment Tisje-Tasje de Noordpeene, figure de cabaret et de culture populaire flamande devenu l’un des géants emblématiques d’Hazebrouck[20], ainsi que Verlyck d’Hazebrouck, qui aurait animé pendant plus d’un demi-siècle les foires et kermesses de la région par ses plaisanteries, ses chansons et ses dialogues comiques avec une poupée nommée Kô Poulle devenue légendaire[21].

XXe siècle

Un recensement de 1911 révèle que 75 % des maraîchers de Saint-Omer parlent le flamand occidental[22].

Mur de briques portant l'inscription "Défense de parler flamand".

Au tournant des XIXe et XXe siècles, le recul du flamand de France s’inscrit dans un contexte plus large de francisation scolaire et administrative. Dans les écoles, l’usage du flamand est progressivement assimilé à un parler populaire, rural ou archaïque, opposé au français présenté comme langue de l’instruction, de la promotion sociale et de l’unité nationale. Des témoignages rapportent l’existence de punitions infligées aux élèves surpris à parler flamand, notamment l’usage du symbole ou signum : l’enfant pris en faute recevait un objet qu’il pouvait transmettre à un camarade en le dénonçant à son tour ; celui qui conservait l’objet à la fin de la journée était puni. D’autres récits évoquent des humiliations, comme le rinçage de la bouche à l’eau froide, destiné à faire disparaître les « mauvais » mots flamands. Les inscriptions « Défense de parler flamand » ou « Il est interdit de parler flamand et d’uriner sur les murs » sont régulièrement citées comme traces de cette stigmatisation scolaire et sociale[23],[24].

Cette pression linguistique se combine, dans la Flandre française, avec le conflit entre l’école républicaine et les milieux catholiques. Après la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, la défense du flamand peut devenir, dans certains milieux cléricaux ou catholiques, une manière de résister à la laïcisation républicaine. La langue locale conserve en effet une fonction religieuse et communautaire : elle reste utilisée dans les familles, dans certains usages paroissiaux, dans les relations de proximité et dans les campagnes. À l’inverse, pour une partie des autorités républicaines, le flamand apparaît comme l’un des signes d’un monde rural, catholique et périphérique qu’il faut intégrer plus fermement à la nation française par l’école, l’administration et le service militaire[24].

La crise des Inventaires de 1906 donne à cette opposition une dimension nationale. Le 6 mars 1906, à Boeschèpe, une opération d’inventaire des biens de l’Église donne lieu à des affrontements ; Géry Ghysel, boucher du village, est tué[25]. Cet épisode constitue l’un des deux morts recensés au niveau national lors de la querelle des Inventaires et provoque une vive émotion politique, contribuant à la chute du gouvernement Rouvier. Dans les Flandres, cette crise renforce l’association entre catholicisme rural, résistance à l’État central et attachement aux usages locaux, dont la langue flamande fait partie. Elle ne provoque pas à elle seule le recul du flamand, mais elle durcit le climat idéologique dans lequel celui-ci est perçu[26].

À cette tension religieuse s’ajoute, dans les années précédant la Première Guerre mondiale, une hostilité croissante envers tout ce qui peut être associé au monde germanique. Après la perte de l’Alsace-Lorraine en 1871, puis dans le contexte de la rivalité franco-allemande, le flamand occidental de France se trouve dans une position ambiguë : langue traditionnelle d’une population française, il appartient néanmoins au continuum des langues germaniques. Cette situation favorise sa marginalisation symbolique. Dans certains discours, parler flamand peut être perçu non seulement comme un signe d’arriération sociale, mais aussi comme une survivance étrangère ou suspecte dans une République qui valorise de plus en plus l’unité linguistique. Cette double stigmatisation scolaire et nationale contribue à expliquer que de nombreux parents, surtout après la Première puis la Seconde Guerre mondiale, choisissent de transmettre le français à leurs enfants plutôt que le flamand[27].

Dans les années 1970, le flamand de France bénéficie aussi du mouvement de renouveau folk et de l’intérêt croissant pour les cultures régionales. La chanson et la danse traditionnelles deviennent alors des supports de valorisation du patrimoine linguistique flamand. Christian-Pierre Ghillebaert cite notamment, parmi les premiers groupes folk issus de ce revival, Joël et Klerktje[28] et Haeghedoorn, puis, pour une période plus récente, Het Reuzekoor et Edmonde Vanhille[29]. Le groupe Haeghedoorn, actif dans le répertoire de Flandre française, fait l’objet en 1980 d’un reportage télévisé produit par France Régions 3 Lille, conservé par l’INA[30], où il est présenté comme un groupe perpétuant la tradition flamande dans les fêtes populaires et les cafés de Flandre intérieure. Ses enregistrements, repris dans une compilation, couvrent des morceaux enregistrés entre 1975 et 1993 ; plusieurs titres traditionnels y sont indiqués comme issus du collectage d’Edmond de Coussemaker, avec des arrangements du groupe[31]. Dans le même mouvement, Marieke en Bart défendent également un répertoire chanté en flamand du Westhoek, notamment à partir des chants populaires recueillis au XIXe siècle par Edmond de Coussemaker[32].

Le Potjevleesch signifie « petit pot de viandes » (pot signifie « pot », -je est un suffixe diminutif et vleesch signifie « viande » en flamand occidental).

En 1972, Alex Vanneste réalise une nouvelle étude de la situation linguistique dans l'arrondissement dunkerquois[33], il en résulte que la langue française a gagné du terrain par rapport à 1874[34] puisque toutes les communes anciennement bilingues avec une majorité francophone sont désormais unilingues français.

En 1978, radio Uylenspiegel est créée à Cassel[35], d'abord comme radio pirate puis sur la FM en 1982, avec pour vocation de promouvoir la langue et la culture flamandes. En 2002, 10 % de ses émissions sont diffusées en flamand[36]. De plus, trois revues régionales, à savoir Platch'iou (1981-2000)[37], Revue de l'Houtland (1979-2001)[38] et Yser houck (depuis 1989)[39], consacrent régulièrement des articles à divers aspects du flamand en France et comprennent des textes en flamand régional ou en néerlandais.

D'après l'enquête de l'INSEE menée conjointement avec le recensement de 1999, la langue flamande, qui concerne plus ou moins 60 000 locuteurs de plus de 18 ans, est surtout déclarée par les générations les plus anciennes. La proportion de locuteurs est divisée par 13,3 pour le flamand, entre les gens âgés de plus de 60 ans et les moins de 25 ans[40]. Le taux de conservation de la langue flamande, défini comme la proportion des adultes ayant entendu leurs parents parler le flamand et qui eux aussi l'utilisent, fût-ce occasionnellement, est de l'ordre du tiers (33 %), cette proportion atteint 42 % chez les agriculteurs. Le chiffre de 33 % comme taux de conservation implique celui de 11 % seulement de conservation après deux générations, c’est-à-dire en plus ou moins 60 ans. Parmi les flamandophones, une grosse moitié appartiennent aux catégories des ouvriers et des employés, et 11 % sont agriculteurs[40].

XXIe siècle

Au début du XXIe siècle, le flamand français n'est plus guère parlé que dans l'arrondissement de Dunkerque, jusqu'à Armentières, à l'ouest de Lille (la « capitale des Flandres » qui n'a jamais été flamandophone). Dans les années 1980 et 1990, grâce à l'action de l'association Tegaere Toegaen, le flamand français est enseigné dans plusieurs collèges, comme LV3 « langue et culture régionale flamande » ou en club, ainsi que dans quelques écoles primaires. Dans les années 1990, une « option flamand » est proposée à l'École normale. Depuis le milieu des années 2000, à la demande de l'Institut de la langue régionale flamande, le flamand est de nouveau enseigné en primaire dans quelques établissements dans le cadre d'une expérimentation.

La situation institutionnelle connaît une évolution récente avec l’inscription du flamand occidental parmi les langues régionales pouvant être enseignées dans le cadre de l’Éducation nationale. La circulaire du 16 décembre 2021 sur l’enseignement des langues vivantes régionales mentionne explicitement le flamand occidental parmi les langues concernées, aux côtés notamment du picard, du basque, du breton, du catalan, du corse ou de l’occitan.

De nouvelles perspectives pour le « sauvetage » du flamand de France s'ouvrent avec l'Office public du flamand-occidental dont la création a été votée le par la commission permanente du Conseil régional des Hauts-de-France[41]. Cet office est le cinquième du genre en France après celui de la langue basque[42] (GIP créé en 2004), celui de la langue bretonne (EPCC créé en 2010), celui de la langue occitane[43] (EPCC créé en 2015) et celui de la langue catalane (GIP créé en 2016).

La sauvegarde du flamand de France passe aussi par des collectes audiovisuelles de locuteurs natifs. Mark Ingelaere documente depuis plusieurs années avec sa chaîne Youtube nommée Streektaal[44] le flamand de France en enregistrant des conversations avec des locuteurs encore capables de parler le vlaemsch ; selon Les Plats Pays, il avait déjà filmé plus de 460 locuteurs en 2024[45]. Ce travail constitue une forme de collecte patrimoniale au moment où la transmission familiale de la langue est très affaiblie.

En Flandre française, la référence flamande connaît aujourd’hui une visibilité symbolique et commerciale renouvelée (enseignes, noms de cafés, produits régionaux, panneaux bilingues, drapeaux ou événements culturels)[46] alors même que la pratique active du flamand occidental continue de reculer fortement. La langue subsiste surtout chez des personnes âgées, souvent en milieu rural, tandis que les générations plus jeunes n’en conservent fréquemment qu’une connaissance passive, quelques mots, expressions ou marqueurs affectifs d’identité locale[47].

Des initiatives récentes, comme l’application gratuite Lingue Vive, développée avec l’appui de l’Institut de la langue régionale flamande[48], visent à familiariser les enfants avec le vocabulaire du flamand occidental, dans une démarche de transmission et de sauvegarde davantage que de retour à un usage social généralisé[47].

Notes et références

Voir aussi

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