Forêt de Soignes
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| Forêt de Soignes | ||
Hêtraie cathédrale | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Coordonnées | 50° 46′ 56″ nord, 4° 27′ 09″ est[1] | |
| Pays | ||
| Régions | ||
| Géographie | ||
| Superficie | 4 383 ha | |
| Altitude · Maximale · Minimale |
132 m 65 m |
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| Compléments | ||
| Protection | Zone de protection, Réserve forestière, Réseau Natura 2000, UNESCO | |
| Administration | Bruxelles Environnement – IBGE Agentschap voor Natuur en Bos (ANB) Direction nature et forêt (DNF) Donation royale |
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| Essences | Hêtre européen | |
| Géolocalisation sur la carte : Belgique
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Forêt de Stužica (Slovaquie) | |
| Coordonnées | 50° 46′ 14″ nord, 4° 26′ 48″ est |
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| Pays | |
| Numéro d’identification |
1133 |
| Année d’inscription | (31e session) |
| Année d’extension | (35e session) (41e session) |
| Extension | Forêts anciennes de hêtres d'Allemagne Forêts primaires de hêtres des Carpates et forêts anciennes de hêtres d'Allemagne |
| Type | naturel |
| Critères | (ix) |
| Superficie | 58 353,04 ha |
| Zone tampon | 191 413,09 ha |
| Région | Europe et Amérique du Nord ** |
| * Descriptif officiel UNESCO ** Classification UNESCO |
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La forêt de Soignes (/swaɲ/ ; en latin : Sonia silva ; en néerlandais : Zoniënwoud ; en allemand : Sonienwald) est une forêt périurbaine d’environ 5 000 ha (aujourd’hui fragmentée par le réseau routier et ferré), située au sud-est de Bruxelles, dans la partie centrale de la Belgique et dont un cinquième de la superficie, située sur le territoire de Bruxelles-Capitale, est connexe avec le bois de la Cambre, promenade forestière et champêtre qui pénètre dans la ville jusqu’à 4 kilomètres du centre-ville. En pénétrant sous les arbres du bois de la Cambre, puis de la forêt de Soignes, le promeneur, s’il se dirige vers le sud, débouche, 14 kilomètres plus loin, à Waterloo. Depuis 2017, 270 ha sont classés patrimoine mondial de l’UNESCO.
La principale caractéristique de la forêt de Soignes est d’être composée à près de 80 % de hêtres issus de plantations ou de régénération naturelle, dont les hautes futaies ont fait surnommer une partie du massif « la hêtraie cathédrale ».
La surface actuelle de la forêt de Soignes proprement dite est de 4 383 hectares, que l’on peut étendre à environ 5 000 hectares si l’on y inclut d’autres étendues boisées publiques contiguës qui en faisaient partie dans le passé, comme le bois bruxellois de La Cambre. C’est une des plus grandes forêts périurbaines d’Europe, mais elle n’est que le vestige de la vaste forêt qui a autrefois couvert une bonne partie du Brabant et du Nord de la France.
Parmi les éléments du massif, le bois de la Cambre (en néerlandais : Ter Kamerenbos) s’enfonce au cœur de la ville, le bois des Capucins contient l’arboretum de Tervuren, le parc Tournay-Solvay, le domaine Solvay de La Hulpe, le bois de Tervuren et le domaine du Rouge-Cloître (Rood-Klooster, en néerlandais) complètent cet ensemble.
Après la dernière période glaciaire (−10 000 ans), la végétation évolue lentement avec la stabilisation du climat du type toundra vers le type forestier.



Des traces archéologiques d’établissements humains, haches de pierre, pointes de flèches, grattoirs, percuteurs, ainsi que des vases sphériques à col évasé (conservés aux Musées royaux d'art et d'histoire) datant de 3 000 à 2 200 ans av. J.-C. ont été découverts entre le vallon des Enfants Noyés[2] et le vallon du Vuylbeek[3]. À cette époque, la forêt s’étendait sur la plus grande partie de l’Europe occidentale. Des tumuli (buttes de terre élevées au-dessus d’une tombe) sans doute construits durant le Ier millénaire av. J.-C. sont visibles.
Au début de notre ère, la forêt de Mormal ne portait pas ce nom, mais était noyée dans l’immense forêt hercynienne ou Hercynie que Pomponius Mela, premier géographe romain que l’histoire ait retenu, décrit[4] comme la forêt « la plus considérable » de Gaule, et « aussi la plus connue ». Il dit qu’elle « couvre un terrain de soixante jours de marche ». Jules César et d’autres auteurs de l’Antiquité citent aussi cette forêt comme la plus grande de Gaule.
Au début de l’ère chrétienne, la forêt est encore immense, mais commence à être significativement exploitée (bois, fruits et gibier). Son nom de forêt Charbonnière (Carbonaria silva) employé au haut Moyen Âge laisse penser qu’on y fabriquait aussi le charbon de bois nécessaire aux forges. La forêt de Mormal, mentionnée[5] aux XIIe et XIIIe siècles s’étendait encore loin vers le sud, le long de la Sambre (ce que ne pense pas Ch. Duvivier) ; Guichardin pensait qu’elle se prolongeait encore jusqu’au Quesnoy. De Dynter fait traverser cette forêt par Clodion le Chevelu[6], mais il la confond avec la Charbonnière telle qu’elle existait au Ve siècle.
Vers l’an mil, la forêt de Soignes (dont l’étymologie serait liée au nom celtique Senne, senna ou sunnia, eau calme[réf. nécessaire])[7], devient propriété de chasse des comtes de Louvain, qui deviendront ducs de Brabant, et de leurs héritiers[8]. Grâce à cela, comme quelques autres forêts royales, elle a en partie échappé au défrichement. Plusieurs abbayes ou communautés monastiques, reçoivent l’autorisation de s’y installer. Au XVe siècle, De Dynter réduit la forêt Charbonnière à la forêt de Mormal[9]
Sous l’empereur Charles Quint, elle couvre encore 20 000 hectares. Elle reste un terrain de chasse, mais une exploitation du bois plus systématique y est pratiquée, en coupe à blanc, parcelle après parcelle, et on laisse ensuite la forêt se régénérer. Durant les périodes troublées du XVIe et du XVIIe siècle, la forêt est surexploitée et ne se renouvelle plus naturellement ; sa surface se réduit.
La période autrichienne (1714-1795) y connait un reboisement systématique par plantation de hêtres, ce qui change profondément l’aspect de la forêt jusque-là composée d’un mélange de diverses essences de feuillus. Les futaies les plus anciennes datent de cette période. De la période française (1795-1814) datent le code forestier et les plantations de chênes. En 1822, à l’époque du royaume uni des Pays-Bas, puis de 1831 à 1836 durant les premières années de l’État belge, alors qu’elle appartient à la Société générale de Belgique, une grande partie de la forêt divisée en « triages » est mise en vente publique. La forêt perd les trois cinquièmes de sa superficie passant de 11 500 à 4 694 hectares. L’essentiel des terrains vendus est défriché par les nouveaux propriétaires privés. Une partie constitue aujourd’hui le domaine d’Argenteuil, le domaine Solvay ou encore le domaine de l’arboretum de Tervuren. La forêt restante est rachetée par traité le 5 novembre 1842 par l’État belge. Le plan est dressé par le géomètre forestier Jean-Baptiste De Roy le 24 janvier 1843. Cette surface de 4 386 hectares[10] sera encore amputée par la création de routes, d’un chemin de fer et de deux hippodromes.
En 2017, elle est en partie classée patrimoine mondial de l’UNESCO[11] et ce en raison de ces anciennes hêtraies[12].
Monuments et édifices
- Les trois Fontaines (Drie fonteinen en néerlandais) (Auderghem). À cet endroit, à l’époque peu sûr, le duc Jean III de Brabant fit construire en 1323 un refuge fortifié entouré de douves et flanqué d’un donjon et d’une chapelle. Au début du XVe siècle, après l’ajout d’un nouveau bâtiment, le petit fort devint la résidence du gruyer, l’officier chargé de veiller sur le terrain de chasse des ducs. Les braconniers y étaient enfermés et une petite garnison y avait ses quartiers. En 1584, un incendie détruisit le donjon qui fut reconstruit. Le bâtiment actuel date de cette époque. Le donjon et les autres bâtiments ont été détruits au début du XIXe siècle.
- Mémorial aux forestiers (Boswachtersmonument en néerlandais) (Uccle). Ce monument, composé d’un dolmen entouré d’un cercle de onze pierres dressées, a été érigé en 1920 en souvenir de onze gardes forestiers tués lors de la Première Guerre mondiale.
- Onze-Lieve-Vrouw van Welriekende (Notre-Dame de Bonne Odeur, en français) (Hoeilaart). En 1485, le chanoine de l’abbaye de Groenendael, fit construire une chapelle dédiée à Notre-Dame de Bonne Odeur, alors invoquée pour combattre les fièvres. Après avoir traversé siècles et guerres et échappé aux iconoclastes, elle fut détruite en 1864 pour se trouver malencontreusement sur le trajet prévu de la route de Mont Saint-Jean. Reconstruite cent mètres plus loin, elle est toujours un lieu de pèlerinage.
- L’Arboretum de Tervuren, que l’on peut considérer comme un monument vivant puisqu’il est composé de nombreuses espèces d’arbres importés, au dix-neuvième siècle, de divers pays pour être acclimatés en Belgique.
- Mémorial aux victimes des attentats du à la station de métro Maelbeek et à Brussels Airport. 32 arbres ont été plantés à leur mémoire. Le concepteur du mémorial est le paysagiste Bas Smets[13].
- Le seul édifice subsistant du château de Trois-Fontaines.
- Mémorial aux onze gardes forestiers.
Les trois prieurés de la forêt de Soignes
Les trois prieurés existants dans la forêt de Soignes au début du XVe siècle, Groenendael[15], Rouge-Cloître[16] et Sept Fontaines[17] avaient adopté la règle des chanoines de Saint Victor[18] préconisée par Ruysbroeck, ce qui ne pouvait manquer de les rapprocher. C’est ainsi que fut constituée en 1402 une congrégation dont Groenendael prit la tête.
Gestion et économie



Lors de la régionalisation de 1984, la superficie de la forêt et sa gestion ont été réparties entre les trois régions du pays : 56 % sont gérés par la Région flamande, 38 % par la Région de Bruxelles-Capitale et 6 % par la Région wallonne, les 347 hectares du bois des Capucins étant gérés par la Donation royale. Cette situation n’a pas été sans poser de nombreux problèmes quant à la cohérence des politiques des réglementations et de la signalisation[19].
La localisation de la forêt en bordure d’une grande ville en fait un endroit très fréquenté par les promeneurs à pied, à cheval ou à bicyclette, et une aire de jeux pour les mouvements de jeunesse. Pour faciliter la coexistence entre les différents usagers de la forêt, Bruxelles Environnement a créé une plateforme indépendante. La Plateforme de la forêt de Soignes[20] est un espace d’échange entre les acteurs de la forêt et un relais entre les usagers et Bruxelles Environnement.
Cette forêt est considérée comme le « poumon vert » de Bruxelles. Les 1 657 ha gérés par Bruxelles Environnement – IBGE, représentent plus de 10 % de la surface totale de la Région bruxelloise et 60 % des espaces verts bruxellois ouverts au public. L’exploitation des ressources de la forêt reste cependant une activité importante. La tâche des gestionnaires est d’assurer les fonctions récréatives, tout en préservant l’équilibre écologique fragile de ce milieu sensible. Les ventes de bois annuelles sont gérées afin d’assurer la régénérescence des espèces et leurs produits est utilisé pour acquérir de nouveaux espaces verts publics dans la région.
Pour ces raisons, la chasse en forêt de Soignes a été suspendue en 1974 et interdite quelques années plus tard. La cueillette des plantes et champignons est également prohibée dans les parties flamande et bruxelloise. Certaines parties sont fermées au public pour permettre leur régénération. Le balisage réserve certains chemins et sentiers à l’une ou l’autre catégorie de promeneurs, piétons, cavaliers ou cyclistes, et dans certaines zones on ne peut s’écarter des sentiers.
Sylviculture
La hêtraie héritée du mode de gestion initié au XVIIe siècle et poursuivi ensuite, est le résultat d’une vision de la forêt centrée exclusivement sur sa rentabilité. Cette monoculture de près de 80 % de hêtres et 10 % de chênes également présents, était destinée à fournir un bois de haute qualité. Les peuplements sont constamment éclaircis pour favoriser les arbres les plus intéressants commercialement. L’élagage naturel et la recherche de la lumière produisent des fûts hauts et droits. La hauteur maximale des hêtres et des chênes est atteinte au bout de 80 ans après quoi, le diamètre du tronc continue à augmenter. Les hêtres sont généralement abattus après avoir atteint les 200 ans, bien qu’ils puissent vivre plus vieux, la qualité du bois diminue ensuite et l’âge les rend plus vulnérables aux maladies et insectes xylophages (scolyte du hêtre). Ce type de culture qui produit sur chaque parcelle des futaies de même âge et essence, oblige à effectuer des « coupes à blanc » qui laissent le terrain à nu, les groupes de hêtres de haute taille ne permettant pas aux jeunes pousses d’apparaître.
Aujourd’hui, les fonctions sociales et écologiques de la forêt ont pris de l’importance. La futaie irrégulière est privilégiée, elle consiste en un mélange d’arbres d’essences et de classes d’âge différentes, ce qui limite les changements radicaux du milieu au moment des abattages et a de multiples avantages du point de vue de la biodiversité. Ce type forestier, plus lumineux et varié, offre des niches écologiques à un plus grand nombre d’espèces animales et végétales et enrichit le sol par un humus de meilleure qualité. Il a aussi l’avantage d’opposer une plus grande résistance aux maladies et aux intempéries.
Des peuplements de résineux sont présents sur certaines parcelles aux sols sablonneux, pauvres en limon et minéraux qui ne conviennent pas aux feuillus.
Projets immobiliers
La lisière de la forêt de Soignes est l'objet de permanentes procédures juridiques engagées par les Amis de la forêt de Soignes contre des projets immobiliers menaçant ce patrimoine naturel[21].
Topographie et géologie
L’altitude de la forêt de Soignes varie de 65 mètres à 132 mètres. La couverture forestière permanente du terrain depuis la dernière glaciation a préservé les reliefs et les différentes couches géologiques superficielles de la région détruites ailleurs par l’agriculture et les autres activités humaines.
Sur un socle rocheux qui date de l’ère Primaire se sont déposées au cours du Tertiaire (de −55 à –2 millions d’années) différentes couches sablonneuses aux propriétés et compositions diverses en fonction des périodes où les mers recouvraient la région. La couche de l’Yprésien, riche en argile et donc imperméable, a permis la constitution de nappes phréatiques dans les couches de sables moins profondes, permettant aujourd’hui la captation d’eau potable en forêt. D’autres couches contiennent par endroits du grès calcaire, qui a été utilisé par exemple pour la construction de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. Toutes ces couches sont riches en fossiles de plantes et d’animaux marins des climats tropicaux.
C’est au Quaternaire, durant la période des grandes glaciations, que s’est formé le relief actuel du terrain. À chaque période de dégel superficiel, l’eau ne pouvant pas pénétrer dans le sol gelé en permanence a, par son ruissellement, provoqué une profonde érosion, donnant au terrain ce relief fortement raviné qu’on lui connaît aujourd’hui. Par endroits, en creusant jusqu’à la nappe aquifère, elle a permis l’apparition de sources et de zones humides. C’est à la fin de cette époque que se sont formées les couches limoneuses, par endroits de plusieurs mètres d’épaisseur, constituées de particules fines apportées par le vent. Sous la couche superficielle, mélange de limon et d’humus, de trente à cinquante centimètres d’épaisseur, se trouve une couche très compacte appelée fragipan, typique des climats polaires, qui ne subsiste que là où le sol n’a pas été labouré. Cette couche empêche les hêtres de s’ancrer profondément dans le sol et rend ces géants très instables. À chaque tempête, des dizaines d’arbres tombent comme des dominos (chablis) en révélant leur système racinaire très superficiel.
Les caractéristiques géologiques de la forêt de Soignes expliquent sa grande vulnérabilité aux dégâts causés par les eaux de ruissellement des routes et par la fréquentation excessive de promeneurs et cyclistes dont le passage compacte ou érode les sols.



