Fouine

espèce de mammifères du genre Martes From Wikipedia, the free encyclopedia

Martes foina

Faits en bref Règne, Embranchement ...
Martes foina
Description de cette image, également commentée ci-après
Fouine photographiée au Heimat-Tierpark Olderdissen en Allemagne.
0.77400–0.01170 Ma
10 collections
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Super-ordre Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Mustelidae
Sous-famille Guloninae
Genre Martes

Espèce

Martes foina
(von Schreber, 1776)

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Répartition géographique

Description de l'image Beech Marten area.png.

Synonymes

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La Fouine (Martes foina) est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Mustélidés. Elle est largement répartie d’un bout à l’autre du continent eurasiatique, et a même été introduite par l’Homme en Amérique du Nord. Du même genre que la martre des pins (genre Martes), la fouine se caractérise par ses dimensions plus graciles, son poitrail blanc caractéristique, ainsi que par son mode de vie plus terrestre et ses habitudes plus généralistes, faisant d’elle une espèce très commune, se retrouvant dans un grand nombre d’habitats, vivant aussi bien dans des milieux ouverts que plus boisés[2], mais surtout à proximité des habitations humaines, comme des fermes et les maisons de campagne.

Cette proximité particulière avec l’Homme a donné à la fouine, une saillance culturelle remarquable, presque aussi importante que celle du Loup ou du Renard et fait l’objet d’une forte récurrence dans la langue française, avec un grand nombre d’appellations régionales, de proverbes et de métaphores.

Dénominations

Étymologie et dénominations régionales

Le nom latin de l'espèce, Martes foina, signifie littéralement « martre des hêtres ». Ce terme est à rapprocher du mot faîne, issu du latin fagina (ou de la racine reconstruite *faginus), qui désigne le fruit du hêtre (Fagus), l'animal étant traditionnellement associé à la fréquentation de ces massifs forestiers[11]. Bien que cette terminologie scientifique soit descriptive, le nom vernaculaire de « fouine » est très ancien. Sa première mention écrite remonterait à la fin du XIIIe siècle[12] et il apparaît officiellement dès la première édition du Dictionnaire de l'Académie française en 1694[13].

L’analyse des patois locaux révèle une immense variété de dénominations directement basées sur cette racine latine liée au hêtre, avec des variantes phonétiques telles que fagina en catalan des Pyrénées-Orientales, faguino ou fahino en provençal moderne, faina en ancien provençal, ou encore faïno dans le Tarn et la Corrèze[11]. Les dialectes de la langue d'oïl et du domaine francoprovençal partagent également cette étymologie avec des formes comme payne en ancien français, faïenne à Namur, fawinne ou fawènne en wallon et dans le pays messin, fowène en wallon de la nappe de Selys Longchamps, pouainna en Suisse romande, et foine ou foigne en picard[11].

D'autres formes plus contractées ou modifiées subsistent historiquement, à l'instar de foin ou fouin rencontrés dans le Jura, l'ogrien, l'Aube, le Berry, la Bresse chalonnaise ou le Morbihan, tandis que la forme fine est signalée à Saint-Amé[11]. Dans certaines régions du Centre et de l'Ouest de la France, comme la Charente, la Vendée ou la Saintonge, on emploie traditionnellement les variantes masculines fouin, chafouin ou chat fouin pour la désigner[11],[14].

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Histoire et taxonomie

Illustration de la Marte fouine dans Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, 1910.

Systématique

L'espèce Martes foina aurait été décrite par le naturaliste allemand Johann Christian Erxleben en 1777, sous le nom initial de Mustela fouina[15]. Mais il semblerait que cela soit en fait le naturaliste Johann Christian Daniel von Schreber qui l’ai mentionnée un an auparavant, plaçant la localité type en l'Allemagne[16]. L’espèce fut rapidement reclassée par Philippe Pinel en 1792 dans le genre Martes, dont elle est l'espèce type : Martes domestica[17].

Plusieurs sous-espèces ont été répertoriées Mammal Species of the World (version 3, 2005) (9 juin 2013)[18] :

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Cependant, les études récentes ne font plus état d’une seule sous-espèce, rendant le taxon monotypique selon ITIS (29 juin 2026)[25].

Évolution et phylogénie

La martre des pins et la fouine étant deux animaux très semblables, il est fortement suggéré que les deux espèces aient un ancêtre commun du nom de Martes vetus. Les plus anciens fossiles de cette espèce ont été découverts dans des dépôts datés de la glaciation de Würm au Liban et en Israël. La fouine serait probablement originaire du Proche-Orient ou du sud-ouest de l’Asie, et aurait pu arriver en Europe à la fin du Pléistocène ou au début de l’Holocène. Elle se distingue de la plupart des autres mustélidés européens du Quaternaire, puisque toutes les autres espèces, à l’exception du vison d’Europe, sont apparues durant le Pléistocène moyen. Les comparaisons entre les spécimens fossiles et leurs descendants indiquent que l’espèce a subi une diminution de taille à partir de la glaciation de Würm[26]. Les fouines indigènes des îles Égéennes représentent une population ancestrale présentant des affinités primitives avec le continent asiatique[27].

Le crâne de la fouine laisse supposer une adaptation plus poussée que celle de la martre des pins vers l’hypercarnivorie, comme l’indiquent sa tête plus petite, son museau plus court, un rétrécissement postorbitaire plus marqué et des dents jugales réduites. Des pressions sélectives ont probablement favorisé l’augmentation de la force de morsure de la fouine au détriment des capacités d’ouverture de la mâchoire. Ces caractéristiques ont sans doute agi chez les mâles comme un mécanisme permettant d’éviter à la fois la compétition intraspécifique avec les femelles et la compétition interspécifique avec la martre des pins, très comparable sur le plan écologique[28].

Phylogénie

Le cladogramme suivant présente les relations de parenté au sein du genre Martes. Il montre que la fouine est en réalité, très différente de la marte des pins. La fouine est située dans un isolat intermédiaire entre le sous-genre Charronia, composé des espèces « jaunes » d’Asie du Sud-Est et les espèces du groupe Holarctique comprenant la marte des pins, la marte d’Amérique et la Marte à pieds noirs [29],[30],[31] :

Genre Martes
Sous-genre Charronia

Martes flavigula (Marte à gorge jaune)



Martes gwatkinsii (Marte de Nilgiri)



Sous-genre Martes

Martes foina (Fouine)



Clade Holarctique
Groupe d'Amérique

Martes caurina (Marte caurine)



Martes americana (Marte d’Amérique)




Groupe d'Eurasie

Martes martes (Marte des pins)



Martes zibellina (Zibelline)




Martes melampus (Marte à pieds noirs)






Description

La fouine possède la morphologie typique des Mustélidés, caractérisée par un corps svelte soutenu par des membres relativement courts, ainsi qu'une queue longue et touffue. Son pelage, généralement de couleur marron, noire ou gris-brun, présente une texture rêche avec des jarres souples et un sous-poil blanchâtre, contrairement au sous-poil grisâtre de la martre des pins[32]. Le pelage d'été de la fouine est court, clairsemé et rude, laissant la queue moins fournie, tandis que le dos reste globalement plus sombre[32]. Le critère le plus direct pour différencier visuellement la fouine de la Martre des pins (Martes martes) réside dans l'observation de la tache gulaire, ou bavette, située sous la gorge et le poitrail. Chez la fouine, cette marque est d'un blanc pur, bien qu'elle puisse être totalement absente chez certaines populations d'Asie. Elle est de grande taille, généralement tachetée ou fourchue, et présente deux projections qui s'étendent vers l'arrière jusqu'à la base des membres antérieurs et remontent sur le haut des pattes[32]. Par ailleurs, la coloration sombre du ventre s'avance entre les pattes avant sous la forme d'une ligne pénétrant le blanc de la poitrine et parfois du cou, alors que chez la martre des pins, à l'inverse, c'est la tache claire qui fait saillie vers l'arrière dans la couleur du ventre[32].

Bien qu'superficiellement semblable à la martre des pins au point qu'une confusion soit possible lors d'une observation rapide, la fouine s'en distingue par plusieurs caractères précis. Sa tête est plus allongée et anguleuse, dotée d'oreilles plus courtes, plus arrondies et plus largement espacées, tandis que sa truffe affiche une teinte claire, rose-pêche ou grise, contrairement au noir ou gris-noir de la martre[33]. De plus, le dessous de ses pattes est dépourvu de poils, rendant ses coussinets bien visibles même en hiver, ce qui permet de l'identifier facilement à la lecture des empreintes laissées sur un sol meuble ou dans la neige[33]. Sur le plan ostéologique, le crâne de la fouine, d'un profil plus convexe, se différencie de celui de la martre par une région faciale plus courte, des carnassières plus grandes et des molaires plus petites[34]. L'os pénien des mâles est également plus grand, à tel point que le baculum d'une jeune fouine dépasse souvent en taille celui d'une martre des pins âgée.

L'espèce présente un dimorphisme sexuel modéré, les mâles étant plus grands et plus lourds que les femelles. Les mâles mesurent entre 43 et 59 centimètres en longueur tête-corps, pour une moyenne de 46 cm selon certaines populations, contre 38 à 54 cm, avec une moyenne de 43 cm pour les femelles[35],[36]. La queue, proportionnellement un peu plus longue que celle de la martre, mesure de 25 à 32 centimètres chez les mâles et de 23 à 27,5 cm chez les femelles[35]. La masse corporelle globale de l'animal fluctue généralement entre 1,1 et 2,3 kilogrammes. Les mâles pèsent en moyenne 1,7 à 1,8 kg en hiver, atteignant 2 à 2,1 kg en été, alors que les femelles pèsent en moyenne 1,1 à 1,3 kilogramme en hiver et de 1,4 à 1,5 kilogramme en été[35],[36]. En raison de ses membres courts, la fouine adopte un mode de locomotion rampant qui rappelle celui du putois, alors que la martre des pins se déplace par bonds[32]. Bien qu'elle soit capable de grimper avec agilité et qu'elle inspecte aisément les espaces étroits, elle utilise beaucoup moins les arbres que sa parente et passe la majeure partie de son temps au sol. Sa morphologie plantaire implique une charge au sol par centimètre carré deux fois supérieure à celle de la martre des pins (30,9 g contre 15,2 g), ce qui l'oblige physiologiquement à éviter les régions à fort enneigement[37].

Répartition et habitat

Aire de répartition

La fouine est une espèce largement répandue dont l'aire de répartition s'étend sur une grande partie de l'Europe et de l'Asie centrale. À l'ouest, sa présence est attestée en Espagne et le Portugal, d'où elle progresse à travers l'Europe centrale et méridionale, le Moyen-Orient et l'Asie centrale, pour atteindre vers l'est les massifs de l'Altai et du Tien Shan ainsi que le Nord-Ouest de la Chine. Sur le continent européen, ce mustélidé est en revanche totalement absent des îles Britanniques, de la péninsule Scandinave, de la Finlande, du nord de la mer Baltique et de la partie septentrionale de la Russie européenne. Plus au sud, l'espèce est également présente en Afghanistan, au Pakistan, en Inde, au Népal, au Bhoutan, et sa présence a été récemment confirmée dans le Nord de la Birmanie[38].

Introduction en Amérique du Nord

Au-delà de son aire de répartition naturelle eurasienne, la fouine s'est également établie en Amérique du Nord, plus précisément dans l'État du Wisconsin aux États-Unis. On la rencontre en particulier à proximité des centres urbains qui entourent la ville de Milwaukee, ainsi que dans plusieurs zones boisées et de hautes terres de la forêt d'État de Kettle Moraine. Des populations sont également installées dans les boisements voisins des comtés de Walworth, de Racine, de Waukesha et probablement de Jefferson.

Les individus sauvages présents sur le territoire nord-américain descendent très probablement d'animaux d'élevage férralisés après s'être échappés d'une ferme de production de fourrure privée située à Burlington au cours des années 1940[39]. D'autres mentions historiques font également état d'introductions volontaires ou de fuites accidentelles d'animaux survenues plus tard, au cours de l'année 1972[40].

Écologie et comportement

Rythme d'activité, mœurs territoriales et habitat

La fouine est un animal principalement crépusculaire et nocturne, bien qu'elle soit nettement moins inféodée à l'obscurité totale que le putois d'Europe. Elle déploie une activité particulièrement intense durant les nuits éclairées par la lune[41]. En Espagne, des suivis ont révélé un pic d'activité maximal localisé entre 18 h et minuit, tandis que l'animal demeurait largement inactif entre 9 h et 16 h[42]. Plus terrestre que la martre des pins, elle montre des habitudes moins arboricoles bien qu'elle soit capable de grimper avec une grande agilité, et elle s'avère également être une bonne nageuse[41]. Elle préfère chasser au sol[41]. En hiver, en cas de fortes chutes de neige, elle utilise fréquemment les pistes damées par les lièvres ou les passages de skis pour faciliter ses déplacements[41].

Comme la plupart des mustélidés, la fouine est un animal solitaire qui évite activement le contact avec ses congénères en dehors des périodes de reproduction. Territorial, ce carnivore balise son domaine vital à l'aide des sécrétions de ses glandes anales et défend ses frontières contre les individus de même sexe. L'étendue de son territoire est très variable mais reste systématiquement inférieure à celle de la martre des pins. Sa superficie oscille globalement entre 0,5 et 4 kilomètres carrés, soit environ 12 à 210 hectares, et fluctue selon plusieurs facteurs : les mâles occupent des zones plus vastes que les femelles, les territoires se réduisent jusqu'à 50 % en hiver par rapport à l'été, et ils s'avèrent plus resserrés en milieu urbain qu'en milieu rural, dépendamment de l'abondance des ressources alimentaires.

La fouine ne creuse jamais son propre terrier et n'occupe pas ceux des autres animaux[43]. Elle installe son nid dans des cavités naturelles, des fissures rocheuses, des amas de pierres ou des structures maçonnées habitées ou abandonnées[43]. En milieu urbain, ses gîtes se situent presque exclusivement au sein des bâtiments, notamment dans les granges, les étables ou les greniers, en particulier durant la saison hivernale[44]. Elle peut également occuper des cavités dans des troncs d’arbres jusqu'à une hauteur de 9 mètres[43]. Le nid est alors soigneusement confectionné avec des poils, des plumes ou des matières végétales.

Régime alimentaire

La fouine est un omnivore généraliste et un prédateur opportuniste dont le régime varie considérablement selon les saisons. Elle consomme une quantité d'aliments d'origine végétale nettement plus importante que la martre des pins ou la zibeline[37]. Son alimentation intègre ainsi de nombreux fruits sauvages ou cultivés comme les cerises, les pommes, les poires, les prunes, les tomates, les raisins, les framboises, les baies de canneberge ou de sorbier, des végétaux qui prédominent largement dans son régime alimentaire pendant les mois d'hiver[37]. Grande chasseuse, elle capture des petits mammifères, notamment des rats et des souris, des invertébrés, des insectes ainsi que des amphibiens comme les grenouilles. Durant l'hiver, elle consomme également des charognes.

Parmi les oiseaux qui figurent à son menu, les passereaux sont largement majoritaires, bien qu'elle puisse occasionnellement s'attaquer à des tétraogalles ou des perdrix[37]. La fouine pille régulièrement les nids des passereaux, des galliformes et des petits rapaces nocturnes, manifestant une tendance fréquente à tuer les adultes nicheurs en plus des oisillons[37]. Si elle attaque rarement la basse-cour en temps normal, certains individus peuvent se spécialiser dans le pillage des poulaillers, persistant dans ce comportement même lorsque les proies abondent en milieu sauvage[37]. On note par ailleurs une différenciation liée au sexe : les mâles ciblent plus volontiers de grandes proies vivantes, tandis que les femelles exploitent plus fréquemment les petites proies et les charognes. En milieu anthropisé, elle sait également tirer parti des déchets ménagers trouvés à proximité des habitations.

Reproduction et cycle de vie

Portée de jeunes fouines installée dans les dépendances d'une ferme en Bulgarie.

L'œstrus et l'accouplement ont lieu en été, entre les mois de juin et d'août. La copulation, qui peut se dérouler le matin ou par nuit claire, se fait au sol ou sur le toit des habitations et peut durer plus d'une heure[45]. À l'instar de la martre des pins, la gestation de la fouine est caractérisée par une phase de dormance embryonnaire, ou diapause[46]. L'ovule fécondé ne s'implante dans l'utérus qu'au bout de sept mois, ce qui porte la durée totale de la gestation à environ 236 à 237 jours dans la nature, et jusqu'à 254 à 275 jours en élevage[46]. Le temps de développement utérin actif n'est quant à lui que d'un mois.

La femelle met bas une seule fois par an, à la fin du mois de mars ou au début du mois d'avril, donnant naissance à une portée comprenant généralement entre deux et sept petits (trois ou quatre en moyenne)[46]. Les petits naissent sourds, aveugles et totalement nus. Ils ouvrent les yeux après 30 à 36 jours, tandis que la période de lactation dure entre 40 et 45 jours[46]. Les jeunes s'émancipent et deviennent indépendants à l'automne. Dès le début du mois de juillet, les juvéniles ont atteint une morphologie presque identique à celle des adultes[46]. La maturité sexuelle est acquise tardivement, entre l'âge de 15 et 27 mois. L'espérance de vie moyenne d'une fouine en liberté est d'environ trois ans, l'âge maximal observé dans la nature atteignant dix ans. Sous protection humaine, en captivité ou en élevage, sa longévité est grandement accrue et peut atteindre douze à dix-huit ans[47].

Relations interspécifiques

Illustration tirée du Brehm's Life of Animals représentant un combat entre une fouine et une loutre d'Eurasie..

Dans les régions où la fouine cohabite avec la martre des pins, la compétition interspécifique est limitée par une séparation écologique de leurs niches respectives. La martre des pins consomme plus régulièrement des rongeurs et des oiseaux, tandis que la fouine s'oriente davantage vers les fruits et les insectes[48]. Cette dynamique n'exclut pas des rapports de force directs : un cas documenté fait état d'une jeune fouine subadulte tuée par une martre des pins[46]. La fouine est également capable, bien que rarement, de tuer des putois d'Europe[46].

L'espèce subit la prédation de plusieurs grands carnivores et rapaces : les renards roux, les lynx, les pumas (en Amérique du Nord où elle a été introduite), les aigles royaux et les grands-ducs d'Europe comptent parmi ses prédateurs naturels, les jeunes étant particulièrement exposés aux attaques des chats sauvages et des oiseaux de proie. Ses interactions avec le chat domestique sont ambivalentes. Bien qu'un cas documenté en Allemagne rapporte la mort d'un chat domestique par une fouine[46], il existe également des observations inverses montrant un cas où le félin tue le mustélidé à l'issue d'un combat acharné de plus de trente minutes[49].

La fouine et l'Homme

Interactions conflictuelles

La fouine aime vivre à proximité des habitations humaines ou sous le toit des maisons, ce qui engendre fréquemment des conflits de voisinage. Par sa présence et son activité nocturne, elle peut grandement déranger les habitants, soit par le tapage, les cris ou les cavalcades en période de rut et d'élevage des jeunes, soit par les odeurs tenaces d'urine, de crottes ou de charognes qu'elle laisse derrière elle, soit en endommageant les infrastructures[50],[51],[52]. Ses gîtes, qui servent de lieux de repos diurne, de reproduction et d'élevage, font également office de zones de stockage pour sa nourriture[52]. En s'installant dans les combles ou les zones inutilisées des bâtiments résidentiels et agricoles (granges, garages ou greniers), elle cause d'importants vices de construction en rongeant et en déchiquetant les matériaux d'isolation thermique ou les gaines de câbles[50],[52],[53].

Bénéficiant directement de l'activité humaine près des fermes, elle s'attaque également de manière opportuniste aux petits animaux d'élevage et peut dévaster un poulailler ou un clapier à lapins mal protégé, même en pleine journée. C'est d'ailleurs souvent pour consommer les œufs qu'elle y pénètre, profitant de sa morphologie souple pour se faufiler dans des ouvertures n'excédant pas 7 × 5 cm[52]. Excitée par la panique qu'elle crée chez les poules, elle tue tout ce qui bouge en mordant les cous, et il lui arrive de repartir avec certaines têtes décapitées. Bien qu'elle soit essentiellement carnivore, capable de capturer des mammifères (surtout des rongeurs) jusqu'à la taille d'un lapin, des oiseaux et leurs œufs, elle possède un régime alimentaire très généraliste partagé avec une importante part frugivore lorsque les fruits des vergers ou sauvages sont disponibles[52].

L'impact réel de sa prédation reste cependant difficile à isoler en France en raison d'une large communauté d'espèces prédatrices généralistes comme le renard, la martre, la corneille noire ou la buse, rendant complexes les estimations par espèce[52]. À titre d'exemple, une étude menée en Bresse a révélé un taux de perte global élevé atteignant 13 % de l'effectif de volailles après 19 semaines d'élevage en plein air, sans qu'il soit possible de quantifier précisément la part attribuable à la seule fouine[52]. De même, son impact sur la faune sauvage n'est pas chiffrable ; si le gibier constitue pour elle une proie secondaire, sa prédation peut néanmoins devenir localement importante pour des populations de proies isolées et peu abondantes[52]. Souvent considérée comme « nuisible » en raison de ses déprédations, elle joue pourtant un rôle de police sanitaire aux abords des habitations humaines en s'attaquant aux rats et aux souris, tout comme à l'époque de la Rome antique où elle était adoptée pour dératiser les foyers, en compétition directe avec le furet.

En dehors des habitations, les fouines provoquent de sérieux dommages dans les compartiments moteurs des véhicules, en particulier lors de stationnements prolongés, en rongeant les circuits électriques, les durites, les tuyaux de caoutchouc et les matériaux d'isolation[52]. Ce comportement territorial agressif face aux odeurs de rivaux potentiels engendre des coûts financiers majeurs[54]. En 2022, 214 000 sinistres de ce type ont ainsi été déclarés auprès des assurances tous risques en Allemagne, pour un coût global de 104 millions d'euros, soit une moyenne de 485 euros par véhicule touché[55].

Pour pallier ces nuisances au sein des habitations, la réussite des interventions dépend grandement de l'accessibilité des combles[52]. Le premier moyen de lutte consiste à empêcher l'intrusion par des modifications physiques, notamment par le repérage et l'obturation hermétique des points de passage empruntés par l'animal, ou par la pose de grillages et de colliers anti-prédateurs sur les gouttières et les accès aux toits[50],[52]. L'élagage des arbres et arbustes attenants à la toiture est également préconisé[53]. Des dispositifs répulsifs visant à l'éloigner (bruits aléatoires, musique forte, émetteurs d'ultrasons, détecteurs de mouvement, éclairage ou substances olfactives) sont couramment employés[50],[53]. Lorsqu'il s'avère techniquement impossible d'empêcher son entrée, l'unique moyen de faire cesser les nuisances repose sur l'élimination réglementée du ou des individus responsables, le plus souvent par le biais du piégeage, une pratique strictement encadrée par les législations locales[50],[52].

Menaces et conservation

Fouine victime de la route.

Les anticoagulants utilisés contre les rongeurs ont pour effet d'empoisonner toute la chaîne alimentaire qui s'en nourrit. En effet, l'empoisonnement par anticoagulants n'est pas radical. Les victimes agonisent pendant de longues heures et ce, plusieurs jours après la consommation du poison. Or, le propre des prédateurs étant de s'attaquer prioritairement aux animaux les plus faibles, les fouines notamment s'empoisonnent donc à leur tour en consommant des rats, mulots, souris et autres rongeurs agonisants et donc faciles à chasser. De plus, bien souvent, les luttes contre les rongeurs ont lieu généralement au printemps, période de forte augmentation des populations. C'est également la période où les fouines mettent bas. Ainsi, lorsqu'une fouine meurt d'empoisonnement en avril-mai, la probabilité de survie de sa progéniture est très faible.

La fouine n'est pas une espèce menacée à l'échelle mondiale. Elle est classée comme préoccupation mineure (LC ; Least Concern) par l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

En France, en 2023, la fouine est classée « espèce susceptible d'occasionner des dégâts » (ESOD)[56].

En 2009, elle était déjà inscrite en France sur la liste d'espèces susceptibles d'être classées nuisibles, ponctuellement et localement. Cet arrêté a été abrogé en 2012[57]. En 2014, le Conseil d'État a dans un premier temps annulé (dans une décision du applicable immédiatement) le classement en espèce nuisible dans plusieurs départements (Dordogne, Rhône, Isère, Seine-Maritime et Eure-et-Loir).

Apprivoisement et domestication historique

Dans l'Antiquité, les fouines étaient domestiquées pour la chasse aux animaux considérés comme nuisibles, tels que d'autres mustélidés ou les serpents. Le médecin et biologiste George Rolleston a ainsi émis la théorie selon laquelle le « chat domestique » mentionné par les Grecs et les Romains de l'Antiquité correspondait en réalité à la fouine[58]. Plusieurs expériences contemporaines d'apprivoisement ont également été documentées à travers l'histoire, notamment celle de la naturaliste française Jeanne Villepreux-Power, qui est connue pour avoir conservé deux fouines apprivoisées auprès d'elle au cours du XIXe siècle[59].

Dans la culture

Blason de la famille de Fay, Fay de Chapteuil, Fay de La Tour-Maubourg Pierre et Pons de Fay de Chapteuil dit Capdeuil (1re croisade). De gueules à la bande d'or, chargée d'une fouine d'azur.

L'analyse de la tradition orale met en évidence de nombreuses locutions populaires qui témoignent de l'ancrage de ce petit carnivore dans le quotidien des campagnes françaises. Sa réputation de ruse et de promptitude a donné naissance à l'expression « malin comme un fouin », enregistrée dans le domaine rouchi, ou encore à la locution proverbiale jurassienne « tu me détournes du renard, putois, mais c'est pour m'attirer vers ton trou », qui illustre le glissement sémantique fréquent entre ces différentes espèces dans l'imaginaire collectif : le putois fut parfois dans certaines régions sous le nom de « foin de terre » ou « fouine mâle » [11]. D'autres dictons décrivent plus précisément ses mœurs ou ses postures biologiques. Ainsi, l'expression « dormir comme un fouin » est couramment employée dans le Centre pour désigner un sommeil très profond, tandis que la formule « être enrhumé comme un fouin » y qualifie une personne souffrant d'un lourd rhume de cerveau[11]. De plus, sa propension à se glisser prestement dans les endroits les plus exigus ou inattendus est à l'origine de la tournure poitevine « être pris comme un fouin dans une bouzine », utilisée pour signifier qu'une personne se retrouve totalement surprise en train de faire quelque chose d’interdit[11].

La forte odeur musquée sécrétée par ses glandes anales a également marqué le langage populaire. À l'instar des autres représentants du genre Mustela, la fouine répand une effluve tenace qui a donné naissance dans la Corrèze au qualificatif de feinard pour désigner un individu malpropre ou dégageant une mauvaise odeur[11]. Dans le même esprit, on dit traditionnellement dans le Centre d'un enfant particulièrement sale : « Oh ! le petit foin ! », une mauvaise hygiène corporelle étant souvent sanctionnée par la sentence populaire historique « puer comme un foin »[11]. Enfin, la vivacité de ses habitudes de recherche alimentaire a laissé des traces dans le vocabulaire de l'enfance, puisque l'expression « faire la fouine » est enregistrée dans le Centre comme un équivalent synonyme de « faire l'école buissonnière », donnant ainsi naissance au verbe régional « fouiner » au sens d'esquiver ou de fuir[11],[60]. Sur le plan des caractères anthropomorphiques, une personne sournoise au visage pointu et chiffonné est historiquement qualifiée en français de chatfouin ou directement de fouine[11]. Dans le langage contemporain, le terme « fouine » reste ainsi utilisé pour qualifier une personne sournoise ou vicieuse, tandis que le verbe « fouiner » signifie « chercher avec minutie »[60], mais s'emploie familièrement comme un synonyme négatif de « fouiller » ou de « se mêler des affaires d’autrui de manière indiscrète » [61]. Le 29 avril et le 21 novembre 2016, deux fouines ont arrêté le Grand collisionneur de hadrons, l'accélérateur de particules le plus puissant du monde, en grimpant sur des transformateurs électriques de 18–66 kV situés en surface, respectivement près des expériences LHCb et ALICE. La seconde fouine a été naturalisée et exposée au Muséum d'histoire naturelle de Rotterdam [62],[63],[64].

La fouine est présente dans les armoiries de la famille de Faÿ[65], dont celles de la branche de La Tour-Maubourg, et dans celles des descendants de la branche de Solignac, les du Vivier de Faÿ Solignac.

Dans le paysage musical contemporain, Laouni Mouhid, un rappeur franco-marocain, est mondialement connu sous le pseudonyme artistique de La Fouine.

Notes et références

Voir aussi

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