George H. White

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Décès
Pseudonyme
Morgan Hall
Nationalité
George H. White
Biographie
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Décès
Pseudonyme
Morgan Hall
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Colonel
Conflit

George Hunter White, né le à Los Angeles et mort le à San Francisco, est un vétéran américain de la Seconde Guerre mondiale et un agent fédéral du Federal Bureau of Narcotics (FBN).

Début de la vie

George Hunter White est né le à Los Angeles, en Californie. En 1928, à l'âge de vingt ans, il est diplômé de l'Oregon State College[1],[2]. Après avoir obtenu son diplôme, White travaille pendant cinq ans comme journaliste au San Francisco Call-Bulletin, puis au City News Service de Los Angeles et au Los Angeles Evening and Herald Express[2],[3]. Il couvre plusieurs procès liés au trafic de stupéfiants pour les agences de presse locales[3].

En , White rejoint la patrouille frontalière des États-Unis le long de la frontière entre le Sud de la Californie et le Mexique, sa première affectation en tant qu'agent fédéral[1],[2],[4]. Plus tard, il décrira cette institution « comme une force de police qui rassemble, harcèle et expulse les étrangers ». Après sept mois de service, il est affecté à l’unité de renseignement de Calexico (Californie). Maîtrisant désormais l’espagnol, il y mène ses premières missions en tant qu’agent infiltré pendant dix-huit mois[4].

Infiltration du Hip Sing Tong (1936)

En , après l'incident de San Francisco, ayant attiré l'attention de la presse, George White est muté à Seattle[4]. Dans cette ville marquée par la Grande Dépression, il repère rapidement un trafiquant d'opium lié au Hip Sing Tong, une organisation criminelle sino-américaine. Pour infiltrer le réseau, White apprend le mandarin et se rend à Butte (Montana) sous le pseudonyme de John Wilson, où il rencontre Chin Joo Hip, une figure locale du trafic de stupéfiant, des jeux d'argent et de la prostitution. Se faisant passer pour un intermédiaire représentant un riche parent de la côte ouest des États-Unis, White est couvert et soutenu par son informateur, qui l'accompagne en échange de sa liberté. Chin Joo Hip, méfiant, révèle que son approvisionnement provient de New York, où un certain Jimmy Wong supervise un vaste réseau de distribution de drogues[4],[5],[6].

Avec l'aide de son informateur, George White se rend à New York et organise une rencontre avec Jimmy Wong, confirmant l’ampleur de son organisation. Après plusieurs mois de travail clandestin et de voyages à travers le pays, une opération coordonnée du FBN le aboutit à plus de cinquante arrestations à l'échelle nationale et à la saisie de centaines de livres de drogues[4],[5]. Grâce à ce succès, White est promu et affecté au bureau de Manhattan, sous le commandement de Garland H. Williams[4]. En 1938, trente membres du Hip Sing Tong sont condamnés à la prison fédérale, consolidant sa réputation[1],[3],[6].

Lutte contre le crime organisé à New York (1938-1941)

Dans les années 1930, le FBN découvre les liens entre la mafia new-yorkaise et la « French Connection », un réseau de trafic d’héroïne approvisionné par des fournisseurs corses[7]. White travaille aux côtés de Garland Williams pour démanteler les nombreuses organisations criminelles opérant à New York. Leur action conduit à des arrestations médiatisées, renforçant la réputation du FBN[4]. En 1938, White, alors en mission d'infiltration, tire sur le trafiquant Albert « Tuffy » Jackson, le blessant à la tête et à l'abdomen[3],[7].

Seconde Guerre mondiale

Lors de l'entrée en guerre des États-Unis en 1941, George H. White est recommandé par Anslinger pour intégrer une nouvelle agence de renseignement créée par William J. Donovan : l'Office of the Coordinator of Information (« Bureau du coordinateur de l'information ») (COI), précurseur direct de l'Office of Strategic Services (OSS) et de la Central Intelligence Agency (CIA)[8].

Vue aérienne en 1943 du « Camp X », en périphérie de Oshawa, Ontario, Canada.

En , il fait partie des douze agents du COI sélectionnés pour suivre une formation au « Camp X », un centre d'entraînement du Special Operations Executive (SOE) britannique près de Toronto, au Canada. Il est formé aux méthodes britanniques de sabotage, de reconnaissance, de guérilla et de gestion de réseaux clandestins[2],[8]. Dans son journal personnel, George White qualifie cet endroit d'« école du meurtre et du chaos »[4],[9],[10].

Instructeur en contre-espionnage

De retour aux États-Unis, il devient instructeur en contre-espionnage pour le COI, puis pour l’OSS après sa création en . Sous la direction de Garland H. Williams, il forme des centaines d’agents d'infiltration avant leur déploiement en Europe, en Asie et en Afrique[3],[4],[10]. Parmi ses stagiaires, qui ne sont encore que des officiers novices, figurent les anthropologistes Carlton S. Coon et Gregory Bateson, le psychiatre James A. Hamilton, le militant Alfred M. Hubbard ainsi que plusieurs futurs responsables de la CIA : Richard Helms, Frank Wisner, James J. Angleton, Lyman B. Kirkpatrick Jr. et William Colby[4],[9].

À la fin de l'été, il devient directeur de X-2, la division de l'OSS chargée du contre-espionnage et de la formation des parachutistes[4],[10]. Il met au point une série d'exercices pratiques lors desquels les stagiaires devaient se créer de fausses identités convaincantes, obtenir les documents nécessaires, puis tenter d'infiltrer des installations industrielles sécurisées dans une grande ville américaine. Ces exercices ont permis de révéler des failles dans les protocoles de sécurité des usines de défense américaines[4].

Expérimentations d'un sérum de vérité

En parallèle de son rôle d'instructeur, George White participe à l'un des projets les plus secrets entrepris par l'OSS, qui cherche à développer un « sérum de vérité » pour les interrogatoires et le renseignement militaire. En , il est convoqué à Washington à la demande du scientifique Stanley P. Lovell et du général William J. Donovan[4],[11].

D'après ses notes, il se porte volontaire pour expérimenter lui-même les effets du psychotrope (un acétate de tétrahydrocannabinol particulièrement puissant qui n'a pas d'odeur ni de goût)[11],[12],[13]. Dans son cas, l'expérience est « décevante », selon ses mots[10]. Après avoir testé divers moyens d'administrer le produit discrètement, l'idée de l'injecter dans une cigarette avec une seringue est privilégiée[11],[12]. Fumer un mélange de marijuana et de tabac est une pratique connue des musiciens et chanteurs de jazz depuis des années, observée par les agents du bureau des stupéfiants au cours de leurs enquête[12].

Le , il organise le premier test sur un sujet non volontaire, August Del Gracio, décrit par les documents de l'OSS comme un « gangster notoire de New York », lieutenant de Charlie Luciano[11],[12]. Après plusieurs cigarettes dans lesquelles la drogue a été mélangée au tabac, le sujet est « manifestement défoncé et extrêmement bavard », révélant des informations sensibles sur ses activités criminelles, partiellement censurée dans les archives déclassifiées[12],[13].

D'autres expérimentations supervisées par White ont lieu en à l'hôtel Belmont Plaza de New York[11],[14]. Les six sujets sont des recrues de l'armée. James A. Hamilton et Allen Abrams, directeur adjoint de la recherche et du développement de l’OSS, participent à cette série de tests, qui dure trois jours. Ils sont rejoints par des officiers de l'U.S. Army Chemical Corps, le médecin Harold A. Abramson et le biochimiste Frank Olson, qui explorent les possibilités de diffusion du LSD en aérosol[14].

Déploiement en Inde

À la fin de l'année 1943, George H. White est déployé en Inde pour enquêter sur des fuites d'informations dans le port de Calcultta, cible des bombardements aériens de l'armée japonaise. Les agents supervisant la zone remarquent que les attaques les plus intenses coïncident avec les périodes de forte activité du port, et supposent qu'un espion, quelque part dans les chantiers navals, transmet des renseignements aux Japonais[1],[4]. Après une surveillance intensive, White pense avoir identifié l'espion : un résident chinois qui possède une petite boutique au cœur du centre commercial de la ville. Lors de la confrontation, qui ne se passe pas comme prévu, White tire sur le suspect avec son révolver et le tue[3],[4]. Alors qu'il écrivit lui-même, des décennies plus tard, avoir des doutes sur la culpabilité du suspect, les bombardements cessèrent peu après cet incident[4].

Après la guerre

En , après la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, George White revient aux États-Unis pour poursuivre sa carrière d'agent fédéral du FBN. Il est nommé à la tête du district de Chicago, dans l'Illinois[1],[4].

En , il reprend ses missions de terrain et se rend à Miami, où il rencontre Santo Trafficante Sr., une figure notoire du crime organisé étroitement liée à Meyer Lanski. Depuis sa base de Tampa, en Floride, Santo Trafficante Sr. coordonne ses activités criminelles aux États-Unis et à Cuba avec l'aide de Santo Trafficante Jr., son fils[4].

Arrestation controversée de Billie Holiday (1949)

Le , White fait irruption dans une chambre de l'hôtel Mark Twain de San Francisco, sans mandat de perquisition. D'après son rapport et celui du policier qui l'accompagne, ils trouvent de l'opium caché dans la salle de bain. La chanteuse de jazz Billie Holiday et son manager John Levy sont arrêtés. Dans sa déposition, Holiday déclare que la drogue a été placée par une autre personne, à son insu. Elle est inculpée pour violation des lois locales sur les stupéfiants et jugée deux semaines plus tard[4],[15].

Lors du procès, son avocat Jake W. Ehrlich insiste sur l'abstinence de la chanteuse depuis un an. Il accuse White d'avoir préparé son intervention avec l'aide d'un informateur, en l'occurrence John Levy, pour qui les poursuites ont été abandonnées. Après avoir entendu tous les témoignages, un jury composé de douze citoyens déclare Billie Holiday non coupable[4],[15].

Participation à la commission Kefauver (1950-1951)

En 1950, il travaille en tant qu'enquêteur spécial assigné à la commission Kefauver, chargée d’évaluer l'étendue des activités du crime organisé et de la corruption aux États-Unis[2],[4],[6],[16]. Cependant, sa participation s'avère inefficace, son comportement imprévisible et ses liens avec le milieu criminel entachant sa crédibilité. Lors de son audition en , George White décrit son implication dans des affaires sensibles, comme la libération de Lucky Luciano et ses missions en Turquie pour le compte de l’OSS[2]. Mais ses révélations sur des informations classifiées et ses accusations contre des figures politiques (dont le président Harry Truman et le gouverneur Thomas Dewey) entraînent son renvoi après seulement quelques mois[6].

Enquête sur le département de police de Houston (1954)

En , George Hunter White est appelé pour enquêter sur la corruption au sein du département de police de Houston (Texas). Dès le début des investigations, il apparaît que certains policiers utilisent régulièrement des stupéfiants confisqués pour obtenir des informations ou des faveurs du milieu criminel[17]. Un officier, Martin Albert Billnitzer, meurt le dans des circonstances troubles après avoir été interrogé par George White et son collègue, Henry Giordano[7],[17]. Officiellement classée comme un suicide, sa mort, de deux balles tirées dans le coeur, suscite des doutes. Convaincu qu'il s'agit d'un acte criminel commis pour entraver son enquête, White engage des poursuites pour trafic de drogue contre une grande partie des effectifs du département[17].

Lors des semaines suivantes, des éléments révèlent que le chef de la police, Lawrence Donald Morrison, se procure illégalement de la codéine auprès d’un médecin complice. Il est contraint de démissionner sous la pression du conseil municipal, avant d'être réintégré au grade d'inspecteur[17],[18]. Après le départ des agents du FBN, le service de police de Houston est l'objet d'une restructuration, entraînant d'autres démissions et des inculpations fédérales[17].

CIA et projet MKULTRA

Expérimentations du LSD à New York (1953-1955)

En , George H. White est contacté par le Dr Sidney Gottlieb pour mener une série d'expérimentations humaines du LSD sur des citoyens américains abordés dans la rue[4],[19]. Il est en poste à New York, où ses contacts et son expérience d'agent infiltré sont des atouts pour le programme[19]. Leur première rencontre a lieu dans les locaux de la CIA à Washington, en présence du Dr Robert V. Lashbrook. Le , White accepte la proposition de l'agence, devenant consultant pour le bureau des services techniques (TSS) qui centralise les données du projet MKULTRA. Les expérimentations débutent un an plus tard, après que le projet et son financement exceptionnel aient été approuvés par le directeur de l'agence[4],[16],[19].

Dans son rôle de consultant pour la CIA, George H. White utilise le pseudonyme « Morgan Hall »[16],[19],[20]. Il loue et aménage un appartement de Greenwich Village, à Manhattan, où il peut droguer à leur insu des personnes rencontrées dans des endroits publics. Leurs réactions sont enregistrées par des appareils de surveillance et observées par White, caché dans la pièce adjacente derrière un miroir sans tain[4],[16],[19]. Il prend des notes, conservées dans son journal personnel. En raison des fréquentes réactions négatives observées, il utilise le code « Stormy » pour désigner le LSD[9],[21]. Selon des documents déclassifiés, ainsi que les auditions de Sidney Gottlieb et Robert Lashbrook en 1977, il s'agit du sous-projet 3 de MKULTRA[19],[20].

En , le biochimiste et consultant de la CIA Frank Olson meurt après une chute de dix étages. Il partageait sa chambre avec Lashbrook, dont les poches sont fouillées par les policiers au commissariat. Ils trouvent un papier sur lequel sont inscrites les initiales de George White (« GW »), celles de son pseudonyme (« MH ») et l'adresse de la planque de Greenwich Village[16],[22],[23].

Opération Midnight Climax à San Francisco (1955-1965)

En 1955, George H. White est nommé superviseur du district de San Francisco par le FBN. Dans cette ville qu'il connait bien, il aménage une deuxième installation à Telegraph Hill, similaire à celle de New York. Pour l'assister dans ses différentes missions, il fait appel à un ancien agent du renseignement militaire, Ira Feldman, à qui il demande de recruter des prostituées[16],[19],[24]. Dans le cadre du sous-projet 42, de nouvelles expérimentations sont menées afin d'étudier le potentiel de la combinaison du sexe et de la drogue pour la collecte d'informations. Parmi les consultants de la CIA ayant un accès au projet, il y a le psychologue John Gittinger et le psychiatre James A. Hamilton, que White a connu lorsqu'il était formateur pour l'OSS[19],[23],[24],[25].

L'influence de l'agent fédéral au sein des services de police facilite le déroulement de l'opération. Les prostituées possèdent toutes une carte avec son numéro de téléphone, qu'elles peuvent utiliser pour sortir de prison en cas d'arrestation[19],[24].

Conformément aux instructions de Sidney Gottlieb, d'autres sites consacrés aux testes clandestins sont aménagés par George White, une chambre d'hôtel à San Francisco et une maison à Mill Valley[23],[24].

En 1963, l'inspecteur général de la CIA découvre l'existence et la nature de l'opération Midnight Climax. Il envoie un rapport au directeur de l'agence John McCone pour demander l'arrêt des expérimentations. Les sites sécurisés de San Francisco sont fermés en 1965 et celui de New York en 1966, marquant la fin des activités de White en tant que consultant pour la CIA[19],[23].

Retraite et mort

En 1965, après la fermeture des sites de San Francisco, George H. White quitte le FBN et déménage dans une petite maison à Stinson Beach, où il devient chef du service d'incendie[16],[23],[26],[27].

Il meurt le d'une cirrhose, à l'âge de 67 ans[23],[27].

George White Papers

Notes et références

Annexes

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