Gilles Clément

paysagiste, écrivain, botaniste et entomologiste français From Wikipedia, the free encyclopedia

Gilles Clément, né le à Argenton-sur-Creuse (Indre), est un jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste, biologiste et écrivain français.

Professeur émérite à l'école nationale supérieure du paysage de Versailles, il est internationalement reconnu pour ses théories du « Jardin en mouvement », du « Jardin planétaire » et du « Tiers paysage ». Son oeuvre marque une rupture avec l'art des jardins traditionnel : au lieu de domestiquer la nature, il propose de « faire le plus possible avec, le moins possible contre » la nature [1].

Biographie

Origines familiales et formation

Gilles Clément se décrit comme un enfant solitaire. Né dans un milieu qu'il qualifie de bourgeois, il a un frère aîné. Il doit en partie sa vocation à une professeure de sciences naturelles qui, au lycée, lui indique la possibilité de devenir paysagiste[2]. À six ans, la famille déménage à Oran[3].

Gilles Clément suit ensuite une formation d'ingénieur horticole (1967) et de paysagiste (1969) à l'Institut national d'horticulture et du paysage à Angers.

Carrière professionnelle

Il enseigne depuis 1979 à l'École nationale supérieure du paysage de Versailles, en parallèle de son activité de concepteur. Il a beaucoup voyagé à travers le monde, en particulier dans l’hémisphère austral, où il a étudié la flore des milieux soumis à un climat méditerranéen[4].

En 1977, il s'installe à Crozant, dans la Creuse ; il a consacré en 1991 un livre, La Vallée, à son jardin-maison, caché au fond d'un vallon.

Dans un autre livre Le Salon des Berces publié en 2009, il raconte son histoire personnelle avec cette vallée, pour lui "la Vallée des Papillons". En fait la vallée de la Creuse connue au XIXe siècle comme le foyer d'une école picturale, l'École de Crozant et aujourd'hui connue sous l'appellation Vallée des Peintres entre Berry et Limousin[5]. Lors d'un colloque à l'Abbaye de Royaumont à Asnières-sur-Oise en 2018, il a témoigné de cette histoire, dans une conference initiée et animée par Laurence Fidry, avec deux de ses plus anciens amis paysagistes également installés à Crozant, soulignant, que dans l'esprit d'une école de peinture pourrait s'envisager une école du paysage[6].

Gilles Clément, dans son jardin de Crozant, observe et expérimente : un jardin secret qu'il partage avec des proches, des étudiants, des chercheurs. Il invite alors les curieux à visiter les jardins de ses amis, Philippe Wanty et son Arboretum de la Sédelle et Christian Allaert et son Jardin Clos du Préfons à Villejoint Crozant[7],[8].

Son intervention au parc André-Citroën à Paris, inauguré en 1992, l'exposition spectaculaire sur Le Jardin planétaire dont il a été commissaire en 1999 à la Grande halle de la Villette et ses nombreux écrits, qui constituent une œuvre à la fois théorique et littéraire, l’ont rendu célèbre auprès du grand public.

En 2011-2012 il est titulaire de la Chaire annuelle de Création artistique au Collège de France, avec une Leçon inaugurale prononcée le sous le titre Jardins, paysage et génie naturel[9].

En 2017 il est lauréat du Prix Books and Seeds de la Foire internationale du livre jeunesse de Bologne[10], pour l'ouvrage Un grand jardin qu'il a écrit, illustré par Vincent Gravé. En 2018 il est l'invité de l'Abbaye de Royaumont dans le Val-d'Oise. Avec ses amis jardiniers, Philippe Wanty et Christian Allaert, ils racontent leur histoire d'amitié longue de 40 ans, née dans cette vallée inspirante de nature[11].

Il est un des membres du conseil d'administration de l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles[12].

Les grands traits de sa pensée

Gilles Clément est l'auteur de plusieurs concepts qui ont marqué les acteurs du paysage de la fin du XXe siècle ou le début de ce XXIe siècle. Ils découlent de l'observation qu'un paysage naturel n'est jamais figé et que les espèces doivent pouvoir circuler.

  • Le « jardin en mouvement » : Ce concept prône de « faire le plus possible avec, le moins possible contre » la nature. Au lieu de cantonner les plantes dans un lieu précis, le jardinier doit accepter de leur laisser le « champ libre ». Les plantes s'installent là où elles le souhaitent, selon les hasards de la dispersion des graines et leurs préférences biologiques (nature du sol, exposition). Le jardin se « redessine » ainsi au fil des saisons et des années, le jardinier se contentant d'orienter les équilibres plutôt que de tout contrôler [13].
  • le « jardin planétaire » : c'est une vision humaniste et écologique qui considère la Terre comme un « enclos » fini (définition étymologique du jardin), dont l'humanité est le jardinier responsable. Dans cet espaces limité, Gilles Clément défend le « brassage planétaire » : il observe avec bienvaillance les plantes voyageuses (souvent qualifiés d'invasives) et le métissage des espèces, qu'il s'agisse d'herbes folles ou d'essences rares, car elles augmentent la diversité de la vie sur Terre [14].
  • le « Tiers paysage » : inspiré par le pamphlet de l'abbé Sieyès sur le Tiers état, ce concept désgine les espaces délaissés par l'homme (friches, bords de routes, talus, marais). Contrairement à l'agriculture ou à la sylviculture qui sélectionnent une seul espèce, ces lieux abandonnés deviennent les refuges principaux de la diversité biologique (le « génie génétique ») car ils échappent à l'aménagement productiviste[15].

Le jardinier engagé

Déçu par l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence et estimant que ce choix ne permettrait pas le nécessaire sursaut écologique de la politique française, Gilles Clément a décidé alors d'annuler tous ses contrats avec l'État français et de se consacrer à des « projets de résistance »[16]. Il indique toutefois que cette position n'est pas définitive.

  • Un premier projet, inauguré en , répondait à une commande artistique pour la biennale d'art contemporain de Melle (Deux-Sèvres). Ce jardin, prévu pour être durable, se compose d'un jardin d'eau et d'un jardin d'orties avec un bassin où l'on peut réaliser le purin d'orties, utilisé en jardinage biologique pour renforcer l'immunité des végétaux, éviter les traitements et les pesticides de synthèse.
  • Un second projet, a été un jardin dans la nécropole de Tuvixeddu à Cagliari en Sardaigne, répondant à une demande de Renato Soru, président de la région.

Il est aussi engagé en politique. Pour les élections régionales françaises de 2010 en Limousin, il est en 9e position (non éligible) sur la liste départementale en Creuse d'Europe Écologie[17]. Il invite ensuite les écologistes à s'unir aux projets portés par Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, qu'il estime être les seuls à proposer des « mesures susceptibles de maintenir et améliorer les conditions de vie qui sont les nôtres et cela concerne tant les humains que le vivant non humain ». Il condamne vivement les propositions portées par François Fillon et Marine Le Pen[18].

Il parraine la licence professionnelle « Aménagements paysagers et design des milieux anthropisés », ouverte à la rentrée 2017 à Limoges, fruit d'une collaboration entre le lycée agricole des Vaseix, la Faculté de lettres et sciences humaines de l'université de Limoges, le lycée de l'horticulture et du paysage de Murat à Voussac et la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment[19].

Prix et distinctions

Principales réalisations

Publications

  • « La friche apprivoisée », Urbanisme, n° 209, , p. 91-95
  • Le Jardin en mouvement, Paris, Pandora, 1991
  • La Vallée, Paris, Pandora, 1991
  • Le Jardin en mouvement, de la Vallée au parc André-Citroën, Paris, Sens & Tonka, 1994 (rééditions augmentées en , 2001, )
  • Éloge de la friche, éd. Lacourière-Frélaut, 1994 (édition dite de luxe illustrée par le graveur François Béalu)
  • Le Jardin romantique de George Sand (avec Christiane Sand), Albin Michel, 1995
  • Contributions à l'étude du jardin planétaire. À propos du feu (avec Michel Blazy), école régionale des beaux-arts de Valence, 1995
  • Re-Cueille : L'enclos et la mesure (avec Jean-Paul Ruiz), éd. Jean-Paul Ruiz, 1996
  • Thomas et le Voyageur, Albin Michel, (ISBN 2-226-08770-2) (rééd. )
  • Traité succinct de l'art involontaire, Sens et Tonka, 1997 (rééd. augmentée en 2014)
  • Les Libres Jardins de Gilles Clément, Le Chêne, 1997
  • Une école buissonnière, Hazan,
  • Le Jardin planétaire (avec Claude Eveno), L'Aube/Château-Vallon, 1997 (rééd. 1999)
  • Les Portes, Sens et Tonka, 1998
  • La Dernière Pierre, Albin Michel,
  • Terres fertiles (avec Stéphane Spach), éd. de l'Imprimeur,
  • Les Jardins planétaires (avec Guy Tortosa), éd. Jean-Michel Place,
  • Les Jardins du Rayol, Actes Sud, (rééd. )
  • Voyage au Jardin planétaire, carnet de croquis (avec Raymond Sarti), éd. Spiralinthe,
  • Éloge des vagabondes. Herbes, arbres et fleurs à la conquête du monde, Nil Édition, (rééd. chez Robert Laffont, 2014)
  • Herbes ou ces plantes qu'on dit mauvaises (avec Jean-Paul Ruiz), éd. Jean-Paul Ruiz, 2003
  • La Dernière Pierre (en chinois), Taïwan, Crown Publishing, coll. « Choice 69 », 2003
  • La Sagesse du Jardinier éd. du 81,
  • Manifeste du Tiers-paysage, éd. Sujet Objet, (rééd. augmentée chez Sens & Tonka, 2014)
  • Jardins de lettres (avec Claude Delias), Jane Otmezguine, 2004
  • Euroland (avec Edith Roux et Guy Tortosa), Jean-Michel Place Éditeur, 2005
  • Le Dindon et le Dodo, Éditions Bayard Culture,
  • Les Nuages, Éditions Bayard Culture,
  • Manifesto del Terzo paesaggio, postface de Filippo De Pieri, Macerata, Quodlibet,
  • Gilles Clément, une écologie humaniste (avec Louisa Jones), Éditions Aubanel,
  • Où en est l'herbe ? Réflexions sur le jardin planétaire (avec Louisa Jones), Actes Sud, oct. 2006
  • Environ(ne)ment. Manières d'agir pour demain (avec Philippe Rahm), Skira Editore, (édition bilingue)
  • Le Belvédère des lichens (en collaboration avec Le Sentier des Lauzes), coédition Jean-Pierre Huguet Éditeur, Parc naturel des monts d’Ardèche, Saint Julien Molin Molette,
  • Nove Giardini Planetari, (avec Alessandro Rocca), Milan, 22 Publishing,
  • Toujours la vie invente, collection L'Aube Poche Essai, La Tour d'Aigues, Éditions de l'Aube,
  • Il Giardino in movimento. Dalla vallata al giardino planetario, Macerata, Quodlibet, (rééd. en 2010)
  • Neuf jardins. Approche du jardin planétaire (avec Alessandro Rocca), Arles, Actes Sud, coll. « Nature »,
  • Planetary Gardens. The Landscape Architecture of Gilles Clement (avec Alessandro Rocca), Birkhauser Verlag AG,
  • Il giardiniere planetario, Milan, 22 Publishing, 2008
  • Sur la marge, Paris, Michèle Broutta, 2008 (édition dite de luxe illustrée de pointes-sèches par François Béalu)
  • Le Salon des berces, Paris, Nil Éditions, 2009
  • Dans la vallée. Biodiversité, art, paysage (entretiens avec Gilles A. Tiberghien), Paris, Bayard Centurion, coll. « Essai », 2009
  • Elogio delle vagabonde. Erbe, arbusti e fiori alla conquista del mondo, Derive Approdi, 2010
  • Une brève histoire du jardin, Paris, éd. du 81, coll. « Une brève histoire », 2011
  • Breve storia del giardino, Macerata, Quodlibet, 2012
  • Jardins, paysage et génie naturel, Paris, Collège de France/Fayard, coll. « Leçons inaugurales du Collège de France », 2012
  • Belvédère. Points de vue sur le paysage, Saint Benoît du Sault, Tarabuste, 2013
  • Les Imprévisibles, Paris, L'Une et l'Autre, 2013
  • L'Alternative ambiante, Paris, Sens & Tonka, 2014
  • Espèces vagabondes, menace ou bienfait ? (avec Francis Hallé et François Letourneux), Toulouse, éd. Plume de Carotte, coll. « Les Engagés », 2014
  • Abécédaire, Paris, Sens & Tonka, 2015
  • Un grand jardin, texte de Gilles Clément, illustrations de Vincent Gravé, éd. Cambourakis, 2016 (ISBN 9782366242003)
  • Le grand B.A.L., roman de science fiction, Actes Sud, 2018 (ISBN 978-2-330-10433-7)
  • Notre-Dame-des-Plantes, Bayard, 2021

Préfaces

  • L'Oasis, de Simon Hureau, Dargaud, 2020
  • Des plantes et des hommes, Alain Amariglio, illustrations d'Alain Cardenas-Castro, Éditions du Canoë, 2023

Notes et références

Voir aussi

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