Wikiwand AI

Glossaire des arts plastiques

From Wikipedia, the free encyclopedia

Le glossaire des arts plastiques rassemble des termes employés pour décrire, analyser et contextualiser les œuvres, les pratiques et les notions relevant des arts plastiques et, plus largement, des arts visuels. Il présente des définitions synthétiques relatives aux éléments du langage plastique, aux procédés de représentation, aux techniques, aux supports, aux courants artistiques, aux dispositifs de présentation et aux pratiques modernes ou contemporaines.

Les entrées portent notamment sur la forme, la couleur, la lumière, l’espace, la matière, le geste, le support, l’image, le volume, la représentation, l’abstraction, l’installation, la performance, le design, l’architecture, le cinéma, le numérique et les relations entre art, sciences et technologies. Certains termes relèvent de l’histoire de l’art, d’autres du vocabulaire technique ou de l’analyse des œuvres.

Les notions présentées peuvent varier selon les périodes, les médiums, les contextes pédagogiques, critiques ou muséographiques. Lorsque des articles détaillés existent, les entrées renvoient vers les pages correspondantes.

A

Action, performance, happening

En art contemporain, les termes action, performance et happening désignent des pratiques dans lesquelles l’œuvre prend la forme d’un acte, d’un événement ou d’une situation réalisée dans un temps et un lieu donnés. Elles mettent généralement en jeu le corps, le geste, la durée, la présence de l’artiste, l’espace de présentation et, parfois, la participation du public[1],[2].
La performance artistique est une œuvre créée par des actions accomplies par l’artiste, par des interprètes ou par d’autres participants. Elle peut être réalisée en direct ou être enregistrée, improvisée ou préparée, unique ou répétable. Elle est souvent interdisciplinaire et peut mobiliser le corps, la parole, le son, l’image, l’objet, l’espace, la vidéo, la danse, le théâtre ou l’installation[3],[2].
Le happening est une forme d’événement artistique apparue à la fin des années 1950, associée notamment à Allan Kaprow. Il se caractérise par une situation souvent éphémère, parfois improvisée, dans laquelle l’action, le lieu, les objets, les participants et le public peuvent faire partie de l’œuvre. Par rapport à la performance, le happening insiste plus fortement sur l’événement, la situation, l’imprévisibilité et la possible implication des spectateurs[4],[3].
L’action artistique désigne plus largement l’intervention d’un artiste dans une situation donnée. Elle peut être corporelle, sociale, politique, poétique, rituelle, urbaine ou contextuelle. Elle peut se dérouler dans un musée, une galerie, un espace public, un paysage, une architecture ou un environnement quotidien. Dans ces pratiques, l’œuvre ne se réduit pas nécessairement à un objet matériel durable : elle peut exister sous forme d’expérience, de trace, de récit, de photographie, de film, d’archive ou de documentation.
Ces pratiques peuvent déplacer les limites traditionnelles entre œuvre et processus, artiste et spectateur, art et vie, objet et événement, arts plastiques et arts vivants.
Notions associées : corps, geste, temps, éphémère, trace, documentation, spectateur, participation, espace public, installation artistique, art corporel, art conceptuel.
Notions voisines : art performance, body art, Fluxus, théâtre expérimental, danse contemporaine, intervention artistique, art contextuel, art participatif.
Notions à distinguer : théâtre, spectacle vivant, installation artistique, événementiel.

Aplat

En arts plastiques, un aplat désigne une surface de couleur uniforme, appliquée de manière régulière, sans dégradé, sans modelé apparent et sans effet marqué de matière. Il peut être utilisé en peinture, en dessin, en gravure, en estampe, en affiche, en bande dessinée, en illustration ou dans l’image numérique[5],[6].
L’aplat se distingue du dégradé, qui fait passer progressivement une couleur ou une valeur vers une autre, et du modelé, qui cherche à rendre le volume par les variations d’ombre et de lumière. Il tend au contraire à affirmer la planéité de la surface, la netteté d’une forme ou la force visuelle d’une couleur[7].
Dans l’histoire de l’art moderne, l’aplat est souvent associé à des recherches qui réduisent ou refusent l’illusion de profondeur. Il peut organiser la composition, simplifier les formes, renforcer les contrastes ou produire un effet décoratif, graphique ou symbolique. Le synthétisme, notamment chez Paul Gauguin, est caractérisé par l’emploi de couleurs en aplats souvent cernées de noir[8].
Notions associées : couleur, surface, planéité, teinte, valeur, composition picturale, forme, cerne, contraste, affiche, illustration.
Notions voisines : monochrome, synthétisme, cloisonnisme, graphisme, peinture décorative.
Notions opposées ou contrastées : dégradé, modelé, clair-obscur, illusionnisme.

Appropriation, citation, détournement

En arts plastiques, l’appropriation, la citation et le détournement désignent des pratiques consistant à reprendre, intégrer ou transformer des éléments préexistants — images, objets, œuvres, signes, fragments, styles, motifs, textes, sons, films, publicités ou productions de la culture visuelle — afin de les inscrire dans une nouvelle œuvre ou un nouveau contexte.
L’appropriation consiste à emprunter, copier, reprendre ou transformer intentionnellement un objet, une image ou une idée déjà existants. Elle peut être minimale, lorsque l’élément repris est peu modifié, ou plus visible, lorsqu’il est recomposé, déplacé, agrandi, associé à d’autres éléments ou recontextualisé. Elle interroge souvent l’originalité, l’auteur, la propriété, la reproduction, la circulation des images et la valeur culturelle des objets[9],[10].
La citation désigne l’insertion reconnaissable d’un fragment, d’une forme, d’une image, d’un motif, d’un style ou d’une œuvre dans une création nouvelle. Elle suppose généralement que l’emprunt puisse être identifié par le spectateur. Dans les arts visuels, elle peut prendre la forme d’un détail repris, d’une référence à une œuvre célèbre, d’un motif iconographique, d’une posture, d’une composition ou d’un procédé plastique réutilisé dans un nouveau contexte[11].
Le détournement consiste à reprendre un élément existant en modifiant sa fonction, son contexte, son usage ou sa signification. Un objet, une image, une publicité, un logo, une œuvre, un meuble, un outil ou un fragment de film peut ainsi être utilisé à contre-emploi, déplacé vers le champ artistique, chargé d’ironie, de critique, de parodie ou de subversion. Depuis les ready-made de Marcel Duchamp, le détournement d’objets ordinaires a joué un rôle important dans l’art moderne et contemporain[12],[13].
Ces trois pratiques sont fréquentes dans l’art moderne, l’art contemporain, le pop art, le nouveau réalisme, l’art conceptuel, le street art, l’art numérique, le remix, le collage, le photomontage et certaines formes de parodie. Elles peuvent produire un écart critique, humoristique, politique, poétique ou réflexif entre l’élément repris et son nouveau contexte.
Ces pratiques peuvent cependant soulever des questions de droit d'auteur, notamment lorsque l’élément repris est une œuvre protégée. En droit français, l’article L. 122-5 du Code de la propriété intellectuelle prévoit certaines exceptions, notamment les analyses et courtes citations justifiées par un caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, ainsi que la parodie, le pastiche et la caricature, sous conditions[14].
Notions associées : citation, appropriation (art), détournement (art), ready-made, objet trouvé, collage, photomontage, recontextualisation, remix, parodie, pastiche, référence, intertextualité, culture visuelle.
Notions voisines : pop art, nouveau réalisme, art conceptuel, street art, culture jamming, found footage, sampling, mème Internet, postmodernisme.
Notions à distinguer : copie, plagiat, contrefaçon, reproduction, imitation, hommage.

Art abstrait

Courant des arts plastiques et des arts visuels, apparu au début du XXe siècle, qui ne cherche pas à représenter fidèlement le réel visible[15],[16]. Une œuvre abstraite organise principalement des éléments plastiques — formes, couleurs, lignes, matières, gestes, rythmes ou structures — pour produire une composition qui peut être indépendante de tout sujet reconnaissable[17],[18]. L’art abstrait peut cependant conserver un lien indirect avec le réel, lorsqu’il résulte d’une simplification, d’une stylisation ou d’une transformation d’un motif observé.
On distingue notamment l’abstraction géométrique, l’abstraction lyrique et l’expressionnisme abstrait[19]. Voir aussi le suprématisme et la recherche de Malevitch ainsi que le constructivisme russe.
Notions voisines : abstraction, art non figuratif, non-figuration.
Notions opposées ou contrastées : art figuratif.

Art algorithmique

L’art algorithmique désigne des pratiques artistiques dans lesquelles la production, la transformation ou l’organisation de l’œuvre repose en partie sur un algorithme, c’est-à-dire sur une suite de règles, d’opérations ou d’instructions. Ces règles peuvent être exécutées par un programme informatique, mais aussi par un dispositif mécanique, mathématique, graphique ou procédural.
En arts plastiques, l’art algorithmique peut produire des images, des formes, des animations, des sons, des volumes, des installations ou des environnements interactifs. L’artiste définit généralement un système : règles de composition, paramètres, contraintes, variables, calculs, séries, répétitions, variations ou opérations aléatoires. L’œuvre peut alors résulter de l’exécution de ce système plutôt que d’un geste entièrement manuel ou d’une composition entièrement fixée à l’avance.
L’art algorithmique est proche de l’art génératif, qui repose sur un système capable de produire des formes avec une certaine autonomie[20]. Éduscol définit l’art génératif comme une catégorie de l’art numérique reposant sur la production par l’artiste d’un programme informatique qui confère une certaine autonomie à l’œuvre[21].
L’art algorithmique ne se confond pas avec tout art numérique : une œuvre numérique peut simplement utiliser l’ordinateur comme outil de dessin, de retouche, de montage ou de diffusion, tandis qu’une œuvre algorithmique met les règles de calcul, de génération ou de transformation au cœur du processus de création.
Les œuvres algorithmiques peuvent être déterministes, lorsque les mêmes règles produisent toujours le même résultat, ou variables, lorsqu’elles intègrent du hasard, des données, des interactions, des capteurs, des paramètres modifiables ou des réponses du spectateur. Elles peuvent ainsi interroger l’auteur, le contrôle, la répétition, la variation, l’autonomie du système, le rôle de la machine et la relation entre intention artistique et calcul.
Historiquement, l’art algorithmique est lié aux recherches sur l’art concret, l’art cinétique, l’art optique, l’art génératif et les premières expérimentations informatiques dans l’art. Le Centre Pompidou présente notamment Vera Molnár comme l’une des pionnières du codage informatique dans l’art[22].
L’art algorithmique entretient aujourd’hui des liens avec l’intelligence artificielle, l’art génératif, la visualisation de données, l’image de synthèse, le jeu vidéo, l’installation interactive, les environnements immersifs. Ces pratiques peuvent aussi soulever des questions critiques sur les données, les biais, l’automatisation, l’originalité, la propriété intellectuelle ou la place de l’artiste dans un processus assisté par calcul[23].
Notions associées : algorithme, art génératif, art numérique, code informatique, programme informatique, processus aléatoire, système, règle, variation, série, interaction, données, intelligence artificielle générative.
Notions voisines : art cinétique, art optique, art concret, art interactif, image de synthèse, visualisation de données, installation interactive, jetons non fongibles.

Arts plastiques et architecture

Les liens entre les arts plastiques et l’architecture désignent les relations entre les œuvres, les formes, les espaces construits, les matériaux, les usages et les modes de perception d’un lieu. Ils concernent notamment la manière dont une œuvre plastique peut s’inscrire dans un espace architectural, transformer la perception d’un bâtiment, dialoguer avec un site ou participer à la conception d’un environnement.
Ces liens peuvent prendre plusieurs formes : intégration d’œuvres dans un bâtiment, intervention sur une façade, un mur, un sol ou un espace public, installation in situ, scénographie, design d’espace, aménagement paysager, œuvre monumentale, maquette, projet d’urbanisme, architecture utopique ou dispositif immersif. L’architecture peut alors être envisagée comme cadre, support, matériau, espace de présentation ou objet même de la création plastique.
Dans les pratiques modernes et contemporaines, les frontières entre œuvre plastique, architecture, paysage, design et espace public peuvent être déplacées ou hybridées. Des œuvres peuvent être conçues pour un lieu précis, modifier la circulation du spectateur, produire une expérience immersive, interroger les usages sociaux de l’espace ou transformer un environnement urbain, naturel ou institutionnel.
Notions associées : architecture, espace, espace public, installation artistique, art in situ, site-specific art, scénographie, design d'espace, paysage, urbanisme, maquette, monument, environnement, usage, spectateur.
Notions voisines : art public, land art, street art, architecture utopique, architecture radicale, design, dispositif artistique, immersion.

Arts plastiques et cinéma

Les liens entre arts plastiques et cinéma désignent les relations esthétiques, techniques et historiques entre les œuvres plastiques et les images animées. Ils concernent notamment le passage de l’image fixe à l’image en mouvement, le rôle du cadrage, du montage, de la projection, de la lumière, du récit, du temps et du point de vue dans la construction des images[24].
Dans les pratiques artistiques modernes et contemporaines, le cinéma peut être une source de formes, de procédés ou de dispositifs pour les arts plastiques : séquence, défilement, montage, projection, écran, installation vidéo, environnement immersif ou relation entre image, son et spectateur. Inversement, les arts plastiques ont influencé le cinéma par la composition de l’image, l’usage de la couleur, de la lumière, de l’espace, du décor, du corps, du rythme et de la mise en scène[25].
Cette relation s’élargit aujourd’hui à l’animation, à l’image de synthèse, à la vidéo, à l’art numérique, au jeu vidéo et aux dispositifs interactifs. Ces pratiques peuvent aussi concerner l’animation des images et les interfaces de diffusion et de réception, notamment les projections, les écrans, les espaces immersifs et les formes d’interaction avec le spectateur[24].
Le Centre Pompidou a consacré un accrochage intitulé Le Mouvement des images aux relations entre cinéma et création plastique, organisé autour de notions comme le défilement, le montage, la projection et le récit[26].
Notions associées : image animée, cinéma, animation, vidéo, image de synthèse, jeu vidéo, montage, projection, écran, cadrage, point de vue, récit, temps, mouvement, installation vidéo, immersion.

Arts plastiques et intelligence artificielle

Les relations entre les arts plastiques et l’intelligence artificielle désignent les usages, les expérimentations et les questionnements artistiques liés aux systèmes informatiques capables de produire, transformer, classer ou analyser des images, des formes, des sons, des textes ou des données. Dans le champ artistique, l’IA peut être utilisée comme outil de recherche, de génération, de variation, de simulation, d’analyse, de mise en relation d’images ou de production de dispositifs interactifs[27].
En arts plastiques, l’intelligence artificielle peut intervenir dans différentes étapes du processus de création : constitution d’un corpus d’images, formulation de prompts, génération ou transformation d’images, hybridation avec le dessin, la photographie, la vidéo, l’image de synthèse, l’installation, la performance ou l’art numérique. Elle peut aussi être intégrée à des œuvres interactives, où les réponses du système dépendent de données, de capteurs, d’algorithmes ou des actions du spectateur[21],[28].
L’intelligence artificielle ne constitue pas seulement un outil technique : elle peut devenir un objet de réflexion critique sur le statut de l’image, la place de l’auteur, la notion d’originalité, les données d’entraînement, les biais, les stéréotypes, les droits d’auteur, la surveillance, l’automatisation, l’empreinte environnementale ou la relation entre créativité humaine et calcul algorithmique[23],[29].
Notions associées : art numérique, image de synthèse, algorithme, prompt, génération d'images, intelligence artificielle générative, dispositif artistique, interaction, interface, données, auteur, originalité, hybridation.
Notions voisines : art génératif, art algorithmique, art vidéo, installation interactive, réalité virtuelle, machine learning, vision par ordinateur.

Assemblage, Merz (mouvement), Combine painting

En arts plastiques, l’assemblage désigne une œuvre ou un procédé consistant à réunir des matériaux, objets, fragments ou éléments hétérogènes dans une même composition. Il peut associer des objets trouvés, des matériaux de rebut, des éléments industriels, des fragments d’images, des pièces de mobilier, des objets quotidiens, des matières naturelles ou des éléments fabriqués. Contrairement au collage, généralement lié à la surface plane, l’assemblage engage souvent le volume, l’espace réel et la présence physique des objets[30],[31].
L’assemblage remet en question les catégories traditionnelles de la peinture et de la sculpture, car il introduit dans l’œuvre des éléments déjà existants, parfois ordinaires, usés, récupérés ou non artistiques. Il peut produire des effets plastiques, poétiques, critiques, humoristiques ou symboliques par le rapprochement d’objets et de matériaux de nature différente. Il entretient des liens avec le collage, le ready-made, l’objet trouvé, le dadaïsme, le surréalisme, le nouveau réalisme, le pop art et l’installation artistique.
Le terme Merz désigne l’ensemble des pratiques développées par Kurt Schwitters à partir de la fin des années 1910, autour du collage, de l’assemblage, de la poésie, de la typographie et de l’environnement. Schwitters utilise des fragments et objets du quotidien — papiers, tickets, déchets, matériaux récupérés — pour composer des œuvres dans lesquelles les éléments ordinaires sont réorganisés selon des rapports plastiques de couleur, de forme, de rythme et de matière. Larousse indique que Schwitters donna le nom de « Merz » à ses tableaux, sculptures, poèmes et au Merzbau, assemblage-environnement construit dans sa maison de Hanovre, aujourd’hui détruit[32].
Le Merzbau constitue une extension spatiale de cette logique d’assemblage. Commencé dans les années 1920 à Hanovre, il transforme progressivement l’espace domestique de Schwitters en architecture-sculpture ou environnement total. Le Merz ne désigne donc pas seulement une technique, mais une démarche visant à recomposer le monde à partir de fragments, de rebuts et de matériaux hétérogènes[33].
Le combine painting, ou Combine, est une forme d’œuvre associée à Robert Rauschenberg, dans laquelle se combinent peinture, collage, objets réels, images imprimées, matériaux récupérés et éléments sculpturaux. Ces œuvres brouillent la distinction entre peinture et sculpture : elles peuvent être accrochées au mur comme des tableaux, mais comporter des objets réels, des reliefs, des fragments de tissu, de bois, de métal, de papier, voire des éléments issus de l’environnement quotidien. Le Centre Pompidou souligne que Rauschenberg, héritier de l’esprit dada, fut marqué par les assemblages de Kurt Schwitters et chercha à rapprocher l’art et la vie[34].
Assemblage, Merz et combine painting ont en commun de déplacer les frontières entre œuvre d’art et objet ordinaire, surface et volume, peinture et sculpture, art et vie quotidienne. Ils valorisent la rencontre d’éléments hétérogènes, la récupération, le fragment, le hasard, la matérialité et la recontextualisation.
Notions associées : assemblage, collage, objet trouvé, ready-made, matériau, matière, support, volume, installation artistique, recontextualisation, appropriation, appropriation.
Notions voisines : dadaïsme, Kurt Schwitters, Merzbau, Revue Merz, Robert Rauschenberg, combine painting, nouveau réalisme, pop art, art conceptuel, installation artistique.
Notions à distinguer : collage, sculpture, peinture, installation artistique, accumulation, bricolage.

Augmenter le réel

En arts plastiques, augmenter le réel désigne l’action de modifier, enrichir, prolonger ou transformer la perception du réel par des moyens plastiques, techniques, numériques, documentaires ou fictionnels. L’expression renvoie à des pratiques qui ne se contentent pas de représenter le monde visible, mais lui ajoutent des informations, des effets, des interprétations, des fictions, des données, des images ou des dispositifs qui en déplacent la perception.
Augmenter le réel peut passer par la peinture, la photographie, le montage, le collage, l’image numérique, l’image de synthèse, la vidéo, l’installation, la projection, la réalité augmentée, le jeu vidéo, l’intelligence artificielle ou des dispositifs interactifs. Ces pratiques peuvent produire une intensification du visible, une reconstruction du réel, une mise en scène documentaire, une simulation, une immersion ou une hybridation entre espace réel et espace représenté.
L’expression est associée en particulier aux œuvres de Joseph Vernet et d’Andreas Gursky. Elle est reliée aux questionnements sur la représentation, le rapport au réel, la ressemblance, la vraisemblance, la valeur expressive de l’écart, la construction de l’image, ainsi qu’aux liens entre arts plastiques, cinéma, animation, image de synthèse, jeu vidéo, sciences et technologies[24].
Augmenter le réel se distingue de documenter le réel : documenter suppose plutôt recueillir, enregistrer, montrer ou attester des éléments du monde, tandis qu’augmenter implique d’ajouter, de recomposer ou de transformer ce réel par des choix plastiques, techniques ou symboliques. Les deux démarches peuvent cependant se combiner, par exemple lorsqu’une image documentaire est retouchée, recomposée, scénarisée, monumentalisée ou intégrée dans un dispositif numérique.
La notion peut aussi être rapprochée de la réalité augmentée, des environnements immersifs et des expositions virtuelles. Le Centre Pompidou présente par exemple des expériences en ligne associant visite virtuelle, réalité augmentée et expérimentation interactive[35].
Notions associées : réel, représentation, documentaire, image, photographie, montage, image de synthèse, réalité augmentée, art numérique, installation artistique, immersion, simulation, hybridation, intelligence artificielle générative.
Notions voisines : documenter, fiction, illusion, trompe-l'œil, réalité virtuelle, jeu vidéo, dispositif interactif, image numérique.
Notions opposées ou contrastées : documenter le réel, représentation réaliste, mimèsis, abstraction.

B

Bidimensionnel

Se dit d’une œuvre, d’une image, d’un support ou d’une production plastique qui se déploie sur un plan et ne possède que deux dimensions : la hauteur et la largeur[6],[36]. Le dessin, la peinture, la photographie ou l’estampe relèvent généralement d’un espace bidimensionnel, même lorsqu’ils donnent l’illusion de la profondeur par la perspective, le modelé, le clair-obscur ou le trompe-l’œil.
Le terme s’oppose à tridimensionnel, qui désigne ce qui possède une hauteur, une largeur et une profondeur, comme une sculpture, un volume, une installation ou une architecture[6].
Notions associées : plan, surface, support, format, composition, perspective.
Notions opposées ou contrastées : tridimensionnel.

C

Cadrage

En arts plastiques, en photographie, au cinéma, en vidéo et dans les arts visuels, le cadrage désigne l’action de choisir ce qui entre dans les limites d’une image et ce qui en est exclu. Il détermine le champ, c’est-à-dire la partie visible de la scène, et laisse hors du cadre ce qui relève du hors-champ[6],[37].
Le cadrage agit sur la composition de l’image : il peut isoler un détail, rapprocher ou éloigner le sujet, modifier la perception de l’espace, orienter le regard du spectateur ou produire un effet de tension, de déséquilibre ou d’immersion. En photographie et au cinéma, il est lié au choix du point de vue, de l’angle de vue, du format et de l’échelle des plans, par exemple le plan d'ensemble, le plan moyen, le gros plan ou le très gros plan[38].
Notions associées : cadre, champ, hors-champ, composition picturale, point de vue, angle de vue, échelle des plans, format d'image.
Notions voisines : recadrage, composition photographique, plan (cinéma).

Cadre

En arts plastiques, le cadre désigne d’abord l’élément matériel qui entoure une œuvre, notamment une peinture, un dessin, une gravure, une photographie ou un bas-relief, afin d’en assurer la présentation, la protection et parfois la mise en valeur[39]. Il constitue aussi une limite visuelle entre l’œuvre et son environnement.
Par extension, le cadre peut désigner les bords de l’image ou de la surface plastique : il détermine ce qui appartient à l’espace de l’œuvre et ce qui reste en dehors d’elle. Dans l’art moderne et contemporain, cette limite peut être affirmée, déplacée, supprimée ou débordée, notamment lorsque l’œuvre dialogue avec le mur, le lieu d’exposition, l’espace architectural ou la position du spectateur[40].
Le cadre se distingue du cadrage, qui désigne le choix de ce qui est montré dans les limites d’une image.
Notions associées : encadrement (art), bordure, support, châssis (peinture), format, composition picturale, champ, hors-champ, espace d'exposition.
Notions voisines : cadrage, accrochage, dispositif artistique, installation artistique.

Clair-obscur

Le clair-obscur est une technique picturale et graphique qui consiste à organiser les rapports entre les zones claires et les zones sombres d’une image. Il permet de suggérer le relief, le volume, la profondeur et l’éclairage d’une scène par le jeu des valeurs, c’est-à-dire par les degrés de lumière et d’ombre[41],[42].
Dans une œuvre figurative, le clair-obscur contribue au modelé des formes : les passages de la lumière à l’ombre donnent l’illusion du volume sur une surface plane. Il peut produire des effets doux et progressifs, lorsque les transitions sont fondues, ou des effets dramatiques, lorsque les contrastes entre lumière et obscurité sont fortement accentués[43].
Le terme correspond à l’italien chiaroscuro, composé de chiaro, « clair », et scuro, « obscur ». En histoire de l’art, il est notamment associé à la peinture de la Renaissance et du baroque, ainsi qu’à des artistes comme Léonard de Vinci, Le Caravage, Rembrandt ou Georges de La Tour. Dans un usage plus large, le clair-obscur peut aussi désigner des effets de lumière contrastée en photographie, au cinéma ou dans l’image numérique[44],[45].
Le clair-obscur se distingue du sfumato, qui adoucit les contours et rend les transitions presque imperceptibles, et du ténébrisme, qui accentue fortement les contrastes lumineux jusqu’à produire des effets dramatiques de lumière surgissant de l’ombre. Il se distingue aussi de l’aplat, qui privilégie une surface de couleur uniforme sans modelé.
Notions associées : lumière, ombre, valeur, contraste, modelé, volume, relief, profondeur, composition picturale, éclairage, ténébrisme.
Notions voisines : sfumato, glacis, dégradé, perspective atmosphérique, peinture baroque, photographie, cinéma.
Notions opposées ou contrastées : aplat, cerne, ligne claire, monochrome.

Construction de l'image

En arts plastiques, la construction de l’image désigne l’ensemble des choix plastiques par lesquels une image est organisée : composition, cadrage, point de vue, format, échelle, lumière, couleur, profondeur, hiérarchie des plans, rapport entre les formes et relation entre le champ et le hors-champ. Elle concerne la manière dont les éléments visibles sont disposés pour produire du sens, orienter le regard du spectateur ou structurer une représentation.
Dans une image figurative, la construction de l’image peut organiser un espace narratif, suggérer une action, un déplacement, une durée ou un mouvement. Elle peut aussi articuler plusieurs temps ou plusieurs points de vue dans une même image. Cette notion peut s’appliquer aux espaces narratifs de la figuration, ainsi qu’au temps et au mouvement dans l’image figurative[24].
La construction de l’image ne se limite pas à la représentation réaliste. Elle peut produire une illusion de profondeur par la perspective, les valeurs, les superpositions ou les variations d’échelle ; elle peut aussi affirmer la planéité du support, fragmenter l’espace, déséquilibrer la composition, multiplier les points de vue ou faire dialoguer l’image avec le texte, le support, le lieu ou le dispositif de présentation[46].
En photographie, au cinéma, en vidéo ou en bande dessinée, la construction de l’image est liée au cadrage, au point de vue, à l’échelle des plans, à la succession des images et au montage. Photographier ou filmer implique notamment de choisir un cadrage et un point de vue qui participent à la production du sens[47].
Notions associées : image, figuration, composition picturale, cadrage, point de vue, format, champ, hors-champ, perspective, plan (cinéma), échelle des plans, narration, mouvement, montage.
Notions voisines : composition photographique, mise en scène, rhétorique de l'image, espace représenté, image figurative.

Couleur

En arts plastiques, la couleur est un élément du langage plastique qui participe à la perception, à la composition et au sens d’une œuvre. Elle peut définir une forme, organiser un espace, créer un contraste, suggérer la lumière, produire une atmosphère ou exprimer une intention symbolique, sensible ou expressive[48].
La couleur peut être analysée selon plusieurs caractéristiques : la teinte, la valeur, l’intensité, la saturation, la nuance, le contraste, la transparence ou l’opacité. On distingue notamment les couleurs primaires, secondaires, complémentaires, chaudes, froides, claires, foncées, vives, ternes, pures, mélangées, dégradées ou contrastées[49].
Dans une œuvre, la couleur peut être réaliste lorsqu’elle cherche à se rapprocher des couleurs observées dans le monde visible, ou non réaliste lorsqu’elle s’en écarte volontairement. Elle peut aussi être utilisée pour ses effets expressifs, symboliques, décoratifs, perceptifs ou matériels. En peinture, dessin, collage, photographie, vidéo ou art numérique, la couleur dépend également du support, de la lumière, du médium et des techniques employées[6].
La couleur ne se réduit donc pas à une qualité visuelle : elle peut être aussi matière, lumière, signe, code ou élément de construction plastique.
Notions associées : teinte, nuance, valeur, contraste, clair-obscur, lumière, matière, pigment, monochrome, polychromie, composition picturale.
Notions voisines : couleur primaire, couleur complémentaire, couleur chaude et froide, saturation (couleur), chromatisme.

D

Design, arts appliqués, arts décoratifs

Le design, les arts appliqués et les arts décoratifs désignent des domaines de création situés à la croisée de l’art, de la technique, de l’usage, de l’objet, de l’espace et de l’environnement quotidien. Ils concernent des productions qui ne relèvent pas seulement de la contemplation esthétique, mais aussi de la fonction, de l’usage, de la fabrication, de la diffusion ou de l’aménagement du cadre de vie.
Les arts décoratifs désignent historiquement un ensemble de disciplines liées à la décoration, à l’ornement et à la mise en valeur esthétique d’objets ou d’éléments ayant une fonction pratique ou non. Ils comprennent notamment le mobilier, la céramique, le verre, la tapisserie, l’orfèvrerie, le bijou, le textile, la ferronnerie ou les arts de la table[50],[51].
Les arts appliqués désignent plus largement l’application de principes artistiques, plastiques et techniques à la conception d’objets, d’images, d’espaces, de vêtements, de mobiliers, de décors, de supports de communication ou de productions liées à l’artisanat et à l’industrie. Le terme insiste sur la relation entre création artistique et usage concret. Il recoupe en partie les arts décoratifs, mais s’étend aussi vers le design moderne, la communication visuelle, le graphisme, la mode, l’espace et l’objet[50],[52].
Le design désigne une démarche de conception visant à inventer, organiser ou améliorer des objets, des signes, des espaces, des services ou des dispositifs en tenant compte des usages, des contraintes techniques, économiques, sociales, environnementales et esthétiques. Le ministère de la Culture présente le design comme un processus de création et d’innovation en relation avec les besoins de l’utilisateur, couvrant notamment le design produit, le design d’espace, le design graphique, le design numérique et le design de services[53].
La distinction entre ces notions tient donc surtout à leur histoire et à leur champ d’application. Les arts décoratifs sont souvent associés à l’ornement, aux objets et aux savoir-faire d’art ; les arts appliqués désignent l’application de la création artistique à des fonctions pratiques ; le design met davantage l’accent sur la conception, l’usage, la méthode, l’innovation, la production et l’expérience de l’utilisateur.
Il convient de distinguer les arts décoratifs de l’Art déco, qui est un mouvement artistique apparu vers 1910 et développé dans l’entre-deux-guerres, dont le nom vient de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes organisée à Paris en 1925[54].
Notions associées : design, arts appliqués, arts décoratifs, objet, usage, fonction, ornement, mobilier, céramique, graphisme, design d'objet, design graphique, design d'espace, design numérique, design de services, artisanat d'art.
Notions voisines : architecture intérieure, scénographie, mode, communication visuelle, industrie, métiers d'art, Art nouveau, Art déco, Bauhaus.
Notions à distinguer : arts plastiques, beaux-arts, art contemporain, décoration, stylisme, Art déco.

Design d'espace

Le design d’espace désigne la conception, l’organisation ou l’aménagement d’un lieu, intérieur ou extérieur, privé ou public, en tenant compte de ses usages, de ses contraintes matérielles, de ses qualités sensibles et de la manière dont les personnes l’habitent, le traversent ou le perçoivent[55].
En arts plastiques, le design d’espace se situe au croisement de l’architecture, de la scénographie, de l’installation artistique, du paysage, de l’urbanisme, de l’architecture d'intérieur, du design et parfois de l’art public. Il peut concerner un espace d’exposition, un habitat, un commerce, un espace de travail, un lieu culturel, un espace urbain, un jardin, une terrasse, un dispositif immersif ou un environnement temporaire.
Le design d’espace ne se limite pas à la décoration : il articule formes, volumes, circulations, lumière, matériaux, couleurs, échelle, mobilier, signalétique, ambiance, accessibilité et relation au corps. Il prend en compte la fonction du lieu, les pratiques des usagers, les parcours, les points de vue, les seuils, les contraintes techniques et la perception sensible de l’espace.
Notions associées : architecture, architecture d'intérieur, scénographie, paysage, urbanisme, espace, installation artistique, art in situ, design, design d'objet, mobilier, lumière, matériau, usage, accessibilité.
Notions voisines : art public, dispositif artistique, immersion, signalétique, muséographie, aménagement du territoire, environnement construit.

E

Empreinte

En arts plastiques, l’empreinte désigne la marque laissée par un corps, un objet, une matière ou un geste sur une surface ou dans un matériau. Elle peut être produite par contact, pression, frottement, moulage, impression, estampage, gravure, tampon, photogramme ou photographie. Elle constitue à la fois une trace, un procédé technique et un mode de relation entre un référent et son image[56].
L’empreinte peut relever du bidimensionnel, lorsqu’elle se manifeste comme image ou trace sur une surface, ou du tridimensionnel, lorsqu’elle prend la forme d’un creux, d’un relief, d’un moulage ou d’un volume. Elle met en jeu le contact entre un élément et un support, mais aussi les notions de présence, d’absence, de mémoire, d’indice, de reproduction et de trace.
Dans les pratiques artistiques, l’empreinte peut être directe, comme une empreinte de main, de pied, de peau, d’objet ou de matière, ou indirecte, lorsqu’elle passe par un procédé technique : gravure, estampe, frottage, moulage, photographie, rayogramme ou photogramme. L’estampe, par exemple, repose sur l’impression d’une matrice sur un support ; les techniques de gravure, de sérigraphie ou de lithographie peuvent ainsi être analysées comme des procédés d’empreinte[57].
L’empreinte occupe une place importante dans l’art moderne et contemporain. Elle peut être utilisée pour enregistrer un corps, conserver la trace d’un geste, révéler une texture, reproduire une forme, transformer une matière ou interroger le rapport entre l’original et la reproduction. Le Centre Pompidou a présenté sous ce titre des œuvres utilisant notamment le moulage, le frottage, le pliage, le froissement, la décalcomanie, le photogramme, le tampon et le sceau, ainsi que des empreintes corporelles[58],[59].
L’empreinte se distingue de la simple trace par le rapport plus direct qu’elle entretient avec un corps, un objet ou une matrice qui l’a produite. Elle se distingue aussi de la copie, car elle ne reproduit pas seulement une apparence : elle résulte souvent d’un contact matériel ou d’un transfert physique entre deux surfaces.
Notions associées : trace, moulage, frottage, estampe, gravure, tampon, photogramme, rayogramme, matrice, support, matière, corps, geste, indice.
Notions voisines : décalcomanie, monotype, gaufrage, empreinte digitale, anthropométrie, objet trouvé, ready-made, photographie.
Notions opposées ou contrastées : copie, reproduction, simulation, image de synthèse.

Espace

En arts plastiques, l’espace désigne à la fois le lieu dans lequel une œuvre s’inscrit matériellement, l’espace représenté par l’œuvre, l’espace du support et l’espace dans lequel le spectateur la perçoit. Il peut être bidimensionnel, lorsqu’il relève d’une surface comme une feuille, une toile ou une image, ou tridimensionnel, lorsqu’il implique le volume, la profondeur, la déambulation ou l’inscription dans un lieu réel[60].
Dans une image, l’espace peut être figuré par différents procédés plastiques : perspective, profondeur, superposition des plans, variation d’échelle, cadrage, lumière, ombre, couleur ou composition. Il se distingue alors de l’espace matériel du support, qui correspond à la surface réelle sur laquelle l’artiste intervient[61].
Dans les pratiques contemporaines, l’espace peut devenir un constituant direct de l’œuvre, notamment dans l’installation artistique, l’art in situ, le land art, le street art, l’architecture, la performance ou les dispositifs immersifs. L’œuvre peut alors être pensée en relation avec un lieu, un parcours, une échelle, une circulation ou une expérience du spectateur[60].
Notions associées : support, surface, volume, perspective, profondeur, composition picturale, point de vue, cadrage, installation artistique, art in situ, espace d'exposition, spectateur.
Notions opposées ou complémentaires : bidimensionnel, tridimensionnel, plan, volume.

Expressionnisme

L’expressionnisme est une tendance artistique qui privilégie l’expression subjective, émotionnelle ou intérieure du monde plutôt que sa représentation réaliste. Il se manifeste notamment dans les arts plastiques, la littérature, le théâtre, le cinéma, la danse et la musique[62],[63].
En arts plastiques, l’expressionnisme se caractérise souvent par la déformation des formes, l’intensité des couleurs, des contrastes marqués, une touche expressive, des empâtements visibles, des lignes tendues ou anguleuses et une atmosphère dramatique, pathétique ou tourmentée. Ces moyens plastiques ne cherchent pas seulement à imiter le réel, mais à traduire une émotion, une tension intérieure, une angoisse, une révolte ou une vision personnelle du monde[62].
Au sens historique strict, l’expressionnisme s’affirme surtout en Europe au début du XXe siècle, en particulier dans le contexte allemand, avec des groupes comme Die Brücke et Der Blaue Reiter. Il peut cependant désigner plus largement toute démarche artistique qui accentue l’expression subjective par la déformation, l’exagération ou l’intensification des formes et des couleurs[62],[64].
L’expressionnisme se distingue de l’impressionnisme, qui s’attache davantage aux effets fugitifs de la perception visuelle, et du réalisme, qui vise une représentation plus objective ou descriptive du monde visible.
Notions associées : subjectivité, déformation, couleur, contraste, geste, touche, matière, figure, émotion, expression.
Notions voisines : fauvisme, symbolisme, Die Brücke, Der Blaue Reiter, expressionnisme abstrait, néo-expressionnisme.
Notions opposées ou contrastées : réalisme, naturalisme, impressionnisme.

F

Figuration / Non-figuration

En arts plastiques, la figuration désigne le fait de représenter sous une forme visible un être, un objet, un paysage, une scène, une action ou tout autre élément identifiable. Une œuvre figurative entretient donc un rapport reconnaissable avec le monde visible, réel ou imaginaire, même lorsque les formes sont stylisées, simplifiées, déformées ou expressives[65].
La non-figuration désigne, par opposition, une démarche ou une œuvre qui ne représente pas de sujet immédiatement identifiable. Elle privilégie les éléments plastiques — formes, couleurs, lignes, matières, gestes, rythmes, structures ou rapports d’espace — sans chercher à produire une image reconnaissable d’un objet, d’une figure ou d’une scène. Elle est proche de l’art abstrait, sans se confondre nécessairement avec toutes les formes d’abstraction[65],[66].
La figuration ne se réduit pas au réalisme : une œuvre peut être figurative tout en étant stylisée, symbolique, expressionniste, schématique, narrative ou fantastique. De même, la non-figuration ne signifie pas absence de sens : elle peut organiser une expérience sensible, spatiale, gestuelle, matérielle ou symbolique à partir des moyens propres du langage plastique.
Notions associées : représentation, image, figure, réalisme, mimèsis, ressemblance, vraisemblance, stylisation, déformation, abstraction.
Notions voisines : art figuratif, art abstrait, non-figuration, figuration libre, figuration narrative, expressionnisme, symbolisme.
Notions opposées ou contrastées : abstraction, art non figuratif, art non objectif.

Forme

En arts plastiques, la forme désigne l’organisation visible ou sensible d’un objet artistique, qu’il s’agisse d’un tableau, d’une sculpture, d’une installation, d’une architecture, d’une image ou d’un objet. Elle concerne la configuration générale de l’œuvre, ses contours, ses volumes, ses proportions, ses lignes, ses masses, ses surfaces et ses rapports à l’espace[67].
La forme peut être celle de l’œuvre elle-même ou celle d’un objet représenté. Elle peut être figurative, abstraite, géométrique, organique, ouverte, fermée, simple, complexe, élancée, massive, lisse, anguleuse ou irrégulière. Son analyse porte notamment sur les relations entre la forme et la fonction, la forme et le matériau, ou encore la forme et l’espace dans lequel elle se déploie[68].
Dans une œuvre plastique, la forme ne se réduit pas à un contour : elle participe à la construction du sens, à la perception de l’œuvre et à l’effet produit sur le spectateur. Elle est liée aux autres constituants plastiques, tels que la couleur, la matière, le support, le geste, la lumière, le format et l’espace[6].
Notions associées : composition picturale, contour, volume, ligne, surface, matière, espace, support, format, figuration, abstraction.
Notions voisines : forme ouverte, forme fermée, forme géométrique, forme organique, forme abstraite.

G

Geste

En arts plastiques, le geste désigne l’action physique par laquelle l’artiste intervient sur un support, une matière, un matériau, un outil ou un espace. Il engage le corps, notamment la main, le bras, le poignet, l’épaule ou l’ensemble du corps, et participe directement à la production de l’œuvre[69],[49].
Le geste peut être ample, retenu, rapide, lent, répété, maîtrisé, spontané, violent, délicat ou mécanique. Il détermine des effets plastiques visibles, tels que la touche, le trait, la trace, l’empreinte, la texture, la facture, la griffure, la coulure, la traînée, le frottage, l’écrasement, la découpe ou l’empâtement[49].
Dans une œuvre, le geste peut être perceptible à travers les traces qu’il laisse, mais il peut aussi devenir le sujet même de la création, notamment dans certaines formes d’abstraction lyrique, d’expressionnisme abstrait, de performance, d’art corporel ou d’action picturale. Il peut alors mettre en évidence le processus de création autant que le résultat final[6].
Notions associées : corps, outil, support, matière, trace, touche, empreinte, texture, facture, mouvement, performance artistique.
Notions voisines : action painting, abstraction lyrique, expressionnisme abstrait, art corporel, processus de création.

H

Hybridation

En arts plastiques, l’hybridation désigne le croisement, la combinaison ou l’articulation d’éléments hétérogènes dans une œuvre, une démarche ou un dispositif artistique. Elle peut concerner des médiums, des techniques, des matériaux, des images, des objets, des disciplines, des références culturelles, des outils numériques ou des modes de présentation[70],[71].
Une œuvre hybride peut ainsi mêler dessin et photographie, peinture et collage, sculpture et objet trouvé, image fixe et image animée, espace réel et espace numérique, production manuelle et procédés technologiques, ou encore arts plastiques, cinéma, architecture, design, sciences et technologies. L’hybridation ne se réduit pas à un simple mélange : elle produit souvent une transformation réciproque des éléments associés, qui modifie leur statut, leur fonction ou leur signification.
peut aussi éclairer les relations entre arts plastiques, cinéma, animation, image de synthèse, jeu vidéo, art numérique et dispositifs interactifs.
Elle est fréquente dans les pratiques modernes et contemporaines, où les frontières entre les genres artistiques, les médiums, les supports et les disciplines sont souvent déplacées, brouillées ou recomposées. Elle peut être matérielle, technique, iconographique, culturelle, disciplinaire ou numérique.
Notions associées : médium, technique artistique, matériau, collage, assemblage, installation artistique, art numérique, image de synthèse, dispositif artistique, interdisciplinarité, métissage, appropriation, transformation.
Notions voisines : mixed media, art multimédia, art interactif, art génératif, installation vidéo, performance artistique, ready-made, objet trouvé.

L

Land art

Le land art, ou earth art, est un courant de l’art contemporain apparu principalement dans les années 1960 et 1970, qui utilise le paysage comme lieu, support, matériau ou espace d’intervention. Les œuvres de land art sont souvent réalisées en extérieur, dans des sites naturels, ruraux, désertiques ou difficilement accessibles, à partir de matériaux tels que la terre, la pierre, le sable, l’eau, le bois, les végétaux ou les reliefs du terrain[72],[73].
Le land art se distingue de la simple sculpture en plein air : il engage le site lui-même, son échelle, sa géographie, sa lumière, ses matériaux, son histoire, son climat ou son évolution dans le temps. Certaines œuvres consistent à creuser, déplacer, aligner, accumuler, tracer, recouvrir ou transformer des éléments du paysage. Elles peuvent être monumentales, éphémères, soumises à l’érosion ou à la disparition, et sont fréquemment connues par des photographies, films, cartes, dessins préparatoires ou documents exposés ensuite en galerie ou en musée[74],[75].
Historiquement, le land art est lié à une remise en question du musée, de la galerie, de l’objet d’art transportable et du marché de l’art. Il entretient des relations avec l’art conceptuel, le minimalisme, l’art in situ, l’installation artistique, l’art environnemental et certaines préoccupations écologiques, même s’il ne se réduit pas à un art écologique[72],[76].
Parmi les artistes souvent associés au land art figurent Robert Smithson, Michael Heizer, Nancy Holt, Walter De Maria, Richard Long, Dennis Oppenheim ou Christo et Jeanne-Claude. L’une des œuvres les plus citées est Spiral Jetty de Robert Smithson, réalisée en 1970 dans le Grand Lac Salé, aux États-Unis[77].
Notions associées : paysage, site-specific art, art in situ, earthwork, installation artistique, art environnemental, nature, espace, matériau, trace, éphémère, documentation photographique.
Notions voisines : minimalisme, art conceptuel, art public, sculpture, architecture du paysage, écologie, marche artistique.

Lumière

En arts plastiques, la lumière désigne à la fois ce qui rend l’œuvre visible, ce qui organise sa perception et ce qui peut être représenté, suggéré ou produit par l’œuvre elle-même. Elle modifie l’apparence des surfaces, des couleurs et des matières, et permet de percevoir les volumes, notamment par les effets d’ombre, de clair-obscur, de contraste, de reflet ou de transparence[78].
Dans une image, la lumière peut être représentée par une source visible, comme une bougie, une fenêtre, un soleil ou une lampe, ou être seulement suggérée par l’éclairage des formes, les ombres portées, les dégradés, les contrastes de valeurs ou la vibration de la couleur. Elle participe alors à la composition, à l’atmosphère de l’œuvre et à la construction de l’espace représenté[79].
Dans certaines œuvres modernes et contemporaines, la lumière n’est plus seulement représentée : elle devient un matériau, un objet ou un élément du dispositif artistique, par exemple dans les œuvres utilisant le néon, la projection, les écrans, les environnements lumineux ou les installations immersives[80].
Notions associées : ombre, clair-obscur, contraste, valeur, couleur, matière, surface, volume, reflet, transparence, opacité, projection, installation artistique.
Notions voisines : éclairage, luminisme, art lumineux, art numérique, dispositif artistique.

M

Matière

En arts plastiques, la matière désigne la substance concrète, visible ou sensible, qui constitue une œuvre ou intervient dans sa réalisation. Elle peut être naturelle, artificielle, brute, transformée, fluide, solide, souple, rigide, lisse, rugueuse, épaisse, transparente, opaque ou friable. Elle participe à l’apparence de l’œuvre, à sa texture, à sa matérialité et aux effets produits sur le spectateur[60].
La matière se distingue du matériau, qui désigne plus précisément ce qui est utilisé pour fabriquer ou produire une œuvre, comme la pierre, le bois, le métal, le tissu, le papier, l’argile, le verre, le plastique, la peinture ou les pigments. Une matière peut cependant devenir matériau lorsqu’elle est choisie et travaillée par l’artiste dans une intention plastique[81].
Dans une œuvre bidimensionnelle, la matière peut être représentée ou suggérée par des effets de surface, de touche, de texture, de relief, d’empâtement, de transparence ou de collage. Dans une œuvre tridimensionnelle, elle intervient directement dans le volume, le poids, la résistance, la texture, l’échelle et la présence physique de l’objet artistique[6].
Dans l’art moderne et contemporain, la matière peut devenir un élément central de la démarche artistique, notamment lorsque l’artiste met en valeur les qualités propres des matériaux, leurs traces, leurs accidents, leurs transformations ou leur dégradation. Elle est alors liée à la matérialité, c’est-à-dire à l’ensemble des caractéristiques physiques et sensibles qui constituent l’œuvre[82].
Notions associées : matériau, texture, surface, support, relief, volume, touche, empâtement, collage, assemblage, pigment, matérialité.
Notions voisines : matière picturale, matière première, objet trouvé, ready-made, art informel, arte povera.

Métaphore, analogie, allégorie

En arts plastiques, la métaphore, l’analogie et l’allégorie désignent des procédés par lesquels une image, une forme ou une œuvre évoque une réalité au moyen d’une autre. Ces notions permettent d’analyser des œuvres qui ne se limitent pas à représenter littéralement un sujet, mais produisent un sens par rapprochement, substitution, correspondance ou symbolisation[83].
L’analogie repose sur un rapport de ressemblance, de proportion ou de correspondance entre deux réalités différentes. Dans une image, elle permet d’évoquer un objet, une idée, une sensation ou une situation par un autre élément qui présente avec lui un trait commun. Une image peut ainsi faire comprendre une réalité abstraite, complexe ou invisible en la rapprochant d’une forme plus concrète ou plus immédiatement perceptible[83].
La métaphore est un procédé de transfert : elle donne à une réalité les qualités d’une autre, sans nécessairement employer un outil explicite de comparaison. En arts plastiques, une forme, une couleur, une matière, une composition, un objet ou un dispositif peut fonctionner métaphoriquement lorsqu’il suggère autre chose que ce qu’il montre directement. La métaphore peut être ponctuelle, lorsqu’elle concerne un élément isolé, ou se développer dans l’ensemble d’une œuvre[84],[85].
L’allégorie est une forme développée de représentation indirecte : elle exprime une idée abstraite, morale, politique, religieuse ou philosophique au moyen d’une image, d’un personnage, d’un récit ou d’un ensemble de symboles organisés. Dans les arts visuels, elle peut prendre la forme d’une figure personnifiée, d’une scène symbolique ou d’une composition dans laquelle plusieurs éléments concrets renvoient à un sens second[86],[87].
Ces notions sont utiles pour analyser la dimension symbolique, poétique, critique ou narrative d’une œuvre. Elles permettent de distinguer ce qui est montré au premier degré et ce que l’image fait comprendre indirectement par association, déplacement ou construction d’un sens second.
Notions associées : image, représentation, symbole, signe, interprétation, comparaison, figure de style, personnification, iconographie, narration, sens littéral, sens figuré.
Notions voisines : mimèsis, figuration, symbolisme, emblème, attribut iconographique, allégorie nationale, vanité.
Notions à distinguer : réalisme, description, illustration, décoration, trompe-l'œil.

Mimèsis

La mimèsis est une notion esthétique issue du grec ancien, généralement traduite par imitation ou représentation. Dans la théorie de l’art, elle désigne le rapport par lequel une œuvre imite, représente ou transpose le monde visible, les actions humaines, la nature ou le réel. Le terme est notamment associé à la pensée de Platon et d’Aristote, puis à l’histoire des théories de la représentation artistique[88],[89].
En arts plastiques, la mimèsis ne se réduit pas à la copie fidèle du réel. Elle peut concerner la ressemblance, la vraisemblance, la reproduction, la stylisation, l’idéalisation, la transformation ou l’interprétation d’un motif. Une œuvre mimétique peut donc chercher à produire une illusion de réalité, mais aussi affirmer un écart expressif, symbolique ou critique par rapport à son modèle[90].
La mimèsis se distingue de l’abstraction, lorsque celle-ci s’éloigne de la représentation d’un référent identifiable, mais elle peut aussi coexister avec des formes stylisées, symboliques ou partiellement abstraites.
Notions associées : représentation, imitation, ressemblance, vraisemblance, réalisme, figuration, trompe-l'œil, illusion, modèle, écart.
Notions voisines : figuration, naturalisme, réalisme, copie, reproduction, interprétation, stylisation.
Notions opposées ou contrastées : abstraction, non-figuration, autoréférentialité.

Mise en abyme et effet « Vache qui rit

La mise en abyme est un procédé consistant à insérer, dans une œuvre, une image, une scène, un récit ou une œuvre qui reprend, reflète ou redouble l’œuvre principale. En arts plastiques, elle peut prendre la forme d’une image dans l’image, d’un tableau dans le tableau, d’un miroir, d’un écran, d’un dispositif de représentation ou d’une œuvre qui se représente elle-même[91].
Dans les arts visuels, la mise en abyme peut produire un effet d’emboîtement, de réflexion, de répétition ou de récursivité. Elle interroge le rapport entre l’image et ce qu’elle montre, entre l’œuvre et sa représentation, entre le spectateur et le dispositif de vision. Elle peut aussi créer un effet de vertige, d’ironie, de distance critique ou d’autoréférence.
L’expression effet Vache qui rit désigne familièrement un cas particulier de mise en abyme graphique : l’image contient une version réduite d’elle-même, qui contient à son tour une autre version réduite, et ainsi de suite. L’exemple vient du dessin de la boîte de fromage La Vache qui rit, où la vache porte des boucles d’oreille représentant la boîte elle-même[91],[92].
Ce phénomène est proche de l’effet Droste, nom donné à une image récursive dans laquelle une image contient une version réduite d’elle-même. Le procédé est également rapproché des notions de récursivité, d’autosimilarité et, dans certains cas, de fractale.
La mise en abyme ne se limite pas aux images récursives. Elle peut aussi exister en littérature, au théâtre, au cinéma, dans la bande dessinée, la photographie, la vidéo ou l’installation, lorsqu’une œuvre contient une représentation partielle ou réfléchie d’elle-même, de sa fabrication, de son sujet ou de son dispositif.
Notions associées : image, représentation, récursivité, autosimilarité, effet Droste, miroir, reflet, autoréférence, cadre, dispositif artistique, spectateur.
Notions voisines : tableau dans le tableau, film dans le film, théâtre dans le théâtre, métalepse, mise en scène, image récursive, fractale.
Notions à distinguer : répétition, motif, appropriation, allégorie, trompe-l'œil.

O

Outil

En arts plastiques, l’outil désigne ce qui permet à l’artiste d’agir sur un support, une matière, un matériau ou un espace afin de tracer, peindre, modeler, découper, graver, assembler, projeter, mesurer, transformer ou produire une œuvre. Il peut s’agir d’un instrument manuel, d’un dispositif mécanique, d’un appareil optique, photographique, numérique ou d’un élément détourné de son usage habituel[93].
L’outil se distingue du support, sur lequel l’artiste intervient, et du matériau, avec lequel l’œuvre est réalisée. Il est cependant étroitement lié au geste, car chaque outil rend possibles certains mouvements, certaines traces et certains effets plastiques : trait, touche, empreinte, texture, découpe, frottage, projection, modelage, gravure ou assemblage[94].
Les outils peuvent être traditionnels, comme le crayon, le pinceau, la plume, le couteau, le burin, la gouge, le ciseau, la spatule ou l’appareil photographique ; techniques ou industriels, comme la presse, le moule, la caméra, l’imprimante, le projecteur ou l’ordinateur ; ou encore inventés et détournés par l’artiste. Dans les pratiques contemporaines, des logiciels, capteurs, machines, algorithmes ou intelligences artificielles peuvent également être considérés comme des outils de création.
Le choix de l’outil influence la forme, la matière, la trace, l’échelle, le rythme, la précision ou l’accident dans l’œuvre. Il peut rester un simple moyen de production ou devenir un élément visible et significatif de la démarche artistique.
Notions associées : support, matière, matériau, geste, trace, empreinte, technique artistique, procédé, instrument, dispositif artistique, médium.
Notions voisines : pinceau, crayon, burin, spatule, appareil photographique, caméra, ordinateur, logiciel, impression 3D.

P

Processus aléatoire

En arts plastiques, un processus aléatoire désigne une démarche de création dans laquelle une part de l’œuvre est déterminée par le hasard, l’indétermination, un tirage, une règle externe, un accident matériel, un programme informatique ou l’intervention imprévisible d’un spectateur. L’artiste ne contrôle pas entièrement le résultat final, mais définit souvent un cadre, un protocole, des contraintes ou des conditions de réalisation.
Le processus aléatoire ne se confond pas avec une absence de méthode. Il peut au contraire reposer sur des règles très précises : tirage au sort, suite numérique, grille, lancer de dés, choix automatique, répartition statistique, réaction physique d’un matériau, variation lumineuse, interaction du public ou calcul algorithmique. Le hasard intervient alors à l’intérieur d’un dispositif construit.
Dans l’art moderne et contemporain, le recours à l’aléatoire peut remettre en question l’idée d’une composition entièrement maîtrisée par l’artiste. Il peut déplacer la place du geste, de l’intuition, du savoir-faire ou de l’auteur, en donnant un rôle actif au protocole, au matériau, au temps, au spectateur ou à la machine. François Morellet a notamment utilisé des répartitions aléatoires, des suites numériques et des tirages pour organiser certaines de ses œuvres[95].
Cette notion peut aussi être rapprochée des pratiques de John Cage, de l’art conceptuel, de l’art génératif, de l’art cinétique, de l’installation artistique et des œuvres interactives. Elle est liée aux notions de règle, de protocole, de variation, d’événement, d’expérience et de processus de création[96],[97].
Notions associées : hasard, indétermination, protocole, contrainte, processus de création, art génératif, art conceptuel, art cinétique, installation artistique, interaction, spectateur, algorithme, variation, série.
Notions voisines : process art, art algorithmique, art numérique, performance artistique, happening, œuvre ouverte, expérimentation, accident.
Notions opposées ou contrastées : composition, intention artistique, maîtrise technique, contrôle, planification.

S

Sfumato

Le sfumato est une technique picturale consistant à adoucir les contours des formes et à rendre les transitions entre les couleurs, les tons, l’ombre et la lumière presque imperceptibles. Le terme vient de l’italien sfumare, qui signifie atténuer, estomper ou produire un effet vaporeux[98],[99].
En peinture, le sfumato permet d’éviter les lignes trop nettes et les contours fortement dessinés. Il produit un modelé doux, une impression de profondeur, une atmosphère vaporeuse et un rendu plus illusionniste des chairs, des visages, des ombres ou des arrière-plans. Il peut être obtenu par des couches fines et transparentes, des glacis, des fondus ou un travail très progressif des valeurs.
Le sfumato est particulièrement associé à Léonard de Vinci, dont les œuvres utilisent des transitions subtiles entre lumière et ombre. Larousse décrit cette technique comme un voile qui rend imperceptible le passage entre couleurs, ombres et lumières[100].
Le sfumato se distingue du clair-obscur, qui repose sur des contrastes marqués entre lumière et ombre, et de la perspective atmosphérique, qui concerne surtout l’effet de profondeur produit par l’air, l’éloignement et la modification des couleurs dans le paysage. Il se distingue aussi du cerne, qui accentue au contraire les contours.
Notions associées : modelé, clair-obscur, valeur, ombre, lumière, glacis, fondu, contour, perspective atmosphérique, illusionnisme.
Notions voisines : Renaissance italienne, Léonard de Vinci, peinture à l'huile, transition tonale, dégradé.
Notions opposées ou contrastées : cerne, ligne claire, contour, contraste, aplat.

Street art

Le street art, ou art urbain, désigne un ensemble de pratiques artistiques réalisées dans l’espace public, notamment dans la rue, sur les murs, les façades, les sols, le mobilier urbain ou les éléments de l’architecture. Il peut prendre la forme de graffitis, pochoirs, affiches, collages, mosaïques, fresques murales, installations, interventions éphémères ou détournements d’éléments urbains[101],[102].
Le street art entretient des liens étroits avec le graffiti, mais il ne s’y réduit pas. Alors que le graffiti est souvent associé à l’inscription, au tag, à la bombe aérosol et à la culture urbaine issue notamment de New York à la fin des années 1960 et au début des années 1970, le street art recouvre une gamme plus large d’images, de techniques, de supports et d’interventions visuelles[103],[104].
Le street art est généralement conçu en relation avec le lieu où il apparaît. Il peut transformer la perception d’une rue, signaler un espace, révéler un détail architectural, détourner une surface urbaine ou produire une image accessible aux passants hors du cadre traditionnel du musée ou de la galerie. La rue peut alors devenir un espace d’exposition ouvert, gratuit et visible par tous[103].
Ses pratiques peuvent être autorisées, commandées ou institutionnalisées, mais elles peuvent aussi être non autorisées, éphémères ou illégales. Cette dimension contribue à son rapport avec la subversion, l’engagement, la critique sociale, la visibilité dans l’espace public et la remise en question des lieux traditionnels de l’art.
Le street art doit être distingué des arts de la rue, qui relèvent principalement des arts vivants prenant place dans l’espace public[105].
Notions associées : art urbain, graffiti, pochoir, affiche, collage, fresque murale, mosaïque, espace public, architecture, mur, façade, art in situ, éphémère, appropriation.
Notions voisines : art public, installation artistique, land art, performance artistique, activisme artistique, culture urbaine, appropriation, art contextuel.
Notions à distinguer : arts de la rue, graffiti, vandalisme.

Support

En arts plastiques, le support désigne la surface, l’objet, le volume, le lieu ou le dispositif sur lequel une œuvre est réalisée, inscrite, projetée ou présentée. Il peut être matériel, comme une feuille, une toile, un panneau, un mur, un tissu, une pierre, un objet ou un écran, mais aussi immatériel ou numérique lorsqu’il s’agit d’une projection, d’une image vidéo ou d’un environnement numérique[60].
Le support se distingue du matériau, qui désigne ce avec quoi l’œuvre est fabriquée, et de l’outil, qui désigne ce qui permet d’agir sur le support ou la matière. Il entretient cependant avec eux des relations étroites : le choix d’un papier, d’une toile, d’un mur, d’un écran ou d’un objet modifie les gestes possibles, les effets de matière, la composition, le format, l’échelle et la réception de l’œuvre[94].
Le support peut rester relativement neutre, lorsqu’il sert principalement de surface d’inscription, ou devenir un élément actif de l’œuvre. Dans certaines pratiques modernes et contemporaines, il peut être choisi pour ses qualités propres, détourné, découpé, troué, plié, assemblé, déplacé, agrandi ou intégré à l’espace réel de présentation. Le support participe alors à la matérialité, au sens et au dispositif de l’œuvre.
Notions associées : surface, format, matière, matériau, outil, geste, trace, composition picturale, écran, projection, installation artistique, art in situ.
Notions voisines : toile (peinture), papier, châssis (peinture), panneau, mur, socle, dispositif artistique.

Synthétisme

Le synthétisme est une esthétique picturale de la fin du XIXe siècle, associée notamment à Paul Gauguin, Émile Bernard et aux artistes de l’École de Pont-Aven. Apparu à Pont-Aven autour de 1888, il privilégie une représentation simplifiée et construite, fondée sur la synthèse des formes, des couleurs, du souvenir, de l’émotion et de l’idée plutôt que sur l’observation immédiate du réel[106],[107].
Le synthétisme se caractérise par des formes simplifiées, des aplats de couleur, des contours marqués, une composition souvent décorative et une réduction des détails. Il s’éloigne de l’impressionnisme et du néo-impressionnisme, qui accordent une place centrale à l’analyse optique de la lumière et de la couleur. Il accorde au contraire une importance plus grande à la construction de l’image, à la mémoire, au symbole et à l’expression subjective[108].
Le synthétisme entretient des liens étroits avec le cloisonnisme, qui emploie des zones colorées cernées par des contours sombres, à la manière du vitrail, de l’émail cloisonné ou de certaines estampes japonaises. Le cloisonnisme constitue l’une des bases plastiques du synthétisme, mais ce dernier désigne plus largement une démarche de synthèse entre les éléments formels de l’œuvre et l’idée ou l’émotion qu’elle cherche à exprimer[109],[110].
Le synthétisme est également lié au symbolisme, dans la mesure où l’image ne vise pas seulement à décrire le visible, mais à suggérer une signification intérieure, spirituelle, poétique ou subjective. Des œuvres comme La Vision après le sermon de Gauguin, réalisée en 1888, sont souvent rapprochées de cette esthétique par leur simplification des formes, leurs aplats colorés et leur construction symbolique[111].
Notions associées : École de Pont-Aven, Paul Gauguin, Émile Bernard, aplat, cloisonnisme, couleur, contour, composition picturale, symbolisme, postimpressionnisme.
Notions voisines : cloisonnisme, symbolisme, postimpressionnisme, japonisme, nabis.
Notions opposées ou contrastées : impressionnisme, néo-impressionnisme, naturalisme, réalisme.

Références

Related Articles

Timelines

Top Qs

Fact Checks