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Grands thermes du Nord de Timgad

thermes romains de Timgad en Algérie From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Grands thermes du Nord de Timgad (en latin : Thermae Magnae Septentrionales Thamugadenses) sont un établissement de thermes romains situé dans la ville antique de Timgad, dans l'actuelle wilaya de Batna, en Algérie. Édifiés à l'extérieur de l'enceinte primitive de la colonie, à proximité de la porte du Nord et de la voie reliant la cité à Cirta, ils s'inscrivent dans les extensions urbaines développées au-delà du noyau initial de la ville. Le monument fait partie du site archéologique de Timgad, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982.

Partie de
Destination initiale
Établissement thermal public
Destination actuelle
Site archéologique
Faits en bref Type, Partie de ...
Grands thermes du Nord de Timgad
Thermae Magnae Septentrionales Thamugadenses
Vue des grands thermes du Nord de Timgad.
Présentation
Type
Partie de
Destination initiale
Établissement thermal public
Destination actuelle
Site archéologique
Style
Matériau
Opus caementicium, brique, pierre, mortier, marbre et mosaïque
Construction
Seconde moitié du IIe siècle ou début du IIIe siècle
Démolition
Abandon durant l'Antiquité tardive, puis pillage et incendie
Longueur
80,5 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Largeur
65 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Patrimonialité
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial
Site du Bien
Année d'inscription
Localisation
Pays
Région
Wilaya
Daïra
Commune
Coordonnées
Géolocalisation sur la carte : site archéologique de Timgad
(Voir situation sur carte : site archéologique de Timgad)
Géolocalisation sur la carte : Timgad
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Construits entre la seconde moitié du IIe et le début du IIIe siècle, probablement sous les Antonins ou au début de la période des Sévères, les thermes sont attribués à cette période en raison de leur implantation hors de la ville primitive et de leurs caractéristiques architecturales, aucune inscription de fondation ni aucune brique estampillée n'ayant été découvertes lors des fouilles. L'édifice adopte un plan rectangulaire de 80,50 m sur 64,95 m, organisé selon un axe de symétrie inspiré des grands établissements balnéaires de Rome. Il comprend un frigidarium, trois piscines froides, plusieurs tepidaria, plusieurs caldaria, deux laconica, des latrines, un réseau d'hypocaustes, des galeries de service, des praefurnia, un réseau d'égouts et des terrasses accessibles depuis l'intérieur du bâtiment.

Le plan des grands thermes du Nord reprend plusieurs principes d'organisation observés dans les thermes de Trajan, les thermes de Caracalla et les thermes de Dioclétien, tout en les adaptant aux dimensions du complexe de Timgad. L'étude de l'édifice a contribué aux recherches sur l'identification fonctionnelle du frigidarium, des tepidaria et des salles chauffées dans les grands établissements thermaux romains. Les fouilles ont également mis au jour des pavements en mosaïque, des niches, des aménagements hydrauliques, des bassins alimentés par des conduites d'eau ainsi que des graffites conservés sur les enduits antiques.

Les grands thermes du Nord sont dégagés à la fin du XIXe siècle lors des campagnes de fouilles conduites par Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu. Les vestiges permettent de restituer l'organisation générale de l'établissement, son système de chauffage, ses installations hydrauliques et ses circulations. Les fouilles montrent également la disparition de la majeure partie du décor sculpté à la suite de pillages intervenus après l'abandon du monument, ainsi que des traces d'incendie affectant plusieurs secteurs. Les recherches archéologiques consacrées à cet ensemble en font l'une des principales sources pour l'étude de l'architecture thermale romaine à Timgad.

Localisation de la cité

Plan de Timgad indiquant rues, monuments et principaux édifices numérotés.
Localisation des Grands thermes du Nord (élément 21, en bleu).

Timgad s'élève sur les premières pentes septentrionales du massif de l'Aurès, à la transition entre les reliefs montagneux et les plaines de l'intérieur numide[B 1]. La cité occupe un espace largement dégagé, directement ouvert sur les voies de circulation reliant les zones de plaine aux régions montagneuses, dans un secteur qui constitue à l'époque romaine une limite naturelle stratégique[B 1].

La création de la ville répond avant tout à des préoccupations militaires et territoriales[B 2]. Fondée au pied de l'Aurès, Timgad sert de place de seconde ligne destinée à contrôler les accès vers les massifs et à surveiller les populations montagnardes[B 2]. Cette fonction stratégique influence directement l'organisation de la cité, conçue selon un plan régulier hérité du modèle du camp militaire et protégée par une enceinte défensive[B 3].

Dans le cadre de l'Empire romain, Timgad constitue un exemple représentatif des colonies de droit romain établies en Afrique du Nord[B 4]. Sa situation géographique, à la fois périphérique et stratégique, conditionne son développement urbain et son rôle régional, tout en assurant son intégration aux structures administratives et territoriales de l'Afrique romaine[B 5].

Situation des thermes dans la ville antique

Les grands thermes du Nord sont édifiés à l'extérieur de l'enceinte primitive de Timgad, à faible distance de la porte du Nord, le long de la voie qui relie la cité à Cirta[B 6],[B 7]. Cette implantation les distingue des autres établissements balnéaires de la ville et témoigne du développement urbain intervenu après la fondation de la colonie[B 8].

Le complexe occupe une position stratégique à proximité immédiate de l'une des principales voies de circulation de la cité[B 7]. Son entrée principale est aménagée sur cette artère, où un escalier de dix marches conduit à un vaste perron donnant accès au monument[B 7]. Une seconde ouverture est ménagée sur la façade opposée, en direction d'une voie secondaire, participant à l'organisation symétrique de l'édifice[B 7].

L'implantation des thermes hors de la ville primitive constitue également un indice chronologique[B 8]. En l'absence d'inscription de fondation ou de briques estampillées, Boeswillwald, Cagnat et Ballu considèrent que cette situation indique une construction postérieure aux premières années de Timgad, au cours d'une phase d'extension de l'agglomération[B 8].

Les auteurs estiment enfin que cette localisation explique en partie l'état de conservation du monument[B 9]. Situé à l'écart du tissu urbain, le complexe est plus facilement exposé au pillage après son abandon, ce qui contribue à la disparition de la quasi-totalité de son décor sculpté avant qu'un incendie n'achève sa destruction[B 9].

Historique

Histoire de la cité

La cité de Timgad est fondée en l'an 100 par Trajan, qui y établit une colonie romaine placée sous l'autorité de la Troisième légion Auguste et de son légat Lucius Munatius Gallus[1],[2]. Située à 21 km de Lambèse, sur l'axe reliant cette dernière à Theveste, la ville s'implante dans une haute plaine encadrée par le massif de l'Aurès et le mont Bou Arif, dans une position stratégique permettant de contrôler les voies d'accès vers ces régions[3]. Son nom officiel, colonia Marciana Traiana Thamugadi, associe la mémoire de Marciana, sœur de Trajan, à un toponyme indigène conservé sous la forme Thamugadi[2]. L'alimentation en eau, notamment assurée par la source d'Aïn Morris, ainsi que les conditions naturelles favorables, contribuent à son développement urbain et agricole[4],[5].

Vue des ruines de Timgad avec l'arc de Trajan et les colonnes du forum au premier plan.
Vue sur l'Arc de Trajan.

Au cours du Haut-Empire, Timgad se développe comme une cité civile de Numidie, distincte du rôle plus directement militaire de Lambèse[6]. Cet essor s'inscrit dans le contexte de la Pax Romana, qui favorise l'intégration des populations locales romanisées dans les structures civiques de l'Empire[7]. La ville se dote progressivement de ses principaux monuments : forum, théâtre, marché, Capitole, temples et thermes, tandis que son territoire assure une production agricole diversifiée comprenant céréales, oliviers, élevage et ressources forestières[8],[9]. Sous Antonin le Pieux, puis au IIe siècle et au début du IIIe siècle, la cité connaît une phase de travaux d'aménagement : le forum est réorganisé, la curie restaurée, les voies améliorées et de nouveaux édifices sont construits, parmi lesquels l'Aqua Septimiana et le temple des eaux[10]. Au début du IIIe siècle, la population est estimée à environ 15 000 habitants[11].

À partir du IIIe siècle et plus nettement au IVe siècle, Timgad s'affirme comme un centre chrétien. La présence d'un évêque est attestée dès le IIIe siècle, et Novatus participe au concile de Carthage de 256[12],[13]. Plusieurs édifices religieux sont ensuite construits, parmi lesquels basiliques, chapelles, baptistères, oratoires et un monastère[13]. La ville devient également un centre du donatisme en Numidie. En 388, l'évêque donatiste Optatus de Timgad joue un rôle politique et religieux avant d'être arrêté à la suite de la chute de Gildon[14]. Lors de la conférence de Carthage de 411, la cité est représentée par deux évêques rivaux, l'un catholique et l'autre donatiste[14].

Durant l'Antiquité tardive, Timgad passe sous domination vandale avant d'être affectée par les offensives maures ; elle est prise puis évacuée au plus tard en 484, sans disparition complète de l'occupation[15],[16]. La reconquête byzantine modifie à nouveau la situation : en 539, sous l'action du patrice Solomon, la ville est dotée d'un fort byzantin[13],[17]. Une activité urbaine et religieuse subsiste encore aux VIe et VIIe siècles, sans que les sources permettent de préciser les dernières phases d'occupation du site[18],[19].

Destruction, fouilles et conservation

Les vestiges des grands thermes du Nord témoignent d'un dépouillement important de leur décor architectural[B 9]. Aucune statue n'est retrouvée dans l'édifice et seules deux bases subsistent parmi celles qui soutenaient les baies des salles 3, III et 17[B 9]. Boeswillwald, Cagnat et Ballu attribuent ces disparitions à un pillage ancien, facilité par la situation du monument hors de l'enceinte urbaine de Timgad[B 9]. Des traces d'incendie relevées dans les ruines témoignent d'une phase ultérieure de destruction qui achève de dégrader les aménagements du complexe[B 9].

Après leur dégagement, les grands thermes du Nord apparaissent comme l'un des ensembles balnéaires les plus étendus de Timgad, dont les vestiges permettent encore de restituer la régularité du plan et l'organisation générale[B 10]. Les fouilles mettent toutefois en évidence la disparition de la quasi-totalité des revêtements muraux et des mosaïques des salles chauffées[B 11],[B 12],[B 9].

Au moment du déblaiement, une partie des murs conserve encore son enduit antique, portant de nombreux graffites composés d'inscriptions et de dessins tracés à la pointe ou au charbon[B 13]. L'exposition au gel et au soleil entraîne rapidement la disparition d'une partie de ces revêtements malgré les mesures prises pour les préserver[B 13]. Les copies et relevés réalisés lors des fouilles conservent ainsi la trace de graffites aujourd'hui disparus[B 13].

Datation

Dessin d'un angle du frigidarium entouré de murs massifs en briques partiellement ruinés.
Un angle du frigidarium des grands thermes du Nord de Timgad.

La date de construction des grands thermes du Nord ne peut être déterminée avec précision en raison de l'absence d'éléments épigraphiques permettant d'établir une chronologie absolue[B 8]. Les fouilles ne livrent aucune inscription relative à l'édifice et les briques employées dans les maçonneries et les hypocaustes ne portent aucun estampillage susceptible d'indiquer leur période de fabrication[B 8].

L'implantation du monument fournit néanmoins un premier indice chronologique[B 7],[B 8]. Sa construction hors de la ville primitive, en avant de la porte du Nord, intervient après la fondation de la colonie et s'inscrit dans l'extension du tissu urbain au-delà de son périmètre initial[B 7],[B 8].

L'analyse architecturale fournit un second élément de datation[B 8]. Boeswillwald, Cagnat et Ballu attribuent l'édifice au règne des Antonins ou, au plus tard, à celui des Sévères, soit entre la seconde moitié du IIe siècle et le début du IIIe siècle[B 8]. Cette proposition repose notamment sur la parenté du plan avec les modèles de grands établissements thermaux développés à partir des thermes de Trajan[B 14].

Les propositions ultérieures restent comprises dans cette fourchette chronologique[20]. Daniel Krencker situe, à titre indicatif, la construction à la fin du IIe siècle, tandis qu'Alexandre Lézine, repris par S. Germain, l'attribue plus largement au IIe siècle[20]. Pietro Romanelli retient pour sa part une construction à la fin du IIe siècle ou au début du IIIe siècle, rejoignant ainsi la chronologie proposée par Boeswillwald, Cagnat et Ballu[20].

Yvon Thébert privilégie cependant une datation au IIe siècle[20]. Il souligne que le plan des thermes dérive directement des recherches architecturales développées à Rome au cours de ce siècle et considère, pour des raisons typologiques, qu'une construction au IIIe siècle est improbable[20]. Il écarte notamment une datation à l'époque sévérienne, sans toutefois retenir une chronologie plus précise à l'intérieur du IIe siècle[20].

Plan général et organisation architecturale

Plan, dimensions et construction

Plan des grands thermes du Nord montrant la disposition des salles, des bassins et des voies environnantes.
Plan du monument montrant l'organisation des salles thermales, des espaces de service et des voies adjacentes.

Les thermes se distinguent des autres établissements balnéaires de Timgad par la régularité de leur plan et la symétrie de leur composition[B 6],[20]. L'édifice mesure 80,50 m de longueur sur 64,95 m de largeur, sans compter deux contreforts de 3,95 m qui épaulent son côté nord[B 7]. Ses murs sont constitués d'un blocage revêtu de parements de briques[B 7].

Le plan s'organise autour d'un axe transversal parallèle à la façade et orienté du sud au nord, qui partage le monument en deux moitiés présentant une disposition similaire jusque dans le détail des aménagements[B 6],[B 7],[20]. Cette symétrie se traduit par la présence de salles correspondantes de part et d'autre de l'axe central, désignées sur le plan par des chiffres arabes dans la partie orientale et par leurs équivalents en chiffres romains dans la partie occidentale[B 7].

Les principales salles s'articulent autour de la grande pièce centrale des bains froids et des salles 2 et II, disposées perpendiculairement à celle-ci[B 8]. Leur agencement forme un double « T », dont la salle centrale constitue le montant commun[B 8]. Cette organisation appartient à un type de plan employé dans les grands thermes romains à partir du début du IIe siècle[B 8],[B 15],[20].

L'étendue primitive du complexe demeure toutefois incertaine, la totalité du bâtiment n'ayant peut-être pas été dégagée[20]. Yvon Thébert envisage ainsi la présence, au nord des structures connues, d'une natatio et surtout d'une palestre, qui auraient complété l'organisation générale de l'établissement[20].

Entrées et circulation intérieure

Large escalier antique de dix marches en pierre menant à un perron, devant des vestiges en briques.
Escalier d'accès au monument.

L'entrée principale des thermes s'ouvre sur la grande voie reliant la porte du Nord de Timgad à Cirta[B 7]. Un escalier de dix marches conduit à un perron donnant accès au monument par deux portes ménagées dans la façade orientale[B 7].

La partie méridionale de cet escalier fait toutefois l'objet d'un remaniement postérieur destiné à ouvrir un accès direct vers le couloir 7, alors que l'aménagement d'origine présente vraisemblablement une disposition symétrique dans laquelle les deux volées d'escalier viennent s'appuyer perpendiculairement contre la façade[B 7]. Une seconde ouverture, aménagée sur la façade occidentale en vis-à-vis de l'entrée principale, dessert une voie secondaire et participe à la composition symétrique de l'édifice[B 7]. Le parcours des baigneurs débute par un vestibule (6 sur le plan), dont le mur de fond est occupé par une niche aveugle qui interdit tout accès direct aux salles principales[B 7].

Perron antique bordé de murs en briques ruinés, sous un ciel couvert de nuages sombres.
Perron d'accès aux thermes.

Cette disposition oblige les visiteurs à emprunter les couloirs 7 et 9 avant d'atteindre les espaces balnéaires, préservant ainsi l'intimité des baigneurs tout en limitant les courants d'air provenant de l'extérieur[B 7]. Afin de faciliter la circulation, une porte est percée ultérieurement entre le couloir 7 et le perron, tandis que le couloir symétrique VII conserve son organisation primitive[B 7].

La salle 2 constitue ensuite le principal espace de distribution des bains froids et dessert les différentes parties de l'établissement[B 16]. Deux passages obliques conduisent respectivement aux salles 14 et 15, tandis qu'un escalier aménagé dans le passage vers la salle 14 permet d'accéder aux terrasses qui couvrent le monument[B 16].

La salle 2 communique également avec les espaces réservés aux bains chauds ainsi qu'avec une antichambre 9, qui distribue plusieurs salles secondaires et organise la transition entre les secteurs froids, les locaux de service et les pièces chauffées[B 16]. Dans le secteur chauffé, la circulation suit une succession de pièces dont l'interprétation dépend notamment de leurs communications et de leur mode de chauffage[21]. Thébert considère ainsi que le passage direct entre les salles III et IV appartient probablement à un remaniement tardif ; dans l'état initial, l'accès au groupe de salles correspondant se serait effectué par le tepidarium, selon un itinéraire rétrograde ramenant ensuite les baigneurs par les mêmes espaces[22].

L'organisation générale des accès reprend le modèle des grands établissements thermaux de Rome, mais l'architecte adapte ce schéma aux dimensions plus modestes du complexe de Timgad[B 12],[20].

Contrairement aux grands thermes impériaux, qui disposent de plusieurs entrées desservant les différents secteurs de l'édifice, les grands thermes du Nord ne conservent qu'un accès principal établi le long de la voie la plus fréquentée reliant Timgad à Cirta, tandis que l'ouverture occidentale remplit vraisemblablement le rôle de fenêtre plutôt que celui d'une véritable entrée[B 12].

Salles froides et espaces de réunion

Vestibule et salles annexes

Plaque de marbre rose fortement veinée, intégrée au pavement antique et entourée de dalles de pierre.
Plaque de marbre rose du pavement des thermes.

Le vestibule 6 constitue le premier espace intérieur des thermes et assure la transition entre l'extérieur et les salles balnéaires[B 10]. Son mur de fond est occupé par une niche semi-circulaire dépourvue d'ouverture, disposition qui empêche toute vue directe sur les espaces de bains depuis l'entrée de l'établissement[B 10]. Les baigneurs rejoignent ainsi les salles principales en empruntant les couloirs latéraux, un aménagement destiné à préserver leur intimité tout en limitant les courants d'air provenant de l'extérieur[B 10].

Vaste salle antique entourée de murs en briques ruinés, avec une base de colonne au premier plan.
Vue de la salle 2 depuis la salle 3 des thermes.

Au-delà du vestibule, la salle 2 forme un vaste espace de distribution qui dessert l'ensemble des bains froids[B 16]. Son sol est revêtu d'une mosaïque ornée de larges rinceaux végétaux, encadrée d'un placage de marbre rose, tandis que des dispositifs d'évacuation des eaux sont aménagés aux quatre angles de la pièce[B 16]. La façade orientale présente une composition monumentale rythmée par trois niches en segment de cercle et deux niches rectangulaires, dont deux sont occupées par les portes reliant les couloirs d'entrée[B 16]. Sur son côté occidental, deux autres niches encadrent les passages conduisant à la grande salle centrale, tandis que deux accès obliques desservent les salles 14 et 15[B 16].

Deux salles de même largeur prolongent cet espace au nord et communiquent chacune avec une chambre d'angle, selon une disposition reproduite symétriquement de l'autre côté de l'axe du monument[B 16].

La salle 2 ouvre également sur une antichambre 9, reliée à une petite pièce 8 ainsi qu'à une vaste salle voûtée 10 mesurant 14,80 m sur 9,85 m[B 16]. Cette dernière se termine par une abside semi-circulaire, tandis que son pendant symétrique X accueille des latrines desservies par un canal d'évacuation raccordé au réseau principal des égouts[B 16].

Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu considèrent que cet ensemble de pièces secondaires regroupe les espaces destinés aux fonctions annexes de l'établissement, notamment les vestiaires, les salles de réunion ou de conversation, les lieux d'exercice ainsi que les locaux réservés au personnel[B 16],[20]. L'identification précise de ces espaces demeure toutefois discutée[20]. La plus vaste des salles froides, d'environ 23 m sur 13 m, soit près de 300 m2, et prolongée au nord par une exèdre, est interprétée par Yvon Thébert comme un possible gymnase couvert[20]. Cette proposition se distingue de celle de Stéphane Gsell, qui y reconnaît un lieu de conversation et de promenade, et de celle de Pietro Romanelli, qui l'interprète comme un espace de séjour et de ventilation des baigneurs[20].

Dans l'hypothèse d'un gymnase couvert, Thébert propose également d'interpréter certaines pièces voisines comme ses dépendances et comme des vestiaires[20]. Les locaux situés au nord auraient alors pu être associés aux activités sportives, tandis que ceux du sud auraient servi aux baigneurs gagnant directement les salles chauffées[20]. Dans les angles sud-est et sud-ouest, les deux grandes pièces à abside, mesurant environ 14,80 m sur 9,85 m, pourraient avoir servi de salons ou de vestiaires ; selon Ballu, l'installation de latrines dans l'une d'elles résulterait d'un remaniement postérieur[20].

Grande salle centrale ou frigidarium

Niche semi-circulaire en briques vue d'en haut, avec pavement et maçonneries antiques partiellement conservés.
Niche hémisphérique occidentale de la salle centrale.

La salle 1, située au cœur des grands thermes, constitue le principal espace consacré aux bains froids[B 17],[20]. Avec près de 30 m de longueur sur 14 m de largeur, soit environ 400 m2 hors annexe méridionale[20], elle est la plus vaste salle du complexe et se distingue également par la richesse de son décor[B 17]. Son vaste volume et sa situation entre les espaces d'accès et les piscines en font le principal lieu de rassemblement des baigneurs avant leur progression vers les différentes parties de l'établissement[B 17],[B 18].

Vaste salle centrale entourée de murs antiques en briques ruinés, sous un ciel chargé de nuages.
Salle centrale des thermes.

Le pavement est entièrement recouvert d'une mosaïque organisée en trois compartiments correspondant aux travées délimitées par de larges piliers adossés aux longs côtés de la salle[B 17]. Le compartiment central présente un décor de rinceaux et de figures, tandis que les compartiments latéraux sont ornés de motifs géométriques[B 17]. Bien que cet ensemble décoratif ait presque entièrement disparu lors des fouilles, un disque ajouré en forme de rosace subsiste au centre du sol et permet l'évacuation des eaux vers les aménagements du sous-sol[B 17].

Les élévations présentent une composition rigoureusement symétrique[B 17]. Les murs est et ouest sont chacun percés de deux larges baies encadrant une niche hémisphérique revêtue d'une mosaïque, dont celle du côté occidental demeure la mieux conservée[B 17]. Au nord, une vaste arcade précédée de trois marches ouvre sur la grande piscine, bordée d'une banquette et terminée à chacune de ses extrémités par une abside décorée de trois niches, dont une semi-circulaire et deux rectangulaires[B 17]. Les conduites d'alimentation en eau, encore visibles au pied de ces niches, alimentent vraisemblablement des statues-fontaines ou des éléments décoratifs hydrauliques[B 17].

Le frigidarium est ainsi associé à trois bassins froids[20]. Le plus vaste, aménagé au nord et mesurant 15,60 m sur 6,55 m, pourrait correspondre, selon Yvon Thébert, à une natatio couverte[20].

Le mur méridional est percé de trois ouvertures[B 19]. La baie centrale conduit à un vestibule 17, tandis que les deux ouvertures latérales desservent deux bassins de dimensions plus modestes, accessibles par trois marches et un seuil en marbre rose[B 19],[20]. Cette disposition assure une transition progressive entre les espaces réservés aux bains froids et les salles chauffées situées au sud du complexe[B 19].

Alors que plusieurs spécialistes des grands thermes de Rome interprètent traditionnellement l'espace central des thermes de Caracalla et des thermes de Dioclétien comme un tepidarium, Boeswillwald, Cagnat et Ballu estiment que cette interprétation ne repose sur aucun argument archéologique décisif[B 18]. L'absence d'hypocauste sous le pavement, tant à Timgad que dans ces grands complexes impériaux, les conduit à identifier la salle 1 comme un véritable frigidarium, ou plus largement comme une vaste salle de réunion ouvrant sur les piscines et nettement distincte des espaces effectivement chauffés[B 18],[20].

Piscines froides

Grande piscine antique aux extrémités arrondies, entourée de murs en briques partiellement ruinés.
Piscine principale des thermes.

Les thermes comprennent trois bassins destinés aux bains froids, organisés autour du frigidarium[B 20],[20].

Petit bassin rectangulaire en ruine avec escalier d'accès, entouré de hauts murs en briques antiques.
Petite piscine B et son escalier.

La piscine principale (A dans le plan) s'ouvre au nord du frigidarium, auquel elle est reliée par une vaste arcade précédée de trois marches[B 20]. Elle mesure 15,60 m sur 6,55 m et pourrait correspondre, selon Yvon Thébert, à une natatio couverte[20]. Elle adopte un plan allongé, bordé d'une banquette courant le long de ses parois, et s'achève à chacune de ses extrémités par une abside décorée de trois niches, dont une semi-circulaire et deux rectangulaires[B 20]. Des conduites d'alimentation en eau demeurent visibles au pied de ces niches et alimentent vraisemblablement des statues-fontaines ou des dispositifs ornementaux destinés à animer le bassin[B 20]. Le fond de la piscine est recouvert d'une mosaïque noire à décor sobre, tandis que deux renforcements rectangulaires encadrant son entrée complètent la composition monumentale de cet espace[B 20].

Deux bassins secondaires B et C occupent les extrémités du mur méridional du frigidarium[B 20],[20]. Chacun mesure environ 5,50 m sur 4,50 m et est accessible par un escalier de trois marches précédé d'un seuil en marbre rose[B 20]. Leur disposition permet d'y accéder aussi bien directement depuis le frigidarium que par le vestibule 17, lequel marque la transition avec les salles chauffées du complexe[B 20].

L'organisation du secteur froid reprend les principes observés dans les grands établissements balnéaires de Rome, tout en les adaptant aux dimensions du complexe de Timgad[B 12],[20]. Boeswillwald, Cagnat et Ballu interprètent la piscine principale comme une réduction des vastes natationes des thermes impériaux, adaptée aux contraintes du terrain[B 12]. Thébert propose pour sa part d'identifier directement ce grand bassin septentrional à une natatio couverte[20]. La réduction du modèle monumental romain se traduit également par la transformation de certains espaces latéraux symétriques en salles annexes, tandis que les piscines B et C restent disposées à proximité immédiate du frigidarium[B 12].

Salles chauffées

Tepidaria

Salle thermale entourée de hauts murs en briques ruinés, avec une ouverture étroite au fond.
Tepidarium XII dans la partie occidentale du monument.

Selon Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu, les salles 16, 12 et XII constituent les tepidaria des thermes et assurent la transition entre les espaces consacrés aux bains froids et les salles soumises à une chaleur plus élevée[B 21]. Situées au sud du frigidarium, elles marquent l'entrée dans le secteur chauffé de l'établissement[B 21].

Cette identification repose notamment sur le mode de chauffage mis en évidence par les fouilles[B 21]. Dans l'interprétation des fouilleurs, ces salles ne reçoivent pas directement la chaleur produite par un praefurnium : celle-ci circule sous leur pavement depuis les salles voisines 15, 11 et XI, dont les sous-sols communiquent avec les leurs[B 21]. Ce dispositif permet une diffusion indirecte de la chaleur dans les pièces considérées comme tempérées[B 21].

L'analyse fonctionnelle proposée par Yvon Thébert distingue toutefois plus précisément les différentes pièces du secteur chauffé à partir de leurs dimensions, de leurs foyers et des communications entre leurs hypocaustes[22]. Dans l'une des deux séries symétriques, la salle I, mesurant 11,60 m sur 6 m, communique par son hypocauste avec la salle II ; Daniel Krencker restitue en outre un foyer qui aurait été desservi depuis la cour voisine[22]. La salle II, de 10,85 m sur 8 m, possède elle-même un foyer et transmet la chaleur à la salle III, tandis que cette dernière, de 8,40 m sur 7 m, dispose également de son propre foyer mais ne communique pas par son hypocauste avec la salle IV[22].

Thébert identifie par ailleurs, dans le secteur oriental, une succession fonctionnelle composée d'un tepidarium, d'un destrictarium-laconicum et d'un caldarium[21]. Le tepidarium, qui mesure 5,60 m sur 4,15 m, possède dans cette restitution son propre foyer, tout comme les deux pièces qui lui succèdent[22]. Cette lecture montre que l'organisation thermique ne repose pas exclusivement sur une opposition entre tepidaria chauffés indirectement et caldaria alimentés directement par les foyers, mais sur une combinaison de foyers et de passages de chaleur entre salles successives[22].

L'analyse de Boeswillwald, Cagnat et Ballu conduit également à distinguer les tepidaria de la grande salle centrale des bains froids[B 22]. L'identification de cette dernière comme frigidarium, également retenue par Thébert, confirme sa séparation fonctionnelle avec le secteur chauffé[20].

Caldaria

Salle thermale en ruine entourée de hauts murs en briques, avec plusieurs ouvertures vers les salles voisines.
Caldarium XI des grands thermes.

Les principaux caldaria des thermes occupent la partie méridionale du complexe, où se concentre une grande partie des installations destinées aux bains chauds[B 23],[21]. Dans l'interprétation de Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu, les salles 15, 11 et XI reçoivent directement la chaleur produite par les foyers aménagés à proximité immédiate de leurs murs et reposent sur un système de suspensurae, disposition qui conduit les fouilleurs à les identifier comme des caldaria[B 23].

La salle 15 constitue, dans cette restitution, le principal caldarium de l'établissement[B 23]. Elle renferme trois bassins d'eau chaude, désignés par les lettres a, c et d sur le plan, chacun terminé par une paroi courbe[B 23]. Chaque bassin dispose de son propre dispositif de chauffage, alimenté par deux grands foyers aménagés aux extrémités de l'avant-corps méridional de l'édifice et par un foyer de dimensions plus modestes placé au centre[B 23],[22]. Dans l'analyse de Yvon Thébert, cette salle, désignée IV et mesurant 12,20 m sur 10 m, comporte trois piscines disposées en croix et trois foyers ; deux de ces derniers sont associés à des chaudières[22].

Le bassin d mesure environ 9 m de longueur pour 4 m de largeur et conserve un pavement constitué d'une mosaïque noire[B 23]. Les deux autres bassins, plus courts, atteignent chacun 5 m de longueur[B 23]. La disposition de ces trois bassins constitue ainsi l'un des principaux aménagements du secteur chaud[B 23],[22].

Les salles 11 et XI, d'une superficie d'environ 11 m sur 8 m, sont également interprétées comme des caldaria par Boeswillwald, Cagnat et Ballu[B 23]. L'analyse fonctionnelle de Thébert restitue plus précisément une succession de salles chauffées dont la fonction dépend de la présence des foyers, des passages de chaleur et des communications entre les pièces[21]. Dans le secteur oriental, il identifie ainsi un parcours associant un tepidarium, un destrictarium-laconicum puis un caldarium de 5,60 m sur 4,15 m, chacun pourvu de son propre foyer[21].

Cette analyse conduit également à nuancer la restitution du parcours entre les différentes salles chaudes[22]. Thébert considère que le passage reliant directement les salles III et IV résulte probablement d'un remaniement tardif ; dans l'état initial, l'accès à ce groupe de pièces aurait suivi un itinéraire rétrograde à partir du tepidarium[22]. L'organisation du secteur chaud associe ainsi plusieurs modes de chauffage, avec des salles directement alimentées par leurs foyers et d'autres recevant la chaleur par communication avec les hypocaustes voisins[22].

Laconicum

Les salles 13 et XIII correspondent, selon Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu, aux laconica, c'est-à-dire aux étuves des thermes[B 24]. Chacune d'elles s'inscrit entre deux caldaria et se termine par une paroi semi-circulaire percée d'une porte ouvrant vers la salle 15[B 24].

Cette disposition correspond à une évolution de l'architecture balnéaire romaine observée durant l'époque impériale, au cours de laquelle le laconicum devient fréquemment une salle indépendante[B 24]. Boeswillwald, Cagnat et Ballu rapprochent cette organisation de celle observée dans les deux établissements balnéaires situés au sud de Timgad et dans plusieurs autres complexes thermaux de la cité[B 24].

L'analyse fonctionnelle de Yvon Thébert précise cette identification en interprétant la pièce correspondante comme un destrictarium-laconicum, intégré à une succession comprenant un tepidarium, un destrictarium-laconicum et un caldarium[21]. Cette salle, de dimensions réduites, mesure 3,20 m sur 2 m et possède son propre foyer, comme les deux autres pièces de cette série[22]. Son chauffage ne repose donc pas uniquement sur la chaleur transmise par les salles voisines, mais également sur une alimentation directe permettant d'atteindre la température élevée requise pour cette partie du parcours thermal[22].

Les pavements de ces salles étaient initialement recouverts de mosaïques, entièrement disparues lors des fouilles à la suite de l'effondrement des sous-sols[B 24]. L'identification fonctionnelle de ces espaces repose ainsi principalement sur leur position dans le circuit thermal, leur articulation avec les salles voisines et leur mode de chauffage[B 24],[21].

Fonctionnement technique

Hypocaustum et suspensurae

Hypocauste avec pilettes de soutien au premier plan et foyer du système de chauffage à l’arrière-plan.
Réseau d'hypocaustes avec piliers de soutien et foyer au fond.

Le chauffage repose sur un vaste réseau d'hypocaustes, qui assure une diffusion différenciée de la chaleur selon les salles[B 25],[22]. Le dispositif associe des pièces directement alimentées par des foyers et des salles dont les hypocaustes communiquent avec ceux des espaces voisins, permettant ainsi le passage de la chaleur d'une pièce à l'autre[B 25],[22].

Les salles 11, XI, 13, XIII et 15 reposent sur des suspensurae, système consistant à surélever le pavement afin de permettre la circulation de l'air chaud dans le vide ménagé sous le sol[B 25]. Cette technique permet la diffusion de la chaleur sous les pavements des différentes pièces chauffées[B 25],[22].

L'analyse fonctionnelle de Yvon Thébert précise le fonctionnement de ces communications dans l'une des séries de salles chauffées. L'hypocaustum de la salle I communique avec celui de la salle II, tandis que la salle II, dotée de son propre foyer, transmet à son tour la chaleur à la salle III[22]. Cette dernière possède également un foyer, mais son hypocauste ne communique pas avec celui de la salle IV[22]. À l'autre extrémité de cette série, la salle V est au contraire chauffée indirectement depuis la salle IV[22]. Le réseau combine ainsi chauffage direct et transmission de chaleur entre des hypocaustes contigus, plutôt qu'une séparation systématique entre salles directement et indirectement chauffées[22].

Les vestiges mis au jour montrent que les pavements des salles chauffées s'effondrent en grande partie avec leurs sous-sols, entraînant la disparition presque complète des mosaïques qui les recouvrent initialement[B 25].

Galerie de service et fourneaux

Fourneau antique avec passage voûté en briques ouvrant sur le système de chauffage des thermes.
Fourneau des thermes.

Le fonctionnement des installations de chauffage repose sur une galerie de service souterraine qui longe presque toute la façade méridionale des thermes[B 26]. Son entrée s'ouvre à l'extrémité occidentale du complexe, en arrière de la salle X, et permet au personnel d'accéder aux différents foyers sans traverser les espaces réservés aux baigneurs[B 27].

Cette galerie est couverte d'une voûte en demi-berceau[B 27]. Certaines portions présentent toutefois des reprises de maçonnerie attribuées à des remaniements postérieurs, où les voûtes sont réalisées à l'aide de tuiles faîtières disposées à plat, leurs couvre-joints étant noyés dans un mortier particulièrement résistant[B 27].

Les praefurnia assurent l'alimentation directe d'une partie des salles chauffées et des bassins d'eau chaude[B 28],[B 27],[22]. Les grands foyers prennent place dans les avant-corps saillants aménagés sur la façade méridionale, tandis qu'un foyer de dimensions plus modestes complète le dispositif de chauffage du principal caldarium[B 28]. Dans l'analyse de Yvon Thébert, cette salle, dotée de trois piscines disposées en croix, est desservie par trois foyers, dont deux sont associés à des chaudières destinées au chauffage de l'eau[22].

Le dispositif ne se limite toutefois pas aux fourneaux desservis depuis la façade méridionale[22]. Dans la série de salles chauffées étudiée par Thébert, plusieurs pièces disposent de leur propre foyer, tandis que la chaleur peut également circuler d'un hypocauste à l'autre[22]. Pour la salle I, Daniel Krencker restitue ainsi un foyer accessible depuis la cour voisine ; cette dernière participe donc à la desserte des installations techniques en plus d'assurer l'éclairage et l'évacuation des eaux pluviales[21].

Deux locaux aménagés aux angles sud-est et sud-ouest du monument sont destinés au stockage du combustible nécessaire au fonctionnement des fourneaux[B 27]. Leur implantation à proximité immédiate de la galerie de service facilite l'approvisionnement des foyers tout en maintenant les activités techniques à l'écart des espaces fréquentés par les baigneurs[B 27].

L'ensemble de ces aménagements organise une séparation entre les circuits de service et les espaces balnéaires[B 27]. La galerie souterraine, les locaux de stockage, les cours de service et les différents foyers permettent d'assurer l'approvisionnement et l'entretien des installations de chauffage sans imposer au personnel technique de traverser les principaux espaces fréquentés par les baigneurs[B 27],[21].

Égouts et évacuation des eaux

Le monument disposent d'un réseau d'égouts particulièrement bien conservé, destiné à évacuer les eaux provenant des bassins froids, des salles chauffées et des différents espaces de service[B 29].

Le dispositif principal comprend plusieurs grands collecteurs souterrains traversant le monument d'est en ouest[B 29]. Ces galeries, suffisamment vastes pour permettre la circulation d'une personne, mesurent environ 0,60 m de largeur pour 1,15 m de hauteur, tandis que leur radier est établi à près de 2,25 m sous le niveau des salles[B 29].

Le réseau est complété par un caniveau collecteur qui prend naissance sous le grand escalier d'accès[B 29]. Celui-ci longe d'abord la façade orientale avant de suivre le mur méridional du complexe, où il accompagne la galerie de service sur une grande partie de son parcours[B 29]. Certaines portions conservent encore les dalles de couverture qui protégeaient initialement le conduit[B 29].

Ce système assure également l'évacuation des eaux usées provenant des latrines aménagées dans le secteur occidental des thermes[B 16],[B 29]. Les canalisations recueillent les effluents avant de les diriger vers les grands collecteurs souterrains, illustrant une conception intégrée des équipements hydrauliques et sanitaires[B 16],[B 29].

Terrasses et couverture

Les thermes sont surmontés d'un ensemble de terrasses dont les éléments de construction sont mis au jour lors des travaux de dégagement conduits par le service des Monuments historiques[B 8]. L'étude de ces vestiges permet de restituer l'organisation de la couverture et les techniques employées pour assurer son étanchéité[B 8].

Le revêtement supérieur est constitué d'une épaisse mosaïque noire atteignant environ 0,25 m d'épaisseur, dont plusieurs blocs sont encore conservés au moment des fouilles[B 8]. Cette couche repose sur une aire de tuileaux, elle-même établie sur un massif de béton composé de cailloux et de fragments de briques[B 8].

Sous cet ensemble prennent place les maçonneries de moellons destinées à combler les reins des voûtes[B 8]. L'état de conservation de ces structures permet aux fouilleurs de reconstituer avec une relative précision le profil des voûtements qui couvraient les différentes salles du complexe thermal[B 8].

La présence d'un escalier reliant les espaces intérieurs aux terrasses montre que celles-ci demeurent accessibles depuis l'intérieur du monument[B 30],[B 8]. Cet accès facilite vraisemblablement l'entretien de la couverture ainsi que la surveillance des installations situées au-dessus des voûtes, tout en participant au fonctionnement général de l'établissement[B 30],[B 8].

Décor

Inventaire des mosaïques des thermes

Relevé d'une mosaïque à motifs géométriques, rosaces, entrelacs et médaillons circulaires.
Relevé de la mosaïque découverte dans la salle principale.

Les mosaïques figurent parmi les principaux éléments décoratifs du monument et ornent aussi bien les salles de réception que les espaces consacrés aux bains froids et chauds[B 30],[B 17]. Les fouilles menées entre 1899 et 1900 ont révélé que plusieurs salles étaient entièrement revêtues de pavements mosaïqués, tandis que les salles sur hypocaustes possédaient probablement elles aussi des mosaïques disparues à la suite de l'effondrement des sols[23]. La diversité des compositions témoigne du soin apporté à l'aménagement du monument, dont plusieurs pièces reçoivent un décor particulièrement élaboré[B 17],[B 9].

Plan des grands thermes du Nord montrantla disposition des mosaïques
Plan du monument montrant l'emplacement des mosaïques découverte lors des fouilles.

La salle 2 orientale, qui constitue le principal espace de distribution des bains froids, est décorée d'un vaste pavement composé de larges rinceaux végétaux encadrés d'une bordure en marbre rose[B 30]. Suzanne Germain précise qu'il s'agit d'une grande salle de 23 × 13 m dont les mosaïques étaient déjà très dégradées au moment des fouilles de 1899-1900 et qu'il n'en subsistait plus aucun vestige visible lors de son étude en 1969[23]. Malgré ces destructions, la salle conserve les dispositifs d'évacuation des eaux aménagés aux quatre angles et intégrés au décor[B 30].

La salle annexe de la palestre orientale (salle 3), située au nord de la salle 2 orientale, présente un décor géométrique constitué de losanges verts, noirs, jaunes et blancs associés à des carrés bordés de bandes noires et blanches[24]. Une ligne centrale de cubes noirs divise le pavement en panneaux à chevrons réalisés par des dégradés de couleurs alternés[24].

Le décor le plus riche se développe toutefois dans le frigidarium (salle 1), où le pavement est divisé en trois compartiments correspondant aux travées délimitées par les piliers adossés aux longs côtés de la salle[B 17]. Le compartiment central est orné de rinceaux associés à des figures, tandis que les compartiments latéraux présentent des compositions géométriques[B 17]. Suzanne Germain indique que les compartiments latéraux comportaient notamment des losanges à torsades, des carrés, des roues dentées, des rosaces, des peltes, des petits carrés torsadés et des losanges formant une étoile à huit branches[24]. Au centre de la salle, un disque ajouré en forme de rosace assure l'écoulement des eaux vers le sous-sol sans rompre l'harmonie du pavement[B 17].

Les niches aménagées dans les murs est et ouest du frigidarium conservent également un revêtement de mosaïque, celui de la niche occidentale étant signalé comme le mieux préservé lors des fouilles[B 17]. Germain précise que l'une de ces niches était bordée d'une grecque interrompue entourant une conque et que le décor faisait largement appel aux teintes vertes, grises, blanches, rouges et jaunes[24]. La grande piscine septentrionale reçoit, quant à elle, un pavement constitué d'une mosaïque noire à décor sobre[B 17],[24].

La salle 2 occidentale est revêtue d'un pavement géométrique dont un important fragment est conservé au musée de Timgad. La bordure est constituée de deux bandes de demi-hachettes opposées, l'une rouge et l'autre jaune sur fond vert[24],[25]. Le décor principal associe des octogones noirs séparés par des carrés blancs, des cercles polychromes et des croix de Malte, selon une composition fondée sur l'alternance de motifs géométriques[24],[25].

Le plus grand bassin du caldarium est lui aussi revêtu d'une mosaïque noire, tandis que les auteurs ne décrivent pas le décor des deux autres bassins chauffés[B 28].

Les pavements des salles chauffées disparaissent en grande partie à la suite de l'effondrement des sous-sols, entraînant la perte de nombreuses mosaïques[B 11]. Les revêtements de marbre, les statues et les inscriptions ont également disparu, probablement à la suite d'un pillage systématique, tandis que des traces d'incendie ont été observées dans le monument[25].

Niches, fontaines et aménagements décoratifs

Niche semi-circulaire en briques de la grande piscine, vue d’en haut et entourée de maçonneries ruinées.
Vue en hauteur d’une niche semi-circulaire aménagée dans la grande piscine.

L'ornementation repose sur une composition architecturale où les niches, les bassins et les éléments hydrauliques participent pleinement à la monumentalité de l'édifice[B 31]. Répartis dans les principales salles du complexe, ces aménagements rythment les élévations tout en remplissant des fonctions décoratives ou utilitaires[B 31].

Le vestibule d'entrée présente, dans son mur de fond, une niche semi-circulaire dépourvue d'ouverture, destinée à interrompre toute perspective directe vers les espaces réservés aux baigneurs[B 7]. Plus au nord, la salle 2 est décorée sur sa façade orientale de trois niches en segment de cercle et de deux niches rectangulaires, dont deux sont occupées par les passages reliant les couloirs d'accès[B 30]. Deux autres niches semi-circulaires ornent son mur occidental de part et d'autre des ouvertures conduisant au frigidarium[B 30].

Base de colonne en pierre conservée au bord d'un dallage, devant des murs antiques en briques.
L'une des deux bases de colonnes encore conservées dans les thermes.

Le frigidarium développe une composition similaire[B 17]. Les murs est et ouest sont chacun percés de deux larges baies encadrant une niche hémisphérique revêtue d'une mosaïque, tandis que le mur nord s'ouvre sur la grande piscine par une vaste arcade précédée de trois marches[B 17]. Les extrémités de ce bassin sont aménagées en absides et reçoivent chacune trois niches — une semi-circulaire et deux rectangulaires — qui constituent le principal décor architectural de cet espace[B 17].

Des conduites d'alimentation en eau sont aménagées au pied de ces niches[B 17]. Ces arrivées d'eau pourraient avoir alimenté soit des statues servant de fontaines, soit des goulottes décorées, participant ainsi à l'animation du bassin principal[B 17]. Deux renforcements rectangulaires, disposés de part et d'autre de l'accès à la piscine, complètent cette mise en scène monumentale[B 17].

Au moment des fouilles, cette décoration contraste avec la disparition complète du décor sculpté[B 9]. Aucune statue n’est alors retrouvée dans le monument, tandis que seules deux bases de colonnes sont conservées parmi celles qui soutenaient les baies des salles 3, III et 17[B 9]. Cette disparition serait liée à un pillage ancien, favorisé par la situation des thermes hors de l'enceinte urbaine, puis à un incendie ayant détruit une grande partie des aménagements décoratifs[B 9].

Graffites

Relevé de graffitis montrant un navire et plusieurs inscriptions latines tracées sur un enduit.
Relevé de graffitis tracés sur un enduit, comprenant le dessin d’un navire et plusieurs inscriptions en latin.

Au moment des fouilles, une grande partie des murs des thermes conserve encore son enduit antique, sur lequel les usagers de l'établissement ont laissé de nombreux graffites tracés à la pointe ou au charbon[B 12]. Ces témoignages offrent un aperçu des pratiques et des expressions des baigneurs fréquentant le monument avant son abandon[B 12].

Les relevés effectués lors du dégagement révèlent une grande variété de dessins[B 32]. Plusieurs représentent des navires dotés de leur gréement, parfois reproduits à plusieurs reprises avec de légères variantes, tandis que d'autres figurent un lièvre poursuivi par un chien de chasse, un taureau, un bestiaire affrontant un ours à l'aide d'une longue pique, un cheval, un chameau ou encore le dieu Mercure, reconnaissable à ses ailes et à son caducée[B 32]. La diversité de ces représentations illustre la spontanéité des auteurs de ces inscriptions et la variété des thèmes qu'ils choisissent de représenter[B 32].

Les inscriptions conservées relèvent, quant à elles, d'un registre beaucoup plus uniforme[B 9]. Les archéologues au moment des fouilles observent que la plupart reprennent des expressions obscènes, dans lesquelles reviennent fréquemment les termes latins mentula et paedico, caractéristiques des graffites populaires du monde romain[B 9]. Quelques textes plus personnels figurent également parmi les relevés, notamment une déclaration amoureuse inachevée adressée à une femme, témoignant de la diversité des messages laissés sur les parois du monument[B 33].

La conservation de cet ensemble demeure toutefois éphémère[B 12]. Peu après les fouilles, les enduits peints se dégradent rapidement sous l'effet du gel et de l'ensoleillement, malgré les mesures prises pour les préserver[B 12]. La plupart des graffites disparaissent ainsi peu de temps après leur découverte, conférant une valeur documentaire particulière aux relevés et aux copies réalisés par les premiers fouilleurs[B 12],[B 9].

Alimentation en eau

Les grands thermes du Nord comptaient parmi les principaux consommateurs d'eau de Timgad et étaient alimentés par le réseau hydraulique de la cité[26]. L'eau captée à la source d'Aïn Morri était d'abord conduite vers un bassin de décantation, puis acheminée par un aqueduc jusqu'à des bassins de distribution, avant d'être redistribuée par des conduites vers les différents édifices publics, notamment les établissements thermaux[27],[28].

Les recherches menées sur le site ont mis en évidence les vestiges d'une vaste citerne adossée au soubassement du mur d'enceinte nord, à proximité immédiate des grands thermes du Nord[29]. Cette citerne, dont le radier mesure environ 13,5 m de longueur sur 8,5 m de largeur et dont le revêtement est constitué d'un mortier hydraulique d'environ 0,25 m d'épaisseur, est interprétée par les auteurs comme l'ouvrage ayant probablement assuré l'alimentation en eau de l'établissement thermal[29].

La présence d'une fontaine à proximité des grands thermes du Nord constitue également un indice d'une alimentation en eau sous pression[26]. Les auteurs considèrent en effet que les grands thermes du Nord, de même que les grands thermes du Sud et les petits thermes du Centre, étaient desservis par un réseau permettant une circulation continue de l'eau sous pression, indispensable au fonctionnement des installations balnéaires[26].

Comme dans la plupart des établissements thermaux de Timgad, l'approvisionnement en eau reposait sur des citernes implantées à l'intérieur ou à proximité immédiate du complexe[26]. Leur emplacement était déterminé en fonction du tracé des conduites d'alimentation et de la pression hydraulique nécessaire à la distribution de l'eau dans les différentes salles des thermes[26].

Comparaison avec les thermes impériaux de Rome

Maquette vue d’en haut d’un vaste complexe thermal romain avec salles, cours, jardins et grande enceinte.
Maquette restituant les thermes de Dioclétien à Rome, conservée au musée de la Civilisation romaine.

Les grands thermes du Nord reprennent l'organisation symétrique des grands thermes romains de Rome, adaptée aux dimensions du complexe de Timgad[B 14]. La disposition des salles I, 2 et II forme notamment un double « T », la salle I constituant l'axe commun de l'ensemble[B 34]. Ce parti, absent des thermes d'Agrippa et des thermes de Néron, apparaît dans les thermes de Trajan avant d'être repris dans les thermes de Caracalla et les thermes de Dioclétien[B 34]. Les salles 2 et II correspondent aux espaces interprétés dans ces établissements comme des palestres ou des lieux consacrés à la promenade et aux exercices physiques[B 34].

La fonction de la salle I est rapprochée de celle de l'espace central des thermes de Caracalla et de Dioclétien[B 18]. L'absence de chauffage direct par hypocauste conduit toutefois à écarter son identification comme tepidarium et à l'interpréter plutôt comme un frigidarium ou une vaste salle de réunion ouvrant sur la piscine principale[B 22].

Le modèle impérial est simplifié dans le secteur des bains froids[B 35]. La grande natatio des complexes romains est remplacée à Timgad par une piscine principale de dimensions plus réduites, identifiée par la lettre A, tandis que les bassins B et C sont maintenus à proximité du frigidarium[B 35]. Les salles 15 et XV occupent la place de bassins symétriques présents dans les grands thermes de Rome et sont interprétées comme des vestiaires[B 35].

Le système des accès est également réduit : contrairement aux complexes impériaux pourvus de plusieurs entrées, les grands thermes du Nord disposent d'une entrée principale donnant sur la voie reliant Timgad à Cirta[B 35]. Le monument transpose ainsi à une échelle plus restreinte les principaux éléments d'organisation des grands thermes de Rome, tout en modifiant les dimensions des espaces, la disposition des bassins et les accès[B 14].

Protection patrimoniale

Le forum de Timgad, faisant partie du site inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982, bénéficie d'un cadre de protection international[30].

Sa protection relève de la législation algérienne sur le patrimoine culturel, notamment la loi no 98-04, ainsi que des dispositifs d'aménagement encadrant le site et ses abords[30],[31],[N 1]. Un Plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur (PPMVSA) définit les modalités de conservation et d'intervention[30].

La gestion est assurée par l'Office national de gestion et d'exploitation des biens culturels protégés (OGEBC), en coordination avec les autorités locales[30]. La conservation du forum prend en compte les impacts de la fréquentation touristique et des dégradations matérielles[30].

Notes et références

Voir aussi

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