Guerre contre la drogue aux Philippines

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Rodrigo Duterte en 2016.

Le , Rodrigo Duterte est élu 16e président des Philippines, grâce à une notoriété acquise via une politique non conventionnelle, et la déclaration d’une violente guerre contre la drogue, fléau répandu dans le pays. Le président a alors entamé une purge visant dealers et toxicomanes. On recense depuis son élection, plus d’un million de capitulations de vendeurs et usagers de drogue, 4 000 arrestations, et 6 000 morts[1].

Les signes d’une démocratisation croissante

Le président Rodrigo Duterte présente un schéma illustrant un réseau de trafic de drogue impliquant des syndicats de haut niveau aux Philippines lors d'une conférence de presse le 7 juillet 2016

Malgré un important retard en matière de développement économique, les signes d’une démocratie dynamique aux Philippines sont notables, notamment avec la hausse de la participation électorale depuis 1992[2]. L’engagement civique se manifeste aussi avec des milliers de bénévoles, ainsi qu’un vaste réseau d’ONG et de médias indépendants[3]. Cependant, la démocratie semble menacée depuis l’arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte, dissimulant une politique autoritaire et une gouvernance par la violence à travers sa guerre contre les narcotrafiquants[4].

L’évolution de la peine de mort

Aux Philippines, la peine de mort fut abolie à deux reprises. Tout d’abord après la chute de la dictature de Ferdinand Marcos en 1987, puis de nouveau en 2006. Sous la présidence de Marcos (1965-1986), le pays recense 31 exécutions judiciaires, et environ 3000 exécutions extrajudiciaires. Après son renversement, la constitution de 1987 abolit la peine capitale. Le congrès philippin rétablit la peine de mort en 1993, faisant des Philippines le pays contenant l’un des plus importants couloirs de la mort asiatiques, avec plus de 1.200 condamnés. En 2006, sous la présidence d'Arroyo, le pays abolit pour la seconde fois en 20 ans la peine de mort. De 1993 à 2006, des exécutions extrajudiciaires ont continué à se produire régulièrement. Ces exécutions semblaient diminuer sous le successeur d’Arroyo : Benigno Acquino, mais environ 300 militants défenseurs des droits de l’homme ou partisans des rebelles communistes furent tués durant son mandat.

Aujourd’hui, Duterte cherche à rétablir la peine de mort, pour les crimes liés à la drogue, mais il affiche la volonté de l’étendre à d’autres secteurs par la suite. Un projet qui figurait parmi les priorités législatives du Sénat philippin en 2020[5]. À la fin du mandat d’Acquino, le directeur de Human Rights Watch en Asie déclarait : « si le nombre de violations des droits de l’homme et d’exécutions a diminué pendant l’administration d’Aquino, les meurtres en cours de militants et l’absence de poursuites judiciaires signifient qu’il n’y a rien pour empêcher une recrudescence d’abus dans l’avenir »[2]. Une déclaration qui s’avéra prémonitoire.

Une forte dépendance à la drogue et un manque d’infrastructures

Les Philippines ont un taux de consommation et d’abus de drogue plus élevé que d’autres pays d’Asie du Sud Est, particulièrement les méthamphétamines, qui composaient 89 % des drogues les plus saisies du pays en 2014. Du fait de sa proximité avec de grandes nations comme la Chine, le pays est une plaque tournante majeure pour les méthamphétamines dans la région. Une substance dangereusement omniprésente vendue ouvertement dans les parcs, bars, coins de rue[6]. Il existe peu d’infrastructures de réadaptation dans le pays, et un traitement est quasiment impossible à obtenir pour la majorité des toxicomanes. Pour de nombreux observateurs extérieurs, l’échec de la politique de la drogue aux philippines est évident. Bien que la méthamphétamine nuise aux individus, communautés et familles, elle constitue pour de nombreux citoyens, une source de revenu, un soulagement à la faim, et fournit un moyen d’évasion aux conditions de vies difficiles endurées par des millions de Philippins. À moins que des mesures sociales soient instaurées pour lutter contre cette forte dépendance, une réduction de la vente et de la consommation de drogue semble peu probable.

Causes de la guerre anti-drogue

Injustice pénale et corruption policière

De surcroît à la violence meurtrière et à la forte demande de drogue, le soutien aux exécutions extrajudiciaires se trouve encouragé par les dysfonctionnements du système de justice pénale philippin. Son processus criminel se déroule à un rythme effréné, et au moins 20% des tribunaux de première instance n’ont pas de juges[2]. La police manque de personnel d’environ 50.000 agents, et certains spécialistes[Lesquels ?] affirment qu’ils sont la principale institution criminelle du pays. De nombreuses personnes accusées sans preuve de crime, sont emprisonnées pendant des années, pour être libérée uniquement lorsque la police ne témoigne pas ou par manque de preuves. Durant la guerre contre la drogue de Duterte, les tribunaux philippins, y compris la cour suprême, se sont révélés incapables de faire valoir leur indépendance, et de faire leur travail de manière crédible. La justice pénale des Philippines est donc inefficace et corrompue. Le pays contient l’indice d’impunité le plus élevé au monde, selon le centre d’études sur l’impunité et la justice du Mexique. Un échec de la justice pénale semblant être à l’origine du large consensus en faveur de la politique menée par Duterte contre la drogue, menant à un consentement populaire passif, malgré le manque de preuves sur la réelle efficacité de cette guerre sanglante.

Un populisme pénal

Le populisme pénal (en) se définit comme l'application des souhaits du peuple en matière de lois, de condamnations et d'exécutions des peines au détriments des choix des élites politiques ou sans le filtrage de ces dernières. Par définition, les catégories de personnes qui en subissent les conséquences sont celles que rejette une large majorité de la population, principalement les trafiquants et les usagers de drogue dans le cas des Philippines. Cette justice privilégie les droits des victimes au détriment de ceux des délinquants. Ces derniers sont exclus de la communauté nationale réservée aux personnes respectueuses des lois. Ils perdent des droits fondamentaux dont ils ne sont plus jugés dignes et qui pourraient entraver des poursuites et des peines estimées justes. Les punitions des criminels peuvent être publiques ce qu'apprécie une large majorité de la population qui constate ainsi la réalité des sanctions et ressent le soulagement d'être vengée. Le populisme pénal nuit à l’état de droit et à l’indépendance de la justice mais répond à une demande majoritaire de la population et peut en cela être considéré comme objectivement démocratique.

Le populisme pénal pratiqué par Duterte est construit sur une communication sur le nombre et la gravité des crimes et la promesse d'une amélioration générale des conditions de vie par leur limitation drastique.

Les meurtres d’état et ceux exécutés par des groupes indépendants de justiciers le plus souvent issus de la police et de l'armée ne relèvent pas du populisme pénal car ils sont purement extrajudiciaires. C'est la non-poursuite des auteurs de ceux estimés justifiés par la population qui peut être rattachée au populisme légal.

Début de la guerre anti drogue

Bilan de la guerre anti-drogue

Références

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