Guerre des mots liée au terrorisme islamiste

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Camion de police devant le Bataclan, le lendemain d'attentats terroristes attaques bénies » pour l'État islamique) pendant un concert (« fête de perversité » pour l'EI) faisant . 130 morts croisés tués » pour l'EI)[1]

La guerre des mots du terrorisme islamiste fait référence au vocabulaire médiatique derrière lequel les terroristes islamistes justifient leurs actes. Dévoyant le discours islamique et attaquant l'Occident, les terroristes visent les communautés musulmanes radicalisées dans lesquelles ils cherchent appui. Le sujet est étudié par des politologues, des sociologues et des criminologues, notamment pour le déconstruire.

Le terrorisme islamiste fait usage d’une « guerre de mots » [2]. Dans un article intitulé « À propos du « terrorisme islamique » et du « camp des démocraties », François Burgat considère « les catégories construites pour représenter la confrontation » comme des « pièges analytiques »[3]. Cette guerre est, pour Alain Dodier, du « domaine de la sémantique saupoudrée de propagande (ou inversement). »[4]

Pour Edgar Morin, les termes possèdent un sens particulier pour les « médias occidentaux » qui tient à « [réduire] tout islamique à un islamiste et tout islamiste à un terroriste potentiel, ce qui empêche de percevoir le visage complexe de l'islam »[5] Pour Jenny Raflik, « La thèse du "choc des civilisations" […] contribuait à transformer l'action terroriste en djihad et la lutte antiterrorisme en guerre défensive. Insufflée par la politique américaine, l'évolution du vocabulaire faisant passer la terrorisme du domaine de la criminalité à celui de la guerre… »[6] Le refus d’employer des termes liés à l’islam est aussi choisi afin d’éviter les amalgames et de rechercher un apaisement[2],[7]. Plusieurs journaux ont publié des lexiques simplificateurs sur les termes utilisés[8]. « De manière générale, les élites libérales américaines ont systématiquement refusé de reconnaître la dimension religieuse du mouvement terroriste islamiste auquel l'Occident fait face, insistant plutôt sur son caractère criminel ou ses origines socioéconomiques. »[9]. Cette guerre de mot est aussi présente à l’étranger. Ainsi, le conseiller à la sécurité H.R. McMaster déconseille l’usage des termes « terrorisme islamique radical » celui-ci pouvant gêner les relations avec les pays alliés musulmans[10]. Ainsi, le président Barack Obama refusait d'« associer "terrorisme" et "islamisme" ». Pour les Républicains, ce refus est « un aveu de faiblesse, une incapacité à désigner l'ennemi et une façon d'éviter le problème. »[11] Pour Pascal Bruckner, il est interdit de parler d'« islamisme » ou d'« islam radical » dans certaines universités américaines[12].

À l'inverse, cette guerre est aussi utilisée par les courants islamistes. Pour Jacques Drillon, les totalitarismes modifient le vocabulaire pour « supprimer la dénotation, au profit de la connotation. » et ainsi empêcher le raisonnement. « Les têtes pensantes de l’islamisme […] ont mis une bombe sous chaque mot du vocabulaire. »[13]

De même, le terme « radicalisation » est souvent associé aux terroristes islamistes et fait aussi l'objet de discussions sémantiques. Antoine Jardin, ingénieur de recherche au CNRS, estime ainsi qu'« il ne s’agit pas d’un concept scientifique rigoureux. « Radicalité » est devenu un mot fourre-tout pour désigner vaguement ce qui est perçu comme une menace non maîtrisée et un label hasardeux des politiques publiques dans un contexte de montée de la violence djihadiste depuis les attentats commis en France par Mohammed Merah en 2012 »[14].

Cette guerre des mots concerne aussi la dénomination du groupe « état islamique »[4]. Pour Pierre-André Taguieff, la guerre des mots touche aussi la notion d'« islamophobie ». « Les islamistes ont intérêt à faire croire que les anti-islamistes sont « islamophobes ». »[15] Cette notion crée une forme d'autocensure[9].

Vocabulaire utilisé par les courants islamistes

Plusieurs organisations islamistes qualifient leurs opérations de « résistance contre une force d'occupation ». Ainsi, Hamas est un acronyme de « harakat al-muqâwama al-'islâmiya » signifiant « mouvement de résistance islamique ». Le drapeau du Hezbollah porte la slogan « al-muqāwamah al-islāmīyah fī lubnān » qui signifie « la résistance islamique au Liban ». En Irak, plusieurs organisations (d'inspiration politique ou religieuse) mènent une guérilla contre les forces militaires américaines[16].

De plus certaines personnes désignées comme islamistes (par exemple Abbassi Madani et Mohammad Hussein Fadlallah) soutiennent que l'islam et l'islamisme sont une même chose et que le terme qui les définit le mieux est musulman[17].

« En langue arabe également, islamisme, qui se traduit par islamiyya, n’a pas forcément une connotation fondamentaliste ou violente, et désigne à la fois l’islamisme et ce qui est islamique en général »[18] Sauf en Algérie, « la langue arabe n'a pas forgé d'unité lexicale pour exprimer le concept actualisé d'« islamisme » ». Cette langue préfère utiliser des énoncés comme « fondamentalisme islamique » ou « extrémisme islamique »[19].

Pour Romain Caillet, le djihadisme utilise un arabe médiéval, peu utilisé de nos jours. Ainsi, « Hijra : employée à l’époque contemporaine, notamment dans la presse, pour traduire «immigration», ou «émigration», en faisant référence aux mouvements des populations du Sud de la Méditerranée vers l’Europe, la Hijra signifie dans un contexte religieux l’émigration d’un pays non-musulman vers une terre d’Islam » ou plus particulièrement, pour l'État Islamique, vers une terre de Djihad. De même, le terme de Ribat qui signifie « édifice fortifié, du tour de guet ou fortin jusqu’à la forteresse, situé près des frontières ou sur les côtes maritimes » signifie pour les jihadistes « monter la garde sur la ligne de front. »[20]

Des définitions diverses

« Terrorisme » et « violence politique »

« Les politistes Alex Schmidt et Berto Jongman identifient 109 définitions du terrorisme explicitement différentes. »[21] Pour le TLfi, le terrorisme est l'« Ensemble des actes de violence qu'une organisation politique exécute dans le but de désorganiser la société existante et de créer un climat d'insécurité tel que la prise du pouvoir soit possible. »[22],[23]

Le concept de violence politique est utilisé en sciences sociales et politiques pour faire référence à « des destructions [ou] des atteintes physiques dont le but, le choix des cibles ou des victimes, la mise en œuvre et/ou l'effet ont une signification politique [et] tendent à modifier le comportement des protagonistes dans une situation de négociation »[24],[25]. L'usage du concept de « violence politique » a pour objectif de prendre de la distance par rapport au caractère légitime ou non de son expression pour au contraire se focaliser sur son caractère coercitif (l'usage de la force ou sa menace) et sur les moyens pour la réguler.

« Islamisme » et « islamiste »

Définition comme synonyme de l'islam

Le TLFi définit l'islamisme comme la « religion des musulmans »[26]. Le terme « islamisme » est de création française et l'usage de ce mot est attesté en français depuis le XVIIIe siècle, où Voltaire l'utilise à la place de « mahométisme » pour signifier « religion des musulmans » (ce qu'on nomme désormais « islam »)[27].Cet usage n'a plus cours. Le substantif « islamisme » reste cependant utilisé dans cette acception de « islam » dans l'adaptation française dans les années 1960 du livre de John Alden Williams, L'Islamisme[28], et même dans l'édition corrigée en 1995 du livre de Ali Merad, L'Islam contemporain[29].

Définition comme radicalisme religieux

Le sociologue Dominique Baillet considère que le terrorisme islamiste est une « interprétation néofondamentaliste qui s'éloigne du Coran et donc de l'islam »: pour lui, la charia ne justifierait pas un massacre en période de paix[30]. Selon Abdennour Bidar, « « islamiste » désigne proprement ce qui dans cette civilisation relève d'un radicalisme religieux[7]. »

Définition politique de l'islamisme

Le terme « islamisme » est réapparu en France à la fin des années 1970 pour répondre à la nécessité de définir les nouveaux courants posant une interprétation politique et idéologique de l'islam et les différencier de l'islam en tant que foi[17]. Pour l'islamologue Bruno Étienne[note 1], l'acception actuelle du mot, qu'il est également possible d'appeler « islamisme radical », peut se résumer comme l'« utilisation politique de thèmes musulmans mobilisés en réaction à l'« occidentalisation » considérée comme agressive à l’égard de l’identité arabo-musulmane »[27], cette réaction étant « perçue comme une protestation antimoderne » par ceux qui ne suivent pas cette idéologie[27].

Pour Lynne Franjié, le terme « islamique » possède comme trait sémantique /politique/. La différence avec le terme « islamiste » est lié à son aspect violent. Pour elle, « force est de constater que ces trois équivalents dont l'objet de flottements en français et en anglais. »[19]

« Islamique »

Définition religieuse

Le TLFi définit le terme par « Relatif à l'islam »[note 2],[31] Dans Le jihadisme : Le comprendre pour mieux le combattre, David Benichou, Farhad Khosrokhavar et Philippe Migaux écrivent que« l'expression de « terrorisme islamique », […] signifie au sens propre « terrorisme musulman » »[32],

Définition civilisationnelle

Selon Abdennour Bidar, « le mot « islamique » désigne simplement en effet ce qui relève de la civilisation de l'islam : philosophie islamique, art islamique, religion islamique, etc. […]. Le « totalitarisme islamiste » ne peut donc pas être qualifié en même temps d'« islamique », ou bien c'est la civilisation même de l'islam qui est associée à ce totalitarisme…[33] »

Autre définition

Pour Olivier Roy, les adjectifs « musulman » et « islamique » ne sont pas synonyme, musulman désignant un fait et islamique désignant une intention, comme dans le cas de l’état islamique, « État qui fait de l'islam le fondement de sa légitimité »[34].

« Djihadisme »

Le mot « jihadisme » a été adopté dans le monde islamique comme la moins mauvaise option pour désigner les groupes comme Al-Qaïda qui ont un intérêt exclusif pour le côté violent du jihad. Le terme est utilisé par les médias arabes et aussi par les milieux du contre-terrorisme où il désigne les musulmans sunnites qui utilisent la violence pour poursuivre leurs buts politiques universalistes[35].

Dans Le jihadisme : Le comprendre pour mieux le combattre, David Benichou, Farhad Khosrokhavar et Philippe Migaux écrivent que« L'expression de « terrorisme jihadiste » est plus claire, dès que l'on prend acte qu'elle s'appuie sur une vision réinventée de l'islam, d'autant que ces actes de terreur sont commis par des individus qui se revendiquent du jihadisme. »[32] Ce terme est utilisé par le gouvernement français pour sa plateforme stop-djihadisme[36].

Usages et critiques des termes

Nom de l'État islamique

Notes et références

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