Guerre néerlando-portugaise

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Date [1]
(59 ans, 11 mois et 19 jours)
Lieu Océan Atlantique: Brésil, Afrique de l'Ouest, Afrique du Sud ; Océan Indien : Afrique de l'Est, Inde, Birmanie ; Indes orientales : Côtes de Malacca, Indochine, Chine
Casus belli Prise du navire Santa Catarina par les néerlandais
Issue

Traité de La Haye :

Guerre néerlando-portugaise
Description de cette image, également commentée ci-après
Bataille de Goa entre les flottes portugaise et néerlandaise en 1638.
Informations générales
Date [1]
(59 ans, 11 mois et 19 jours)
Lieu Océan Atlantique: Brésil, Afrique de l'Ouest, Afrique du Sud ; Océan Indien : Afrique de l'Est, Inde, Birmanie ; Indes orientales : Côtes de Malacca, Indochine, Chine
Casus belli Prise du navire Santa Catarina par les néerlandais
Issue

Traité de La Haye :

Belligérants
Provinces-Unies Empire portugais ( dans l'Union Ibérique jusqu'en 1640)
Commandants
Piet Hein
Cornelis Matelief de Jonge
Gerard Hulft
Matias d'Albuquerque
Salvador Correia de Sá e Benevides
Estévão de Ataíde

Batailles

Siège de Malacca (1606), Bataille du cap Rachado, Siège de l'île de Mozambique (1607), Siège de l'île de Mozambique (1608), Bataille de Macao, Capture de Bahia, Reconquête de Bahia, Bataille des Abrolhos, Bataille de Mata Redonda, Bataille d'Elmina, Campagne de Porto Calvo, Bataille de Goa (1638), Bataille navale du 12 janvier 1640, Siège de Galle, Siège de Malacca (1641), Bataille des Guararapes, Reconquête de l'Angola, Bataille de Mannar, Conquête de Malabar (1658–1663)

La guerre néerlando-portugaise (en néerlandais Nederlands-Portugese oorlog, en portugais Guerra Luso-Neerlandesa) est une suite de conflits navals dans le monde colonial, opposant les intérêts des compagnies néerlandaises  la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (WIC) et la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC)  et les intérêts commerciaux de l'empire portugais.

Ce conflit s'insère dans le cadre de ce qu'on appelle (rétrospectivement) la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648), c'est-à-dire l'insurrection des Pays-Bas contre le roi d'Espagne Philippe II, insurrection qui, en 1581, devient une guerre entre les Provinces-Unies et l'Espagne.

Or, à partir de 1580, Philippe II contrôle le Portugal, de sorte que par la suite, les Provinces-Unies considèrent les Portugais comme des ennemis, notamment dans le monde colonial où leurs compagnies cherchent à s'implanter : en détruisant des implantations portugaises, ils contribuent à affaiblir la puissance espagnole.

La guerre néerlando-portugaise s'achève officiellement en 1661 par le traité de La Haye.

L'insurrection des Pays-Bas et la naissance des Provinces-Unies

À la fin de son règne, Charles Quint (1500-1558), empereur (par élection), souverain des Dix-Sept Provinces des Pays-Bas en tant que descendant de Charles le Téméraire et roi d'Espagne en tant que descendant des Rois catholiques, transmet en les Pays-Bas à son fils Philippe, puis lui cède la couronne d'Espagne en .

Les Pays-Bas sont dès lors associés à l'Espagne, bien qu'ils fassent partie du Saint-Empire (Philippe II est, formellement, vassal de l'empereur, son oncle Ferdinand jusqu'en 1564, pour chacune des dix-sept provinces).

Les dissensions entre les Néerlandais, qui ont des traditions d'autonomie urbaine et provinciale, et un souverain absolutiste aboutissent en 1566 à la révolte des Gueux, qui en 1568, devient une guerre sous la direction de Guillaume d'Orange. En 1581, les insurgés proclament la déchéance de Philippe II de ses droits sur les Pays-Bas, par l'acte de La Haye, qui marque le début d'un nouvel État en Europe, les Provinces-Unies. Mais pour Philippe, ce sont toujours des sujets dont la rébellion doit être écrasée. La guerre se poursuit donc jusqu'à la fin du règne de Philippe II (1598), et même au-delà, puisque les Provinces-Unies ne sont finalement reconnues par le roi d'Espagne qu'en 1648 (traité de Münster).

L'union de l'Espagne avec le Portugal

De 1580 à 1640, le royaume de Portugal est uni à la couronne espagnole dans le cadre de l'Union ibérique. En 1595, le roi Philippe II ordonne la fermeture des ports portugais aux navires néerlandais. Ces derniers aident les Anglais lors du sac de Recife, qui constitue le plus riche butin de l'histoire de la guerre de course en Angleterre élisabéthaine[2].

Le Portugal est depuis la fin du XVe siècle à la tête d'un empire colonial constitué de nombreux comptoirs commerciaux, sur les côtes d'Afrique, des « Indes orientales » (Inde, Indonésie, Chine, Japon) et du Brésil.

De son côté, l'Espagne contrôle l'Amérique centrale (Caraïbes et Mexique) et l'Amérique du Sud (Pérou, Colombie), les « Indes occidentales ».

Les ambitions néerlandaises

Les Provinces-Unies, dont la population a une tradition commerciale et maritime, lancent des expéditions visant à s'implanter dans le monde colonial. En 1592, des marchands néerlandais envoient Cornelis de Houtman à Lisbonne afin de recueillir un maximum d'informations sur les îles Moluques (îles aux Épices). En 1595, le marchand et explorateur Jan Huyghen van Linschoten, après avoir beaucoup voyagé dans l'océan Indien au service des Portugais, publie à Amsterdam un récit de voyage intitulé « Reys-gheschrift vande navigatien der Portugaloysers in Orienten » (« Récit d'un voyage à travers les voies navigables des Portugais en Orient »)[3].

Le rapport publié contient des instructions détaillées sur la navigation entre le Portugal et les Indes orientales, ainsi que vers le Japon. L'intérêt suscité par ces nouvelles informations auprès des Néerlandais entraîne un mouvement d'expansion commerciale et la fondation de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales en 1602. Cette compagnie est fondée dans le but de partager les coûts de l'exploration des Indes orientales et, à terme, de rétablir le commerce des épices. Ce commerce génère d'importants profits pour la nouvelle République néerlandaise et d'autres pays européens, à condition que les épices soient achetées directement à la source et que leur approvisionnement soit contrôlé par un monopole[4].

Casus belli

La prise du Santa Catarina par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, gravure sur bois de 1604.

Le , trois navires néerlandais sous le commandement de l'amiral Jacob van Heemskerck aperçoivent la caraque Santa Catarina au large de la côte orientale de Singapour. Le navire portugais, commandé par Sebastião Serrão, fait route de Macao à Malacca, chargé de marchandises en provenance de Chine et du Japon, dont 1 200 balles de soie brute chinoise, d'une valeur de 2,2 millions de Florins[5],[6]. Le Santa Catarina est une caraque marchande portugaise de 1 500 tonnes[7], avec une cargaison contenant plusieurs centaines d'onces de musc. Après quelques heures de combat, les Hollandais parviennent à maîtriser l'équipage qui, en échange de la vie sauve, renonce aux precieuses marchandises. Jacob van Heemskerk n'a pas l'autorisation de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales ni du gouvernement des Provinces-Unies pour recourir à la force mais de nombreux actionnaires acceptent les richesses qu'il leur rapporte. Malgré l'exigence de restitution par le Portugal, les Hollandais conservent le navire et sa cargaison comme prise de guerre, devenant le casus belli de la guerre néerlando-portugaise. La vente de cette cargaison augmente le capital de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales de plus de 50%[5].

Grâce aux importantes quantités de porcelaine Ming capturées à bord de ce navire, la poterie chinoise est connue en Hollande sous le nom de « Porcelaine kraak » pendant de nombreuses années[8].

Cette affaire donne lieu à une audience publique et les représentants de la compagnie font appel au juriste Hugo Grotius pour rédiger une défense polémique de la saisie[9]. Dans « Mare Liberum », publié en 1609, Grotius adapte le principe selon lequel la mer est un territoire international, s'opposant à la politique portugaise de « Mare Clausum » (mer fermée) et toutes les nations sont libres d'utiliser la mer pour le commerce maritime. En revendiquant la « liberté des mers », Grotius fournit une justification idéologique adéquate à la répression par les Néerlandais de divers monopoles commerciaux grâce à leur puissance navale. L'Angleterre, en concurrence avec les Provinces-Unies pour la domination du commerce mondial, s'oppose à l'idée redéfinissant les principes du Mare Clausum[10].

Les théâtres d'opération

Les deux compagnies néerlandaises s'attaquent aux comptoirs portugais au Brésil, en Afrique et en Asie, avec des fortunes diverses : en Afrique et au Brésil, elles subissent un échec qui entraine la faillite de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. En Asie, c'est au contraire un succès, qui assure plus d'un siècle de prospérité à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.

Le Brésil

Bataille des Guararapes

L'Union Ibérique place le Brésil en conflit avec des nations européennes autrefois amies du Portugal mais ennemies de l'Espagne, telles que l'Angleterre et les Provinces-Unies. La Capitainerie de Pernambouc, le plus riche de tous les territoires portugais, est devenue une cible de conquête[11].

Au Brésil, les Provinces-Unies prennent en 1624 le contrôle d'un des principaux comptoirs portugais, Salvador de Bahia, mais en sont chassés l'année suivante[12].

Ils reviennent à l'offensive en 1631, s'emparant du port de Recife et de la ville d'Olinda, la plus grande et la plus riche région productrice de sucre au monde[13],[14].

Lors de l'Insurrection du Pernambouc, le mouvement qui expulse les Néerlandais du Brésil est dirigé par les propriétaires de plantations André Vidal de Negreiros et João Fernandes Vieira, ainsi que par l'afro-descendant Henrique Dias et le natif Antônio Filipe Camarão[15]. En difficulté à partir de 1645, les envahisseurs sont battus lors des deux batailles des Guarapapes (1648 et 1649)[16].

Ils renoncent définitivement à s'implanter au nord du Brésil en 1654, date du départ des derniers Néerlandais de Recife[17].

L'Angola

En Afrique, les Hollandais harcèlent la colonie portugaise de l'Angola en 1624, afin d'assécher les flux de déportation d'esclaves des Portugais. Ces derniers envoyaient les esclaves travailler dans la grande ville de Potosi, où se trouvait une mine produisant l'argent-métal dans le monde, en passant par Buenos Aires et le Brésil, où une partie des déportés étaient achetés au passage par les planteurs de sucre portugais.

Un peu plus tard, les Hollandais attaquent de nouveau la colonie portugaise de l'Angola et s'emparent d'une partie de ce territoire, celle du littoral, où le port de Luanda servait aux Portugais à exporter des esclaves. Mais, les Hollandais se heurtent à une résistance locale qui prend la forme de la guerre néerlando-portugaise en Angola et ils ne conservent le port de Luanda que de 1641 à 1648, date à laquelle les Portugais les chassent entièrement d'Angola.

La Côte de l'Or (Ghana)

Les Hollandais s'emparent de deux comptoirs portugais, afin de développer leur commerce de tous les produits sur la Côte-de-l'Or, d'abord celui d'Elmina en 1637 puis celui d'Axim. Ces deux comptoirs ont pour principale finalité d'augmenter l'accès des Hollandais à la production d'or du Ghana, mais la guerre de Trente Ans suscite des besoins monétaires importants des autres nations, Suède, Danemark, France, Angleterre, Duché de Courlande, qui bâtissent de nombreux forts peu après dans la même zone, ne parvenant à détourner qu'une partie des flux d'or captés par les Hollandais.

L'Asie

Capture de Cochin par les Néerlandais.

La Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) mène en 1604 une offensive de courte durée contre les intérêts portugais tant en mer avec des corsaires dans l'océan Indien occidental que sur terre avec des sièges contre des forts, certains avec succès comme Amboine et Tidore en 1605, d'autres sans succès comme Malacca en 1606 et l'île de Mozambique en 1607 et 1608[18].

En , la VOC s'allie avec la East India Company (EIC) anglaise mais cet accord signé en Europe surprend les leaders locaux des deux institutions qui sont en guerre ouverte depuis 1618 à propos du monopole hollandais sur le commerce des épices des Moluques. Deux escadres communes sont cependant créées ; la première consituée de 5 navires anglais et 5 hollandais, active dès , donne la chasse aux navires entre Macao et le Japon jusqu'en 1622 et fait un blocus du port de Manille début 1621 et début 1622[18]. La deuxième, avec une participation anglaise réduite et sous la direction de Jacob Dedel, part de Batavia en avec comme objectif Goa et la côte de Malabar. Elle va cependant être redirigée vers l'île de Mozambique où elle réussit en à intercepter et vaincre la flotte portugaise de la Route des Indes. Elle arrive finalement à Goa en et fait le blocus jusqu'en , empêchant la carraque São Tomé de faire le voyage de retour à Lisbonne cette année-là[18].

Les offensives néerlandaises sur Goa (1638-1639) et Macao (1622) sont défaites mais ils remportent ensuite plusieurs victoires. Ils s'emparent de Malacca (1641), de Ceylan (siège de Galle en 1640) et des comptoirs portugais sur la côte de Malabar, obtenant le monopole du commerce avec le Japon (1641). Avec le contrôle total de Ceylan en 1658, ils finalisent le monopole sur le commerce des épices.

La fin de la guerre

Références

Annexes

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