Gymnosophiste

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Rue des tombes au Cimetière du céramique à Athènes, dans lequel se trouvait, selon Plutarque, celle du gymnosophiste Zarmanochegas.
Sculpture d'un yogi dans le temple Birla Mandir, à Hyderabad, Inde.
Représentation de l'ascète
Kundakunda, Ācārya jaïn dans un temple de l'État de Karnataka, Inde.

Les gymnosophistes (en grec ancien : γυμνοσοφισταί, gymnosophistaí, « sages nus ») sont durant l'Antiquité des philosophes indiens samnyâsin (renonçants) qui promouvaient une vie ascétique, détachée des biens matériels. Ils étaient ainsi appelés par les Grecs parce qu'ils vivaient nus (γυμνος, gymnόs).

Cependant l'origine géographique de ces sages a été flottante : ils sont souvent qualifiés d'Égyptiens par un auteur comme Philostrate d'Athènes, et l'on trouve l'expression « gymnosophistes égyptiens » chez Eusèbe de Césarée et Jérôme de Stridon[1].

Les gymnosophistes étaient connus durant l'Antiquité. Plusieurs auteurs, comme Plutarque, rapportent des histoires à leur sujet. Plutarque raconte notamment la rencontre d'Alexandre le Grand avec dix gymnosophistes[2]. Calanos se sacrifie en montant sur un bûcher devant Alexandre et toute l'armée macédonienne. :

« Il fit prisonniers, dans le cours de cette expédition, dix gymnosophistes, de ceux qui, en contribuant le plus à la révolte de Sabbas, avaient causé de grands maux aux Macédoniens. Comme ils étaient renommés par la précision et la subtilité de leurs réponses, le roi leur proposa des questions qui paraissaient insolubles ; il leur déclara qu'il ferait mourir le premier celui qui aurait le plus mal répondu, et tous les autres ensuite; et il nomma le plus vieux pour être juge. Il demanda au premier quels étaient les plus nombreux des vivants ou des morts. Il répondit que c'étaient les vivants, parce que les morts n'étaient plus. Au second ; qui de la terre ou de la mer produisait de plus grands animaux. - « La terre, parce que la mer en fait partie. » Au troisième, quel était le plus fin des animaux. - Celui que l'homme ne connaît pas encore. » Au quatrième, pourquoi il avait porté Sabbas à la révolte. - « Afin qu'il vécut avec gloire, ou qu'il périt misérablement. » Au cinquième, lequel avait existé le premier, du jour ou de la nuit. - « Le jour ; mais il n'a précédé la nuit que d'un jour. » Et comme le roi parut surpris de cette réponse, le philosophe ajouta que des questions extraordinaires demandaient des réponses de même nature. Au sixième, quel était, pour un homme, le plus sûr moyen de se faire aimer. « Que, devenu le plus puissant de tous, il ne se fit pas craindre. » Au septième, comment un homme pouvait devenir dieu. - « En faisant ce qu'il est impossible à l'homme de faire.» Au huitième, laquelle était la plus forte de la vie ou de la mort. - « La vie, qui supporte tant de maux. » Au dernier, jusqu'à quel temps il était bon à l'homme de vivre ?- « Jusqu'à ce qu'il ne croie plus la mort préférable à la vie. » Alors Alexandre, se tournant vers le juge, lui dit de prononcer; il déclara qu'ils avaient tous plus mal répondu l'un que l'autre: « Tu dois donc mourir le premier, pour ce beau jugement, reprit Alexandre. - Non, seigneur, répliqua le vieillard, à moins que vous ne vouliez manquer à votre parole ; car vous avez dit que vous feriez mourir le premier celui qui aurait le plus mal répondu. » Alexandre leur fit des présents et les congédia. »

Diogène Laërce, dans ses Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, rapporte que Pyrrhon d'Élis, un des fondateurs du scepticisme, aurait été influencé par eux lors de son voyage avec Alexandre[3] :

« Pyrrhon d'Élis [...] s'attacha ensuite, au dire d'Alexandre dans les Successions, à Bryson, fils de Stilpon, et plus tard à Anaxarque dont il devint inséparable. Il l'accompagna jusque dans l'Inde, et visita avec lui les gymnosophistes et les mages. C'est de là qu'il paraît avoir rapporté, comme le dit Ascanius d'Abdère, cette noble philosophie qu'il a le premier introduite en Grèce, l'acatalepsie et la suspension du jugement. Il soutenait que rien n'est honnête ni honteux, juste ni injuste, et de même pour tout le reste; que rien, en un mot, n'a une nature déterminée et absolue, et que les actions des hommes n'ont pas d'autre principe que la loi et la coutume, puisqu'une chose n'a pas plus tel caractère que tel autre. Sa conduite était d'accord avec sa doctrine : il ne se détournait, ne se dérangeait pour rien; il suivait sa route quelque chose qui se rencontrât, chariots, précipices, chiens, etc. ; car il n'accordait aucune confiance aux sens. Heureusement, dit Antigonus de Caryste, ses amis l'accompagnaient partout et l'arrachaient au danger. Cependant Énésidème assure que, tout en proclamant dans la théorie la suspension du jugement, il n'agissait pas indistinctement et au hasard. Il vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans. »

Trois siècles plus tard, un autre gymnosophiste, Zarmanochegas, se brûle dans Athènes devant Auguste.

Pline l'Ancien, dans son encyclopédie Histoire naturelle, décrit l'Inde dans le septième livre[4] :

« Leurs philosophes, qu'on appelle gymnosophistes, gardent depuis le matin jusqu'au soir les yeux fixés sur le soleil, et se tiennent sur un seul pied pendant toute la journée dans des sables brûlants. Mégasthène rapporte que, dans une montagne nommée Nule les hommes ont les pieds tournés à rebours, et huit doigts à chaque pied. »

Lucien de Samosate, dans Les fugitifs, imagine un dialogue entre La Philosophie et Zeus[5] :

« La Philosophie : Ce n'est pas chez les Grecs ; mon père, que je me suis arrêtée tout d'abord ; mais afin de commencer par le plus difficile, je veux dire l'instruction et l'éducation des barbares, j'entrepris avant tout cette réforme. Laissant donc de côté les Grecs, que je croyais faciles à dompter et prêts à recevoir le frein, je portai mes premiers pas chez les Indiens, et je n'eus pas de peine à persuader à ce peuple, un des plus nombreux de la terre, de descendre de ses éléphants pour s'entretenir avec moi. Aujourd'hui une nation entière, les Brachmanes qui habitent entre les Néchréens et les Oxydraques, se sont rangés sous mes drapeaux, vivent d'après mes lois, sont respectés de tous leurs voisins, et terminent leurs jours d'une manière tout à fait extraordinaire.
Zeus : Tu veux parler des gymnosophistes. On m'en a beaucoup appris sur leur compte, et de plus que, montant sur un grand bûcher, ils s'y laissent consumer, sans changer d'attitude et de position. Mais ce n'est pas bien étonnant ; j'ai vu faire, l'autre jour, la même prouesse aux jeux olympiques. Il est probable, d'ailleurs, que tu étais là, quand certain vieillard s'est mis au feu.
La Philosophie : Non, mon père ; je ne suis point allée à Olympie, dans la crainte de trouver ces êtres exécrables dont je vous parlais. Je les avais vus s'y diriger en grand nombre, pour invectiver contre ceux qu'ils rencontreraient, et remplir l'Opisthodome de leurs aboiements, en sorte que je n'ai pas vu comment est mort ce vieillard. »

Héliodore, dans son roman Les Éthiopiques, narre l'histoire de Chariclée, princesse d'Éthiopie élevée en Grèce. Dans le livre IX, le roi Hydaspe lui parle « en grec, car cette langue est en honneur auprès des gymnosophistes et des rois d'Ethiopie ». Les gymnosophistes sont plus présents dans le livre X[6].

Doctrine

La doctrine des gymnosophistes nous est connue par la Géographie de Strabon, qui s'appuie sur le récit du philosophe et historien Onésicrite qui a accompagné Alexandre le Grand en Inde. Ces sages faisaient profession de vivre dans la retraite et de mépriser la douleur, doctrine proche de l'ascétisme. Ils s'abstenaient de femme et de vin, allaient nus et gardaient la barbe longue[7]. Strabon, puis au IIe siècle le théologien chrétien Clément d'Alexandrie[8], distinguent parmi les gymnosophistes, les shramanas et les brahmanes.

Influence sur la philosophie

Les gymnosophistes semblent avoir été influencés par des philosophes de l'Inde ancienne[pas clair]. Leur existence attestée permet de soutenir l'hypothèse de contacts intellectuels entre l'Inde et la Grèce, et donc d'une naissance simultanée de la philosophie en Inde et en Grèce. Ainsi, à l'opposé de l'idée d'un miracle grec, entre autres à cause de l'invention de la philosophie, certains auteurs (tels que Roger-Pol Droit) parlent de naissances simultanées en Grèce, Inde et Chine. Droit affirme même que les Grecs[9] ne pensaient pas que la philosophie était seulement grecque.

On trouve en effet la mention de gymnosophistes chez certains présocratiques, et certains disciples de Socrate (dont Onésicrite qui aurait croisé Calanos à Taxila), ce qui indiquerait des contacts dès le VIe siècle av. J.-C.

Renaissance

Dans Funérailles et diverses manières d'ensevelir les Romains, Grecs et autres nations (1581), Claude Guichard cite[10] les auteurs antiques : « Les Brachmanes, qui avoyent reputation de Sages par toute l’Inde, hommes sacrés, vacans à la contemplation de Dieu, et vivans selon leurs reigles et loix particulieres, specialement ceux que les Grecs appelloyent gymnosophistes, pour ce qu’ils alloyent nuds, faisans profession d’une vie penible et austere, tenoyent peu de compte de leur sepulture. »

Dans l’essai II, 29, De la vertu[11], Montaigne cite l'exemple des gymnosophistes après celui des femmes indiennes qui suivent leur époux dans la mort (la Sati, pratique considérée comme pervertissant le mythe original de la Déesse Sati, car contraire, selon les brâhmanes, à l'ahimsâ, « non-violence ») : « En ce mesme païs, il y avoit quelque chose de pareil en leurs Gymnosophistes  : car, non par la contrainte d'autruy, non par l'impetuosité d'un' humeur soudaine, mais par expresse profession de leur regle, leur façon estoit, à mesure qu'ils avoyent attaint certain aage, ou qu'ils se voyoient menassez par quelque maladie, de se faire dresser un bucher, et au-dessus, un lict bien paré, et apres avoir festoyé joyeusement leurs amis et cognoissans, s'aller planter dans ce lict, en telle resolution, que le feu y estant mis, on ne les vist mouvoir, ny pieds ny mains : et ainsi mourut l'un d'eux, Calanus, en presence de toute l'armée d'Alexandre le Grand. »

XXe siècle

Marguerite Yourcenar les mentionne aussi dans les Mémoires d’Hadrien, où elle fait dire à l'empereur[12] : « J’ai vu des Gymnosophistes indiens détourner la tête des agneaux fumants et des quartiers de gazelle servis sous la tente d’Osroès. » ; et aussi, "en quoi la souffrance de l'herbe qu'on coupe diffère essentiellement de celle des moutons qu'on égorge". page 19, mémoires d'Hadrien.

Dans la littérature

Notes et références

Voir aussi

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