Héritabilité de l'autisme

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Les délétions (1), duplications (2) et inversions (3) chromosomiques sont toutes les trois impliquées dans l'héritabilité de l'autisme.

L'héritabilité de l'autisme désigne la proportion de la variation de la probabilité de troubles du spectre de l'autisme (TSA) observée dans une population et qui peut être attribuée à des facteurs génétiques, par opposition aux facteurs environnementaux. C'est donc une mesure évaluant l'impact de facteurs génétiques et/ou épigénétiques dans l'existence et l'expression de l'autisme.

Autrement dit, l'héritabilité de l'autisme n'exprime pas la part « génétique » de l'autisme chez un individu, mais un paramètre statistique populationnel mesurant dans quelle mesure les différences entre personnes reflètent des différences génétiques. Les estimations issues d'études familiales et de jumeaux indiquent une héritabilité élevée, tout en montrant que des facteurs non génétiques contribuent également. Des travaux récents suggèrent que des mécanismes épigénétiques — modifications réversibles de l'expression des gènes influencées par l'environnement — pourraient participer à la transmission ou à la modulation du risque, ce qui conduit à considérer l'héritabilité comme un indicateur global intégrant à la fois les effets génétiques directs et certaines influences biologiques intermédiaires.

L'héritabilité élevée de cette neuroatypie (70–90 % environ) montre que la génétique joue un rôle majeur parmi les causes de l'autisme. Selon les données récentes, des centaines de variants peuvent en augmenter la prévalence, allant de mutations d’un seul gène à des anomalies chromosomiques. Parmi eux, les « variations du nombre de copies génomiques » (copy number variants ou CNV)[note 1] occupent une place importante : certains, rares, peuvent être directement responsables d’un cas d’autisme, tandis que d’autres, plus fréquents, n’augmentent le risque que modestement et ne suffisent pas à provoquer un TSA à eux seuls[1].

L'étude de l'héritabilité de l'autisme trouve son origine dans l'observation d'un taux d'autisme accru parmi les fratries comptant déjà un enfant autiste.

Le pédopsychiatre britannique Michael Rutter établit à partir de 1977 l'existence de ces facteurs génétiques, en étudiant la récurrence de l'autisme chez les vrais jumeaux. Depuis la publication de ces études, l'existence de facteurs génétiques est un consensus scientifique parmi les professionnels de l'autisme.

L'héritabilité élevée de cette neuroatypie (70–90 %) montre que la génétique joue un rôle majeur parmi les causes de l'autisme. Selon les donnée disponibles au milieu des années 2O20 (encore incomplètes), des centaines de variants peuvent en augmenter le risque, allant de mutations d’un seul gène à des anomalies chromosomiques. Parmi eux, les copy number variants (CNV) occupent une place importante : certains, rares, peuvent être directement responsables d’un cas d’autisme, tandis que d’autres, plus fréquents, n’augmentent le risque que modestement et ne suffisent pas à provoquer un TSA à eux seuls.

Définition

D'après Franck Ramus (2017), le rôle de l'hérédité dans l'autisme est reconnu comme « prépondérant », signifiant qu'il compte pour au moins 50 % des facteurs de causalité connus[2]. On parle d'héritabilité pour désigner la part des causes de l'autisme qui est imputable à la génétique[2].

Le professeur d'épidémiologie et de biostatistiques Brian Lee souligne les difficultés posées par la définition de l'héritabilité de l'autisme[3]. La mesure d'héritabilité peut prédire dans quelle mesure la génétique d'une personne la prédispose à être autiste, mais elle ne peut pas prédire la manière dont des facteurs environnementaux influencent cette prédisposition génétique[3].

Histoire

Historiquement, l'héritabilité de l'autisme commence à être évoquée à la suite de l'observation d'une « récurrence accrue » chez les personnes apparentées à la personne autiste, tout particulièrement chez les jumeaux monozygotes (vrais jumeaux)[2]. La première étude connue est menée sur 21 paires de jumeaux dont au moins l'un est diagnostiqué autiste (selon la grille d'autisme infantile de Kanner), par S. Folstein et Michael Rutter en 1977[4]. Les études d'héritabilité de l'autisme publiées dans les années 1980 et 1990 estiment cette part d'héritabilité à environ 90 %[2],[5]. Cependant, ces études sont limitées, car menées sur un très faible nombre de jumeaux autistes[5].

En 2002, le psychiatre français Philip Gorwood note, notamment sur la base de l'étude de Smalley et al. publiée en 1988, que la fratrie d'une personne autiste est 50 à 100 fois plus souvent concernée elle-même par l'autisme que la fratrie d'une personne non-autiste[6]. Il note également que les données collectées plaident pour un modèle d'héritabilité multifactoriel complexe (jusqu'à 50 gènes impliqués) plutôt qu'un modèle mendelien (modèle à un seul gène impliqué)[6].

En 2010, la sociologue française Brigitte Chamak plaide contre une « surestimation des origines génétiques »[7]. Les études publiées entre 2011 et 2014 revoient le facteur d'héritabilité à la baisse, soit entre 35 et 50 %[3]. C'est notamment en 2014 que paraît l'étude du chercheur suédois Sven Sandin et de son équipe[8], étude médiatisée entre autres dans Le Monde, qui titre « Les causes de l'autisme à moitié génétiques et à moitié environnementales »[9]. L'examen de cette étude par la Haute Autorité de santé, en 2018, conclut que le traitement des données a conduit à une sous-estimation des facteurs d'héritabilité[10]. En effet, en 2017, Sandin et al. ré-analysent leurs données et déterminent une héritabilité de 83 %[11]. De même, la méta-analyse de Beata Tick et de son équipe, publiée en 2016, réaffirme la forte prééminence des facteurs génétiques sur les facteurs environnementaux[12].

La part d'implication génétique a été réévaluée entre 64 et 85 % par les études publiées entre 2017 et 2020[3]. En 2018, Pauline Chaste conclut à des facteurs polygéniques, avec une influence épigénétique[13].

Influence d'un âge parental avancé à la naissance

Un premier constat de corrélation entre « âge paternel avancé » et TSA est fait en 2006[14].

Puis on montre que l'âge de la mère est aussi corrélé à une probabilité accrus d'avoir un enfant autiste : en 2010 (après analyse de près de 5 millions de naissances), on montre que l'âge de la mère et celui du père n'influencent pas le risque d'autisme de manière équivalente : plus la mère est âgée, plus le risque d'autisme chez l'enfant augmente régulièrement, quel que soit l'âge du père (ex : les mères de 40 ans ont environ 1,5 fois plus d'enfants autistes que celles de 25 à 29 ans).
Pour les pères, un effet existe aussi, mais différent : leur âge avancé augmente le risque surtout lorsque la mère a moins de 30 ans, mais quand la mère a plus de 30 ans, l'âge du père change très peu le risque. Les auteurs estiment que la tendance à retarder l'âge de la maternité a contribué à environ 4,6 % d'augmentation des diagnostics d'autisme en Californie sur dix ans[15].

Depuis, l'âge parental à la conception est de plus en plus reconnu comme un facteur corrélé aux TSA[16],[17]. En Chine, en 2017, Wu et ses collègues, dans une méta-analyse de 27 études observationnelles, confirment un effet dose‑réponse lié à l'âge des parents lors de la conception : chaque augmentation de 10 ans de l'âge de la mère et du père entraînait respectivement une augmentation de 18 % et 21 % des risques de TSA[18]. Au Qatar, des études statistiques montrent qu'un « âge maternel avancé » au moment de la conception est un facteur significatif  et de type dose‑dépendant   d'occurrence d'un TSA pour l'enfant à naître. Par exemple, dans ce pays, en 2026, les mères âgées de 30 ans et plus avaient une probabilité croissante d'avoir un enfant autiste (risque modérément accru entre 30 et 34 ans, plus marqué entre 35 et 39 ans, et maximal au‑delà de 40 ans)[19],[note 2].

Une étude large (portant sur plus de 1,4 million d'enfants nés au Danemark entre 1990 et 2013) a confirmé que plus les parents sont âgés, plus les taux d'autisme chez l'enfant augmentent (les mères de 40 ans et plus et les pères de 50 ans et plus ont un risque environ 1,5 fois plus élevé que les parents de 25 à 29 ans). Cette étude a aussi apporté une donnée nouvelle : la probabilité d'avoir un enfant autiste est aussi plus élevé quand les grands-parents étaient très jeunes (moins de 19 ans) ou, pour les grands‑mères paternelles, plus âgées (40 ans et plus) au moment de la naissance du parent. Il s'agit de corrélations et non de causes, mais les auteurs suggèrent que l'âge des parents et même des grands‑parents (paternels et/ou maternels) au moment de la conception pourrait influencer le risque d'autisme, possiblement sur plusieurs générations, ce qui peut faire évoquer l'implication de mutations de novo et/ou épigénétiques[20].

L'importance du facteur « âge paternel avancé » (plus de 50 ans) a été discutée en 2026 par Al Shaban et al. selon qui, sur base de statistiques réunies au Quatar, ce critère (âge paternel) perd toute ou partie de sa signification statistique quand on tient compte de l'âge maternel et d'autres facteurs de confusion[19],[note 3].

Dénégations de l'héritabilité de l'autisme

Notes et références

Annexes

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