Autisme en psychanalyse

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En psychanalyse, l'autisme est lié au mot autoérotisme que Sigmund Freud, qui n'a jamais parlé d'autisme, a repris du médecin et sexologue Havelock Ellis. Mais tandis que Freud maintient et développe la notion d' « autoérotisme » pour la psychanalyse, la dimension sexuelle contenue dans le mot est refusée par le psychiatre Eugen Bleuler qui crée par raccourcissement et contraction le mot « autisme », repris ensuite par Leo Kanner en 1943 et en 1944, par Hans Asperger. L’autisme et les psychoses infantiles sont redécouverts dans les années 1950 aux États-Unis dans l’orthodoxie freudienne avec Margaret Mahler. Ils font alors l'objet d'études psychanalytiques, surtout anglo-saxonnes, de psychanalystes postkleiniens comme Frances Tustin, Donald Meltzer et Donald Winnicott. Bruno Bettelheim occupe une place à part. En France, et dans le sillage des théories de Jacques Lacan, l'autisme dans le cadre de la psychanalyse est notamment abordé par la spécialiste des enfants Françoise Dolto, puis par Rosine et Robert Lefort, Eric Laurent et Jean-Claude Maleval.

Le travail psychanalytique en autisme consiste à passer par la parole (ou des moyens de symbolisation dans les cas les plus difficiles) afin d'aider le sujet à vivre avec ses symptômes, éventuellement à les réduire.

L’approche psychanalytique a largement été déconsidérée, car elle a mené à des maltraitances envers les enfants autistes[1],[2],[3],[4]. Malgré cela, elle reste présente en France. Ainsi, The Guardian affirme que « 50 ans de retard ont été pris dans l’accompagnement des personnes autistes », et qu'il s'agit d'un « scandale d'État »[5]. En effet, le traitement de l’autisme en France constitue une violation des droits de personnes autistes[1], de par l'influence de la psychanalyse dans les méthodes d'accompagnement. En dépit de cela, un certain nombre de psychanalystes continuent de défendre leurs pratiques.

Le référentiel psychanalytique en autisme recule à partir des années 1970, particulièrement aux États-Unis ; il reste mobilisé principalement dans deux régions du monde, la France et l'Amérique latine. La mise en application entre pédopsychiatrie (Kanner) et psychanalyse (Bettelheim) de théories sur l'autisme dans les années 1950-1960 aux États-Unis a entraîné une accusation des mères, argument et motif central du militantisme de la majorité des associations françaises de parents d'autistes contre la psychanalyse. Les autobiographies des adultes autistes Josef Schovanec et Hugo Horiot témoignent de mises en souffrance dans le cadre de leur cure psychanalytique, comme celle de Gunilla Gerland, qui y rapporte des témoignages de ses pairs. Des expériences psychanalytiques positives, et celle de Donna Williams qui en reprend des termes ou des interprétations, sont cependant rapportées. Sont critiquées également la notion de psychose en psychanalyse ainsi que l'inefficacité de la pratique psychanalytique en matière d'autisme.

En , l'Université de Cambridge publie un article intitulé "Psychoanalysis in the treatment of autism: why is France a cultural outlier?"[6] afin d'analyser et identifier pourquoi la France utilise une approche déconsidérée depuis plusieurs décennies faute de preuve scientifique quant à son efficacité et sa tendance à mettre les enfants autistes en risque de maltraitance. Les auteurs soutiennent que la psychanalyse est protégée de la critique en France par des réseaux politiques et universitaires.

En , dans la suite d'un premier avis de , la Haute Autorité de santé française classe la psychanalyse parmi les thérapies « non recommandées » pour le nourrisson, l’enfant et l’adolescent autiste.

De l'autoérotisme freudien à l'autisme selon Bleuler, puis Kanner et Asperger

Le médecin et sexologue Havelock Ellis est à l'origine du mot et de la notion d'autoérotisme

Plusieurs conceptions se sont succédé entre psychanalyse et psychiatrie : depuis l'équivalence relative entre l'auto-érotisme selon Freud, qui n'a jamais parlé d'autisme[7], et l'autisme de Bleuler qui refuse la dimension sexuelle de l'auto-érotisme et crée de ce fait le mot « autisme » par raccourcissement et contraction d' « autoérotisme » (« érotisme » disparaît)[8],[9].

La découverte de l'autisme est associée au Burghölzli, une clinique psychiatrique universitaire situé à Zurich et dirigée à l'époque par Eugen Bleuler, le créateur du mot autisme[10]. C'est à partir du refus par Bleuler de la dimension sexuelle propre à la psychanalyse contenue dans le concept freudien d'autoérotisme par rapport à celle qui l'exclut d'« ipséisme » pour l'autisme en psychiatrie que se différencient par la suite les approches respectivement psychanalytique et pédopsychiatrique. 1943 est la date à laquelle un trouble infantile est officiellement distingué en psychiatrie par Leo Kanner, sous l'appellation de trouble autistique du contact affectif[11], tandis que Hans Asperger présente l'année suivante un rapport sur Les psychopathes autistiques pendant l’enfance.

Freud, Jung, Bleuler

Le mot « autisme » (du grec autos : soi-même), forgé par le psychiatre suisse Eugen Bleuler, apparaît dans une lettre de Carl Gustav Jung du adressée à Sigmund Freud[9]. Bleuler refuse le concept d' auto-érotisme, repris par Freud d'Havelock Ellis, qu'il juge « beaucoup trop sexuel » et crée par contraction d'auto et d'érotisme (remplacé) le mot autisme, après avoir songé à ipsisme du latin. Freud va conserver le terme d'auto-érotisme, tandis que Jung adoptera quant à lui le terme d'introversion[9].

Repris par Freud d'Havelock Ellis, le concept d'autoérotisme est conservé par la psychanalyse.
Le psychiatre suisse Eugen Bleuler a créé le mot « autisme » en refusant le concept d'« auto-érotisme » jugé « trop sexuel ».
Entre auto-érotisme chez Freud et autisme chez Bleuler

Dans Dementia praecox oder Gruppe der Schizophrenien (1911), Eugen Bleuler définit l'« autisme » (allemand Autismus), mot dérivé du grec αυ ̓ το ́ ς (soi-même), comme un détachement de la réalité accompagné d'une prépondérance de la vie intérieure : l'autisme est à peu près la même chose que ce que Freud nomme autoérotisme, dit-il[12].

Selon Jacques Hochmann, Bleuler, qui connaît les théories freudiennes et précise d'ailleurs que l'autisme est à peu près la même chose que ce que Freud appelle l'auto-érotisme, explique qu'il souhaite en supprimant le radical /éros/ se démarquer de la référence de Freud à une conception élargie de la sexualité risquant de « donner lieu à de nombreuses méprises »[8].

Conflit de Jung avec Freud à propos de la démence précoce
Carl Gustav Jung, proche de la psychanalyse jusqu'à sa rupture avec Freud (ici devant le Burghölzli en 1910).

Au Burghölzli, Carl Gustav Jung travaille auprès de Bleuler sur la démence précoce ou schizophrénie et publie l'essai intitulé Psychologie de la démence précoce (1906)[13]. C'est à la même époque qu'il est donc chargé d'un rapprochement avec Sigmund Freud par Bleuler. Mais Jung, jusque là très proche de Freud, va rompre avec lui autour de 1911-1913, entre autres en raison d'un conflit théorique profond sur la question de la libido dans le domaine des démences précoces : Jung considère que la théorie pulsionnelle freudienne de la libido échoue « à rendre compte de la démence précoce », au moment où Freud est justement en train d'écrire Pour introduire le narcissisme qu'il publiera en 1914[14]. Or en psychanalyse, le narcissisme est défini comme « un stade de développement nécessaire dans le passage de l'autoérotisme à l'amour d'objet »[15].

Kanner : l'autisme infantile précoce

En 1943, Leo Kanner, pédopsychiatre, décrit l'autisme infantile précoce.

En 1943, le mot « autisme » est repris par Leo Kanner dans sa description de l'« autisme infantile précoce » comme syndrome associant des troubles de la communication, des troubles des comportements sociaux et des troubles des fonctions cognitives[16]. Sur l'autisme infantile, le pédopsychiatre et psychanalyste français Didier Houzel considère que les recherches psychanalytiques « ont abouti à des avancées très significatives dans la compréhension des débuts de la vie psychique »[16]. Steve Silberman estime cependant que l'accent initialement mis par Leo Kanner sur le rôle des parents dans son modèle théorique de l'autisme chez l'enfant résulte de la domination de la théorie psychanalytique de l'époque, et du dogme voyant dans la psyché parentale la source des explications aux troubles, tout autre modèle théorique étant « rapidement eclipsé par l'essor de la psychanalyse »[17].

Jacques Hochmann rapporte que dès le début des années 1960, un courant antipsychanalytique a commencé à se dessiner aux États-Unis[18]. Un déclin de la psychanalyse s'y amorce dans l'opinion publique ainsi que « dans les hauts lieux de diffusion du savoir psychiatrique », d'autant que, selon Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, « le freudisme américain a toujours été d'une extrême fragilité »[19]. D'après le neuropathologue Manuel F. Casanova et son équipe, le psychologue américain Bernard Rimland, père d'un enfant autiste et fondateur en 1965 de l'Autism Society of America (ASA), s'associe ainsi à Leo Kanner pour « mettre fin au règne de terreur engendré par la psychanalyse », notamment à travers sa publication, en 1964, d'un « manifeste basé sur une large revue de la littérature dans lequel il démystifie les idéologies psychanalytiques » en matière d'autisme, en documentant des causes génétiques[20].

Le rapport de Hans Asperger et ses suites

En 1944, Hans Asperger présente à Vienne un rapport sur un syndrome autistique, intitulé Les psychopathes autistiques pendant l’enfance (Die Autistischen Psychopathen im Kindesalter), qui restera oublié pendant quarante ans[21].

Selon Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Hans Asperger (1906-1980), qui aurait été concerné lui-même dans son enfance — Edith Sheffer réfute cette idée[22] —, décrit un « “autisme de haut niveau”, caractérisé par une absence d'altération du langage et une capacité de mémorisation inhabituelle », dont témoigne par exemple « l'inoubliable Raymond Babbit » qu'interprète Dustin Hoffman dans le film Rain Man (1988)[9]. Dans ce rapport[23], Asperger traite de « la psychopathie autistique », décrite plus tard sous les noms d'autisme à haut niveau de fonctionnement (High-functioning autism), puis sous celui de syndrome d'Asperger[24]. Le rapport d’Asperger est retrouvé en effet à la fin des années 1970 par Lorna Wing, psychiatre et mère d’un enfant autiste, traduit en anglais par Uta Frith, et publié en 1981 après la mort d’Asperger[21]. C'est la traductrice Uta Frith, « née Aurnhammer en Allemagne (pendant la période nazie, précise-t-elle) » et formée à Londres à la psychologie cognitive qui élabore les critères diagnostiques du syndrome d’Asperger « en ajoutant aux symptômes décrits l’absence de théorie de l’esprit (l’impossibilité de s’identifier à l’autre et de comprendre ce qui n’est pas dit ni donné à voir) »[21]. Son élève Tony Attwood perfectionne la description, qui connaît un immense succès à la publication (T. Attwood, Le syndrome d’Asperger, Bruxelles, De Boeck, 2008)[21]. Selon Paul Alerini, il s'est formé une « communauté des Asperger » et la liste des Asperger célèbres « s'allonge tous les jours », tandis que les Asperger forment une communauté mondiale[21].

À partir des années 1950 : psychanalyse "anglo-saxonne" et autisme

L'"approche" "anglo-saxonne" de l'autisme commence quelques années après la description de l'autisme infantile précoce (1943) par Kanner et la parution en 1944 du rapport de Hans Asperger à Vienne.

« L’autisme et les psychoses infantiles sont redécouverts dans les années 1950 aux États-Unis dans l’orthodoxie freudienne » : avec Margaret Mahler, la psychose infantile et son traitement psychanalytique sont rendus acceptables[21]. Selon Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, c'est, outre Bruno Bettelheim, le courant annafreudien et le courant kleinien qui ont « le mieux étudié et traité l'autisme, souvent avec succès, à l'aide des instruments que fournit la psychanalyse »[9].

D'après le journaliste d'investigation Steve Silberman, les analyses de personnes autistes par des psychanalystes débutent de fait dès les années 1930, quand Hermine Hug-Hellmuth, Anna Freud et Melanie Klein analysent le comportement de leurs jeunes patients sous l'angle de la théorie freudienne (par exemple, pour Klein, la fascination d'un petit garçon pour les poignées de porte est interprétée comme symbolisant une pénétration sexuelle de sa mère)[25].

Margaret Mahler : la « phase autistique normale » du bébé

Ce sont notamment les travaux de Margaret Mahler sur la psychose symbiotique qui représentent le courant annafreudien[9]. D'après Didier Houzel, Margaret Mahler situe l'autisme infantile, correspondant d'un point de vue génétique à un stade du développement psychique, « sur un axe qui conduit l'enfant d'un état d'autisme “normal” à la “séparation-individuation” »[16].

Selon Philippe Mazet, la pédiatre et psychanalyste américaine Margaret Mahler a théorisé le processus de séparation-individuation du bébé, dans les trois premières années de la vie. Elle se réfère aux travaux d'Anna Freud, de Heinz Hartmann et de René Spitz, ainsi que dans une moindre mesure de Donald Winnicott, en décrivant la séparation, dès l'âge de trois ou quatre mois, comme fin de ce qu'elle décrit comme la « phase autistique normale »[26]. Durant la « phase autistique normale », le bébé « est très centré sur ses sensations et perceptions intéro- et proprioceptives »[26]. Pour Margaret Mahler, citée par Philippe Mazet, cette phase autistique du bébé représente « un modèle de système monadique clos, autosuffisant dans sa satisfaction hallucinatoire du désir »[26]. D'après Philippe Mazet, un grand nombre de travaux de Margaret Mahler montre « les compétences du bébé, non seulement dans le domaine perceptif et cognitif mais aussi dans celui de l'interaction sociale »[26].

Le courant kleinien

Melanie Klein : la "psychose infantile"

D'après le psychiatre et psychanalyste Paul Alerini, « Melanie Klein rend possible la psychose infantile », en élaborant une « théorie dissidente par rapport à l’orthodoxie freudienne comportant : un surmoi précoce pré-œdipien, une position schizo-paranoïde initiale » (avec un « clivage entre bons et mauvais objets à l’intérieur du ventre de la mère »)[21]. Jacques Hochmann rappelle que déjà en , Melanie Klein avait présenté « le cas Dick » à un congrès international tenu à Oxford : selon Hochmann, « Dick » est « probablement le premier enfant autiste à avoir suivi une cure psychanalytique », alors que Klein le qualifie encore de « schizophrène »[18]. Hochmann précise qu'avec le développement de la psychanalyse des enfants, quand deux auteurs (Donald Meltzer et Frances Tustin) vont s'intéresser plus particulièrement à l’étude et au traitement des enfants autistes et enrichir ce faisant la sémiologie en psychopathologie, aucun des deux n'affirmera toutefois « une quelconque origine dans les attitudes mentales de la mère »[18]. Pour la psychanalyste Marilia Franco E Silva, c'est la description du mécanisme de l’identification projective qui aura permis chez Melanie Klein « d’importantes avancées sur le plan théorique et clinique dans le domaine de la psychose »[27]. Mais confrontés aux phénomènes de l’écholalie et de l’échopraxie chez les enfants autistes, les post-kleiniens ont dû mettre en question certains postulats de la théorie kleinienne, notamment « la notion du Moi précoce comme donnée d’emblée »[27].

Les post-kleiniens

Frances Tustin

Elle a suivi une analyse avec Wilfred Bion qui lui-même avait suivi sa deuxième analyse avec Melanie Klein. Elle a distingué plusieurs groupes d'autisme, dont un seul correspond à celui décrit par Kanner[28]:

  • primaire anormal : pas de différenciation entre son corps, celui de sa mère et l'extérieur ;
  • secondaire à carapace (sensiblement identique à l'autisme de Kanner) L'indifférenciation entre le Moi du bébé et la mère a disparu, remplacée par une surévaluation de la différence. Une barrière autistique avec fonction de carapace s'est construite pour protéger l'enfant, et lui interdire l'accès au monde extérieur ;
  • secondaire régressif ou schizophrénie infantile. L'évolution commence de façon normale, habituelle, puis apparaissent des manifestations de régression. L'enfant opère son retrait dans une vie fantasmatique riche et centrée sur les sensations corporelles. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon précisent que l'autisme secondaire régressif serait pour Tustin une forme de schizophrénie sous-tendue par une identification projective[9].

Selon Didier Houzel, Tustin « met en évidence » un fantasme de discontinuité ressenti par l'enfant autiste d'une manière très corporelle comme « un arrachement d'une partie de sa propre substance » : alors que le bébé a besoin de l'illusion d'une continuité entre son corps et son objet de satisfaction quand il ne dispose pas encore de possibilités suffisantes de symbolisation, la continuité « bouche-langue-mamelon-sein » est rompue ; cette rupture catastrophique mène au fantasme d'un « sein au mamelon cassé et d'un arrachement à l'emporte-pièce du mamelon »[16]. Un tel arrachement laisse dans la bouche « un trou noir habité d'objets persécuteurs » : pour s'en protéger et se protéger du monde extérieur, l'autiste construit un délire de fusion avec l'environnement annulant toute séparation, tout écart, toute différence et altérité, en ayant recours à ses propres sécrétions (larmes, salive, urines, fèces) et à des objets autistiques qu'il utilise seulement pour « des sensations de surface »[16]. Frances Tustin parle d' « “autosensualité perverse” »[16].

En 1999, Gunilla Gerland, en tant qu' « autiste de haut niveau » (« with high functioning autism or Asperger syndrom I »), ainsi qu'elle se présente[29], publie dans la revue scientifique Autism une lettre ouverte (reprise dans Sage Journals, 2016) aux rédacteurs scientifiques de cette revue , en exprimant son désaccord sur la publication d'une « recension très positive » (« very positive review »)[29] de l'ouvrage Encounters with Autistic States: A Memorial Tribute to Frances Tustin de Theodore Mitrani, Judith L. Mitrani Jason Aronson (éd.)[30], un « hommage à Frances Tustin » dont l'œuvre est « consacrée à la compréhension du monde déroutant propre à l'enfant autiste »[30],[note 1]. Comme d'autres psychanalystes, Tustin proposait une théorie de genèse psychodynamique de l'autisme causée par une mauvaise relation mère-enfant, qui s'est révélée plus tard être fausse[31].

Donald Meltzer

Ayant enseigné pendant plus de 20 ans à la Tavistock Clinic, Donald Meltzer, collègue de Melanie Klein et Wilfred Bion, est un autre des pionniers des publications sur l'autisme (après Bettelheim et Tustin). Son apport, toujours appuyé sur l'idée de relation d'objet initié par Klein, retourne les références dans son travail sur l'autisme et parle d'identification intrusive. Appuyé aussi sur le travail d'Esther Bick sur le moi-peau, il propose un angle de vue où le vécu très dense de son corps par l'autiste serait potentiellement agressé par celui des autres qui s'y projettent dans leur mécanisme normal d'accès au monde extérieur.

Bruno Bettelheim, "approche" « personnelle » de l'autisme

Bruno Bettelheim, pédagogue autodidacte, philosophe de formation, se considérant comme un éducateur et psychothérapeute, relève d'un statut de psychanalyste qui reste controversé[32]. S'inspirant de son internement dans le camp de concentration de Dachau, l'homme, profondément marqué par cette expérience traumatisante, propose de compenser la situation extrême à laquelle il assimile l'autisme par une méthode tout aussi extrême : « Si un milieu néfaste peut conduire à la destruction de la personnalité, il doit être possible de reconstruire la personnalité grâce à un milieu particulièrement favorable »[33].

L'École orthogénique Sonia Shankman de Chicago (Illinois), où Bruno Bettelheim mit au point une méthode de traitement des enfants autistes.

Premier auteur à avoir publié sur l'autisme en militant pour l'autonomisation et contre le délaissement à l'asile, la position de Bettelheim est complexe, voire marginale[réf. nécessaire]. À l'« École orthogénique », il s'attache davantage à l'éducation et à la psychothérapie institutionnelle qu'à la psychanalyse qu'il utilise selon une réinterprétation très libre[N 1] : « Dans beaucoup de ses écrits, Bettelheim parle des modifications qu’il a apportées à la psychanalyse pour l’adapter au traitement des enfants gravement perturbés »[35].

Bruno Bettelheim a été inspiré, dans ses travaux, par le psychologue et pédagogue américain John Dewey et la pédagogue italienne Maria Montessori, voire le psychologue et épistémologue suisse Jean Piaget[35]. Il revendique une approche plus éducative que thérapeutique[36].

Influence de Bettelheim en France jusque dans les années 1980

Bettelheim est fortement médiatisé en France en 1974[37]. D'après l'historien Jonathyne Briggs « alors que ses théories étaient de plus en plus écartées aux États-Unis au profit de nouvelles approches ancrées dans les neurosciences et la psychologie comportementale qui ont éclipsé la psychanalyse, ses idées sont devenues plus influentes en France, où la psychanalyse est devenue le traitement principal de la psychose infantile »[38]. L'implantation de la psychanalyse en France assure un grand succès et une forte diffusion aux théories de Bettelheim durant une trentaine d'années, jusqu'à sa remise en cause par les associations françaises de parents d'enfants autistes et par les médias durant les années 1990[38]. Aux États-Unis, l'approche de l'autisme est réorientée vers les méthodes éducatives uniquement[39]. Selon Dominique Bourdin, la défense de la théorie de Bettelheim par certains psychanalystes est vraisemblablement à l'origine de la contestation des associations françaises de parents d'enfants autistes, qui se sont opposées (parfois de façon agressive) à l'approche psychanalytique de l'autisme dans ce pays[40]. Cette théorie est progressivement abandonnée en France[41], cependant, d'après Jean-Noël Trouvé, en 2015, elle continue à faire des « ravages dans quelques « noyaux durs » de la psychopathologie »[42].

Remise en cause de Bettelheim depuis les années 1980

La théorie personnelle de Bettelheim veut que les enfants soient devenus autistes par manque d’amour des parents, et notamment de leur mère[43],[44]. Bettelheim propose des méthodes violentes impliquant la séparation de l'enfant de son milieu familial, et accuse les mères d'être prémorbides et mortifères, ce qui lui vaut de nombreuses critiques[36],[45],[46]. En particulier, l'article de Richard Pollak (repris dans Le Livre noir de la psychanalyse[47]) et celui d'Agnès Fombonne mettent en lumière la violence de ses pratiques à l'égard des enfants et de leur famille, et leur impact sur la culpabilisation des mères d'enfants autistes par les professionnels de santé[48].

Bettelheim et ses collègues de l'école orthogénique déclarent publiquement être capables de « guérir l'autisme »[49],[50], attribuant la bonne évolution de la moitié des enfants au traitement qu'il applique[51] ; dans deux biographies à son sujet, Bettelheim est aussi accusé de maltraitances sur ces enfants autistes[50].

D'après Richard Pollack, la théorie de la mère réfrigérateur défendue par Bettelheim est désormais abandonnée dans de très nombreux pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon, mais reste défendue et enseignée en France en 2005 : « Bettelheim reste encore une sorte de héros, et bon nombre de psychiatres et de psychanalystes français semblent continuer de penser que les parents ont une part de responsabilité dans la pathologie de leurs enfants, qu’ils demeurent toujours coupables pour une raison ou une autre, même si ce n’est plus aussi crûment dit[52]. ».

L'avis 102 du comité consultatif national d'éthique, rendu en en France par Jean Claude Ameisen, incrimine la diffusion des idées défendues par Bettelheim comme étant responsable d'une souffrance inutile des mères d'enfants autistes en France. La théorie de Bettelheim est également citée comme responsable de l'absence de prise en charge éducative adaptée aux enfants autistes en France[53],[54].

Michelle Dawson, elle-même autiste, analyse le déplacement du stigmate des parents vers les personnes autistes dans son texte intitulé Bettelheim's worst crime (en français : « le pire crime de Bettelheim »), disant « Nous sommes passés de la « mère frigidaire » à « l'autiste-poltergeist ». Accusés jadis par Bettelheim d’être la cause de l’autisme, les parents sont aujourd’hui perçus comme ses victimes héroïques et tragiques. Profitant de la marge de manœuvre que la société accorde aux héros et aux martyres d’une cause, les parents se sont débarrassés de tout devoir de rendre des comptes aux autistes et ont pris le contrôle de la recherche et des agendas publics. Une vision catastrophiste de l’autisme signifie que toute enquête sur les revendications parentales est non seulement improbable, mais supposée répréhensible »[55].

Tournant des années 1970 aux États-Unis : revers des théories psychanalytiques et autisme savant

Dans les années 1970 commence ce que Laurent Mottron appelle « la période scientifique de l’autisme » (Mottron, 2004)[56]. Alors que les théories psychanalytiques ont considérablement influencé la psychiatrie de l’enfant au début du XXe siècle, elles connaissent désormais « un revers tout à fait spectaculaire »[56] : l'hypothèse psychodynamique est abandonnée, le DSM est révisé dans le but de remédicaliser la psychiatrie et l’essor des sciences cognitives participe à ce changement[56].

Les psychanalystes Myriam Perrin et Gwénola Druel-Salmane observent que parallèlement, un nouveau signifiant « s’accole à celui d’autisme : l’intelligence »[56]. Tandis que Leo Kanner affirme en 1971 que trois des enfants observés en 1943 avaient acquis une autonomie « “grâce à leur obsessionnalité qui fut valorisée et orientée pour une utilisation pratique” » (Kanner, 1971) », la découverte de l'autisme savant, « tourne définitivement en désuétude l’image gravement déficitaire de la pathologie suggérée par les psychanalystes anglo-saxons », pour qui les « signes d’un potentiel intellectuel élevé » étaient des « cas d'idiots savants constitués d’enfants autistiques “guéris” (Tustin, 1972) »[56].

"Approche" française de l'autisme

D'après le psychanalyste Alex Raffy, les psychanalystes français qui ont étudié l'autisme se répartissent principalement entre deux écoles : une traditionnelle, « d'obédience anglo-saxonne, associés à l'International Psychoanalytic Association », et les lacaniens[57]. Toujours selon Raffy, « Chaque auteur a inventé un mythe ou une fantaisie sur l’origine de l’autisme, pour élaborer sa perspective clinique. Ces analystes ont eu le courage de s’y confronter, lorsque les autres professionnels les considéraient comme perdus pour leur famille et la société. Leur autre mérite est de ne pas les avoir pris pour des idiots incurables et de les avoir respectés, à l’écoute de toutes leurs expressions. À la suite des Anglo-Saxons opposant déjà autisme et schizophrénie infantile, les lacaniens après 1980 vont distinguer autisme et psychose infantile. »[57].

D'après le psychiatre Jean Cottraux, « la psychanalyse a décliné en France à partir de la mort de Jacques Lacan en 1981 [...] Cependant la conscience du déclin n'est véritablement apparue, chez les psychanalystes français, qu'après le rapport INSERM : trois thérapies évaluées en 2004 »[58].

Dans le sillage de la théorie lacanienne

Selon Jean-Pierre Rouillon, l'abord de l'autisme d'après Jacques Lacan consiste à prendre en compte les modalités particulières du rapport de l’enfant autiste au langage : « Le signifiant, dans l’autisme, ne se présente pas sur son versant d’articulation, sur son versant de sens. Il se présente comme unique, comme tout seul, aussi bien sur le versant du commandement que sur le versant d’une satisfaction liée à ce qui résonne de sa substance sonore. Quant au dire, il ne doit pas se situer dans les rivages du sens, mais ouvrir par la voie du redoublement à l’émergence d’une écriture singulière où ce qui s’entend peut trouver à se satisfaire dans une adresse à l’autre. C’est dans cette adresse à l’autre que vient se dessiner le lieu d’une perte délivrant le sujet du sacrifice de son être. C’est cette voie qui permet au sujet autiste de construire un espace où s’appareiller dans son rapport au réel. Ce n’est pas le langage qui structure le monde de l’autiste, mais sa langue particulière, dès lors qu’elle lui donne matière à trouver une satisfaction dans un dialogue avec l’autre, satisfaction qui vient faire limite à l’exigence infinie de la jouissance. Le psychanalyste ne doit pas reculer devant l’autisme. C’est en effet, à partir de ce qu’il a pu extraire de sa propre analyse, qu’il peut offrir au sujet autiste qui y consent, la chance d’un dialogue au cours duquel peut se tisser dans une adresse inédite, une voie enfin singulière au-delà de la pulvérulence des entendus »[59].

Bishop et Swendsen notent que, bien que Lacan n'ait pas travaillé avec des enfants autistes, il continue d'exercer un attrait important sur les intellectuels français du domaine de l'autisme, alors que les intellectuels d'autres pays « moins crédules » considèrent son « verbiage cachant une pensée confuse » avec scepticisme[60].

Françoise Dolto : Prise en charge et pratique

Françoise Dolto a commencé sa carrière au sein d'un mouvement de psychiatrie radicale, durant les années 1960 et 1970[61]. Sa référence psychanalytique est surtout lacanienne, avec un intérêt particulier pour les idées de Jean Oury, Félix Guattari, et surtout Maud Mannoni[61].

Hypothèses de Françoise Dolto

Avec Mannoni, Dolto analyse les « psychoses infantiles » à travers un référentiel antipsychiatrique, et y voit le résultat d'un environnement familial pathogène[61], causant une « rupture traumatique et très précoce du lien symbolique mère-enfant »[62]. Son étude de cas la plus connue, Le cas Dominique, attribue à cet environnement familial la cause de la « psychose infantile »[63],[61]. Dans son célèbre ouvrage La cause des enfants, elle déclare que « L’autisme, en fait, cela n’existe pas à la naissance. Il est fabriqué. C’est un processus réactionnel d’adaptation à une épreuve touchant l’identité de l’enfant »[64],[65], ce que le psychiatre Dominique Campion analyse comme une « variation grand public sur le thème de la mère fabriquant l'autisme »[65]. Dans ses écrits, Dolto se limite à une stricte formulation d'obédience psychanalytique, classant l'autisme comme « une extension maximale de la psychose »[66][source secondaire nécessaire]. Dans une célèbre[réf. nécessaire][source secondaire nécessaire] interview parue dans Le Nouvel Observateur en 1968, la psychiatre relie ce qu'elle considère comme une affection psychiatrique à une « défaillance de la dynamique libidinale des parents », situant « l'origine de la dite psychose infantile autour de l'Œdipe des parents qui ne serait pas résolu »[67][source insuffisante][source secondaire nécessaire]. D'après la psychanalyste Laurence Darcourt, Françoise Dolto « emploie l'expression « tomber dans l'autisme », car « il s'agit d'une chute dans une image du corps du passé » »[62].

Conséquences des hypothèses de Françoise Dolto

Les idées de Dolto influencent fortement les institutions pédopsychiatriques françaises, dont la plupart des services d'hôpitaux de jours publics et privés accueillant des enfants diagnostiqués comme psychotiques, puis autistes, durant les trois dernières décennies du XXe siècle[68]. Le chercheur postdoctoral en histoire Richard Bates estime que le rôle de Françoise Dolto dans la compréhension et le traitement psychanalytique de l'autisme en France est « important », et qu'il a été « sous-estimé »[61].

Didier Pleux[69], Bishop et Swendsen[70], de même que Richard Bates[63],[71],[61], estiment que Dolto est responsable de la perpétuation de méconnaissances relatives à l'autisme[70],[61]. Les opinions de Françoise Dolto ont en effet contribué à faire culpabiliser à tort de nombreuses mères françaises d'enfants autistes[63],[61],[70]. Bates souligne que la pensée psychanalytique de Dolto s'est diffusée auprès d’un large public, tout particulièrement des mères, via une quarantaine d’ouvrages[61]. Dans les années 2010, ces livres restent présents dans de nombreuses bibliothèques parentales et de psychologues[63],[61]. Pleux note que de nombreux centres d'accueil pour enfants autistes continuent, en 2008, à accorder du crédit aux idées de Dolto à propos de l'autisme[69].

Bishop et Swendsen soulignent enfin un effet néfaste de la théorie de la sexualité infantile soutenue par Françoise Dolto, qui déclare, à diverses reprises dans ses œuvres et dans certaines interventions radiophoniques, que l'enfant cherche des relations sexuelles avec des adultes : ils estiment que la mobilisation de ces idées a pu servir à justifier et garder impunies des agressions sexuelles (dont l'inceste) et des maltraitances d'enfants autistes[72].

Plusieurs psychanalystes se sont exprimés dans la presse française pour soutenir Françoise Dolto. Jean-Pierre Winter déclare qu'« On a cru que Dolto les [parents] culpabilisait, alors qu'elle leur disait "ce n'est pas de votre faute, c'est de votre fait" » ; Willy Baral soutient quant à lui Françoise Dolto « a humanisé les liens avec les enfants autistes »[73]. Pour Bernard Golse, qui s'exprime dans Ça m'intéresse, « du fait que plus personne ne dit que l'autisme est une maladie psychique pure, la pluralité des facteurs en cause rend le message de la pédopsychiatre un peu moins percutant. Mais alors que les jeunes parents sont de plus en plus préoccupés par l’éducation, [...], la parole de Françoise Dolto demeure une référence »[74].

Autres auteurs

Dans les années 1990, Rosine et Robert Lefort esquissent une approche de l’autisme comme une structure subjective différente de la psychose[75]. Cette intuition est exploitée dans le courant lacanien à partir de la thèse d’Eric Laurent[Qui ?], selon laquelle dans l’autisme la jouissance fait retour sur le bord, c’est-à-dire en premier lieu sur les objets autistiques[76]. Jean-Claude Maleval cherche à préciser la spécificité de la structure autistique en la caractérisant par une rétention des objets de la pulsion, pas une aliénation retenue dans le langage, et par un appareillage de la jouissance par le bord[77]. Il parle de fonction de bord. Jean-Claude Maleval décline la fonction de bord en trois éléments que sont l'objet, le double et l'intérêt spécifique[78]. Cette approche ne prône pas une interprétation du présent par le passé, mais une construction du sujet en prenant appui sur les fonctions protectrices, régulatrices et médiatrices du bord[79].

Conceptualisation actuelle

Selon Mottron et Feinstein, à partir des années 1960-1970, les théories psychanalytiques de l'autisme sont progressivement abandonnées, à l'exception de deux régions du monde : la France (et la Suisse romande[80]), et l'Amérique latine[81] (en Argentine tout particulièrement, où l'enseignement des idées de Jacques Lacan et de Melanie Klein reste vivace[82]). Pour les chercheurs Dorothy Bishop (professeure de neuropsychologie du développement à l'Université d'Oxford), et Joel Swendsen (professeur de psychologie clinique au CNRS), la France est le cas le plus connu de pays continuant à prendre au sérieux la psychanalyse dans le domaine de l'autisme, au contraire des orientations prises dans la grande majorité des autres pays du monde[83]. La psychanalyse n'est pas même listée parmi les interventions en autisme par le NICE (National Institute for Health and Care Excellence), car unanimement considérée comme inutile dans l'approche d'une condition dont l'origine est génétique[83].

Pour le psycholinguiste (ENS) Franck Ramus, l'abandon de l'approche psychanalytique s'explique « parce qu’elle n’apporte rien à la connaissance de l’autisme, tout simplement » ; il ajoute que les psychanalystes « se réfèrent à un modèle théorique des maladies mentales qui n’a aucune validité scientifique »[84]. Cette observation est partagée par le Pr Jonathan Green (université de Cambridge), pour qui « la théorie sous-jacente à l’utilisation de la psychanalyse, c’est-à-dire comprendre l’autisme – c’est la base de l’intervention –, est fausse du point de vue scientifique »[85]. Bishop et Swedsen soulignent, en 2020, le fait que « les problèmes plus profondément enracinés [de la psychanalyse dans l'autisme] sont le manque de bases factuelles pour la psychanalyse et l'accent mis sur les relations sexuelles entre enfants et adultes, ce qui diabolise les mères et peut exposer les enfants à des abus »[83]. Ils notent que « de plus, la psychanalyse en France est protégée de la critique par de puissants réseaux éducatifs et politiques »[83].

Marie-Christine Laznik et Atelier-classe PREAUT

Une hypothèse plus récente, de Marie-Christine Laznik, évoque un défaut du « troisième temps pulsionnel oral »[réf. nécessaire]. D'après Freud, qui a décrit les trois temps du développement pulsionnel du bébé, dont le dernier est celui où le bébé se fait l'objet de satisfaction de l’Autre, après s'être élancé vers l'objet de satisfaction et s'être retourné sur lui-même dans le stade auto-érotique, le second stade[86], le troisième temps en question de l'organisation pulsionnelle de l'enfant consisterait selon Lacan en « une apparente passivité dans laquelle quelqu’un se laisse regarder, se laisse manger… dans le jeu du faire semblant »[87]. À partir de 1995, Laznik explore cette hypothèse à partir des textes et séminaires de Jacques Lacan. En 2017, elle estime que le travail collectif dans le cadre de l'association PREAUT[88] confirme la justesse de son point de vue[89][source secondaire nécessaire].

La sociologue française Lise Demailly souligne que l'association PREAUT (à travers la citation d'un article de M. Allione) fait partie des rares acteurs du champ de l'autisme à soutenir qu'il soit « guérissable »[90]. Selon l'ingénieur et psycholinguiste Franck Ramus, la « conception théorique fumeuse » énoncée par Mme Laznik n'a jamais été validée scientifiquement[91].

Effets de l'approche française sur les élèves autistes

En 2012, la professeure et responsable de formation à l'Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA) Christine Philip souligne les effets de l'approche psychanalytique de l'autisme en France sur la scolarisation des élèves[92]. L'autisme ayant longtemps été considéré comme une psychose par les psychanalystes français, pour les enfants diagnostiqués comme autistes « l’éducation n’est pas exclue, mais elle est remise à plus tard, lorsque l’enfant ira mieux »[92]. À partir des années 1980, « sous la pression des associations de parents », une scolarisation en milieu ordinaire est mise en place dans des classes intégrées, puis dans les CLIS et les ULIS à partir des années 1990, enfin dans les classes ordinaires des écoles et collèges à partir des années 2000[92]. Philip note qu'« en une trentaine d’années, nous avons assisté à un changement complet de perspectives, de regards et de pratiques dans ce domaine, grâce en grande partie à l’action des personnes concernées elles-mêmes, les parents d’abord et les personnes avec autisme ultérieurement. Ainsi ces personnes, qui étaient au départ appréhendées comme des malades psychiatriques qu’il fallait soigner dans des lieux séparés, sont aujourd’hui considérées comme à éduquer et scolariser, en priorité en milieu ordinaire »[92].

Dans le contexte d'une analyse du taux de scolarisation des élèves autistes, la journaliste indépendante Isabelle Gravillon note que l'« impossibilité chez certains professionnels à travailler main dans la main, pour le bien-être des enfants autistes et des familles » résulte d’« une spécificité historique » de la France, qui, « pendant de nombreuses années, a mis en avant la psychanalyse comme seul moyen de soigner l’autisme »[93].

L’autisme en psychanalyse aujourd'hui : situation et controverses

Notes et références

Voir aussi

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