Habanera (Chabrier)
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| Habanera D 54D 63 (orchestration) | |
Première page de la partition. | |
| Genre | Habanera |
|---|---|
| Musique | Emmanuel Chabrier |
| Effectif | piano (ou orchestre) |
| Durée approximative | 4 min |
| Dates de composition | 1885 |
| Publication | 1885 Enoch |
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Habanera est une œuvre pour piano d'Emmanuel Chabrier composée en 1885 et orchestrée en 1888.
En 1882, Chabrier séjourne en Espagne[1]. Il en rapporte notamment sa célèbre rhapsodie pour orchestre España (1883) ainsi qu'Habanera, composé pour piano en 1885 (achevé le )[1],[2].
La partition, dédiée à Marguerite Lamoureux (fille de Charles Lamoureux), est publiée par Enoch frères et Costallat en 1885[2],[3].
Succès d'édition, l'œuvre connaît de nombreuses transcriptions : une édition simplifiée par Émile Fischer (Enoch et Costallat, 1889), une transcription pour piano à quatre mains par Georges Marty (Enoch et Costallat, 1888), pour violon et piano par Ernest Alder (Enoch et Costallat, 1890), pour piano et harpe (Henriette Renié), pour piano et violoncelle par Jean Françaix (Schott, 1985, publiée en 1987)[2],[4].
L'œuvre est également orchestrée par Chabrier, en 1888 (D 63), et publiée la même année par Enoch et Costallat[4]. Cette version est écrite un demi-ton plus haut que la version pour piano[4]. Il existe aussi une transcription pour orchestre réduit, par Victor Charmettes (Enoch, 1911)[4].
La version pour orchestre de la Habanera est créée le à Angers, par l'Association artistique d'Angers, sous la direction du compositeur[4],[5].
Commentaires
Habanera est d'une durée moyenne d'exécution de quatre minutes environ[6].
Pour Francis Poulenc, « c'est un ravissant morceau qui prouve que chez Chabrier le contrepoint devient la plupart du temps contrechant[7] ».
Pour Alfred Cortot, en revanche, c'est une pièce « assez faible dont on ne sait si le caractère est populaire ou simplement banal. Le contrepoint complaisant qui fleurit lors de la reprise du motif dans le ton initial ne parvient pas à relever l'intérêt de cette musique de casino[8] ».
Guy Sacre abonde : « il y a de jolis détails dans la Habanera (les modulations, le contrechant souvent cité de la reprise), mais la cadence lascive de cette danse, si elle ne soutient pas une mélodie tant soit peu racée, devient vite irritante ; et le moins qu'on puisse dire du thème en question, c'est qu'il manque singulièrement de tenue...[3] ».
François-René Tranchefort trouve ces critiques injustes : « le thème, certes, sur son lent balancement rythmique à deux temps, n'a pas grande originalité, — dégageant les effluves d'une sensualité assez peu capiteuse. Mais l'écriture harmonique est d'un subtil intérêt, avec des changements d'octaves et des modulations aussi belles qu'imprévues. On ne tient donc pas là une œuvre majeure du musicien ; mais, non plus, une pure infamie ![1] »
Roger Delage relève en tout cas que la partition « offre l'aspect de nombreuses pièces pour le piano qui faisaient le bonheur des amateurs. [...] Tant de charme, de volupté, de sensations fugitives, au gré d'un rythme de tango andalou, paraissent suspectes à ceux qui ne savent vivre que guindés[9] ». Le chef et musicologue rappelle les mots du pianiste Pierre Morabia dans la revue Ostinato rigore : « La Habanera, sans être d'une forte densité musicale, vaut par la chatoyance de sa réalisation pianistique : une belle étude des différentes colorations du clavier. Les enchaînements sur pédale avant le retour du thème mènent tout droit, tonalité comprise, au deuxième élément de Noctuelles et au passage équivalent du Menuet de la Sonatine [de Ravel][10] ».
Orchestration
| Fichier audio | |
| Emmanuel Chabrier, Habanera | |
dir. Louis Fourestier (1952). |
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L'orchestration de Chabrier est instrumentée pour 2 flûtes, 1 hautbois, 2 clarinettes, 1 basson, 2 cors, 2 cornets, timbales, triangle et cordes[11].
À propos de cette version, Roger Delage relève que « sa lisibilité orchestrale, en même temps que le mystère sonore d'où les timbres semblent émerger comme d'un songe, les cambrures espagnoles qui relancent le rythme et l'alanguissement final plein de douceur, tout dans cette page, appartient à Chabrier et à lui seul. Rien de racoleur dans cette Habanera mais, bien au contraire, une élégance qui est celle d'un artiste tout naturellement seigneur[12] ».
Pour Michel Parouty, la version pour orchestre de l'œuvre « en fait ressortir la sensualité troublante, — particulièrement dans la troisième partie, lorsque les violoncelles opposent à la mélodie un contre-chant à la grâce volupteuse[5] ». Le musicologue conclut concernant le tout : « Chabrier montre sa suprématie dans l'art des petites formes et réussit à donner à chaque version une saveur différente, — sans qu'aucune des deux paraisse inférieure à l'autre[5] ».
Dans le catalogue des œuvres d'Emmanuel Chabrier établi par Delage, la version pour piano de Habanera porte le numéro D 54[2], celle pour orchestre le numéro D 63[4].
Discographie
Version pour piano
- Emmanuel Chabrier : Œuvres pour piano, Alain Planès (piano), Harmonia Mundi HMC 901465, 1993.
- Chabrier: Piano Works Vol. 1, Georges Rabol (piano), Naxos 8.553009, 1994.
- Chabrier. L'Œuvre pour piano (vol. 1), Alexandre Tharaud (piano), Arion ARN 68430, 1998.
Version pour orchestre
- Orchestre national du Capitole de Toulouse, Michel Plasson (dir.), EMI (Warner Classics, ou Brilliant Classics en licence)[13], 1990.
- Orchestre philharmonique de Vienne, John Eliot Gardiner (dir.), Deutsche Grammophon[14], 1996.
- Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, Hervé Niquet (dir.), Naxos 8.554248[15], 1999.
- Orchestre de la Suisse romande, Neeme Järvi (dir.), Chandos CHSA 5122[16], 2013.