Hafez (poète)
poète, philosophe et mystique persan (14e siècle)
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Hâfez, nom de plume de Shams ad-Dîn Mohammad Chirâzi (en persan : خواجه شمسالدین محمد حافظ شیرازیⓘ), est un poète, philosophe et un mystique persan né vers 1325[1] à Chiraz (Iran) et mort à l'âge de 64 ans, probablement en 1389 ou 1390. Il serait le fils d'un certain Baha-ud-Din. Hâfez est un mot arabe, signifiant littéralement « gardien », qui sert à désigner les personnes ayant « gardé », c'est-à-dire appris par cœur, l'intégralité du Coran.
| Naissance | |
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| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom dans la langue maternelle |
خواجه شمسالدین محمد حافظ شیرازی |
| Surnom |
لِسانُالْغِیْب |
| Pseudonyme |
حافظ |
| Activités |
| Mouvement | |
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| Genre artistique | |
| Influencé par |
Hâfez est surtout connu pour ses poèmes lyriques, les ghazals, qui évoquent des thèmes mystiques du soufisme en mettant en scène les plaisirs de la vie. Le Dîvân est le nom de l'œuvre lyrique qui contient tous les poèmes de Hafez ; une œuvre mystique qui se trouve chez la majorité des Iraniens[2].
Son mausolée, au milieu d'un jardin persan à Chiraz, attire encore aujourd'hui beaucoup de monde, pèlerins ou simples amoureux de poésie, venus lui rendre hommage.
Biographie
Généralités

Il est impossible de penser donner une biographie de Hâfez[3]. Très peu d'informations crédibles sont disponibles sur sa vie, et particulièrement durant sa jeunesse — il y a de nombreuses anecdotes plus ou moins mythiques. Ce manque d'informations a poussé certains chercheurs à utiliser la poésie de Hafez comme source d'informations factuelles sur sa vie et son époque, parfois à un degré injustifié[4]. Toutefois, pour Gilbert Lazard[5], « [l]es seules informations sérieuses sont celles qu'on peut extraire de l'œuvre elle-même : encore faut-il prendre garde de ne pas considérer comme historiques des propos qui peuvent relever de la fiction poétique. » Hâfez a laissé entendre des choses à son propos, le plus souvent dans le dernier beyt (« vers » ou « distique ») de ses ghazals.
Un point cependant sur lequel l'accord des sources est unanime est son nom, Shams-al-Din Mohammad, et son pseudonyme, « Hâfez », qui fait sans doute référence à sa connaissance par cœur du Coran. Cette familiarité avec le texte sacré se retrouve dans les nombreux échos et allusions coraniques qui parsèment ses poèmes[4]. « Hâfez » est le nom de plume que Shams-al-Din Mohammad de Chiraz a choisi pour signer ses poèmes[6],[N 1]. Celui-ci a également reçu de la part de ses admirateurs les surnoms de Lisânu-l-Ghayb (« Langue de l'Invisible »[N 2]) ou Tarjumânu-l-Asrâr (« Interprète des Mystères »)[7].
Les dates de sa vie sont en revanche sujettes à discussion. Il pourrait être né en 1315 ou 1315, ou encore 1325. Il est probablement mort en1389 ou 1390, cette deuxième date étant retenue par la plupart des chercheurs contemporains[4]. On sait peu de chose de ses parents, et les sources livrent deux noms pour son père : un certain Bahâʾ-al-Din d'Ispahan ou Kamāl-al-Din de Tuyserkân[4] (une localité dans l'ouest de l'Iran, à une soixantaine de kilomètres au sud de Hamadan).
Contexte politique
En Iran, le XIVe siècle fut une période troublée, marquée par l'instabilité. C'est une sorte d'intermède entre les règnes de Gengis Khan et de Tamerlan[8],[4].
Vie
Hafez est né et mort à Shiraz, une ville à laquelle il fut profondément attaché, où il a passé la plus grande partie de sa vie, et qui est très présente dans sa poésie[4],[5]. Son œuvre ne révèle rien sur sa vie privée. Peut-être a-t-il perdu un être cher, épouse ou enfant[9]. Il est probablement allé à Yazd pour fuir des troubles à Shiraz, et il a sans doute visité Ispahan, la ville étant évoquée dans un ghazal[9]. En ce siècle troublé, la littérature persane fut malgré tout brillante, et des souverains étrangers ont invité Hâfez, poète réputé, en Inde (le sultan de Delhi Mohammed ibn Tughlûq) et à Ormuz (un prince)[10],[11],[N 3].
Hâfez est mort en 1389 ou 1390 (la recherche penche plutôt vers la deuxième date)[12]. Aujourd'hui, Sa tombe se trouve dans les jardins Musalla de Chiraz (appelés Hâfezieh). Le plan du mausolée (un kiosque ouvert de forme polygonale) a été dessiné par André Godard et Maxime Siroux (en) dans les années 1930[13].
Éléments plus ou moins légendaires
Son père, Baha-ud-din, était peut-être un marchand de charbon qui est mort quand Hafez était enfant, le laissant, ainsi que sa mère avec des dettes [réf. souhaitée]. Il semble probable que Hâfez ait rencontré Attar de Chiraz, un intellectuel, par certains aspects peu recommandable, et qu'il soit devenu son disciple[réf. souhaitée].

Il semble ensuite avoir une activité de poète à la cour de Abou Ishak, où il côtoie la poétesse Jahan Malk Khatun. De nombreuses similitudes entre leurs œuvres montre qu'ils se sont influencés mutuellement[14],[15]. Il gagne une réputation et de l'influence dans sa ville natale. Il est possible qu'il soit devenu un maître dans une école coranique à cette époque[réf. souhaitée].
Vers 30 ans, MûMubâriz ad-Dîn Muhammad bin al-Muzaffar (en) a pris Chiraz et il semble qu'il ait banni Hafez de sa position. Hafez a apparemment repris sa position pour un bref moment après que Chah Chouja fit prisonnier son père Moubariz Mouzaffar. Mais peu de temps après, Hafez s'est imposé un exil quand des rivaux et des personnages religieux qu'il avait critiqués se mirent à répandre des rumeurs à son propos. Une autre cause possible de sa disgrâce peut être l'histoire d'amour qu'il a eue avec une femme d'origine turque, Chakh-e Nabat. Hafez a fui Chiraz pour aller à Ispahan et Yazd pour sa propre sécurité[réf. souhaitée].
À l'âge de 52 ans, Hafez a repris sa position à la cour, et a surement reçu une invitation personnelle de la part de Chah Chouja, qui l'a prié de revenir. Il a obtenu une position plus solide après la mort de Chah Chouja, quand Chah Chouja ad-Din Mouzaffar était sur le trône pendant une brève période, avant d'être battu puis tué par Tamerlan[réf. souhaitée].
Dans sa vieillesse, il aurait rencontré Tamerlan afin de défendre sa poésie des accusations de blasphème.
Œuvre

Le Divân
Le ghazal est un poème fait de distiques qui tendent, chacun, à être un poème. Le distique est fait de deux parties ayant même rythme, travaillées pour que les figures se fassent écho. C'est un genre privilégié par Hâfez. Le Divân de Hafez est le nom donné à la réunion dans un même volume de ses ghazal, poèmes qui constituent la majeure partie de son œuvre, le mot divân (ou diwan) désignant, en arabe et en persan, le recueil de poèmes d'un auteur particulier — généralement sans ses longs poèmes (comme par exemple les mathnawi)[16]. Plus d'un siècle après la mort de Hâfez, son Divân n'existait pas encore en un volume complet. C'est en 1501, que Hoseyn Bayqara, fils d'un prince timouride de Hérat et descendant de Tamerlan, prit l'initiative d'assembler les manuscrits qui contenaient des ghazals de Hafez[17].
Constitution du divân
Il n'y a pas de version définitive de ses œuvres complètes ; le nombre des poèmes retenu dans les principales éditions modernes varie entre 482 et 495[18].
Il y a eu des essais soutenus des chercheurs depuis les années 1940 — par Massoud Farzad, Mohammad Ghazvini avec Qasim Ghani et d'autres en Iran — pour authentifier son travail, et retirer les erreurs introduites par des copistes plus récents et les censeurs. Cependant, la justesse de ces travaux a été remise en question par Michael Hillmann[19] et par un spécialiste de Hâfez, Iraj Bashiri, selon qui « il reste peu d'espoir ici [en Iran] pour un Divân authentifié »[réf. nécessaire].
Postérité
Contes populaire à propos de Hafez
De nombreux contes semi-miraculeux se sont formés autour d'Hafez après sa mort. En voici trois exemples. C'est en écoutant son père psalmodier le Coran que Hafez réussit, encore enfant, à retenir par cœur le texte sacré. En même temps, il aurait appris les ouvrages de Maulana (Jalal ad-Din Mohammad Roumi), de Saadi, Attar et Nizami. Selon une autre tradition, après avoir rencontré Attar de Chiraz, Hafez a travaillé dans une boulangerie et livré du pain. C'est au cours d'une tournée dans un quartier riche de la ville qu'il aurait vu Chakh-e Nabat, femme d'une grande beauté, à qui certains de ses poèmes sont dédiés[Lesquels ?]. Enfin, on raconte qu'à l'âge de 60 ans, on dit qu'il a entamé une veille de 40 jours en s'asseyant dans un cercle qu'il avait dessiné pour lui-même. Le quarantième jour, il a rencontré de nouveau Attar et s'est fait offrir une coupe de vin spirituel. C'est à ce moment-là qu'il a atteint la Conscience cosmique.
En Iran, le Divân de Hafez sert aujourd'hui encore d'aide à la divination populaire.
Influence sur le classicisme de Weimar

Pas vraiment reconnu à son époque et souvent exposé au reproche d'hétérodoxie, il a grandement influencé les poètes persans et a laissé sa marque sur d'importants poètes occidentaux comme Goethe (dans son dernier grand recueil de poèmes, le West-östlicher Divan, qui contient douze livres, chacun doté d'un nom oriental et d'un nom allemand). La première traduction de Hafez en langue anglaise a été réalisée en 1771 par William Jones. Peu de traductions en anglais ou en français de Hafez ont été vraiment couronnées de succès, à l'exception de celle, en français, de Charles-Henri de Fouchécour et en anglais celle du philosophe américain Ralph Waldo Emerson.
Son œuvre a été écrite dans ce qui est maintenant un dialecte présentant des significations archaïques de certains mots, et trouver leur sens original demande une extrême précaution et de la recherche afin d'assigner à chaque mot un sens symbolique ou littéral. En effet, Hafez utilisait souvent des images, des métaphores et des allusions qui nécessitaient une très bonne base culturelle de la part du lecteur.
Hafez et le Divan occidental-oriental de Johann Wolfgang von Goethe
Hafez dans la culture iranienne contemporaine
Les poèmes de Hafez sont toujours parmi les plus populaires des poèmes persans. Ils sont fréquemment utilisés dans la musique traditionnelle iranienne, comme dans les œuvres de Mohammad Reza Shadjarian. Le Divân de Hafez est utilisé comme aide à la divination populaire. Les Iraniens posent une question concernant leur futur à Hafez, puis ouvrent son Divan au hasard, le poème étant sur la page ouverte peut alors être interprété pour connaître la réponse à sa question. De jeunes adultes se sont tournés vers les œuvres de Hafez, particulièrement après qu'un groupe de rock appelé O-Hum se fut consacré à n'utiliser que des paroles de Hafez. Sa poésie est aussi une des sources d'inspiration du peintre iranien Mahmoud Farshchian.
- به شعر حافظ شیراز می رقصند و می نازند
- سیه چشمان کشمیری و ترکان سمرقندی
- Ils aguichent et dansent sur les vers de Hafez de Chiraz,
- les Kachmiris aux yeux noirs et les Turcs de Samarcande.
- Quatrain
« Même si l'abri de ta nuit est peu sûr et ton but encore lointain sache qu'il n'existe pas de chemin sans terme. Ne sois pas triste », L'usage du monde, Nicolas Bouvier et Thierry Vernet[20].
