Il est démis de ses fonctions à la suite d'un coup de force opéré par le président Kaïs Saïed qui suspend également l'Assemblée des représentants du peuple. Le pays sombre alors dans une crise politique caractérisée par un autoritarisme croissant et des atteintes graves aux droits et libertés: de nombreuses figures politiques, des affaires et médiatiques sont notamment arrêtées et accusées de «complot contre la sécurité de l'État», situation notamment dénoncée par Amnesty International. En 2025, Mechichi est lui-même condamné à 35 ans de prison dans ce contexte.
Hichem Mechichi en tant que ministre de l'Intérieur, en visite au QG de l'USGN durant le confinement de 2020.
Membre de la Commission nationale d'investigation sur la corruption et la malversation, fondée en 2011 et présidée alors par Abdelfattah Amor[5], il occupe dès 2014 les fonctions de chef de cabinet au ministère du Transport, puis le même poste successivement aux ministères des Affaires sociales et de la Santé[1].
Il dirige également l'Agence nationale du contrôle sanitaire et environnemental des produits[1], avant d'être nommé par le présidentKaïs Saïed comme son premier conseiller chargé des Affaires juridiques, le . Le du même mois, il est nommé ministre de l'Intérieur dans le gouvernement d'Elyes Fakhfakh[1].
Rapidement, des différends profonds commencent à apparaitre dans la relation entre Mechichi et Saïed sur la conduite de l'État[13].
Le , Mechichi met fin aux fonctions du ministre de l'Intérieur Taoufik Charfeddine et assure lui-même l'intérim en reprenant la tête du ministère[14].
Le conflit atteint son paroxysme quand Mechichi annonce le un large remaniement ministériel destiné à renforcer l'action gouvernementale. Fruit d'un accord entre les partis Ennahdha et Au cœur de la Tunisie, il touche douze ministères, dont ceux de l'Intérieur, de la Justice et de la Santé dans le contexte de la pandémie de Covid-19[15],[16]. Le président Saïed, jugeant le remaniement contraire à la Constitution et soupçonnant des conflits d'intérêt, refuse de recevoir les ministres nouvellement nommés à la cérémonie de prestation du serment et de signer leur décret de nomination, malgré le vote de confiance obtenu à l'Assemblée des représentants du peuple, plongeant le pays dans une crise constitutionnelle[17]. Le , Mechichi limoge les ministres sortants concernés par le remaniement[18].
Destitution et suites
Le , après une journée de manifestations réclamant la «dissolution du Parlement» et dans un contexte de crise l'opposant à Ennahdha, le président Saïed invoque l'article 80 de la Constitution et annonce à la suite d'une réunion d'urgence geler les activités de l'Assemblée des représentants du peuple, lever l'immunité parlementaire des députés et démettre de ses fonctions le chef du gouvernement avec effet immédiat, se chargeant directement du pouvoir exécutif[19],[20]. La constitutionnalité de ces décisions est toutefois remise en cause[21]. Des sources évoquent par ailleurs des violences physiques contre Mechichi au palais présidentiel pour le pousser à démissionner, celui-ci niant toutefois un placement en résidence surveillée et déclarant être prêt à assurer la transition du pouvoir à la personnalité que le président désignerait[22].
S'ensuivent alors des arrestations de figures politiques, des affaires et médiatiques accusées de «complot contre la sécurité de l'État», dans le cadre de l'affaire du complot contre la sûreté de l'État en Tunisie, ce qu'Amnesty International décrit comme une «chasse aux sorcières motivée par des considérations politiques»[23]. Le , Mechichi est condamné par contumace à 35 ans de prison pour «conspiration contre la sûreté de l'État» et à la confiscation de ses biens dans un procès dénoncé par le Comité pour la justice, l'opposition et des organisations professionnelles comme le Syndicat national des journalistes tunisiens(en)[24],[25].
↑«En Tunisie, le président gèle les activités du Parlement et démet le premier ministre de ses fonctions», Le Monde, (ISSN0395-2037, lire en ligne, consulté le ).