Histoire de Boulogne-sur-Mer

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Les armoiries de la ville de Boulogne-sur-Mer se blasonnent ainsi :
D'or à l'écusson de gueules chargé d'un cygne d'argent, accompagné de trois tourteaux de gueules[1].
Ce blason fut adopté par la commune de Boulogne-sur-Mer, en 1830.
Le cygne figurait déjà sur un sceau communal de 1286, les tourteaux sont issus des armes des comtes de Boulogne.
Ornements extérieurs :
Croix de chevalier de la Légion d'honneur.
Croix de guerre 1914-1918.
Croix de guerre 1939-1945, avec palme de bronze.
Château de Boulogne-sur-Mer

Le nom d'un lieu qui devint Boulogne est attesté sous les formes Portus Itius en 54 av. J.-C., Gesoriacum, Portus Morinorum Britannicus au Ier siècle et Gesoriacum quod nunc Bononia au IIIe siècle. Née durant l'Antiquité gallo-romaine, la ville s'est développée au Moyen Âge grâce à son port, principal point de passage du continent vers l'Angleterre. En relatif déclin à l'époque moderne, Boulogne-sur-Mer connaît un renouveau économique et démographique aux XIXe et XXe siècles. La désindustrialisation et le tunnel sous la Manche ont contribué au marasme économique que connaît la ville depuis la fin du XXe siècle.

Après une probable occupation préhistorique, le site est habité par les Morins, peuple celte.

Antiquité

Boulogne antique : Portus Itius ?

Le site de l'actuelle ville de Boulogne serait celui qui avait été choisi par Jules César, en 55 av. J.-C.[2],[Note 1], pour préparer sa flotte à envahir la Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), expédition décrite dans la Guerre des Gaules[3]. César aurait pu installer son camp à l'emplacement actuel de la vieille ville. Des vestiges pouvant être ceux d'un quartier général romain y ont été identifiés par des archéologues en 1980[source insuffisante].

Certains historiens pensent que l'actuelle basse-ville a pu être Portus Itius, le port cité par Jules César comme lieu d'embarquement de son armée sur les galères lancées vers les côtes du Kent pour tenter de conquérir la Bretagne. D'autres hypothèses placent ce point d'embarquement des troupes romaines sur une plage aujourd'hui ensablée située à douze miles au nord de Boulogne, sur le site actuel de Wissant (identifiée dans la chanson de Roland sous son nom saxon Wit-sand « sable blanc »), ou encore à Saint-Omer profitant de la transgression marine entre Calais/Dunkerque/Saint-Omer pour y laisser sa flotte en attente de bons vents. Les modifications importantes du littoral dans ce secteur (remblaiement) ont recouvert les sites portuaires de l'époque.

Gesoriacum, Bononia

Sous l'empereur Claude, le lieu fut d'abord nommée en latin Gesoriacum , puis Bononia ou Bolonia (nom d'origine celtique) vers le IIIe siècle ; l'étymologie de ce nom fait l'objet d'une hypothèse[4].

Gesoriacum fut pendant l'Antiquité romaine, l'une des villes les plus importantes du nord de la Gaule. Elle était le point d'aboutissement de la via Agrippa de l'Océan qui reliait Lugdunum (Lyon) au littoral du nord de la Gaule en passant par Samarobriva (Amiens). Un autre itinéraire passait par Taruenna (Thérouanne), Nemetacum (Arras), Augusta Viromanduorum (Saint-Quentin), Durocortorum (Reims), Andemantunnum (Langres).

C'est à Gesoriacum que les Romains, sous l'ordre même de Caligula selon Suétone (Vie de Caligula, chap. XLVI), construisirent vers l'an 39 une tour « d'une hauteur prodigieuse... à l'instar du Pharos (Phare d'Alexandrie) » en vue d'une campagne contre les Celtes du pays de Galles, les Silures. Cette construction témoigne de l'importance que les Romains attachaient à ce site portuaire. Boulogne resta célèbre jusqu'au Moyen Âge pour ce phare romain, la tour d'Ordre, placé sur la haute falaise près de la plage, qui consistait en une tour de maçonnerie avec des étages se rétrécissant et au sommet de laquelle brûlait un feu.

En 43, la flotte militaire de l'empereur Claude, la Classis Britannica, dont les casernements étaient installés au nord de la ville fortifiée (à l'emplacement actuel du parking de l'Enclos de l’Évêché)[Note 2], conquiert définitivement et entièrement l'île de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne).

À la fin du IIIe siècle, le préfet Carausius, d'origine ménapienne, commandant de la flotte de Gesoriacum s'allia aux Francs, fit sécession de l'empire et prit le contrôle de la Bretagne et du Nord de la Gaule. Le nouveau tétrarque, Constance Chlore, ne parvint à reprendre la ville de Gesoriacum qu'après bien des difficultés en 294, et il lui fallut encore deux ans pour éliminer de Gaule le reste des troupes révoltées et préparer une invasion de la Bretagne. Sa flotte partit de Gesoriacum en 296 divisée en deux groupes, l'un dirigé par Constance en personne, l'autre par son préfet du prétoire, Julius Asclepiodotus. Un brouillard épais contraignit la flotte de Constance Chlore à revenir en Gaule, mais permit à la flotte d'Asclepiodotus de débarquer sans être repéré et de reconquérir la Bretagne.

Gesoriacum changea de nom à la charnière des IIIe et IVe siècles, comme la plupart des cités de la Gaule romaine. Elle devint Bononia puis Civitas Bononiensium, puis Bolonia pour devenir Boulogne au XIIIe siècle.

Au Ve ou VIe siècle, Zosime les mentionna comme germaniques[5], ce qui indiquerait un apport local de populations franques, de parler germanique, installés soit comme fédérés entre 250 et 350 par les Romains, soit au moment des grandes invasions du Ve siècle.

Moyen Âge

Le pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne

La tradition catholique rapporte qu'en 636[Note 3], alors que Boulogne faisait partie du royaume franc de Dagobert Ier, les habitants furent témoins de l'accostage, à l'embouchure de la Liane, d'une nacelle[Note 4] poussée par des anges, barque sur laquelle se trouvait une statue en bois de la Vierge Marie tenant l’Enfant Jésus sur son bras gauche. Devant la foule assemblée, la voix de la Vierge résonna et dit, avant que la manifestation ne cesse : « Je suis l’avocate des pécheurs, la source de grâce, la fontaine de piété qui souhaite qu’une lumière divine descende sur vous et sur votre ville. Mes amis, faites, en mon nom, édifier une église. »

À partir de cette apparition relatée dans des manuscrits de la fin du Moyen Âge, se développa un pèlerinage animé par la piété et la ferveur populaire. Les premières traces du culte à la Vierge de Boulogne remontent à la fin du XIe siècle quand Ide de Boulogne, mère de Godefroy de Bouillon, fit bâtir une église à sa gloire ; c'est aujourd'hui la basilique de l'Immaculée Conception.

Durant tout le temps des croisades, les chevaliers avant de prendre le chemin de Jérusalem, viennent à Boulogne-sur-Mer faire bénir leurs épées auprès de la Vierge.

La puissance des comtes de Boulogne

Au Moyen Âge, Boulogne fut le siège du comté de Boulogne. Un de des comtes, Eustache II as grenons aux belles moustaches »), participa à la conquête de l'Angleterre aux côtés du duc de Normandie Guillaume. Il avait épousé Ide de Boulogne et leur fils était Godefroy de Bouillon. Le comte Étienne de Blois fut roi d'Angleterre au XIIe siècle. Le roi de Portugal, Alphonse III, épousa la comtesse de Boulogne Mathilde de Dammartin. Baudouin du Bourg, comte de Boulogne, frère de Godefroy de Bouillon, fut le premier roi chrétien de Jérusalem. La demeure des comtes était située dans l'ancien castrum romain (haute ville de Boulogne), de cette demeure subsiste aujourd'hui la partie basse du beffroi.

Le beffroi (1191-1214).

En 1203, la ville de Boulogne obtint du comte l'octroi d'une charte communale. En 1231, Philippe Hurepel prit possession du nouveau château comtal à l’angle oriental de l’enceinte urbaine, il céda alors à la commune le donjon à la commune qui en fit son beffroi[6].

En 1268, les bourgeois boulonnais refusèrent de payer les impôts levés pour financer la croisade. Le roi Louis IX (Saint Louis) supprima la commune, fit briser le sceau et ordonna la démolition du beffroi qui ne fut que partiellement détruit. En 1249 (pas logique cette date dans l'article ?), les libertés communales et le beffroi furent restaurées.

Le , Isabelle de France, fille du roi Philippe le Bel, épousa le roi d'Angleterre, Édouard II dans l'église abbatiale de Boulogne située dans la haute ville. En 1339, au début de la guerre de Cent Ans, les marins des « Cinq-Ports » anglais saccagèrent la ville de Boulogne[7].

Des architectes boulonnais

Au XIVe siècle, des architectes originaires de Boulogne s'illustrèrent en Allemagne : Henri Arter, né à Boulogne en 1321, a été maître des œuvres de sa ville natale en 1350. Mort en 1381, on lui attribue les plans de la cathédrale d'Ulm. Il aurait également travaillé à la Cathédrale Saint-Guy de Prague avec Pierre Arter, probablement son fils. Pierre Arter aurait succédé à Mathieu d'Arras ou à son successeur comme maître d'œuvre de la dite cathédrale qu'il termina en 1386, de même que le château de Karlstein également commencé par Mathieu d'Arras[8].

Boulogne rattachée au royaume de France

En 1477, le roi Louis XI vainqueur de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, tenta de s'emparer d'une partie de l'État bourguignon :Bourgogne, Picardie, Artois... le comté de Boulogne étant tenu en fief par le comté d'Artois. Le mariage de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire et de Maximilien de Habsbourg contraria ses projets, Louis XI dut renoncer à l'Artois mais parvint à garder le comté de Boulogne en le plaçant sous la suzeraineté de la Vierge Marie. Une telle suzeraineté ne devait guère contrarier la politique des rois de France[9]. En avril 1478, il rendit hommage à la Vierge dans l'église abbatiale Notre-Dame de Boulogne, tous ses successeurs firent de même jusqu'à la Révolution française.

En outre, Louis XI avait échangé avec Bertrand VI de La Tour d'Auvergne la jugerie de Lauraguais contre le comté de Boulogne[Note 5],[10],[11]. Jusque 1789, la sénéchaussée de Boulogne fut intégrée à la généralité d'Amiens.

Sur un sceau en cire rouge de la Sénéchaussée du Boulonnais, fabriqué en 1477, lors de la réunion de Boulogne à la France figurent : en haut, un ange déployant ses ailes au-dessus d’un écu aux armes de France ; en bas un cygne tenant dans son bec l’écu des comtes de Boulogne, signifiant que le comté de Boulogne est placé désormais sous l'autorité du roi de France. Une inscription circulaire : Sigillum Senescallii Bouloignensis y est lisible[12].

Henri VII d'Angleterre à la tête d'un corps expéditionnaire de 12 000 hommes commença à assiéger la ville de Boulogne-sur-Mer à partir du . Après quinze jours de siège, Français et Anglais signèrent le Traité d'Étaples, le .

Époque moderne

Boulogne, enjeu stratégique entre la France et l'Angleterre au XVIe siècle

Boulogne est attaquée à trois reprises par les Anglais depuis l'enclave de Calais pendant la première moitié du XVIe siècle. Le , la Tour d'Ordre romaine est détruite. Boulogne tombe en septembre 1544 et est presque aussitôt ré-assiégée en octobre par les troupes du dauphin de France (futur Henri II) dont l'avant-garde est commandée par Blaise de Monluc. Mais l'indiscipline des mercenaires ruine l'assaut. Le traité d'Ardres () prévoit la restitution de la ville à la France, mais reste sans effet. Il faut attendre le siège mené par Henri II (en 1549 et 1550) et le traité d'Outreau, signé le (rachat de 400 000 écus d'or), pour que la ville redevienne française. Ronsard y fait allusion dans son Hymne d'Henri II :

« Et sans en faire bruit, par merveilleux effortz,
Tu avois ja conquis de Boulongne les forts,
Et par armes contraint cette arrogance Angloise
A te vendre Boulongne et la faire Françoise. »
(v. 1581-1584)

La révolte des Lustucru

En 1662, alors que Louis XIV vient d'acheter au roi d'Angleterre la place forte de Dunkerque, enlevée quatre ans plus tôt aux Espagnols par la coalition franco-britannique, les Boulonnais, bourgeois et paysans, se révoltent contre le roi de France, en raison de la pression fiscale accrue et des réquisitions pour le financement des guerres incessantes.

La révolte des Lustucru est soutenue en sous-main par les agents du roi d'Espagne, avec qui la guerre reprend en 1667, et dont la frontière se trouve à une vingtaine de kilomètres de l'entrée de Boulogne. En effet, jusqu'à 1678 (paix de Nimègue), la frontière passe encore entre Longueville et Escœuilles. Le pouvoir central exerce alors une répression féroce sur la région : de nombreux habitants des campagnes sont massacrés. Trois mille survivants, qui n'ont pu s'enfuir de l'autre côté de la frontière, sont envoyés aux galères.

Contrebande et corsaires au XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, Boulogne est un port de pêche en déclin (hareng à l'automne et maquereau au printemps), qui voit la montée en puissance de la contrebande entre l'Angleterre et la France[13]. Cette fraude, appelée smogglage, concerne surtout des produits courants (thé, tissus) ou des alcools (eaux-de-vie, vins, genièvre), surtaxés en Angleterre. Encouragé par les autorités françaises, ce trafic atteint des sommets dans les années 1780, avec près de six millions de livres de rapport annuel, contre 500 000 livres pour toutes les pêches[14].

Durant ce siècle, les corsaires boulonnais furent très actifs, notamment pendant la guerre de Succession d'Espagne (1701 à 1714), la guerre de succession d'Autriche (1740-1748) et la guerre de Sept Ans (1756 à 1763). Ils firent de nombreuses prises et préfigurant les grands succès navals pendant les guerres de la Révolution française et du Premier Empire, emmenés par le fameux baron Bucaille (Jacques-Oudart Fourmentin).

Époque contemporaine

Notes et références

Pour approfondir

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