Campagne navale dans la Manche (1338-1339)
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Date | mars 1338 – octobre 1339 |
|---|---|
| Lieu | Manche |
| Issue | indécise |
| Robert Morley | Nicolas Béhuchet |
Batailles
- Chronologie de la guerre de Cent Ans
- Cadzand (1337)
- Arnemuiden (1338)
- Manche (1338-1339)
- Chevauchée d'Édouard III (1339)
- Cambrai (1339)
- L'Écluse (1340)
- Saint-Omer (1340)
- Tournai (1340)
- Bergerac (1345)
- Auberoche (1345)
- Aiguillon (1346)
- Chevauchée d'Édouard III (1346)
- Caen (1346)
- Blanquetaque (1346)
- Crécy (1346)
- Calais (1346-1347)
- Chevauchée de Lancastre (1346)
- Neville's Cross (1346)
- Lunalonge (1349)
- Calais (1349-1350)
- Winchelsea (1350)
- Saint-Jean-d'Angély (1351)
- Saintes (1351)
- Ardres (1351)
- Chevauchée du Prince Noir (1355)
- Narbonne (1355)
- Chevauchée de Lancastre (1356)
- Chevauchée du Prince Noir (1356)
- Bourges (1356)
- Romorantin (1356)
- Poitiers (1356)
- Nogent (1359)
- Chevauchée d'Édouard III (1359-1360)
- Reims (1359-1360)
- Winchelsea (1360)
- Paris (1360)
- Chastres (1360)
- Chartres (1360)
La campagne navale dans la Manche en 1338 et 1339 est une série de raids, conduits par la marine française ainsi que par des corsaires et pirates (mercenaires génois, monégasques ou autres) au service du royaume de France, contre des villes portuaires et les îles anglo-normandes du littoral de la Manche. Ils avaient pour buts de semer la panique chez les Anglais ainsi que d'affaiblir leur économie alors que la guerre de Cent Ans venait tout juste de commencer. À cette brève période où la France a la maîtrise des mers face à l'Angleterre succède un tournant majeur en 1340, qui renverse les rôles pendant près de deux décennies.
Les raids sur la côte anglaise n'étaient pas rares au XIVe siècle. Ainsi, des navires privés (et plus rarement appartenant à la marine royale) au service de la France, de Gênes, de la Castille, de l'Écosse et des royaumes scandinaves pillaient les villages et ports facilement accessibles, même en période de paix. Ce qui a rendu la campagne navale de 1338-1339 célèbre est le fait que les navires français visaient essentiellement des villes stratégiques, afin d'épuiser l'économie de leur adversaire anglais. Cette stratégie sera reprise également lors des chevauchées anglaises qui suivront peu après.
Problèmes financiers
En 1338, la guerre de Cent Ans vient tout juste d'éclater. Pourtant, la France doit affronter deux menaces sérieuses. Au sud, les armées anglaises en Gascogne et en Aquitaine peuvent lancer à tout moment des raids ou des chevauchées au cœur du territoire français, là où la frontière française est mal défendue car dépendant de l'allégeance de vassaux peu fiables. Au nord-est, la situation est encore plus inquiétante. Les Anglais se sont alliés au comté de Hainaut et duché de Brabant, ainsi qu'au Saint-Empire romain germanique et leur ont fourni des fonds pour attaquer simultanément la France.
Néanmoins, Édouard III d'Angleterre a lui aussi un problème sérieux. Malgré la puissance anglaise grâce à ses exportations en laine, l'échiquier est au bord de la banqueroute. Sans un financement solide, la coalition créée par Édouard III risque de s'effondrer. Les dépenses militaires sont pourtant nécessaires afin de maintenir en état l'armée anglaise stationnée en Flandre. Dès 1338, Édouard doit emprunter des sommes énormes à ses créanciers italiens. Les problèmes financiers du roi d'Angleterre ne sont pas ignorés par le gouvernement français, qui prévoit de détruire les ports anglais ainsi que la marine royale. Cela ruinerait l'économie anglaise et forcerait Édouard à abandonner ses projets d'invasion.
1338
Portsmouth et Jersey
Au début du mois de , Philippe VI de Valois nomme un nouvel amiral de France, Nicolas Béhuchet, qui a auparavant servi la couronne en tant que trésorier officiel et qui désormais a pour ordre de détruire l'économie maritime anglaise. Le , il commence sa campagne navale en commandant une large flotte composée de petits navires côtiers pour traverser la Manche. Il part de Calais et poursuit sa route jusqu'au Solent, où il débarque et pille le port anglais de Portsmouth. La ville n'est pas protégée par des remparts et la flotte française n'est pas remarquée car Béhuchet a ordonné à ses navires de hisser des pavillons anglais. Le raid sur Portsmouth est un désastre pour Édouard III, car les nombreux navires anglais qui y sont amarrés et les vivres qu'ils contiennent sont saisis par les Français. Les maisons et boutiques sont pillées et les habitants qui ne se sont pas enfuis sont tués ou emmenés prisonniers. Aucun navire anglais n'a pu engager le combat avec la flotte française et les milices locales, probablement inférieures en nombre, n'ont pas été présentes lors de l'assaut français.
Béhuchet se dirige ensuite en direction des îles anglo-normandes, qui ont déjà subi des attaques mineures l'année précédente. Cette fois, Jersey est envahie par les équipages français et l'est de l'île est détruite, à l'exception de Mont-Orgueil. Le raid avait été prévu par les officiers anglais mais les mesures de défense mises en place n'ont pas été assez efficaces et les efforts pour intercepter la marine française ont échoué.
Piraterie
Ces deux raids provoquent une panique générale dans les municipalités du sud de l'Angleterre et incitent Édouard III à faire des dépenses supplémentaires pour renforcer les défenses le long de la côte. Il doit alors repousser son projet d'invasion en France. Le duché de Cornouailles et le comté de Devon refusent de fournir du matériel de guerre ou de payer les taxes car ils affirment avoir eux-mêmes besoin de ressources pour se défendre. En effet, en apprenant la faible défense de la côte anglaise, des marchands et des seigneurs de Normandie, de Picardie et de Bretagne s'équipent en navires et en armes et lancent leurs propres raids de piraterie en Angleterre. On ignore si les Français trouvaient cette tactique efficace mais Béhuchet semble avoir compris que le commerce anglais était au bord de la faillite même s'il ne savait pas quelles étaient les véritables conséquences de ces raids sur l'échiquier d'Édouard III[1].
La piraterie affecte également l'autre théâtre de guerre, en Aquitaine, où des navires privés français et castillans interceptent les liaisons commerciales entre Londres et Bordeaux. Bordeaux semble au bord de l'émeute lorsqu'un convoi en provenance d'Angleterre est saisi par les Français le près de Talmont.
Guernesey et Southampton
La campagne navale reprend en , lorsqu'une large flotte franco-italienne sous les ordres du maréchal de France Robert Bertrand se dirige à nouveau vers les îles anglo-normandes. L'île de Sercq, qui avait été pillée dès 1337, est prise sans combat et Guernesey capitule de même après quelques escarmouches. Ces deux îles étaient peu défendues car la garnison anglaise était à Jersey. Les rares hommes envoyés depuis Jersey pour défendre les deux autres îles sont rapidement capturés par la flotte française, tout comme les messagers anglais. Ainsi, le gouvernement anglais n'est pas informé de ce raid pendant plus d'une semaine. À Guernesey, les forts de Cornet et Le Valle sont les seuls à résister aux Français, mais ils sont pris lorsque les vivres viennent à manquer. Les garnisons anglaises sont passées au fil de l'épée. Un affrontement naval a lieu entre les insulaires et les galères italiennes mais, malgré la destruction de deux navires italiens, les Anglo-Normands sont battus et perdent beaucoup d'hommes. Guernesey reste sous contrôle français jusqu'à sa reprise par les Anglais à la suite de la bataille de L'Écluse en 1340.
Les cibles suivantes de Béhuchet et de son lieutenant Hugues Quiéret sont les lignes de ravitaillement entre l'Angleterre et la Flandre. Ils rassemblent une quarantaine de navires à Harfleur et Dieppe et attaquent le une petite flotte anglaise au large de Cadzand. Les cinq larges vaisseaux anglais qui transportaient des vivres près de l'île sont rapidement vaincus et saisis, dont les navires royaux Cog Edward et Christopher. Les équipages anglais sont exécutés tandis que les navires anglais sont intégrés à la marine de France. Quelques jours plus tard, le , la même marine française conduit un de ses raids les plus dévastateurs près du port de Southampton. Elle est suivie de marins normands, italiens et castillans. L'assaut sur Southampton est à la fois terrestre et maritime. Les murailles de la ville étaient en ruine et n'avaient pas encore été réparées, malgré des ordres du conseil de la ville. La plupart des habitants et de la milice locale s'enfuient en panique dans la campagne proche, laissant seulement la garnison du château résister. Le château capitule après un bref siège à la suite d'une brèche créée dans ses défenses. Les scènes qui avaient eu lieu à Porstmouth quelques mois plus tôt se répètent : la ville est rasée, les maisons détruites et les captifs massacrés ou réduits en esclavage. Le lendemain, les milices anglaises commencent à poursuivre l'armée française dans les périphéries de Southampton. Les Français quittent le port et rembarquent. Southampton est pillée par des brigands après le départ des Français, avant que les autorités municipales n'aient rétabli leurs pouvoirs.