Histoire des Indians de Cleveland
From Wikipedia, the free encyclopedia
Les Indians de Cleveland (Cleveland Indians en anglais) sont une franchise de baseball basée à Cleveland évoluant dans la Ligue majeure de baseball.
Cleveland dispose d'une formation de ligue majeure de 1887 à 1899, les Cleveland Spiders, mais ces derniers qui évoluent en Ligue nationale de 1889 à 1899 cessent leurs activités après une saison 1899 catastrophique : 20 victoires pour 134 défaites[1].
La franchise actuelle est fondée en 1900 par Charles Somers sous le nom de Cleveland Lake Shores par transfert de la formation de Western League, les Grand Rapids Rustlers, à Cleveland[2]. Somers délègue la présidence du club à John F. Kilfoyle qui reste président jusqu'en 1908, puis Somers assure lui-même la présidence.
Dès 1900, Cleveland évolue au League Park (9000 places) en Ligue américaine (ex-Western League)[3]. La Western League adopte le nom de Ligue américaine dès 1900, mais évolue encore sous le label de ligue mineure[4]. Les Lake Shores participent à cette compétition, terminant sixièmes avec 63 victoires pour 73 défaites. La saison avait pourtant débuté par une victoire 7-6 à Indianapolis avec Bumpus Jones comme lanceur partant pour Cleveland[5].
Le club porte trois surnoms au cours de cette saison : Lake Shores, puis Bluebirds et Blues en raison de la tenue bleue arborée par les joueurs[6].
Les débuts en ligue majeure (1901-1908)

En 1901, Ban Johnson transforme la Ligue américaine en ligue majeure, au même rang que la Ligue nationale[4]. La franchise qui prend alors officiellement le nom de Cleveland Blues a l'honneur d'inaugurer la ligue en disputant le match d'ouverture le 24 avril 1901 à Chicago face aux White Sox devant 14 500 spectateurs[7]. Toutes les autres rencontres programmées ce jour-là furent reportées en raison de chutes de pluie[8].
Les Blues s'inclinent à l'occasion de leurs deux premiers matches à Chicago, puis signent leur première victoire en Ligue majeure lors du troisième match de la série jouée face aux White Sox le par 10 à 4. Les Blues remportent ensuite leur premier match à domicile joué en Ligue majeure : 4-3 face à Milwaukee.

Le , les Indians signent un retour étonnant lors d'un match face aux Washington Senators. Menés 13 à 5 avant la dernière demi-manche, les Indians gagnent la partie en marquant 9 points au cours de l'ultime manche[9].
Malgré de belles performances de Jack McCarthy (0,321 de moyenne au bâton), les Blues terminent cette saison 1901 en septième position sur huit équipes avec 54 victoires pour 82 défaites. À l'issue de cette saison, le manager-joueur Jimmy McAleer est remplacé par Bill Armour qui reste en poste trois saisons. Sous sa conduite, les résultats restent dans la lignée de ceux enregistrées la saison précédentes : très mauvais, avec seulement 11 victoires lors des 35 premiers matchs de la saison 1902[10]. L'arrivée de Nap Lajoie change la donne. Recruté en cours de saison 1902 pour 25 000 dollars sur trois ans, Lajoie provoque l'enthousiasme à Cleveland. Plus de 10 000 spectateurs assistent à ses débuts sous les couleurs de Cleveland le à League Park[11]. Cleveland devient désormais une équipe qui gagne plus de rencontres qu'elle n'en perd, mais la direction réelle du jeu est sous l'autorité du capitaine Nap Lajoie[10].
Devenue Cleveland Bronchos en 1902, la franchise est rebaptisée Cleveland Naps en 1903 en hommage à Nap Lajoie à la suite d'un vote des fans. Naps l'emporte avec 365 voix devant Buckeyes (281) et Emperors (276)[12].
L'équipe comprend également d'autres joueurs de talent tels Addie Joss (1902-1910), Elmer Flick (1901-1910), Bill Bradley (1901-1910), George Stovall (1904-1911) et Terry Turner (1904-1918). Bill Bradley est le premier joueur de la franchise à frapper un cycle (un simple, un double, un triple et un coup de circuit au d'un même match). Il réussit cette performance le [13]. Elmer Flick remporte le titre de meilleur batteur de la Ligue américaine en 1905 avec une moyenne au bâton de .305. En 1907, Cleveland refuse un échange proposé par les Détroit Tigers entre Flick et le jeune Ty Cobb, 21 ans[14]. Somers connait le mauvais caractère de Cobb et préfère conserver une bonne ambiance au sein de son effectif[15].
En 1908, Addie Joss lance un match parfait en 74 lancers contre Chicago le 2 octobre[16]. Cleveland termine second de la ligue signant ainsi sa meilleure performance depuis ses débuts avec 90 victoires pour 64 défaites (.584). Les Indians échouent à une demi-victoire des Détroit Tigers[17].
Pendant cette saison 1908, Somers et son vice-président Ernest Barnard mettent en place un système cohérent de formation des jeunes joueurs avec plusieurs clubs affiliés à Toledo, Ironton, Waterbury, Portland et La Nouvelle-Orléans[15].
Nap Lajoie et les Naps (1909-1914)

Après la belle saison 1908, les résultats sont décevants en 1909 entraînant la démission du manager Nap Lajoie en août qui décide de recentrer sur sa seule fonction de joueur. James McGuire le remplace au poste de manager[18].
Lajoie dispute en 1910 le titre de meilleur frappeur de la ligue à Ty Cobb. Aujourd'hui encore, les statisticiens américains ne sont pas d'accord sur le nom du vainqueur réel de ce challenge[19]. La Chalmers Company qui attribue les prix décide de déclarer les deux joueurs à égalité, et offre à chaque joueur la voiture neuve promise au vainqueur[20].
Shoeless Joe Jackson est alors recruté par les Naps en 1910, mais il doit se contenter d'évoluer en ligue mineure jusqu'en 1911, date de ses débuts chez les Naps. Cy Young joue également chez les Naps de 1909 à 1911, mais il est libéré de son contrat après un début de saison 1911 en demi-teinte (3 victoires pour 4 défaites). À la suite de cette mauvaise entame de saison (6 victoires, 11 défaites), James McGuire est remplacé par George Stovall au poste de manager.
Cette saison 1911 est surtout marquée par le décès du lanceur Addie Joss à 31 ans, deux jours avant l'ouverture de la saison. Un match de bienfaisance au profit de la famille de Joss est disputé le 24 juillet 1911. Toutes les plus grandes vedettes du baseball sont présentes sur le terrain. Cette rencontre préfigure ce que seront les matches des étoiles (All-Star Game) à partir de 1933[21].
En 1913, la Federal League commence ses activités et elle implante une franchise à Cleveland, en concurrence frontale avec les Indians. Cette nouvelle franchise ne tient qu'une seule saison.
Nap Lajoie frappe son 3000e coup sûr le . Il est alors le troisième joueur à atteindre cette marque.
À la suite du départ de joueurs tels Cy Falkenberg vers la Federal League, les Naps enregistrent 102 défaites en 1914. C'est le record de la franchise. L'affluence est en chute libre, et les finances deviennent problématiques. Shoeless Joe Jackson est cédé contre trois joueurs aux Chicago White Sox. Nap quitte également Cleveland à l'issue de cette saison pour rejoindre Philadelphie.
Cleveland Indians (1915-1919)

À la suite du départ de Nap Lajoie, les Naps sont alors définitivement rebaptisés Cleveland Indians. L'annonce de ce nouveau nom de baptême est faite par la presse de Cleveland le 17 janvier 1915[22]. Dix jours plus tôt, la presse avait déjà annoncé que le président Somers avait chargé un groupe de journalistes sportifs de trouver un nouveau nom à la franchise. Les fans furent autorisés à envoyer des suggestions[23]. Deux théories s'opposent pour expliquer le choix de ce nom. Hommage à Louis Sockalexis, joueur indien des Cleveland Spiders, pour les uns ; inspiré par le nom des Boston Braves qui signent une fabuleuse fin de saison en 1914, passant de la dernière position du championnat en juillet à la première en septembre pour les autres[24].
Cette modification n'entraîne pas d'embellie sportive et financière. Pour sa première saison sous le nom des Indians, la franchise termine septième sur huit en Ligue américaine et enregistre seulement 159 285 spectateurs aux guichets lors de la saison 1915, soit 2069 spectateurs de moyenne par match[25]. C'est trois fois moins qu'en 1913 (541 000). Charles Somers, industriel de l'Ohio, qui a créé la franchise dont il reste le propriétaire et principal soutien financier, est contraint de la vendre en toute fin d'année 1915. Il passe le relais à un groupe d'investisseurs emmené par Jim Dunn en raison de très graves soucis financiers. Il est ruiné.
Jim Dunn achète la franchise, mais avouant qu'il ne connait rien au baseball, il demande les conseils de Ban Johnson pour constituer son staff. Johnson lui indique le nom de son ancien secrétaire, Bob McRoy. Ce dernier devient manager général et engage le solide champ centre Tris Speaker. McRoy tombe malade et est contraint de quitter son poste dès 1917. Il meurt le [26].
Le premier titre (1920)
Tris Speaker devient entraîneur-joueur en 1920. Cette saison est d'abord marquée par un drame. L'arrêt-court Ray Chapman meurt le 17 août 1920, au lendemain d'un match au Polo Grounds contre les New York Yankees. Atteint à la tête par un lancer de Carl Mays, il est déclaré mort après plusieurs tentatives chirurgicales[27]. Le jeune Joe Sewell est alors engagé pour remplacer Chapman[28].
Sous la conduite de Tris Speaker, les Indians remportent le fanion de la Ligue américaine avec deux victoires d'avance sur Chicago et trois sur les New York Yankees. Speaker signe une saison à .388 au bâton tandis que le lanceur Jim Bagby engrange 31 victoires. Menés 2-1 par les Brooklyn Robins en World Series, les Indians enlèvent leur premier titre national en remportant les quatre dernières parties pour s'imposer 5-2. Outre Speaker, les Indians les plus fameux de cette équipe sont Elmer Smith, Larry Gardner, Jim Bagby, Stan Coveleski, Steve O'Neill, Joe Sewell, Ray Caldwell. Elmer Smith frappe le premier grand chelem en World Series, Bagby frappe le premier coup de circuit des World Series réussit par un lanceur tandis que Bill Wambsganss signe une triple base sans assistance, cas unique dans l'histoire des World Series. Stan Coveleski est le lanceur vedette des Indians cette saison. Il lance trois parties complètes à l'occasion des World Series ; trois victoires, qui permettent aux Indians de remporter les séries[29].

D'un titre à l'autre (1921-1947)
Après le succès en World Series, et malgré le talent de joueurs comme Earl Averill, Mel Harder et George Burns (MVP de la saison 1926), les Indians se retrouvent à la peine en championnat, signant au mieux des deuxièmes places en 1921 et 1926. En coulisses, le décès de Jim Dunn en 1922 place la franchise sous la coupe de sa société gérée par sa veuve. Elle cède les Indians à Alva Bradley le 17 novembre 1927[30] pour un million de dollars.
Depuis 1929, les joueurs des Indians arborent des numéros dans le dos. Cleveland est le deuxième franchise à adopter ce système quelques semaines après les New York Yankees. La numérotation des joueurs devient obligatoire en Ligue américaine en 1931[31].
En matière de stades, les Indians agrandissent League Park (21 414 places depuis 1910) puis quittent définitivement cette enceinte en 1947[32]. Ils évoluent régulièrement au Cleveland Municipal Stadium (78 000 places à son inauguration ; 73 400 en 1993) de 1932 à 1946, puis de façon systématique de 1947 à 1993. L'inauguration du Cleveland Municipal Stadium a lieu le 31 juillet 1932 devant plus de 80 000 spectateurs. Le premier match de nuit, c'est-à-dire à la lumière des projecteurs, y est disputé le 27 juin 1939[33].

Le lanceur Bob Feller parvient à signer 27 victoires en 1940 mais les Indians, en proie à des luttes intestines, ratent de peu le gain du championnat et terminent deuxièmes de la Ligue américaine. Feller quitte Cleveland en 1941 pour s'enrôler dans l'US Navy à la suite de l'attaque de Pearl Harbor. Après avoir connu le front et reçu huit décorations militaires, il est de retour chez les Indians en 1945 et domine les autres lanceurs de la Ligue en 1946 avec 26 victoires et 348 retraits sur prises, record de la franchise[34].
Bill Veeck devient le propriétaire de la franchise le 21 juin 1946. C'est lui qui installe définitivement les Indians au Cleveland Municipal Stadium en 1947.
En , 80 jours après l'entrée en jeu de Jackie Robinson chez les Brooklyn Dodgers en Ligue nationale, le premier joueur noir a évolué en ligue américaine fut Larry Doby sous l'uniforme des Indians[35].
Le second titre (1948)
La communication mise en place autour de la franchise et les bons résultats enregistrés génèrent un intérêt accru de la part des supporters. On passe ainsi de 1 057 289 spectateurs en 1946 à 1 521 978 en 1947 puis 2 620 627 en 1948[25].
Soutenu par un public plus nombreux que jamais, les Indians terminent à égalité avec les Boston Red Sox pour le gain du fanion de la ligue américaine. Le match de barrage pour départager les deux franchises se tient à Fenway Park, à Boston. Au terme d'un match resté dans les mémoires, les Indians s'imposent et accèdent aux World Series. Le titre est conquis face aux Boston Braves par quatre victoires à deux. Les champs intérieurs Lou Boudreau (manager-joueur), Ken Keltner, Joe Gordon et Eddie Robinson furent particulièrement efficaces tandis que le lanceur noir Satchel Paige enchanta les spectateurs avec ses lancers aussi variés que surprenants. Paige est le premier lanceur noir à participer aux Séries mondiales. Les trois matches disputés à Cleveland se jouent devant une assistance moyenne de 79 497 spectateurs avec une pointe à 86 288 à l'occasion du match cinq[36].
L'après-titre (1949-1959)
Les Indians restent au contact des meilleurs entre 1949 et 1953 sans toutefois accrocher la première place. Lou Boudreau quitte Cleveland en 1950, mais ceci n'émpêche pas les Indians d'être de retour en World Series en 1954. Ils s'inclinent sèchement par quatre victoires à zéro contre les New York Giants. À partir de 1955, les classements des Indians sont décevants à la suite des départs de joueurs comme Bob Feller (1956). Victime de blessures au dos et aux jambes, Al Rosen, MVP de la saison 1953, met un terme à sa carrière en 1956[37]. Le jeune lanceur Herb Score apparait alors le grand espoir de la franchise qui refuse plus d'un million de dollars des Boston Red Sox pour un transfert. Après deux saisons excellentes en 1955 et 1956, Score est sévèrement blessé lors d'un match le ; il ne retrouvera jamais son niveau[38].
