Histoire du Wisconsin
From Wikipedia, the free encyclopedia
L'Histoire du Wisconsin a été forgée par la succession de plusieurs vagues d'immigration, du Canada français puis des pays d'Europe, Allemagne et Scandinavie en tête, qui ont développé une large palette d'activités agricoles.

Au sortir de la « glaciation du Wisconsin », qui a eu lieu en Amérique du Nord entre 85 000 et 7 000 av. J.-C.[1],[2],[3], à peu près au même moment que la glaciation de Würm dans les Alpes, les Amérindiens chassaient le Mammouth de Boaz, dont les os ont été retrouvés en 1897. Auparavant, la calotte glaciaire avançait jusqu'à 40° de latitude nord[4].
Venus de l'est par la rivière des Outaouais, les Outaouais ont peu à peu fait le tour des Grands Lacs par le sud, tandis que les Ojibwés du Sault-Sainte-Marie, sur les bords du lac Supérieur, se sont installés dans les Prairies du Canada, mais aussi au sud du lac Supérieur. Les Kickapous et les Potéouatamis font aussi partie des tribus qui vivaient là quand les Européens sont arrivés, avant de descendre plus au sud.
Les explorateurs du Canada français

Le Français Jean Nicolet fut le premier Européen à explorer le « Ouïskonsen », maintenant Wisconsin. En 1634, il y fonda la colonie de Baie Verte et fut suivi quinze ans après par Pierre Radisson et Médard des Groseilliers. L'explorateur jésuite du XVIIe siècle, Jacques Marquette[5] reçoit à son tour, le , l'ordre d’aller explorer la vallée du Mississippi. Venu du Québec, il a traversé les Grands Lacs en canot puis remonté la Fox River, de son embouchure aux sources, et effectué un portage difficile jusqu'à la rivière Wisconsin pour entrer dans le bassin supérieur du Mississippi. Le géographe Guillaume Delisle trace au début du siècle suivant une Carte de la Louisiane et du cours du Mississippi (1718), la première aussi détaillée de cette région, qui est exploitée pour ses fourrures au même moment par le négociant Nicolas Perrot, mais sans établissements permanents. Les premiers viendront au moment de la guerre de Sept Ans contre les Anglais, établis par Charles Michel de Langlade dont la mère était une Amérindienne outaouaise.
Les guerres indiennes de 1827 et 1832 après celle de 1812
Les guerres de 1756-1763, puis 1776-1784 et surtout 1812-1814, ont fait passer les terres de l'actuel Wisconsin sous domination américaine durable. La France céda cette colonie aux Britanniques en 1763, puis elle fut acquise par les États-Unis à l'issue de la révolution américaine en 1783 mais resta de fait administrée par les Britanniques jusqu'à la guerre américano-britannique de 1812, où les Amérindiens combattent très souvent dans les rangs britanniques, causant des lignes de fractures avec les premiers colons américains.
Des prospecteurs miniers ont commencé à rechercher les métaux précieux de manière artisanale dans les années 1820. Leur arrivée déclenche les guerres contre les Amérindiens, la guerre des Winnebagos de 1827 et la guerre de Black Hawk de 1832, menée par le chef Black Hawk après que la milice blanche ait ouvert le feu sur une délégation amérindienne. Black Hawk répond en attaquant les miliciens, les écrasant complètement à la bataille de Stillman's Run, mais il perd ensuite la guerre.
La création du territoire du Wisconsin en 1836
Ces conflits sanglants pour les Amérindiens ont entraîné leur départ, et coïncidé avec la création le d'un Territoire du Wisconsin. Les terres du Wisconsin appartenaient à l'origine au très vaste Territoire de l'Indiana, créé en 1800. Cet ensemble hétéroclite a perdu en 1809 son flanc occidental, devenu Territoire de l'Illinois, lui-même rebaptisé en 1818 Territoire du Michigan, lorsqu'il perd cette fois l'Illinois, devenu un État. Au milieu des années 1830, le Michigan se prépare à son tour à devenir un État. On crée donc avec l'autre partie, au nord-ouest, un Territoire du Wisconsin, qui s'étend sur la totalité des États actuels du Wisconsin, du Minnesota et de l'Iowa, ainsi que sur une partie du Dakota, jusqu'au Missouri. Deux ans plus tard, en 1838, le Territoire de l'Iowa fut constitué sur le flanc sud, réduisant la superficie du Territoire du Wisconsin, où des fermiers de la Nouvelle-Angleterre ont très vite récupéré les prairies les plus fertiles, dans la région de Milwaukee.
Les vallées de la Chippewa comme de la Sainte-Croix sont de plus en plus fréquentées par les marchands, conscients que les forêts en elles-mêmes représentaient également un fort potentiel, désormais ouvert, lorsqu'à la fin de l’été de 1837 les Ojibwés, par traité, ont cédé leurs terres à l’ouest du Mississippi. C'est l'époque où Henry S. Sibley, le principal marchand de Saint-Pierre, Hercules Dousman, William Aitken et Lyman Warren s’associent pour créer une scierie à énergie hydraulique sur les chutes de Chippewa Falls, siège du comté de Chippewa. Ils font venir de France Lucien Galtier un missionnaire originaire de Saint-Affrique[6].
La fondation d'une université à Milwaukee
Le Wisconsin fut admis le en tant que 30e État de l'Union. Un diocèse se créé à Milwaukee, quelques années plus tôt, confié au suisse Johann Martin Henni. Il veut créer une école pour attirer les immigrants arrivant de l'est[7] et part chercher des fonds en Europe en 1848-1849. Le prélat allemand Anthony Minoux décline, car le Printemps des peuples en Europe a rendu la tâche plus difficile aux jésuites pour envoyer de l'argent au bout du monde. Sur la route du retour, Henni est orienté vers un riche financier d'Anvers, Guillaume-Joseph De Boey qui lui promet 16 000 dollars. Fort de cet engagement, il s'adresse aux jésuites américains pour obtenir aussi des moyens humains et les reçoit en . Un peu plus tard, il fonde à Milwaukee l'Université Marquette.
Les cultivateurs immigrés au milieu du XIXe siècle
Le territoire de l'État fut majoritairement peuplé par des colons allemands, scandinaves et suisses. L'Histoire de l'émigration allemande en Amérique s'accélère après le livre de Gottfried Duden (en), Voyage dans les États de l'Ouest de l'Amérique, écrit en 1829, qui devient un best-seller en Allemagne[8], tandis que la Giessener Emigration Society (en) créé en 1833 facilite les démarches[réf. nécessaire]. Ces immigrants cultivent le blé, de part et d'autre de la frontière canadienne, et le maïs un peu en dessous, grâce à la création en 1847 d'une voie ferrée, la "Milwaukee and Waukesha Railroad", rebaptisée ensuite "Milwaukee and Mississippi" et qui essaime[9]. Dès 1850, le Wisconsin comptait 305 000 habitants dont le tiers né à l'étranger. Mais l'État reste très rural. Une personne seulement sur quinze vit dans la capitale Milwaukee[10], même si cette dernière héberge déjà six usines à blé. Lors de l'élection présidentielle de 1856, le Wisconsin fait partie des trois nouveaux états, avec l'Iowa et le Minnesota, dont la population, agricole et industrielle, vote avec la Nouvelle-Angleterre pour le candidat républicain Fremont, contre le sud esclavagiste[11].
Le Wisconsin crée en 1852 une « Commission de l’immigration » pour vanter les charmes de l’État. Les Allemands qui s’installent à Milwaukee se retrouvent dans des associations musicales ou sportives, des associations prônant la liberté de pensée, des sociétés d’horticulture, des cercles culturels, des groupes politiques et des communautés religieuses. Depuis trente ans, chaque année en juillet, Milwaukee organise la « German Fest »[12]. Le parcours des Allemands de la Volga, qui émigrèrent aux États-Unis et au Canada après avoir vécu en Russie illustre le trajet de cette émigration allemande du milieu du XIXe siècle. Ils s'installèrent principalement dans les Grandes Plaines, le Wisconsin mais aussi l'est du Colorado, le Kansas, le Minnesota, l'est du Montana, le Nebraska, le Dakota du Nord et du Sud, et au Canada dans le Manitoba, l'Alberta et la Saskatchewan. Ils y réussirent souvent dans l'agriculture sur terrain sec, une compétence acquise en Russie.
Pour ce qui est des immigrants suisses, ils viennent notamment du Valais. En 1848 arrive la première famille, celle de Maurice Deléglise, dont le fils François Augustin fondera la ville d’Antigo. Suivront quelque 250 émigrants de la région de Martigny, qui s’installent principalement dans le comté de Manitowoc[13].
L'immigration belge wallonne
Le Wisconsin a accueilli une importante immigration wallonne belge à partir des années 1840, avec deux vagues majeures en 1848 et 1853. Les immigrants belges ont établi des colonies concentrées dans le comté de Brown, le comté de Door et la région de Green Bay, formant l'une des communautés ethniques européennes les plus distinctives de l'État[14].
Les pionniers de 1848
La première vague d'immigration belge débute vers 1848, lorsque des familles de la région de Grez-Doiceau et des environs du Brabant wallon s'installent près de Robinsonville dans le comté de Brown[15]. Ces premiers colons sont principalement des fermiers qui apportent leur expertise agricole, notamment dans l'élevage laitier et la culture céréalière.
Parmi ces pionniers figure la famille Joseph Jossart et Josephine Jossart, qui s'établissent comme agriculteurs près de Robinsonville. Leurs huit enfants se disperseront à travers le Wisconsin, plusieurs devenant des figures importantes du développement de l'État[15]. Les familles belges maintiennent souvent de fortes connexions avec leur patrie d'origine tout en bâtissant de nouvelles vies dans le Wisconsin. Certaines familles avaient des liens historiques avec des événements européens significatifs ; par exemple, la famille Jossart de Grez-Doiceau pouvait retracer sa lignée jusqu'au docteur Jean-François Jossart d'Ophain, qui servit comme médecin soignant les blessés à l'église Saint-Étienne de Braine-l'Alleud après la bataille de Waterloo le 18 juin 1815[16].
Le Quinnebang, le « Mayflower belge » de 1853
Une seconde vague significative arrive en 1853 à bord du navire Quinnebang, qui amène de nombreuses familles belges au Wisconsin[17]. Ce vaisseau, souvent appelé le « Mayflower belge » par les descendants, aurait été organisé par Constant Petiniot, qui s'intéressa à l'émigration américaine après avoir vu une publicité dans un café d'Amsterdam[17]. Les passagers du Quinnebang et leurs familles établiront le cœur de la communauté belgo-américaine du Wisconsin.
L'apport à l'industrie touristique du Nord
Au-delà de l'agriculture, les immigrants belges ont contribué significativement au développement du Wisconsin. Deux fils de Joseph et Josephine Jossart illustrent cette contribution : Prosper Jossart (1856-1924) et David D. Jossart (1857-1924) deviennent des figures majeures du développement de l'industrie touristique du nord du Wisconsin, particulièrement dans la région de Minocqua[18].
Après avoir travaillé comme ouvriers forestiers et dans les scieries, Prosper Jossart reconnaît en 1895 le potentiel touristique de la région de Minocqua et s'y installe définitivement pour développer une entreprise de construction. Il devient propriétaire de la Jossart's Island sur le lac Minocqua, construit de nombreux cottages et établissements touristiques autour des lacs Minocqua, Trout Lake et Tomahawk Lake. Son frère David D. devient entrepreneur en charpenterie et superviseur de canton, tout en exploitant une entreprise de location de bateaux pendant 22 ans[15],[18]. Leur fille Helen (épouse Cardnell) exploitera plus tard un établissement touristique à Trout Lake, perpétuant l'héritage familial dans l'industrie du tourisme.
Réseaux familiaux et préservation culturelle
Les familles belges se mariaient fréquemment entre elles, créant des réseaux de parenté étendus qui aidaient à préserver l'identité culturelle tout en facilitant la coopération économique. La famille Jossart, par exemple, était liée par mariage à la famille Hannon, une autre famille d'immigrants belges de Grez-Doiceau, lorsque Jean Baptiste Hannon (1830-1907) épousa Marie Barbe Jossart[17]. Ces familles belges interconnectées formèrent l'épine dorsale de plusieurs communautés du Wisconsin et contribuèrent significativement au développement agricole, commercial et industriel de l'État.
Les immigrants belges maintinrent des pratiques culturelles distinctes, incluant la langue (beaucoup parlaient le wallon ou le français), les traditions religieuses (principalement catholiques romains), et les coutumes culinaires. Leur influence se voit encore aujourd'hui dans les noms de lieux du Wisconsin, les paroisses catholiques, et certaines fêtes locales, bien que l'identité belge distincte ait été largement absorbée dans la population euro-américaine plus large au fil des générations suivantes[14].
Au début du XXe siècle, les Belgo-Américains s'étaient intégrés avec succès dans la société du Wisconsin tout en maintenant la fierté de leur héritage. L'établissement de repères géographiques tels que la Jossart Island dans le lac Minocqua, nommée en l'honneur des contributions de la famille Jossart à la région, demeure un témoignage durable de l'influence belgo-américaine dans le développement du Wisconsin[18].
C'est à La Crosse, dans le Wisconsin, qu'a lieu la création le par Brynild Anundsen, du premier magazine littéraire entièrement en norvégien, le Ved Arnen: Et Tidsskrift for Skjønliteratur, qui a 60 abonnés à ses débuts. Né à Skien en Norvège, Brynild Anundsen est arrivé à l'âge de vingt ans, en 1864, dans le Wisconsin après avoir été apprenti dans l'imprimerie dans son pays[19]. Il fonde aussi The Fatherland à La Crosse. Il épouse Mathilda Hoffstrøm en 1865 et part fonder le Decorah Posten dans l'Iowa en 1874[19].
Les brasseries
La ville de Milwaukee voit se développer de nombreuses brasseries et devient la capitale américaine de la bière. Parmi elles la Pabst Brewing Company. Pabst, le richissime patron de la brasserie au XIXe siècle sera mis en scène sous un autre nom dans Un cow-boy sous pression, la cent vingt-cinquième histoire de la série Lucky Luke, publiée en album le .
L'arrivée du négociant Cargill à La Crosse en 1875
La société de négoce de céréales fondée par Will Cargill en 1865 à Conover, dans l'Iowa, déménage en 1875 à La Crosse, dans le Wisconsin, pour profiter de la croissance du chemin de fer[20], car cette ville de 11 000 habitants est située à la fois sur les liaisons fluviales et ferroviaires, et bien reliée aux deux grands ports du Lac Michigan, Milwaukee et Chicago[21]. Son arrivée est saluée par les journaux locaux. La ville, à l'origine spécialisée dans les produits forestiers devient à cette occasion un grand centre du commerce des céréales, en améliorant ses infrastructures portuaires. Elle se voit alors comme étant bientôt la plus grande de la rive est du Mississippi. En fait, dès 1881, Minneapolis située sur le même axe mais plus au Nord, dépassera Saint-Louis pour le tonnage de farine produite[22]. Cargill investit aussi dans les barges et les silos géants. Grâce à ces infrastructures, qui desservent le Minnesota, le Wisconsin et le pourtour des Grands Lacs, la production de blé à l'ouest du Mississippi assure alors 65 % de l'offre américaine dès 1899 et 90 % dès 1909. Le complexe agro-alimentaire disposé le long des grands ports du lac Michigan (Chicago, Milwaukee) a bénéficié aussi d'une concentration de la production de maïs au sein d'un « pack » de sept nouveaux États américains (Iowa, Kansas, Minnesota, Missouri, Nebraska, Dakota du Nord et du Sud) qui en 1899 produisaient 40 % du maïs américain[23].
« L'État des produits laitiers » à partir de 1890
Dans les années 1890, les fermiers Wisconsin diversifient leur production, passant des céréales aux produits laitiers. L'histoire des débuts de l'industrie laitière dans l'État de Wisconsin bénéficie de la fondation d'une usine de fromages en 1859 par Hiram Smith, puis en 1864 d'une autre par Chester Hazen, qui utilise le lait de 300 vaches à Ladoga, ce qui est jugé à l'époque comme une « folie »[24]. Mais elle est surtout accélérée grâce à l'arrivée d'immigrants qui amènent leurs traditions et savoir faire dans la fabrication de fromage, une évolution favorisée par les recherches de Stephen Babcock, de l'Université du Wisconsin, ce qui contribue à donner au Wisconsin la réputation d'être « L'État des produits laitiers »[24]. En 1890, Stephen Babcock (en), de l'Université du Wisconsin, donne un nouveau coup d'accélérateur en mettant au point un test permettant de mesurer la production laitière en qualité[24].
Les fermiers produisent plus de fromage et produits laitiers au Wisconsin que dans tout autre État de l’Union. Il pès à lui seul 35 % de la production américaine de fromages. Il en existe plus de 600 variétés différentes[24]. Les fromages du Wisconsin ne se comparent à aucun fromage français ou européen. Les plus importantes productions sont d’inventions américaines et des imitations de fromages telles que le brie, le camembert, le gruyère, la mozzarella, et le munster. En 1922, on compte plus de 2 800 fromageries dans le Wisconsin et en 1945 il en subsiste toujours 1 500, qui produisent environ 515 million de livres de fromages par an[24].