Histoire du journalisme d'investigation
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L'histoire du journalisme d'investigation a démarré dès le XIXe siècle aux États-Unis puis été lancé en France que par Jacques Derogy, journaliste à L'Express dans les années 1960, qui s'est fait connaitre par l'affaire Ben Barka[1].
États-Unis

Les pays anglo-saxons ont pris une longueur d'avance sur les autres via les journaux populaires d'information d'Edward Willis Scripps, fondateur de l'Empire de presse Scripps-Howard, et du journaliste américain Joseph Pulitzer. Ce dernier fut « le précurseur de la presse à sensation et d'investigation »[2], dès le XIXe siècle, inspirant d'autres, qui comme lui ou William Randolph Hearst, ont construit des empires de presse sur ce concept[2]. Joseph Pulitzer a en particulier opté très tôt pour « une presse d'investigation engagée »[2], notamment lors de la reprise en 1883 du quotidien New York World de Jay Gould, alors en faillite. Il dénonce « la corruption et place de plus en plus haut la barre de la responsabilité sociale et du journalisme d’investigation »[2]. Joseph Pulitzer avait pour politique d'exiger de ses rédacteurs qu'ils « vérifient rigoureusement leurs informations »[2] et n'hésitent pas à mener l'enquête eux-mêmes quand elle est « négligée par la police »[2].
Militant pour la création d'un impôt sur le revenu américain[2] mais aussi des taxes sur les produits de luxe et le patrimoine des plus riches[2], il « s'insurge contre les monopoles, les abus du patronat et les brutalités de la police »[2], mais est aussi connu pour avoir élargi « les horizons du public américain en envoyant ses reporters partout dans le monde »[2] et avoir récolté les dons nécessaires pour que la statue de la Liberté puisse « briller sur New York »[2]. En 1884, c'est grâce au soutien de son quotidien, le New York World, que Grover Cleveland, le candidat démocrate, « remporte l'élection présidentielle américaine »[2].
Six ans après, en 1890, le World est le journal le plus lu de New York[2]. Son actionnaire principal Joseph Pulitzer quitte la direction mais « continue à inonder ses rédactions de messages et d'instructions »[2]. En 1895, il fait face à l'arrivée sur la scène new-yorkaise, William Randolph Hearst à la tête d'une immense fortune familiale et directeur d'un quotidien de San Francisco qu'il a réussi à renflouer[2], le San Francisco Examiner, lui aussi porté sur l'investigation.

La concurrence acharnée entre le New York World de Joseph Pulitzer et le New York Journal d'Hearst à la fin du XIXe siècle, ouvre l'ère du journalisme jaune (« yellow journalism »), dont le principal représentant, Hearst, privilégie le sensationnalisme et n'hésite pas à propager des fake news[3]. Les journaux de la Scripps Company de Charles E. Scripps participent également à cette course à l'information puis à la création de la « United Press (association) », agence de presse qui concurrence la New York Associated Press puis s'allie secrètement avec elle, avant de devoir finalement s'effacer devant une nouvelle Associated Press, unifiée en 1892 et procéder à une liquidation en 1897[4],[5].
France
En France, la jurisprudence de la loi de 1881 a d'abord permis de protéger le journalisme d'enquête via un cadre juridique qui s'est progressivement stabilisé par une jurisprudence détaillée, et ce ne sera que plus tard xxie siècle, qu'il se transformera en moyen d'intimidation, selon un documentaire de Reporters sans frontières diffusé en 2021, "Le Système B".[réf. nécessaire]
XXe siècle
États-Unis

Le début des années 1970 voit le quotidien américain[Lequel ?] dévoiler deux affaires considérées[Par qui ?] comme les plus emblématiques du journalisme d'investigation et qui seront illustrées par les films d'Hollywood[réf. nécessaire].
En 1971, sa rédaction publie des extraits des Pentagon Papers, qui dévoilent les mensonges dont le gouvernement américain s’est rendu responsable durant la guerre du Viêt Nam.
En 1972, deux journalistes du Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, révèlent le scandale du Watergate. Ce scandale conduit le président Richard Nixon à la démission et entraîne la condamnation de plusieurs de ses collaborateurs. L’article qui a déclenché ce scandale vaudra l’attribution du prix Pulitzer au journal et la célébrité à ses auteurs.
Allemagne

En Allemagne, le magazine d'investigation Der Spiegel est créé par Rudolf Augstein en 1946-1947 dans la zone d'occupation britannique en Allemagne à la suite d'un désaccord avec les Britanniques. Au début, sa maquette et sa ligne éditoriale sont conçues sur le modèle des titres américains Time et Newsweek mais dans son contenu il se distingue rapidement par la publication d’enquêtes très fouillées, parfois explosives et il a eu une influence importante sur les magazines français Le Point et L'Express. Augstein cumule alors les fonctions d’éditeur du magazine et de rédacteur en chef qu'il conservera jusqu'à son décès le ).
Dès le début des années 1950, à la suite d'une accusation portée par Der Spiegel, le Bundestag (parlement allemand) se voit contraint de lancer une enquête sur la corruption de ses membres lors du choix de Bonn (préféré à Francfort) comme siège du gouvernement fédéral. Le magazine s'auto-qualifie de Sturmgeschütz der Demokratie (« artillerie de la démocratie ») et on le présente aussi comme une « sentinelle de la démocratie » et comme un bastion de la liberté de la presse, tranchant sur le « Verlautbarungsjournalismus » (« journalisme de communiqués ») qui se contente de reprendre et de commenter les dépêches des agences de presse.
En 1974, Rudolf Augstein restructure le journal et propose aux employés d’en devenir actionnaires. En 1977, le journal publie en couverture une photo d'une jeune fille nue âgée de onze ans — Eva Ionesco, fille de la photographe française Irina Ionesco — pour illustrer un dossier sur le « commerce des lolitas »[6].
Le Spiegel a connu une croissance de ses ventes très rapide : en 1947, il tire à 15 000 exemplaires. Ce tirage monte à 65 000 en 1948, puis à 437 000 en 1961. Dans les années 1970, il atteint un plateau de 900 000 exemplaires puis la barrière du million de lecteurs est franchie en 1990. Dès la fin siècle, c'est le plus lu (devant Stern) et le plus influent des hebdomadaires d'information en Allemagne.
France
En France, très peu de supports écrits sont spécialisés dans l'investigation pendant longtemps, essentiellement le Canard Enchaîné et Médiapart et c'est « via les hebdomadaire que l'investigation semble s'être historiquement fait une place dans le champ journalistgique français » avec un développement de l'enquête dans la seconde partie du XXe siècle, à travers en particulier celles, dans L'Express de la figure de Jacques Derogy et ils restent « les supports privilégiés de l'enquête dans l'imaginaire collectif »[réf. nécessaire].
Affaire Dreyfus
Le journalisme d'investigation français, dans un premier temps, s'est articulé autour d'un discours construit « en opposition aux pratiques traditionnelles de la presse française ». Ce fut tout particulièrement le cas lors de 'affaire Dreyfus, au tout début du XXe siècle, qui a permis à Bernard Lazare, journaliste de L'Aurore, le quotidien du romancier Émile Zola, de « déployer pour l’une des premières fois en France une forme de journalisme d’investigation »[7], qui a eu pour fonction de « dénoncer les mensonges officiels, en donnant à connaître au public des faits et des documents, cachés, jusque-là, à sa connaissance »[7], selon le sociologue des médias Jean-Marie Charon. Le journaliste nord-américain Mark Hunter, auteur d'une thèse sur le sujet, a estimé que la méthode mise au point par Bernard Lazare a constitué une préfiguration de la démarche type de « l’investigation journalistique » constatée tout au long du siècle[7].
Entre deux-guerres
Les journalistes d’investigation contemporains insistent sur une filiation avec Albert Londres[7], le plus célèbre reporter français de l'entre-deux-guerre[7]s, en particulier connu pour ses enquêtes sur le bagne de Cayenne[7], à l'origine de sa fermeture. Edwy Plenel a dirigé la rédaction du Monde de 1996 à 2004 en rappelant sa formule « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie »[7].
Après-guerre
Le succès des premiers livres d'investigation de figures du journalisle d’investigation, comme Pierre Péan et Jean Montaldo, les amène ensuite à prendre le virage professionnel de l'édition, en quittant leur rédaction. C'est aussi le cas de Jean Montaldo, considéré par beaucoup comme l'un des vétérans de la presse d'investigation française, il a pour mentor le philosophe et journaliste Jean-François Revel[8] ». Dans les années 1970, il effectue des révélations sur le financement par l'URSS de l'agence de presse fédérant en majorité des journaux proches ou appartenant au PCF, l'Union française de l'information.
Cependant, selon Bertrand Gobin, qui a lui aussi écrit des livres après avoir effectué des révélations sur la politique sociale et financière de groupe de distribution Auchan, puis fondé sa maison d'édition, l'enquêteur est en général « mieux protégé en tant que journaliste qu'en tant qu'éditeur lambda », ce qui l'a amené à afficher le positionnement journalistique de cette dernière, pour des raisons purement juridiques. Par la suite, dans les hebdomadaires, il y a eu au XXIe siècle un « reflux du travail d'investigation » mais aussi dans les quotidiens plus de journalistes qui cumulent l'écriture de livres pour leur propre compte et la poursuite d'une activité salariés[7], dans une génération plus souvent issue d'écoles de journalisme[7].

Auteur de livres lui aussi mais en restant salarié, Edwy Plenel est parfois considéré comme un des « pères » du journalisme d'investigation à la française, avec Pierre Péan et Jacques Derogy, de L'Express des années 1960. Il officie à partir des années 1980 dans le quotidien Le Monde [1], dont il deviendra directeur de la rédaction en 1996. C'est lui qui a révélé en 1982 l'« affaire des Irlandais de Vincennes »[1], une affaire d’État où « des gendarmes avaient fabriqué des preuves contre des militants irlandais[1] », mais ses confrères ont fait remarquer que d'autres, Pierre Péan pour L'Evénement du jeudi[1], et Georges Marion pour Le Canard enchaîné[1] avaient retrouvé à l'époque les mêmes éléments nouveaux[1], le second journal freinant son enquêteur parce qu'il répugnait à sortir une affaire embarrassant le PS au pouvoir[1] alors que Le Monde souhaitait au contraire s'en démarquer après une série d'articles sur le silences des intellectuels qui avaient reçu un accueil mitigé.
Dans la France des années 1990, certaines affaires ne sont alors pas connues d'une partie public malgré leurs révélations, y compris lorsque le livre du journaliste frôle le million d'exemplaires vendus comme ce fut le cas pour Mitterrand et les 40 voleurs du journaliste d'enquête Jean Montaldo, formé à L'Express des années 1970.
Selon, le rédacteur en chef du Canard enchaîné, Claude Angeli, « sans reprise par les confrères, sans réaction de l'opinion publique, une info n'existe pas »[1] et beaucoup de journalistes préfèrent dans un premier temps attendre de « pouvoir s'abriter derrière une source officielle - politique, justice, AFP - pour oser parler d'une affaire », soulignera plus tard Fabrice Arfi, de Médiapart[1].
La presse écrite détenait encore le monopole de l'investigation en 2003, selon le sociologue des médias Jean-Marie Charon[7] pour qui l'investigation a fait office de « revanche de la presse écrite d’actualité nationale, face à l’audiovisuel »[7] quand ce dernier a étendu son emprise dans l'information à la fin du XXe siècle. Selon, lui les cellules d’investigation sont toutes en presse écrite[7], qui y voit une revanche face au succès de l’audiovisuel[7] et un argument de vente indiscutable[7], le journal Le Mondeconstatant en que sa diffusion a bondi de 24 % le jour de la démission de Dominique Strauss-Kahn[7] puis en que la transcription de la « cassette Méry » lui a valu une progression près d'un tiers[7].

