Hubert Porter
From Wikipedia, the free encyclopedia
Hubert Porter est un chanteur jamaïcain de mento, actif principalement dans les années 1950 et au début des années 1960. Considéré par les spécialistes comme « peut-être le meilleur interprète de mento urbain »[1]. Il se distingue par un style vocal raffiné, jazz et professionnel. Il a enregistré sous plusieurs noms de formation, tels que Hubert Porter and the Jamaica Calypso Funmakers, The Silver Seas Calypso Band (également connu sous le nom de The Island Champions) et The Tower Islanders. Son interprétation la plus célèbre, Big Bamboo, est un exemple caractéristique du sous-entendu érotique présent dans les chansons de mento[2].
| Naissance | Jamaïque |
|---|---|
| Nationalité | Jamaïcaine |
| Activité principale | Chanteur |
| Genre musical | Mento, calypso |
| Instruments | Voix, maracas |
| Membre de |
The Tower Islanders The Silver Seas Calypso Band The Island Champions |
| Années actives | 1953 – années 1960 |
| Labels |
MRS (Motta's Recording Studio) Times Records Kalypso Ritmo Fiesta |
Contexte musical
Le mento est la première musique populaire enregistrée de la Jamaïque. Ce genre profondément ancré dans la culture de l'île est né de la fusion de rythmes africains, d'influences européennes (quadrille, mazurka, musique militaire britannique) et caribéennes. Il connaît son âge d'or dans les années 1950[3]. Il entretient une relation complexe et ambigüe avec le calypso trinidadien. Si les deux formes partagent des racines africaines communes, un goût pour les paroles à portée sociale, l'humour et les sous-entendus, elles diffèrent toutefois sur le plan rythmique[4]. Durant cette période, le terme « calypso » est fréquemment appliqué au mento jamaïcain à des fins commerciales et touristiques et comme le remarque Lord Flea, « en Jamaïque, nous appelons notre musique le mento. Si les touristes veulent du calypso, c'est ce qu'on leur vend[4]. »
Hubert Porter est le représentant du courant du « mento urbain », qui se distingue du genre rural par une orchestration sophistiquée (piano, clarinette, influences jazz) et un style vocal plus raffiné[1]. Ce courant regroupe également Lord Flea, Lord Fly, Baba Motta, Mapletoft Poulle et The Dan Williams Orchestra[5]. Dans les dancehalls du centre de Kingston au début des années 1950, chaque soirée comporte un segment appelé « mento suite » au cours duquel quelques tubes de mento ou de calypso sont diffusés. On y entend notamment les enregistrements de Count Lasher, de Laurel Aitken et de Lord Tanamo, artistes qui commencent alors à produire des disques dans les studios de RJR (Radio Jamaica and Rediffusion) et de Stanley Motta[6].
Débuts discographiques (1953–1954)
Chez Stanley Motta (MRS)
Le premier studio d'enregistrement jamaïcain ouvre en 1951 dans l'arrière-boutique du marchand de meubles Stanley Motta, au label MRS (Motta's Recording Studio). C'est là que Porter grave ses premières faces, accompagné du George Moxey And His Calypso Quintet. Moxey était l'un des musiciens de jazz jamaïcains les plus actifs de la période[4]. Les paroles de ces premiers enregistrements sont signées par E. F. (Everard) Williams, compositeur attitré de plusieurs artistes de mento urbain[7].
Les faces MRS documentées de Porter sont :
- « Women's Bigger Brain » / « Advice to Women » (George Moxey And His Calypso Quintet)
- « Dry Weather House » / « Monkey Talk » (George Moxey And His Calypso Quintet[note 1])
- « Not Me » (Man Smart, Woman Smarter) (1953)[7]
Sur ces faces MRS, le clarinettiste est probablement Bertie King, musicien de jazz jamaïcain de premier plan, dont la présence est attestée dans plusieurs sessions Motta de la période[4].
Chez Ken Khouri (Times Records / Kalypso)
Un second producteur pionnier, Ken Khouri, ouvre fin 1954 son studio Records Limited au 129, King Street à Kingston, une petite cabane en bois au toit de zinc, équipée d'un magnétophone Magnecord mono une piste et d'un seul microphone rapporté de Californie[8]. C'est dans ce studio que Khouri enregistre au moins sept 78 tours d'Hubert Porter avec les Jamaican Calypsonians, tous distribués sur le label Times Records via la Times Store d'Alec Dune, sur King Street[9][8]. Le premier disque est « Millie » / « Names of Funny Places »[8].
Les faces Times Records documentées incluent :
- « Rum and Coconut Water » / « Not Me »
- « Miss Goosie (Medley) » / « Ugly Woman »[note 2]
- « Miss Daisy and Brown Skin Girl » / « Old Lady »
- « Don't Fence Her In » / « Mary Ann »
- « Millie » / « Names of Funny Places »[8]
- « Iron Bar / Mas Charley Bell »[10]
- « Old Lady You Mash Me Toe »[7]
Sur la face « Old Lady You Mash Me Toe », Porter est accompagné par Baba Motta (piano), probablement Billy Cooke (basse) et Joe Dawkins (batterie)[4].
Enregistrement à Memphis
La chanson « Bargie », une adaptation par Porter du B. G. Bargee de Bill Rogers, est pressée sous forme de 78 tours à Memphis, Tennessee, vers 1953–1954, ce qui témoigne d'une activité discographique américaine précoce[4].
Répertoire et thèmes
Le répertoire de Porter illustre les deux grands thèmes du mento, la chronique sociale de la vie jamaïcaine et l'humour érotique. Sa chanson la plus célèbre, Big Bamboo, est un exemple paradigmatique de ce second registre. Elle est régulièrement citée dans les études académiques comme archétype du genre grivois[2]. La chanson Iron Bar/Mas Charley Bell est un pot-pourri dans lequel Porter compare les attributs féminins à une porte close et son membre viril à une barre de fer. La même mélodie sera reprise et édulcorée par Irving Burgie pour donner le célèbre Jamaica Farewell d'Harry Belafonte[4]. « Rum and Coconut Water » s'inscrit dans une tradition caribéenne plus large de chansons dont le thème est le rhum et la noix de coco, comme chez le Trinidadien Wilmoth Houdini (Gin and Coconut Water, 1943)[11]. Parmi les autres titres notables figurent Miss Goosie, populaire au point d'être enregistrée plusieurs fois et reprise par des artistes reggae[7], ainsi que Bargie, enregistrée dès 1930 par le chanteur trinidadien Sam Manning[4].
La chanson Big Bamboo, bien que devenue emblématique du mento jamaïcain dans l'interprétation de Porter, est à l'origine un classique du calypso trinidadien, enregistré notamment par The Duke of Iron dès 1952[11]. Sa reprise par Porter illustre la circulation musicale intense entre Trinidad et la Jamaïque, les artistes des deux îles échangeant régulièrement leur répertoire[11].
The Tower Islanders
Le groupe de l'hôtel Tower Isle
Hubert Porter est l'un des chanteurs principaux des Tower Islanders, formation résidente de l'hôtel Tower Isle à Ocho Rios, comme l'indique explicitement la pochette de leur album : « calypso… as played at Tower Isle, Jamaica, B.W.I. »[12]. Ouvert en janvier 1949, le Tower Isle est un hôtel de luxe qui accueille Walt Disney, Eva Gabor et la princesse Margaret d'Angleterre ; les acteurs Noel Coward et Errol Flynn contribuent à faire connaître la côte nord jamaïcaine comme destination touristique[4]. La formation emploie « la crème des artistes et musiciens de mento de l'île »[4].
L'album des Tower Islanders comprend huit titres dont Porter assure le chant principal sur au moins six ; Lord Davey intervenant sur « Funny Names of Places in Jamaica » et « Rum and Coconut Water »[7]. Les titres sont : « Not Me », « Rum and Coconut Water », « Ten Penny Nail », « Funny Names of Places in Jamaica », « Millie », « Brown Skin Girl », « Hol 'Im Joe » et « Bargie »[12].
Deux volumes LP sont publiés sur le label new-yorkais Fiesta Record Company (FLP-1206 et FLP-1212), ainsi qu'une édition française chez Barclay Disques (réf. 82049), dont les notes de pochette en français signalent parmi les titres les plus représentatifs Rum and Coconut Water, Millie et Sweetie Charlie en face A, ainsi que Ten Penny Nail, Bargie et Hold Him Joe en face B[13]. Un EP quatre titres est par ailleurs publié dès 1954 sur le label Fiesta.
Tournées américaines (1955)
En mai 1955, le groupe effectue une première tournée américaine accompagné de Stuart Sharp, directeur des relations publiques du Silver Seas Hotel. Il se produit notamment au Woodstock School de Woodstock (New York), où la presse locale note qu'« Hubert Porter is the singer for the group » et que Monti Reynolds en est le chef[14]. Le répertoire inclut Rum and Coconut Water, Come to the Lindin Market et la chanson-thème de l'hôtel, Beyond the Reef. Sharp prend soin d'expliquer au public américain la distinction entre le mento (qu'il nomme « Mente music ») et le calypso trinidadien, décrivant le mento comme une forme de news singing héritée de la tradition anglaise puis adaptée en Jamaïque[14].
En décembre 1955, une seconde tournée est annoncée par le Kingston Gleaner[15]. En 1955, le groupe est également invité au Steve Allen Show, au 'Home Show et au Herb Shriner Show, ainsi qu'à un déjeuner en présence de la princesse Margaret lors de sa visite en Jamaïque, et à une soirée au Starlight Roof du Waldorf Astoria Hotel de New York[16].
Évolution vers le ska
À l'ère ska, vers 1963–1964, les Tower Islanders se renouvèlent profondément. La formation est alors dirigée par le bassiste Fred Parkins, qui en assure également les arrangements, épaulé par Cliff Beckford (piano), Frank O'Sullivan (saxophone, clarinette), Anton Henry (batterie), Charles Sang (guitare) et Louis Spark (maracas)[17]. Les enregistrements sont réalisés au Federal Recording Studio, 123 Orange Street, Kingston. Hubert Porter ne figure plus dans cette formation, ce qui suggère son départ du groupe avant la transition vers le ska.
The Silver Seas Calypso Band / The Island Champions
Vers 1960, l'hôtel Silver Seas d'Ocho Rios qui avait déjà produit des enregistrements avec son orchestre maison, lance un super-groupe sous le nom des Island Champions, également connu comme le Silver Seas Calypso Band[18]. Hubert Porter, désigné dans les notes de pochette comme « le chanteur principal » du groupe[19], y assure le chant et joue des maracas. La formation comprend également Eddie Brown (guitare, chant), (Lord) Jellicoe Barker (guitare, chant), Monty Reynolds (rumba box) et Levi Burke (bongo, chant)[18].
L'album Silver Seas Calypsos, enregistré en 1957 et publié sur le label new-yorkais Ritmo[20], présente un répertoire de douze titres. Le chant principal est partagé entre les membres. Porter assure le lead sur quatre titres[7]. « Daphne's Be-Bop Walking » illustre l'un des traitements les plus imaginatifs du thème récurrent des charmes féminins dans le mento . Le chanteur y exprime sa fascination pour la démarche provocante de Daphne, dont le souvenir le « rend fou » la nuit[20].
Les notes de pochette sont rédigées par Edward Seaga qui produit également l'album[20], et décrit les apparitions télévisées américaines du groupe. Il précise explicitement que cet album présenté commercialement comme « calypso » est en réalité du mento, « un terme qui, curieusement, n'est pas du tout connu en Jamaïque [16]».
Hubert Porter And The Jamaica Calypso Funmakers
Sous ce nom de formation, Porter grave au moins un 45 tours sur le label new-yorkais Ritmo, probablement dans les années 1960, comprenant « Mary's Lamb » / « Old Lady You Mashing Me Toe »[7]. Ce single est tiré d'un LP sur le même label. « Mary's Lamb » figure également sur l'EP Calypsos From Jamaica publié sur les labels Ritmo et Kalypso[7].
Discographie sélective
78 tours et singles
| Titre (face A) | Titre (face B) | Label / Réf. | Formation | Compositeur / Notes |
|---|---|---|---|---|
| « Women's Bigger Brain » | « Advice to Women » | MRS | George Moxey And His Calypso Quintet | E. F. Williams |
| « Dry Weather House » | « Monkey Talk » | MRS DSM.30 (1954) | George Moxey And His Calypso Quintet | E. F. Williams |
| « Not Me » (Man Smart, Woman Smarter) | — | MRS | Hubert Porter | Norman Span (King Radio) |
| « Iron Bar » / « Mas Charley Bell » | — | MRS | Hubert Porter | Trad. ; mélodie reprise pour Jamaica Farewell (Belafonte) |
| « Bargie » | — | Pressage Memphis, ~1953–1954 | Hubert Porter | Adapt. de B. G. Bargee (Bill Rogers) |
| « Millie » | « Names of Funny Places » | Times Records (K. Khouri) | The Jamaican Calypsonians | — ; premier disque Porter sur Times |
| « Rum and Coconut Water » | « Not Me » | Times Records | The Jamaican Calypsonians | — |
| « Miss Goosie (Medley) » | « Ugly Woman » | Times Records | The Jamaican Calypsonians | — |
| « Miss Daisy and Brown Skin Girl » | « Old Lady » | Times Records | The Jamaican Calypsonians | — |
| « Don't Fence Her In » | « Mary Ann » | Times Records | The Jamaican Calypsonians | — |
| « Old Lady You Mash Me Toe » | — | Times Records | Hubert Porter | — |
| « Mary's Lamb » | « Old Lady You Mashing Me Toe » | Ritmo 32A (~1960s) | Hubert Porter And The Jamaica Calypso Funmakers | — |
Albums
- Calypso as Played at Tower Isle, Jamaica, BWI, Vol. I — The Tower Islanders (Fiesta FLP-1206)
- Calypso as Played at Tower Isle, Jamaica, BWI, Vol. II — The Tower Islanders (Fiesta FLP-1212)
- Calypso par les Tower Islanders — The Tower Islanders (Barclay 82049, France)
- Calypso — The Tower Islanders (Ritmo, éd. américaine)
- Silver Seas Calypsos — The Silver Seas Calypso Band / The Island Champions (Ritmo)
- Calypsos From Jamaica (LP et doubles 10") — Hubert Porter with The Jamaican Calypsonians
Compilations (sélection)
- Jamaica - Mento 1951–1958 (Frémeaux & Associés FA5275, 2005) — « Not Me », « Iron Bar/Mas Charley Bell », « Old Lady You Mash Me Toe », « Bargie »
- 90° Degrees of Shade (Soul Jazz Records, 2003) — « Mary's Lamb »
- Mento Madness — « Dry Weather House », « Monkey Talk »