Infiltrations de Palestiniens
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Les infiltrations de Palestiniens sont, de 1949 à 1956, des entrées clandestines de réfugiés palestiniens en Israël pour des raisons économiques, sociales ou militaires. Ces Palestiniens, ayant fui ou ayant été expulsés de Palestine, qui tentent de franchir la frontière israélienne sont réprimés par la police frontalière israélienne. Entre 2700 et 5000 Palestiniens sont tués par Israël, la plupart sans armes et sans intentions belliqueuses[1]. Elle permet le retour clandestin de dizaines de milliers de réfugiés[2]. La guérilla des fedayins palestiniens a lieu au même moment.
La politique israélienne pour empêcher le retour des réfugiés palestiniens est conçue par David Ben Gourion et Yossef Weiz et adoptée en conseil des ministres en [3]. Il autorise notamment le tir à vue et le piégeage des lignes de cessez-le-feu. Des contrôles d'identité surprise sont conduits sur les routes, couvre-feu et ratissage de villages entiers[2].
En décembre de la même année, l'assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 194, selon laquelle « les réfugiés qui souhaitent rentrer dans leur foyer et vivre en paix avec leurs voisins doivent y être autorisés au plus tôt, et des réparations doivent être versées pour les propriétés de ceux qui choisissent de ne pas rentrer et pour la perte ou les dégâts aux biens d'après les principes du droit international[3][4]. » Malgré les pressions de la communauté internationale, dont le président Harry Truman, pour le retour des réfugiés, Israël en refuse le principe[4] et a toujours maintenu cette position, adoptant une législation empêchant ce retour et toute revendication palestinienne sur les terres et les biens dont ils avaient été spoliés[3],[4] comme la loi sur la propriété des absents.
En 1950, le ministère des Affaires étrangères israélien publie un livret argumentant contre le retour des réfugiés palestiniens. Il déclare que tout retour créerait un problème de minorité nationale, qui a été pratiquement éliminé par la guerre[5].
Israël adopta plusieurs lois déclarant illégales les entrées clandestines de Palestiniens sur son territoire[6], dont la loi sur la prévention des infiltrations d' rétroactive au avec des peines de prison allant de 5 ans à la perpétuité. Elle instaure des tribunaux spéciaux qui ont le droit de « s'écarter des règles habituelles » en matière de preuves[7],[8].
Le commandant de la 6e brigade, Yitzhak Pundak (en), a témoigné :« un jour, je fus convoqué sur le front central. Dans le bureau du major général Zvi Ayalon, et en présence de l'officier de renseignement Binyamin Gibli (en), on m'a ordonné de faire liquider chaque infiltré que nos troupes rencontreraient et, par mesure de dissuasion, de laisser les corps sur place , en guise d'avertissement. [...] Quand je demandais pourquoi il n'y avait pas d'ordre écrit, le général et l'officier de renseignement soulignèrent qu'ils parlaient au nom du chef d'état-major. Petit à petit les chemins se sont remplis de corps pourrissant. [...] La puanteur atteignait nos avant-postes, et les soldats commencèrent à souffrir de maux de tête, vertiges, nausées et difficultés respiratoires[9],[10] » (cf Tirer et pleurer).
Les infiltrations ont aussi servi de prétexte à l'expulsion de plusieurs milliers de Bédouins du Néguev en , que Tel-Aviv qualifia d'infiltrés pour se justifier face aux critiques internationales[11] (17 000 selon l’Encyclopédie de la Question palestinienne, en plus de 20 000 Palestiniens[2]).
1949-1956 : infiltrations de réfugiés
Les tentatives de retour de réfugiés palestiniens sont estimées à 15 000 par an en 1950-1951 ; ce chiffre tombe à 5000 tentatives annuelles vers 1955[12]. Cette chute s’explique par la politique de tir à vue adoptée par Israël, et par les difficultés du voyage : de nombreux Palestiniens meurent de faim, de soif ou de chaud en voulant rejoindre leur village, particulièrement quand ils doivent traverser le désert du Néguev[12].
Les franchissements de la frontière israélienne par les réfugiés palestiniens sont considérés comme illégaux par Israël depuis sa création. La plupart essayaient de retourner dans leur village, récupérer leurs biens abandonnés lors de leur fuite ou de l'expulsion pendant le nettoyage ethnique de la Palestine et de moissoner leurs champs, de récolter les fruits de leurs vergers (boustans)[13],[14] ou d‘apporter de l‘aide à une personne âgée restée en arrière pour différentes raisons[15].
Certains souhaitaient se réinstaller. Entre 30 000 et 90 000 réfugiés palestiniens auraient pu revenir en Israël de cette manière[2],[16]. Meron Benvenisti déclare que, les infiltrés étant pour la plupart d'anciens habitants rentrant chez eux pour des raisons personnelles, économiques ou sentimentales, fait qui a été volontairement ignoré en Israël, par crainte que cela conduise à une compréhension de leurs motivations et à la justification de leurs actes[13].
Le retour de réfugiés palestiniens s'installant dans leur maison ou, si celle-ci était détruite ou occupée par des immigrants juifs, est considéré comme un problème majeur par le gouvernement israélien. Les élites sionistes craignaient qu'un retour des réfugiés annule l'effet de la Nakba, c'est-à-dire une majorité juive en Israël et des quantités de terres arabes devenues disponibles pour la colonisation juive[13]. Environ 20 000 Palestiniens et 17 000 Bédouins furent expulsés à la faveur des mesures prises en 1949 par Ben Gourion. Rien qu'en 1949, environ un millier furent tués par l'armée [2].
De 1951 à 1956, des fedayins infiltrés commettent plusieurs attaques contre des civils israéliens[17], faisant 969 morts de 1950 à 1955[18]. Le gouvernement israélien opte pour une politique de représailles, la seule selon lui susceptible d'impliquer les armées arabes dans une lutte contre la guérilla palestinienne. Il crée l'unité 101 en ; ce commando se spécialise dans les raids au-delà des frontières. Les cibles civiles sont également visées dans un premier temps. Mais une vague de protestations après le massacre de Qibya en , où l'unité 101 tue des dizaines de civils, le gouvernement israélien exclut les cibles civiles.
De 1954 à 1956, les raids se multiplient, menant à une spirale de représailles réciproques. Malgré les massacres à Gaza et en Cisjordanie, Israël ne parvient pas à se dépêtrer d'un état de guerre aux frontières. Ce dilemme stratégique est une des raisons de l'expédition de Suez. Après 1956, des Casques bleus sont présents à Gaza et la Jordanie renforce la surveillance de sa frontière.