Guérilla des fedayins palestiniens

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Date 1949-1956
Casus belli disparition de la Palestine arabe
Issue pas d'issue décisive
débouche sur la crise du canal de Suez
Guérilla des fedayins palestiniens
Informations générales
Date 1949-1956
Lieu Israël, bande de Gaza, Cisjordanie, Sinaï, Syrie
Casus belli disparition de la Palestine arabe
Issue pas d'issue décisive
débouche sur la crise du canal de Suez
Belligérants
fedayins palestiniens armée israélienne Égypte Syrie
Pertes
3000–5000 fedayins et civils tués (1948–1956)[1] 400–967 soldats et civils tués
(1951–1955)
au moins 39

conflit israélo-palestinien

La guérilla menée par les fedayins palestiniens est un conflit transfrontalier opposant Israël aux fedayins palestiniens basés dans le protectorat de Toute la Palestine (es), actuelle bande de Gaza et les pays voisins d'Israël. Elle dure de 1949 à 1956. C'est la principale manifestation de résistance des Palestiniens à cette époque[2]. Des centaines de fedayins et d'Israéliens sont tués dans ce conflit qui décline après la crise de Suez. Des milliers d'infiltrés palestiniens, civils réfugiés dans les pays voisins tentant de rentrer chez eux, sont tués pendant la même période.

Les attaques de fedayins sont le résultat de la guerre israélo-arabe de 1948 qui provoque la Nakba[3]. Dans les années qui suivent la fin de la guerre, les fedayins commencent à monter des opérations en Israël à partir de la Syrie, de l'Égypte et de la Jordanie. Alors que les infiltrés civils tentent d'accéder à leurs champs perdus lors de la guerre, des infiltrations ont pour but l'attaque de civils israéliens (en). L'armée israélienne mène des opérations de représailles visant les fedayins mais tuent aussi de nombreux civils désarmés.

Début 1949, la société palestinienne est totalement effondrée. Elle vient de subir un nettoyage ethnique[4], des dizaines de villes et quartiers et de 400 à 500 villages ont été expulsés et rasés ; des dizaines de massacres de Palestiniens ont eu lieu ; de 700 à 800 000 réfugiés sont contraints à l'exil.

La guerre israélo-arabe de 1948 s'est achevée sur le partage de la Palestine entre Israël et le royaume de Transjordanie. La guerre s'achève : l'armée de sauvegarde est dissoute par la Ligue arabe le , le Jihâd al-Muqadass le suivant[5]. Des accords d'armistice sont signés entre les belligérants étatiques.

Déroulement

Les nombreuses infiltrations palestiniennes sont considérées comme illégales par Israël. La plupart de ces infiltrés sont des réfugiés palestiniens qui tentent de rentrer chez eux, retrouver leurs biens abandonnés pendant leur fuite ou faire les récoltes dans leurs champs et leurs vergers[6]. Entre 30 000 et 90 000 réfugiés parviennent ainsi à revenir dans la Palestine historique. Selon Meron Benvenisti, ces infiltrés étaient pour la plupart des habitants revenant pour des raisons personnelles, économiques ou sentimentales[6], ce qui est confirmé par Yeshoshfat Harkabi (ancien chef de la direction du renseignement militaire israélien)[7]. Progressivement, il y a de plus en plus de vols avec violences et d'attaques terroristes contre les civils.

Premières attaques

Très rapidement, des personnes seules ou des petits groupes se mettent à harceler les postes militaires israéliens situés sur la frontière. Israël réplique par des opérations de représailles (150 en territoire jordanien pour la seule année 1951)[5]. Ces petits groupes s'organisent ensuite en organisations paramilitaires, à partir de 1952[5].

La première incursion de fedayins palestiniens lancée de Syrie date de 1951, bien que la plupart des attaques soient lancées de Jordanie ensuite[7].

Attaques contre des civils

En 1951, des fedayins infiltrés tuent une adolescente à Jérusalem. Le , des attaques à Hadera et Lod font un mort, le lendemain d'un accord avec la Jordanie pour prévenir les infiltrations. En , des infiltrés détruisent une maison à Mishmar Ayalon ; un couple est tué à Kfar Hess. En , une attaque d'un bus israélien, le massacre de Ma'aleh Aqrabbim, fait 9 morts, les corps des victimes étant profanés. En 1955, des fedayins tuent deux randonneurs dans les monts de Judée et une jeune femme à un mariage. En 1956, des infiltrés ouvrent le feu contre la synagogue Shafrir à Kfar Chadad, tuant trois enfants ; un homme est tué à Ascalon. En septembre et , plusieurs autres civils israéliens sont tués dont quatre archéologues[8].

Reactions israéliennes : lois et représailles

Israël adopta plusieurs lois déclarant illégales les entrées clandestines de Palestiniens sur son territoire[9], dont la loi sur la prévention des infiltrations d' rétroactive au avec des peines de prison allant de 5 ans à la perpétuité. Elle instaure des tribunaux spéciaux qui ont le droit de « s'écarter des règles habituelles » en matière de preuves[10],[11].

Comme vu ci-avant, Israël répliqua par une politique de représailles intense, qui déboucha sur plusieurs massacres d'ampleur. Le premier fut le massacre de Sharaft, le [12] (9 morts dont 5 enfants et neuf blessés dont 8 enfants[13]).

En 1953, David Ben Gourion charge Ariel Sharon de créer une unité de commandos pour répondre aux infiltrations de fedayins, l'Unité 101[14]. Après un mois d'entraînement, une patrouille de l'unité s'infiltre à Gaza en guise d'exercice, rencontre des Palestiniens au camp de réfugiés d'al-Bureij et y tue 30 à 50 Palestiniens et en blesse des dizaines[15],[16]. Elle commet également le massacre de Qibya le 14–[14], le raid de Nahalin en (9 morts dont une femme)[17]. Ses opérations sont menées en Égypte et en Jordanie pour « enseigner » aux dirigeants arabes que le gouvernement israélien les considérait comme responsables de ces infiltrations même s'ils ne les supervisait pas[7], Moshe Dayan estimant que c'était l'unique moyen de les pousser à agir pour interdire ces infiltrations, dans l'intérêt de leurs propres citoyens[7].

Selon les Nations unies, Israël a lancé au moins 17 de ces actions en Égypte et 31 contre des villes arabes ou des militaires arabes[18].

Soutien de l'Égypte

Selon les termes de l'armistice de janvier 1949, l'Égypte n'avait que des possibilités restreintes de déployer des forces armées dans la bande de Gaza. Pour respecter cette obligation, le gouvernement égyptien forma une police palestinienne paramilitaire, la police frontalière palestinienne , en . Elle fut placée sous le commandement d'‘Abd-al-Man’imi ‘Abd-al-Ra’uf, ancien général des forces aériennes et membre des Frères musulmans et du conseil révolutionnaire. En , 250 volontaires furent formés, puis d'autres en mai et en décembre. Certains de ces policiers étaient sous la direction du gouverneur ‘Abd-al-‘Azim al-Saharti et protégeaient les installations publiques[19].

À partir de la fin 1954, les fedayins commencèrent à monter des opérations de plus grande envergure à partir du territoire égyptien[7]. Le gouvernement égyptien supervisa également la création de groupes de fedayins officiels à Gaza et dans le nord-est du Sinaï[20]. C'est le général Mustafa Hafez, chef du renseignement égyptien, qui aurait créé ces unités afin de lancer des raids terroristes en Israël[21]. Il est assassiné par un colis piégé en 1956[5]. Ces opérations sont menées presque toujours contre des civils[22]. La Syrie, de son côté, charge ‘Abd al-Hamîd al-Sarrâj de créer une unité de fedayins : c'est l’Unité d’éclaireurs 68, créée après les opérations israéliennes menées en contre les positions syriennes surplombant le lac de Tibériade[12] et commandée par Ahmad Jihhu[23]. En Jordanie, un groupe de fedayins est organisé par Subhî Yâsîn en 1956 et baptisé Khâlid Ibn al-Walîd ; il reçoit des armes de Salâh Mustapha, attaché militaire à l'ambassade d'Égypte en Jordanie. Lui aussi est assassiné, en 1956, par un attentat au colis piégé[12].

Le gouvernement égyptien avait néanmoins une politique de restriction des raids de fedayins, et ne commence à soutenir activement les fedayins qu'après un raid israélien sur un avant-poste de l'armée égyptienne qui laissa 37 soldats égyptiens morts, en [24]. Néanmoins, il y a parfois eu un gap entre les politiques officielles et les actions concrètes sur le terrain, soit à cause d'incompétence, soit par volonté délibérée de fermer les yeux à propos des actions palestiniennes, que ce soit en Égypte ou en Jordanie. Israël recense 7850 infiltrations et incidents de frontière sur la frontière jordanienne (comprenant des tirs de militaires jordaniens vers Israël, des incursions de renseignement, ou une tentative de bloquer la route d'Eilat, sans qu'il soit possible de comptabiliser séparément les actions relevant d'initiatives locales et celles validées par le pouvoir central. À la frontière égyptienne, ce sont 3000 incidents et infiltrations qui sont recensées, en grande majorité depuis la bande de Gaza. Là aussi elles sont largement d'initiative palestinienne mais elles comptent un certain nombre de tirs des troupes égyptiennes contre les patrouilles frontalières israéliennes[25].

En 1956, l'armée israélienne entre à Khan Younes pour y mener un ratissage afin d'y trouver fedayins et armement[26]. Un total de 275 Palestiniens sont tués pendant l'opération, plus 111 tués lors du raid contre le camp de Rafah[26],[27]. Selon Israël, ils seraient dus à la résistance des réfugiés, ce qui est démenti par les réfugiés[27] et l'absence de pertes israéliennes[27].

La question du soutien des gouvernements arabes

Le gouvernement israélien accusait les gouvernements arabes de soutenir et de financer les infiltrations de commandos de fedayins, visant sa disparition. Le soutien officiel de l'Égypte à partir de 1954[28] (mais pas de 1949 à 1954) semble confirmer cette affirmation ; le fait que les États arabes ont mieux contrôlé leurs frontières après les actions de représailles également.

Parallèlement, les dirigeants arabes commencent à utiliser une rhétorique plus dure et condamnent le sionisme en tant qu'idéologie, refusant tout compromis et la coexistence.

En Égypte, les Frères musulmans, qui était la seule organisation à soutenir la lutte palestinienne, avait formé deux brigades de fedayins. Après le coup d'État qui porte Nasser au pouvoir, ils ordonnent à leurs militants de cesser les infiltrations en Israël, afin de ne pas gêner le nouveau pouvoir[29]. Selon Avi Shlaim, après une interview de Hussein de Jordanie, il semble que la Jordanie fait les efforts nécessaires pour contrôler ses frontières, avis soutenu par un général de réserve israélien, Yehoshafat Harkabi[30]. D'autres déclarations israéliennes confirment que les accusations d'Israël relèvent de la hasbara[31].

Glubb Pasha, l'officier britannique commandant la légion arabe, confirme également les efforts jordaniens pour contrôler la frontière[32].

Du côté du Liban, la politique de coopération entre les deux pays sur le sujet des réfugiés palestiniens se poursuit : dès 1948, le Liban avait aidé Israël à en expulser plusieurs centaines qui voulaient rentrer dans leurs foyers ; en 1955, les réfugiés palestiniens sont contraints de se déplacer à au moins 10 km de la frontière[33].

Morris estime que « les autorités arabes ont agi avec des moyens et une vigueur insuffisantes [et que] les autorités locales civiles et militaires ont collaboré ou fermé les yeux parfois par corruption »[34].

Répercussions

Selon certains auteurs, la guérilla menée par les fedayins contribua au déclenchement de la crise de Suez[35], Israël les mentionnant parmi ses raisons pour se lancer dans la guerre[36]. Selon d'autres, ce ne sont que des prétextes, parfois des manipulations, comme ce groupe de soldats israéliens présenté à la presse comme un commando fedayin fait prisonnier[37].

Bilan

Notes et références

Voir aussi

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