Jean Rey (1861-1935)
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Louis Sautter (d) (beau-père) |
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Sautter-Harlé (- |
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Jean-Alexandre Rey, dit Jean Rey, né le à Ouchy (Lausanne, Suisse) et mort le à Paris, est un ingénieur civil des mines, industriel et scientifique français.
Spécialisé dans le domaine de l’éclairage des phares maritimes, il a dirigé une importante entreprise de construction de phares et de matériels d’optique et d’électricité, tout en menant des travaux de recherche reconnus dans l’ingénierie[1].
Il est notamment membre de l’Académie des sciences (élu en 1930) et de l’Académie de marine, et a été distingué par de hautes récompenses comme la Légion d’honneur (commandeur)[1].
Famille
Jean Rey naît dans une famille protestante française (huguenote) réfugiée en Suisse au XIXe siècle. Il est le frère de l'architecte Adolphe Augustin Rey, et oncle et parrain de l'homme politique belge Jean Rey, Président de la Comission européenne entre 1967 et 1970[2].
Formation
Après des études secondaires brillantes, il intègre l’École nationale supérieure des mines de Paris en 1883 en tant qu’élève étranger de nationalité suisse. Il obtient la nationalité française en 1885 du fait de son ascendance française. En , il est diplômé ingénieur civil des mines, classé premier de sa promotion sur 24 élèves[3]. Dans les premières années suivant sa sortie de l’École, il reste attaché à l’École des mines en tant que préparateur du cours de topographie géologique (1886-1888) et sert parallèlement au Ministère de la Guerre. En 1888, il est reconnu officiellement ingénieur civil des mines et commence sa carrière industrielle[1].
Carrière industrielle
En 1888, Jean Rey rejoint les Établissements Sautter-Harlé, une entreprise parisienne renommée dans la fabrication de lentilles de Fresnel et d’appareils d’optique pour phares et projecteurs[1]. Il y effectue toute sa carrière, gravissant les échelons de l’ingénierie et de la direction : ingénieur en chef en 1896, co-gérant en 1904, puis administrateur-directeur (directeur général) de la société en 1915[1]. Sous sa direction pendant plusieurs décennies, la Maison Sautter-Harlé développe de nombreux équipements d’éclairage et de signalisation maritime modernes et contribue également à l’essor de l’électrotechnique en France[3].

Parallèlement à ses responsabilités , Jean Rey conduit des travaux techniques et scientifiques de premier plan au sein de l’entreprise. Il s’illustre d’abord dans le domaine naval et militaire : dès 1891, il conçoit et réalise le premier périscope pour sous-marin à bord du Gymnote, l’un des tout premiers sous-marins électriques. Il contribue ensuite aux innovations dans la propulsion et la commande des navires, en améliorant notamment les systèmes de direction électriques et en introduisant les premières turbines à vapeur sur des navires français. Il dépose plusieurs brevets marquants, par exemple sur des réflecteurs de projecteurs en 1908[3].

Grâce à son expertise en mécanique et en électricité, Rey joue un rôle déterminant dans le perfectionnement des turbomachines au début du XXe siècle. Il supervise la réalisation de grands moteurs électriques (notamment un moteur à courant continu de 720 CV en 1892 pour le sous-marin Gustave Zédé) et s’attaque à l’amélioration des turbines[3]. En 1904, il mène ainsi une étude approfondie des turbines à vapeur et des pompes centrifuges multicellulaires, suivie en 1906 de travaux sur les premières turbines à gaz. Ses contributions à la mise au point de la turbine à vapeur conçue par l’ingénieur Auguste Rateau lui valent d’ailleurs une médaille d’or en 1905[1]. Sous sa direction, Sautter-Harlé joue un rôle pionnier dans l’équipement en turbines des navires et dans la construction d’appareils pour la défense nationale.
- Appareil pour l’éclairage électrique des navires des établissements Sautter-Harlé.
- Lanterne des établissements Sautter-Harlé.
- Phare de la Hève, Sainte Adresse (76), équipé d'une lanterne Sautter-Harlé.
Travaux scientifiques
Bien que dirigée vers l’industrie, la carrière de Jean Rey est également marquée par des travaux scientifiques appliqués, en particulier dans le domaine de l’éclairage des phares et des signaux lumineux. Vers 1900, il entreprend avec le physicien André Blondel une étude systématique des feux de signalisation à éclats (lumière pulsée) afin d’optimiser leur visibilité. Ces recherches aboutissent à la formulation de la loi de Blondel-Rey, une loi photométrique qui permet de calculer l’intensité lumineuse efficace des flashes en fonction de leur durée et de l’intervalle d’obscurité. Cette loi, toujours utilisée par la suite dans la conception des phares et balises, constitue une contribution scientifique majeure à la signalisation maritime[4].
Jean Rey s’intéresse également à l’amélioration des sources lumineuses elles-mêmes. Il développe notamment la première lampe à manchon incandescent alimentée par vapeur de pétrole pour l’éclairage des phares, après avoir conduit de longues expériences sur la vaporisation des hydrocarbures[3]. Ce système d’incandescence au pétrole, plus lumineux et efficace, sera adopté dans de nombreux phares au début du XX^e siècle. De plus, Rey perfectionne les projecteurs de signalisation maritime en introduisant des miroirs segmentés métalliques à la place des lentilles de Fresnel en verre dans certains cas, afin d’améliorer la portée et la concentration des faisceaux lumineux[3]. L’ensemble de ces innovations valent à Jean Rey une réputation de scientifique praticien reconnu, publiant de nombreux comptes rendus de ses travaux dans les revues techniques de l’époque. Il est l’auteur de plusieurs articles et monographies, notamment sur les feux-éclairs à l’huile et à l’électricité (1896) ou l’éclairage des phares par incandescence de vapeur de pétrole (1901), qui diffusent largement ses avancées[1].
Résumé des fonctions

Jean Rey fut membre de nombreuses sociétés savantes et professionnelles[1] :
- Administrateur délégué de Sautter-Harlé,
- Membre de l'Institut de France (division des applications de la science à l'industrie, Académie des sciences),
- Membre-correspondant étranger de l'Académie des sciences techniques de Varsovie, de la Société Géographique de Genève, et de la Société des Arts de Genève,
- Président de l'Académie de marine, de la Société des ingénieurs civils de France, du Syndicat général de la construction électrique et de la Société française des électriciens.
Élu le à l’Académie des sciences, il y occupe le fauteuil d’Auguste Rateau dans la section des applications de la science à l’industrie[1]. Ces fonctions honorifiques reflètent l’autorité et le prestige dont il jouit alors dans le monde de l’industrie et de la science appliquée.
Il prend sa retraite en 1932 et décède le à Paris à l'âge de 74 ans. Son éloge funèbre est prononcé en 1937 par Robert Esnault-Pelterie à l’Académie des sciences[5], qui souligne « une vie remplie de travaux » et l’influence durable de ses réalisations sur l’industrie française[5].
Distinctions

Décorations
Commandeur de la Légion d'honneur (1928)[6].
Commandeur de l'ordre d'Isabelle la Catholique (Espagne).- Commandeur de l’Ordre de l’Étoile de Roumanie.
- Commandeur de l’Ordre Polonia Restituta (Pologne).
- Chevalier de l’Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare (Italie).
Autres distinctions et hommages
- Membre de l'Institut de France, élu à l'Académie des sciences
- Prix Henri de Parville de l'Académie des sciences
- Rue Jean Rey à Paris (15e arrondissement)
- Rue Jean Rey à Viroflay (Yvelines)
- Rue Jean Rey aux Issambres (Var)