Karatiyya
village palestinien expulsé en 1948
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Karatiyya (كرتيا) est un village arabe palestinien, situé à 29 kilomètres au nord-est de Gaza. Comme des centaines d'autres villages palestiniens, il a subi un nettoyage ethnique en 1948, l'armée israélienne le vidant de sa population arabe.
| Pays | |
|---|---|
| Sous-district | |
| Superficie |
13,71 km2 |
| Coordonnées |
| Population |
1 370 hab. () |
|---|---|
| Densité |
99,9 hab./km2 () |
Son nom peut également être transcrit Karatayya, Karatiya et Qaratiyya.
Géographie
Karatiyya relevait du sous-district de Gaza, et se trouvait à 29 kilomètres à l'est de Gaza[1]. Situé dans une région plate, le village se trouvait à 100 mètres d'altitude, dans la plaine côtière de Palestine. Le Wadi al-Mufrid le traversait[2].
Sa superficie totale était de 13 709 dounams (13,7 km2)[3]. 363 dounams étaient des terres publiques, tout le reste appartenant à des Arabes ; 460 dounams étaient des terres incultes[1]. Sur les 13 249 dounams de terres cultivées (1325 hectares), 321 dounams (32 hectares) étaient classés comme plantations et terres irrigables, mais la surface des vergers était très limitée ; enfin, 12 928 dounams (1293 hectares) étaient consacrés aux céréales[4],[1].
Histoire
Certains des habitants de Karatiyya descendaient de migrants venus d'Égypte et de Transjordanie, d'autres avaient des racines plus anciennes dans la région[5].
Des céramiques byzantines ont été découvertes à Karatiyya[6].
Croisades
Au XIIe siècle, les Croisés construisent un château qu'ils appellent Galatie. Les armées Ayyoubides s'en emparent en 1187, après la bataille de Hattin remportée par Saladin[2] puis le détruisent en [7].

L'endroit appelé Kulat el Fenish est apparemment l'emplacement d'une ancienne église, dont on voyait encore les restes en 1875 : une tour maçonnée, de 6 à 10 mètres de haut ; des colonnes et des bases de marbre blanc, une corniche, une piscine baptismale de 11 mètres de diamètre et 60 cm de profondeur[9].
Ayyoubides et Mamelouks
En 1226, le géographe Yaqout al-Rumi mentionne "Karatayya" comme une ville proche de Bait Jibrin, dans la province de Filastin[10].
Lors de sa campagne pour aller affronter les Mongols, en 1299, le sultan mamelouk Qalawoun fait étape avec son armée à Karatayya[11]. Selon le géographe du XIVe siècle Al-Dimashqi, Karatiyya faisait partie du Mamlakat Ghazzah ("royaume de Gaza")[12].
Empire ottoman
La Palestine est conquise par les armées de Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.
D'après le defter (registre fiscal) de 1596, le village, appelé Karta, relevait de la nahié de Gaza, et du sandjak de Gaza. Il comptait 46 foyers musulmans, soit environ 250 habitants. Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 33,3% sur leurs productions, dont le blé, l'orge, les vignes, les fruits, les ruches et les chèvres, pour un total de 5830 akçe[13].
Aux XVIIe et XVIIIe siècle, la région de Karatiyya connait un phénomène de retrait de l'occupation humaine, due à la pression des nomades. Pour se protéger, les habitants de plusieurs villages se regroupent en un seul, tout en continuant à cultiver les terres de leur village [14].
En 1838, Edward Robinson note, à Kuratiyeh, une tour en ruines d'époque moderne, selon lui, en partie construite d'adobes, etquelques colonnes autour[15].
En 1863, Victor Guérin décrit un petit village avec de nombreuses maisons démolies. Au nord de ce hameau, il décrit des restes de murs épais et les restes d'une tour carrée, aux trois quarts détruite et appelée "El-Kala'", ou " le château". Il signale également un maqam (sanctuaire) au sud du village, orné de deux colonnes de marbre gris-blanc antiques. Il observe également des fragments de marbre et des fonts baptismaux à côté du puits[16]. Le village est lui construit en plaine [17],[15]. Une liste ottomane des environs de 1870 recense 73 maisons et 196 hommes, les femmes n'étant pas comptabilisées dans ce document[18],[19].
Période du mandat britannique

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Karatiyya est conquise en et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
À l'époque du mandat britannique sur la Palestine, les maisons étaient construites en adobes et les habitants se rendaient à la ville voisine de Falouja pour les soins de santé, les commerces et les démarches administratives. Karatiyya elle-même avait une mosq, un moulin à farine et une école primaire, construite en 1922. Vingt ans après, elle avait 128 élèves. Les besoins en eau étaient satisfaits par deux puits creusés dans le village. Les principales productions agricoles étaient les céréales et les figues de Barbarie[2].
Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Karatiyya a une population de 736 habitants, tous musulmans[20], qui augmente à 932 habitants au recensement de 1931, toujours tous musulmans, habitant 229 maisons[21].
Dans les statistiques de Village de 1945, Karatiyya a une population de 1370 habitants, tous musulmans[22],[3].
Guerre de 1948 et nettoyage ethnique
En application d'une nouvelle tactique, la Haganah détruit une maison à l'explosif la nuit du 9 decembre 1947, le village étant considéré comme « centre de violence arabe »[23]. C'est la brigade Guivati qui réalisa la destruction[24].
La brigade Guivati lance deux attaques sur le village entre le 11 et le , entre les deux trêves[1]. Le 3e bataillon de la brigade appuyé par le 9e bataillon mécanisé, de la neuvième brigade[1], commandé par Moshe Dayan, s'empare de Karatiyya le au cours de l'opération Mort à l'envahisseur (en). Selon Dayan, dès l'arrivée des forces israéliennes, les habitants prennent la fuite[25]. Selon Benny Morris, le village est d'abord abondamment mitraillé, ce qui provoque le départ des habitants[26]. Cette attaque fait partie d'une offensive visant à joindre les forces du centre du pays à celles présentes dans le Néguev, mais ne réussit que partiellement par la prise d'Hatta et de Karatiyya. Après ce raid, Dayan opère un retrait controversé, ne laissant qu'une unité d'infanterie de la brigade Guivati pour tenir la position[27]. Une bataille acharnée opposa l'armée égyptienne et ce détachement dans les abords du village. Les soldats égyptiens furent près de l'emporter grâce à deux chars, qui furent stoppés par des armes antichar[2].
Dans la seconde moitié d'octobre, la brigade Oded est basée à Karatiyya pour s'emparer des positions égyptiennes, sans succès. Ces positions deviennent la poche de Falouja[1].
Période israélienne
Après la guerre, Karatiyya, qui était attribué à l'État arabe dans le plan de partage de l'ONU, est annexé par Israël. Dès le , Ben Gourion et Yehoshua Eshel présentent un plan de 32 nouvelles colonies juives à la place des villages palestiniens expulsés ; l'une d'entre elles, Otzem ou Komemiyut est prévue à Karatiyya[28]. Trois sont créées sur les terres de Karatiyya :Komemiyut en 1950 et Revaha (en) en 1953. Nehora, créé en 1956, utilise des terres de Karatiyya et de Falouja[29].
L'historien Walid Khalidi décrit ainsi ce qui reste de Karatiyya en 1992 : « Des piles de débris sont dispersées sur le site, et un cimetière détruit (partiellement caché par des eucalyptus) est visible.un chemin agricole le traverse. Des céréales et de l'alfalfa sont cultivés sur l'emplacement du village et autour[29]. »
Voir aussi
Bibliographie complémentaire
- Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
- Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)
