Lazhar Chraïti

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Naissance
Décès
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Surnom
Lion des montagnes ArbatVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Lazhar Chraïti
Portrait de Lazhar Chraïti en 1954.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 43 ans)
Surnom
Lion des montagnes ArbatVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Conjoint
Enfant
Djemâa Chraïti (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Distinction

Lazhar Chraïti (arabe : الأزهر الشرايطي), né le près de Gafsa et mort exécuté le , est un combattant tunisien.

Mineur, il prend part à la guerre israélo-arabe en Palestine contre Israël de 1948 à 1949.

Revenu en Tunisie après la Nakba, il devient l'un des principaux chefs fellagas avec le surnom de « Lion des montagnes d'Arbat » : il participe en effet activement à la lutte armée contre les autorités du protectorat français de 1952 à 1954 pour obtenir l'indépendance de la Tunisie. En raison de la lutte armée qu'il mène, il permet au Néo-Destour, qui décide de négocier avec le gouvernement français, de faire pression sur les discussions.

Avec l'avènement de l'indépendance, le , il milite pour la reconnaissance des résistants et se voit écarter durant la crise de Bizerte en 1961. En 1963, il est condamné à la peine de mort et exécuté pour sa participation à un complot avorté contre le président Bourguiba.

Combats en Palestine

Fils d'Ahmed Ben Mahmoud Chraïti[1], il naît le dans une famille d'agriculteurs pauvres[2] appartenant au clan des Ouled Chraït de la tribu des Hamama[3]. Orphelin dès son plus jeune âge, il étudie le Coran mais n'apprend ni à lire ni à écrire[2].

Il travaille comme agriculteur et berger[3] avant de rejoindre une mine à Métlaoui[1]. Dans une industrie contrôlée par les compagnies coloniales, les travailleurs tunisiens et maghrébins font face à une discrimination dénoncée par les syndicats comme la Confédération générale du travail. Chraïti s'engage pour combattre l'injustice et défendre les droits des travailleurs[2].

Au printemps 1948, le cheikh d'al-Azhar lance un appel au djihad en Palestine auquel Lazhar Chraïti répond aux côtés d'autres jeunes Maghrébins[2]. Placé sous les ordres de Housni al-Zaïm, avec qui il s'illustre notamment dans une importante opération de fedayin lui valant une médaille remise par Gamal Abdel Nasser[1], il acquiert une expérience du combat durant la guerre israélo-arabe[2].

Cependant, la Nakba le contraint à rentrer en 1949 en Tunisie, où il se promet de poursuivre la lutte pour la libération de son pays de la colonisation française[2].

Résistance au protectorat français

Assigné à résidence, Lazhar Chraïti est temporairement empêché de retrouver son travail[2]. Lors d'une rencontre avec Habib Bourguiba et Ahmed Tlili, il est chargé de former, dans le bassin minier de Gafsa, une cellule pour mener la résistance armée, lancée en . il recrute et forme des résistants venus des régions de Sidi Bouzid, Gabès et Kasserine, ce qui pousse les autorités du protectorat à offrir une récompense de deux millions de francs pour sa capture mort ou vif[2].

Lazhar Chraïti dans la résistance, en 1955.

Surnommé le « Lion des montagnes Arbat »[4], Chraïti livre plusieurs batailles, notamment celles d'Ebba Ksour (été 1952), Djebel Selloum (automne 1952), Sidi Aïch () et Redeyef (), ainsi que la deuxième bataille de Sidi Aïch (), considérée comme l'une des plus importantes contre la colonisation en Afrique du Nord[1]. Au printemps 1954, les chefs de la résistance se réunissent et le désignent comme commandant général de l'armée de libération[2].

C'est dans ce contexte que la France accorde l'autonomie interne à la Tunisie à la condition que les rebelles déposent les armes avant le , ce qui est fait en échange de garanties promises par Tlili pour les droits des combattants et la redistribution des richesses[2]. En réalité, alors que les armes endommagées et défectueuses sont remises, celles en état de marche sont remises aux combattants algériens[2].

Le , Chraïti figure parmi les personnalités qui accueillent Bourguiba de retour à Tunis[5]. Le Néo-Destour qu'il dirige s'efforce de rallier les chefs de la résistance et de les honorer : la ville où Chraïti réside, Saint-Germain, est ainsi rebaptisée Ezzahra en son honneur[2],[6]. Cependant, la marginalisation des anciens combattants[2], l'ampleur des concessions accordées à la France et la répression suscitent des mécontentements[7], au point que le mouvement national se divise violemment entre partisans de Salah Ben Youssef et de Bourguiba[2]. Chraïti soutient le second, ce qui ne l'empêche pas de mener une manifestation réclamant une compensation pour les résistants[2].

Complot de 1962 et exécution

Au début des années 1960, Habib Bourguiba devenu président prend un virage autoritaire et écarte des compagnons de la lutte de libération[8]. Il adopte aussi des réformes radicales sur les questions religieuses et l'émancipation des femmes alors que les conditions socio-économiques se détériorent et que des soupçons de corruption commencent à circuler ; la situation est encore aggravée par la crise de Bizerte en , au cours de laquelle Chraïti, chargé de recruter des volontaires, est écarté et transféré à Gabès[2].

Ceci génère un malaise parmi les anciens résistants et certains chefs de l'armée et de la garde nationale[2]. En 1962, un groupe incluant Chraïti prépare un coup d'État contre Bourguiba visant à lancer une insurrection et liquider les membres du gouvernement[4]. Chraïti passe alors à la postérité pour une phrase prononcée lors d'une réunion préparatoire, tenue dans la nuit du au  : « Il suffit de couper la tête pour que les racines se dessèchent »[4].

Arrêté cinq jours plus tard avec 24 autres conjurés et jugé devant le tribunal militaire de Tunis, il est condamné à la peine de mort avec douze autres accusés le , puis exécuté dans un lieu secret le et jeté dans une fosse commune[4],[9]. Selon son coaccusé Moncef El Materi, ses dernières paroles sont : « Ce n'est pas possible, j'ai tout sacrifié pour mon pays. Ô mes enfants ! Lâchez-moi, bandes de criminels ! »[10].

Ses biens — sa villa d'Ezzahra et une ferme à Medjez el-Bab — sont saisis[11].

Vie privée

Il épouse sa cousine Taous[12] avec qui il a deux filles, Rebh et Yamina. Il épouse ensuite une Suissesse prénommée Viviane, avec qui il a cinq enfants : Dalila, Slim, Hamza, Djemâa[13] et Karim[11].

Veuve à 25 ans, Viviane refuse la demande gouvernementale de renier le nom de son mari[11]. Ostracisée et sans ressources, elle retourne en Suisse où, toujours en difficulté, elle doit placer ses enfants dans différents pensionnats pendant une décennie[11]. De son côté, Taous demande sans relâche à l'État tunisien de lui indiquer le lieu d'inhumation de Lazhar Chraïti et de réhabiliter sa mémoire pour les services qu'il a rendus au pays[12].

Adolescents, ses enfants entament des démarches pour réhabiliter leur père et établir la vérité sur les circonstances de sa mort[11]. Ils réclament notamment la restitution de sa dépouille et de ses biens[1].

Postérité

Références

Voir aussi

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