Lazhar Chraïti
fellaga tunisien
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Lazhar Chraïti (arabe : الأزهر الشرايطي), né le à Baten El Aïech près de Gafsa (Tunisie) et mort exécuté le , est un combattant tunisien.
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(à 43 ans) |
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Lion des montagnes Arbat |
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Mineur, il prend part à la guerre israélo-arabe en Palestine contre Israël de 1947 à 1950.
Revenu en Tunisie en 1949, il devient l'un des principaux chefs fellagas avec le surnom de « lion des montagnes d'Arbat » : il participe en effet activement à la lutte armée contre les autorités du protectorat français de 1952 à 1954 aux côtés de Sassi et Tahar Lassoued (alliés avec Habib Bourguiba) pour obtenir l'indépendance de la Tunisie. À la tête de quelque 2 000 fellagas, il combat les troupes françaises, conduisant les autorités du protectorat à offrir une prime de deux millions de francs pour sa capture, mort ou vif. En raison de la lutte armée qu'il mène, il permet au Néo-Destour, qui décide de s'asseoir à la table des négociations avec le gouvernement français, de faire pression sur les négociateurs.
Avec l'avènement de l'indépendance, le , il continue son combat à la frontière algéro-tunisienne, en soutenant les combattants algériens du Front de libération nationale.
Une fois l'indépendance algérienne proclamée en 1962, il est de retour en Tunisie et revient à la vie civile. En 1963, il est condamné à la peine de mort et fusillé le pour sa participation à un complot avorté contre le président Bourguiba l'année précédente.
Biographie
Né à Baten El Aïech dans le djebel Orbata, à une quinzaine de kilomètres de Gafsa, il appartient au clan des Ouled Chraït[1] rattaché à la tribu des Hamama[2],[3],[4]. Il travaille comme agriculteur et berger, avant de travailler dans les mines de phosphates[3].
Combats en Palestine
En 1947, il rejoint avec d'autres camarades les rangs d'une armée composée de volontaires maghrébins, pour la Palestine[5]. Malgré le refoulement d'une partie des combattants, il figure parmi ceux qui parviennent à atteindre le front et à rejoindre les camps d'entraînements. Il s'y spécialise dans l'espionnage et le renseignement sous les ordres de spécialistes comme Hassan Zaïm, Rachid Koutabi ou Najel Koutabi, héros de la guerre du Rif. Sa participation à plusieurs opérations militaires lui permettent d'acquérir une expérience militaire et plusieurs décorations.
Résistance au protectorat français
Il décide de rentrer en Tunisie en 1949 sur les conseils du militant Youssef Rouissi. Dès son arrivée à Ouled Chraït, près de Gafsa, il est assigné à résidence par les autorités du protectorat. Après l'intervention du docteur italien Sacozzali, il retrouve son travail à la mine et se fait oublier. Il commence alors à réfléchir à son projet de résistance armée contre la colonisation française en Tunisie.
En 1951, il commence à contacter ses anciens frères d'armes du Proche-Orient et des membres du Néo-Destour, mais aussi des gens influents sur le plan financier comme Ahmed Ben Doula et Mohamed Ben Ahmed Guedouar. À l'occasion de la visite du leader destourien Habib Bourguiba à Gafsa en , durant laquelle le leader nationaliste prononce un discours à la Grande Mosquée, un accord secret est conclu entre Chraïti et Bourguiba, à Wahet Sidi Salem, autour du lancement de la lutte armée. 1952 marque le début des opérations armées : le nombre de combattants augmente rapidement alors que les autorités françaises répondent par des punitions collectives. D'autres groupes, basés à Om Lakhal et commandés par Amar Getar, Tahar Lassoued et Belgacem El Basli, rejoignent Chraïti dans son combat.

En , un rassemblement de dirigeants du mouvement, au nombre de 360 à 500 selon les sources, décide de la tactique à suivre : l'établissement d'une charte et la nomination de treize chefs de divisions (Mabrouk El Akermi, Abdelwaheb Essendi, Mohamed Tourmi, Mohamed El Ayachi, El Ferchichi, Abou El Ares, etc.), avec Lazhar Chraïti comme leader et Sassi Lassoued comme adjoint. Fin 1954, le territoire est partagé en trois zones dirigées par Chraïti, Sassi et Tahar Lassoued, sous la direction de Chraïti lui-même en tant que « chef suprême »[6]. Appelé « chef de l'armée de la libération »[7], Lazhar Chraïti est surnommé le « Lion des montagnes Arbat » (massif situé dans le sud-ouest du pays)[8].
Complot de 1962 et exécution
Avec l'avènement de l'indépendance, le , il continue son combat à la frontière algéro-tunisienne, en soutenant les combattants algériens du FLN. Une fois l'indépendance algérienne proclamée en 1962, il revient à la vie civile.
Outré par le pouvoir personnel et laïc du président de la République, Habib Bourguiba, et le peu de considération pour les fellagas morts pour leur patrie[9], Lazhar Chraïti est impliqué dans un complot ayant tenté sans succès d'attenter à la vie du chef de l'État[10] afin de lancer un mouvement insurrectionnel et de liquider les membres du gouvernement ; il est ainsi passé à la postérité pour une phrase prononcée lors d'une réunion préparatoire, tenue dans la nuit du au : « Il suffit de couper la tête pour que les racines se dessèchent »[8]. Il est arrêté cinq jours plus tard avec 24 autres conjurés et jugé devant le tribunal militaire permanent de Tunis[8]. Condamné à la peine de mort avec douze autres des accusés, il est exécuté par un peloton de soldats le [11] et inhumé sans que la localisation de la tombe ne soit divulguée[8]. Selon son coaccusé Moncef El Materi, ses dernières paroles furent : « Ce n'est pas possible, j'ai tout sacrifié pour mon pays. Ô mes enfants ! Lâchez-moi, bandes de criminels ! ». Ses biens — une villa à Ezzahra et une ferme à Medjez el-Bab — sont saisis, laissant sa famille sans ressources et poussant sa femme Viviane et ses enfants à quitter la Tunisie[7].
Hommages
À l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance, un groupe de Tunisiens anonymes crée, le , un site web recueillant témoignages et informations sur l'ancien maquisard mais appelant également à la réhabilitation des fellagas, à l'ouverture des archives de la sécurité nationale, à l'identification et à l'exhumation du corps afin de lui offrir une sépulture digne[8]. Le , sa fille Rebah fonde une association, le Centre méditerranéen Lazhar Chraïti, pour réhabiliter sa mémoire[12].
À l’occasion du 57e anniversaire de l’indépendance, le président Moncef Marzouki le décore à titre posthume des insignes de grand officier de l'Ordre de l'Indépendance[13].
Vie privée
Marié à une Tunisienne prénommée Taous avec il a deux filles, Rebah et Yamina, il épouse ensuite une Suissesse prénommée Viviane, avec qui il a cinq enfants — Dalila, Slim, Hamza, Djemâa et Karim — tous installés en Suisse[7].
